Make love

par Linksys

Chapitre 26 : Make Love

- Pardon ? J'ai mal entendu ? Dit Aguacero, ne laissant pas même à Makarov le temps de répondre.

- Tu as très bien entendu, rétorqua Neit. C'est une vraie aubaine d'avoir ces deux jeunes gens de talent sous la main à un tel moment.

- Je t'interdis de mettre ma nièce en danger ! Éructa l'oncle, furieux.

Son visage, déformé par la couleur et la forme de la lacrima, était tourné vers celui de Neit, qui avait cessé de faire les cent pas dans la pièce.

- Elle est en danger depuis qu'elle a débarqué à Captio, tu le sais très bien, dit Neit.

- Il y a une différence assez sensible entre débarquer discrètement, et attaquer le château royal au nez et à la barbe de l'armée !

- Ce n'est pas le débarquement, non plus.

- Les risques sont énormes, j'ai déjà de la peine à penser que tu vas envoyer au casse-pipe plusieurs des mages de la guilde … S'il s'agit de ma nièce et de son fiancé, ce n'est même plus la peine d'y penser !

Devant un tel immobilisme, Neit commença à s'énerver.

- Tu sais quoi ? Je lui demanderai directement ! Elle est majeure, que je sache, et tu n'es pas son père !

- On parle d'une révolution, pas d'une sortie au cinéma entre amies !

Neit se tut un instant. Il comprenait pourquoi son vieil ami réagissait ainsi. Il avait oublié, après tout ce temps sans l'avoir vu.

- Ce n'est pas parce que tu es un vieux bouc préservateur et traditionaliste que le reste de ta famille n'a pas le droit d'être progressiste ! Tu restes terré dans ta région natale depuis des années, sans prendre part aux affaires du monde extérieur ! Qu'est-ce qui te fait peur ? Tu as peur de voir à nouveau le nom de Loxar dans les livres d'histoire ?

Aguacero se tut. Intérieurement, il bouillait. Il ne tolérait pas l'idée de savoir sa précieuse nièce dans un tel guêpier, et encore moins la perspective de ne rien pouvoir y faire.

- Pour l'instant, rien n'est planifié, intervint le révolutionnaire, qui n'avait pipé mot durant la joute verbale entre les deux autres participants. Nous ne savons ni quand nous allons agir, ni comment. L'action n'aura pas lieu avant au moins une semaine.

- Si je puis me permettre, dit Makarov, qui trouva enfin une occasion de s'exprimer. Faire participer à votre coup d'État ou je-ne-sais-quoi-d'autre des personnes étrangères risquerait de causer un grave incident diplomatique. Vous y avez pensé ?

- Dans l'optique où le plan réussit, tous seront médaillés et récompensés pour leur service au royaume, assura Neit.

- Et en cas d'échec ? Demandèrent simultanément Aguacero et Makarov.

Neit inspira.

- La guerre, dit le révolutionnaire. Il y a un mois, les premiers ordres de mobilisation ont été envoyés par l'état-major. Le royaume de Captio lève une armée en ce moment-même. Mes informateurs parlent de trente mille soldats stationnés un peu partout dans le sud du pays. Et ça n'est qu'un début. Quoi que nous fassions, il y aura la guerre. Si nous échouons dans notre plan, nous offrirons aux putschistes le prétexte pour faire ce qu'ils feront tout de même si nous n'agissons pas : attaquer Fiore. C'est pour cela que nous devons agir, et que nous devons réussir.

Tout le monde resta silencieux.

- Je ne veux pas que les membres de ma guilde soient impliqués dans des ennuis plus gros qu'eux, finit par déclarer le maître de Fairy Tail.

- Je n'aurai jamais pensé entendre ça de la part du maître dont la guilde a démantelé quasiment seule l'alliance de Baram, répliqua Neit en souriant.

Pris de court, Makarov ne dit rien.

- C'est vrai, mais … Risquer consciemment de provoquer une guerre, ce n'est pas comme tenter de sauver le monde.

- Disons qu'il s'agit là d'un concours de circonstances, et que Gray et Juvia sont là en tant que personnes privées, pas en tant que mages d'une guilde étrangère. Ça te va ?

- De toute manière, quoi que je dise, tu les fera tout de même participer à ton plan. Mais je te préviens, Neit. S'il leur arrive quoi que ce soit par ta faute, je traverse le détroit à la nage, je viens jusqu'à ta guilde, et je t'explose. C'est bien compris ?

Le regard menaçant du vieil homme semblait lancer des éclairs à travers la lacrima.

- Je veux être tenu au courant des événements, ajouta-t-il. Et puis, si je pouvais m'entretenir avec Gray et Juvia à ce propos, je t'en serais reconnaissant.

- Ça peut se faire, déclara Neit. Il fallait que je leur parle, de toutes façons. Mais pas tout de suite, j'ai d'autres affaires à régler entre-temps. J'essaierai de te recontacter dans la soirée.

- Je compte sur toi, dit Makarov.

La communication avec Fairy Tail s'interrompit.

- Bénéficier du soutien de la meilleure guilde de l'autre côté du détroit, ça augmenterait grandement nos chances de succès, dit le révolutionnaire en se frottant le menton.

- Et ça rendrait encore plus désastreuses les conséquences d'un échec, répliqua Aguacero.

- Les conséquences seront quand même désastreuses si on ne fait rien, répéta Neit avec obstination.

- C'est un dialogue de sourds, intervint le révolutionnaire. Ça me donne mal au crâne, arrêtons-nous là pour le moment. On en reparlera plus tard, quand vous vous serez calmés. On ne tente pas de sauver en royaume en s'énervant, messieurs.

Neit et Aguacero se turent.

- J'imagine que c'est la meilleure idée, soupira ce dernier. Y'a moyen que je parle à ma nièce, aujourd'hui ?

- Sans problèmes, assura Neit.

- Si possible, avant que tu ne lui bourres le crâne à propos de tes intentions, ajouta l'oncle.

- Oh, mais je n'en avais aucunement l'intention, répondit Neit. Je vous recontacterai dans la soirée.


En fin de compte, l'après-midi ne fut pas si mauvaise pour Gray. Même si ses plans d'amusement avec Juvia ne trouvèrent aucune occasion pour être réalisés, ils purent faire quelque chose qu'ils n'avaient pas fait depuis longtemps : passer du temps ensemble sans se soucier d'être suivis ou non. Ils restèrent à la bibliothèque un long moment : Juvia avait trouvé une sélection d'ouvrages, anciens et récents, à propos de l'histoire du Draupnir. Et il s'agissait de la vraie histoire de son pays, pas de celle donnée dans les manuels d'histoire à travers Captio. « Un des avantages de l'extra-territorialité », leur avait confié la bibliothécaire lorsqu'ils étaient ressortis avec quelques livres pour lire dans la salle commune. Gray, après s'être acquitté de sa tâche (Juvia l'avait convaincu, par des techniques secrètes, de l'aider à trouver les volumes intéressants sur le sujet qui l'intéressait, l'histoire de sa région natale), s'était mis en quête de livres qui l'intéresseraient, lui. Il ressortit de la bibliothèque à la suite de Juvia, portant plusieurs livres qui traitaient des légendes locales, et des créatures mythologiques. Il avait également trouvé quelque chose d'intéressant, qui semblait parler des survivances du paganisme jusqu'à récemment dans l'histoire de Captio.

La salle commune de la guilde s'était vidée, par rapport à l'heure du déjeuner. De nombreux mages étaient partis flâner en ville, ou bien étaient partis en mission. De fait, Juvia et Gray purent profiter d'un calme tranquille pour se plonger dans leurs lectures. Juvia se jeta sur le premier livre de sa pile, un tome de poche intitulé « Grandeur et décadence, une histoire des conquêtes de Captio ». Elle feuilleta assidûment les pages, en quête du chapitre dédié au Draupnir. Sa déception fut grande, quand elle constata que seul un petit chapitre de quelques pages y était consacré, à la fin de l’œuvre. Le volume suivant s'avéra plus concluant. Il était beaucoup plus gros et large, et surtout portait un titre beaucoup plus prometteur : « L'histoire des rois du Nord ». Elle se plongea dans une lecture attentive. Gray, pour sa part, la regardait faire avec amusement. Il en oublia presque sa propre liste de lecture, qui attendait patiemment devant lui. Comme Juvia était captivée et ne semblait pas vouloir interagir avec lui pour le moment, il se plongea dans le premier livre qu'il avait pris : « L'atlas des créatures mythologiques ». Il feuilleta l'ouvrage avec distraction, jusqu'à tomber sur la lettre G. Une idée lui vint alors en tête, et il chercha fébrilement la page correspondante. Il fut content de voir qu'un grand passage était consacré à ce qu'il cherchait. Cela parlait des griffons, et de leurs différentes sous-espèces.

Une heure avait passé. Alors que Juvia était toujours embourbée dans la lecture de ses épais tomes d'histoire, Gray en apprenait à chaque page un peu plus sur les créatures légendaires.

Alors qu'il terminait un passage d'un livre qui expliquait de manière détaillée les différences entre le griffon, le griffon royal et l'archigriffon (les trois sous-espèces principales), un mouvement au fond de la pièce attira son attention. Il leva les yeux un instant, curieux de savoir ce que c'était. Il s'agissait sans doute d'un des mages assis au bar. Comme ce n'était rien, il se replongea dans sa lecture. Mais en chemin, ses yeux croisèrent une vue fort intéressante. Juvia était penchée pour lire, et s'il levait un peu la tête, il pouvait se ménager un confortable angle de vue en direction de son décolleté. Au moment de la découverte, il fit de son mieux pour détourner ses yeux, à défaut de détourner son intérêt. Mais il n'y parvint pas, et s'oublia ainsi, le regard perdu. Cela lui rappela de nombreux souvenirs par vagues successives, qu'il ne parvint pas non plus à étouffer.

« Heureusement qu'elle ne peut pas lire dans mes pensées, elle me prendrait pour le pire des pervers ... » Soupira mentalement Gray.

À ce moment précis, Juvia releva la tête, se sentant observée. Elle regarda Gray, qui détourna aussitôt le regard pour ne pas être détecté. Juvia ne réagit pas, laissant le jeune homme penser qu'elle n'avait tout simplement rien remarqué. Mais en réalité, elle était parfaitement au courant de l'intérêt qu'il portait au confort de l'angle de vue, et l'avait volontairement laissé en profiter tout son soûl. Gray, pour sa part, faisait semblant de lire attentivement son livre. Mais son pouls était déchaîné, et la poussée d'endorphine lui avait presque donné le vertige. Il eut soudain très chaud, et un peu de sueur perla sur son front. Pendant un court instant, la seule envie qui l'anima fut d'emmener Juvia dans un coin tranquille et de remonter sa robe jusqu'aux hanches. Il se ressaisit tant bien que mal. Il avait oublié l'effet que Juvia était capable de lui faire sans le savoir. Il y avait longtemps qu'il était victime de cet effet, et il se demandait par quel miracle avait-il réussi à ne pas sauter sur Juvia pendant tout ce temps. Depuis qu'ils formaient un couple, leur activité sexuelle avait permis de défouler ces pulsions chez l'un comme chez l'autre, mais la période de privation mettait la détermination de Gray à rude épreuve. Juvia aussi commençait à trouver le temps long.

Sur ces considérations charnelles, quelqu'un vint à leur table.

- Hé, les amoureux, le maître veut vous parler, dit Tengaro, en s'appuyant de la main sur la dernière parcelle libre de la table.

- C'est urgent ? Demanda Gray, qui préférait rester là où il était.

Si Juvia se levait, il n'aurait plus l'angle dont il avait profité un bon moment.

- Très urgent. Il y a du monde qui veut vous parler, apparemment.

- Allons-y, Gray, déclara Juvia.

Elle se leva, ne laissant guère le choix au jeune homme, qui se leva et la suivit à son tour.

Neit tournait autour de son bureau lorsqu'ils entrèrent. Il se tenait le menton, l'air pensant. À peine le battant pivota-t-il qu'il se tourna vers les arrivants.

- Ah ! Vous voilà ! S'exclama-t-il, avec l'expression d'un savant venant de révolutionner la science.

- Vous vouliez nous parler ? Demanda Gray.

- Oui, enfin avant de commencer, il y a quelqu'un qui veut parler à Juvia.

Il se saisit d'une des lacrima de communication, la posa sur un des socles du bureau, et paramétra l'objet.

- Qui ? S'enquit Juvia.

- Comment ça, qui ?

- Qui est-ce qui veut parler à Juvia ?

- Ah. Ton oncle.

Un grésillement monta de la lacrima.

- Je suis là, dit la voix d'Aguacero. Juvia est là ?

- Oui, elle est là. On vous laisse parler.

Neit saisit la seule chaise libre de la pièce pour l'installer face à la lacrima, et invita Juvia à s'y installer. Puis il quitta la pièce, en poussant Gray par une épaule.

- Ça va durer longtemps ? Demanda-t-il.

- Aucune idée ? Aguacero peut être très bavard, quand il s'y met.

Gray n'était pas convaincu, et s'éloigner de Juvia le mettait mal à l'aise.


- Pourquoi est-ce que tu voulais parler à Juvia ?

- Pour quelque chose de très important. Gray n'est pas avec toi ?

- Non, il … Il est dehors. Tu veux lui parler ?

- Après. C'est d'abord toi que je veux voir. Écoute-moi bien.

Juvia hocha imperceptiblement la tête.

- Bon, autant le dire sans ambages … Gray et toi allez participer à un coup d'État pour renverser la dictature militaire.

L'air manqua à Juvia.

- Juvia … a mal entendu ?

- Non, tu n'as pas mal entendu.

La jeune femme ne savait pas quoi penser. Elle ne s'était jamais demandé si le royaume de Captio, qui après tout avait pris la vie de ses parents, valait la peine qu'elle lève le petit doigt pour lui. Pour l'ancienne Juvia, celle qui avait fait ses armes à Phantom Lord, la réponse aurait été claire, seul le présent importait. Mais maintenant, après six ans passés dans la guilde la plus altruiste du continent, il lui était difficile d'être sûre de quoi que ce soit à ce propos.

- Comment ça ? Finit-elle par demander, la bouche asséchée.

- Eh bien, ce n'est pas évident à expliquer … Comme tu le sais, la caste militaire contrôle officieusement le pays depuis plusieurs années. Mais dernièrement, l'état du roi a empiré, et les militaires en profitent pour ronger la moindre once d'autorité. Nous nous dirigeons droit vers une dictature militaire, qui ne mettra pas longtemps à attaquer Fiore.

- Que vient faire une guilde là-dedans ?

- Ce n'est pas n'importe quelle guilde, Juvia. Forsaken Souls, et par extension Grand Chêne, ne font pas partie de Captio : il s'agit d'un territoire indépendant, administré par le maître de la guilde. L'autorité royale n'a pas lieu, ici, et c'est d'ailleurs dans la ville que vivent la moitié des mages du royaume.

- Où vit l'autre moitié ?

- Dans les égoûts de Kaer Ys, la capitale. Ces mages-là forment une corporation plus ou moins officielle, qui intrigue dans l'ombre. Rien d'illégal n'a lieu dans la ville sans leur accord. C'est pourquoi ils ourdissent de renverser le pouvoir établi, pour rendre l'autorité au souverain légitime.

- Et que fait Forsaken Souls dans tout ça ?

- Disons que Neit a beaucoup d'amis, là-bas, et qu'ils lui ont demandé de l'aide. Bien sûr, il n'a pas su refuser. Tu veux bien faire entrer Gray ? Je voudrai lui parler, à lui aussi.

Juvia se leva sans mot dire.

Gray tournait en rond derrière la porte, les bras croisés, quand Juvia vint ouvrir. Neit était adossé au mur, casque sur les oreilles, absorbé par l'écoute d'un morceau tout en battant le rythme avec sa tête.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda aussitôt Gray.

- C'est Aguacero, il veut te parler …

Gray s'avança aussitôt dans le bureau du maître. Comme il n'y avait qu'une chaise, il laissa Juvia s'y rasseoir, et resta debout à côté d'elle.

- Te voilà, déclara Aguacero. Est-ce que Neit t'a mis au courant de ce qu'il projette, pour toi et Juvia ?

- Non. J'écoute ?

- Pour faire long, vous allez participer à la restitution du trône à la lignée royale légitime. Pour faire court, vous allez commettre un coup d'État.

- Pardon ?

Gray faillit s'étouffer avec sa salive.

- Comme tu le sais, les militaires ont pris le pouvoir à Captio depuis quelques années. Récemment, ils ont fait ça de manière officielle. Et leur but à peine dissimulé, à terme, est d'attaquer le royaume de Fiore. De plus, l'histoire a prouvé par le passé qu'une dictature militaire hostile n'est jamais bonne pour son pays, ni pour les autres.

- Mais qu'est-ce que Juvia et moi foutons dans ce merdier ? À la base, c'est juste un voyage en amoureux, merde ! Autant rester à la maison, pour sauver le monde !

- Calme-toi, Gray. Si vous n'aviez pas été là, nous ne vous aurions pas fait venir de Fiore pour ça. C'est une coïncidence. Disposer de deux mages de la plus grande guilde orientale, dans un moment si critique, c'est presque inespéré. Cela change la donne, ne serait-ce qu'en cas de combat.

- Il y a des risques ! Tonna Gray, en donnant du poing sur la table. On est venus à Captio pour passer du bon temps ensemble, pas pour se faire tuer ! Je refuse que …

- Gray, dit Juvia en lui tirant sur la manche.

- Quoi ?

- Juvia va y participer.

- Participer à quoi ?

- Au coup d'État. Si cela avait été une mission confiée à Fairy Tail, est-ce que tu aurais refusé ?

Gray se tut. Certes, si un tel cas s'était présenté, il aurait fallu l'insistance de Natsu (et surtout d'Erza) pour l'embarquer dans l'aventure. Mais il y serait tout de même allé de plein gré. Or, Fairy Tail ne recevait pas de requêtes d'ordre politico-diplomatique.

- Et s'il arrive quelque chose ? Si l'un de nous y reste, l'autre, il fera comment ?

- Tout ira bien …

- Il est hors de question qu'on risque nos vies pour ça ! Il est hors de question que je prenne le risque de te perdre ! Et puis, pourquoi on ferait ça, hein ? C'est même pas notre pays, d'abord !

Gray ne regretta cette parole que lorsque la main de Juvia le heurta en plein visage. D'un seul geste, elle s'était levée et lui avait infligé la plus violente claque de son existence, si bien qu'il bascula à la renverse et tomba sur les fesses.

- C'est le pays de Juvia ! Elle y est née !

Elle respirait bruyamment, et avait le teint rougi. Une larme roula sur sa joue, puis elle fondit en sanglots. Gray se releva maladroitement et voulu s'excuser en la prenant dans ses bras, mais elle l'esquiva et se dirigea vers la porte comme une furie.

- Qu'est-ce qu'il se passe, ici ? S'exclama Neit, en faisant irruption dans son bureau.

Il s'écarta juste à temps pour laisser passer Juvia, qui descendit les marches à toute allure. Gray s'élança à sa poursuite, mais Neit lui barra le passage.

- On n'a pas fini de parler, dit-il en lui désignant la chaise.

- Mais … Commença-t-il.

- Oui, Juvia est très en colère contre toi et tu brûles d'envie d'aller te rattraper. Mais nous allons parler de choses qui doivent être discutées avec la tête froide.

Gray respira longuement.

- Bon. Et à supposer que je vous écoute jusqu'au bout, qu'est-ce que j'ai à y gagner ?

- Rien de bien spécial, mis à part le fait de contribuer à l'avenir de ce pays, et aussi du tien. Être ici ne t'engage à rien. Si tu ne veux pas participer au coup d'État, eh bien libre à toi de ne pas y participer. Il en va de même pour Juvia. Vous n'êtes pas mes prisonniers. Je mènerai le plan à son terme, avec ou sans vous. La question que je te pose est très simple : est-ce qu'en tant que mage de Fairy Tail, tu accepterais de participer à une action de force contre un régime putschiste ?

Gray croisa les bras, et inspira profondément.

- Peut-être. Je ne sais pas. Ce n'est pas une décision que je peux prendre seul.

Neit soupira et leva les yeux au ciel.

- En tant que personne privée, si cela ne tenait qu'à toi, le ferais-tu ? Demanda Aguacero, qui se taisait depuis l'incident.

Gray fixa le maître un instant.

- Ouais, sans hésiter.

- Voilà, c'est ça, que je veux entendre ! Nous pouvons donc compter sur ta présence ?

- Étant donné que Juvia y va et que je n'ai aucune chance de la faire changer d'avis … Je serai de la partie, même si ça m'amuse pas vraiment.

- Parfait ! Nous partirons la semaine prochaine.

- Tu as choisi les participants ? Demanda Aguacero, via la lacrima.

- Oh, mais ils sont déjà choisis depuis longtemps … D'ailleurs, quand on parle du loup …

L'instant d'après, la porte s'ouvrit dans un grand mouvement, et Kisima fit irruption, essoufflée.

- Peut-on m'expliquer pourquoi Juvia est venue me pleurer dessus, en sanglotant que Gray ne l'aime pas, alors qu'elle est censée être ici-même, en pleine discussion ?

Ce disant, elle désigna l'épaule droite de son pull, trempé par un flot de larmes qui ne pouvait avoir été provoqué que par Juvia. Gray ouvrit la bouche pour répondre, mais Neit fut plus rapide.

- C'est compliqué. Retourne la voir, je n'en ai pas fini avec Gray.

- Où est-elle ? Parvint à caser le jeune homme, alors que la chasseuse de dragons faisait demi-tour.

- Au bar, en train de déprimer en face d'un verre de jus d'orange. Elia essaye tant bien que mal de lui remonter le moral.

Et elle s'éloigna.

- Hep, tu restes ici, dit Neit en attrapant Gray par l'épaule, alors qu'il essayait de quitter la pièce.

- Fais vite, dit-il au maître.

- Je vous convoquerai tous à un conseil secret, dans les prochains jours, pour fixer les détails et organiser le plan. Le mot de passe est « banane ».

- Banane ?

- Banane. Allez, tu peux partir.

- Attends un instant, Gray ! S'exclama Aguacero.

- Ouais ?

- S'il arrive quoi que ce soit à Juvia, je reviendrai te hanter jusqu'à la mort. Compris ?

- Compris.

- Moi aussi, je ne veux pas qu'elle prenne de risques inutiles, surtout pour venir en aide au royaume qui a voulu sa mort. Mais si elle est aussi têtue que sa mère, ni toi, ni moi, ni aucune personne sur Terre ne pouvons la faire changer d'avis. Alors, je te demande de la protéger.

- Je suis devenu son garde, non ? C'est mon rôle, de la protéger !

Sur ces mots, Gray quitta la pièce. Il en avait assez entendu, et n'avait désormais plus qu'une seule envie : aller retrouver Juvia. Neit le regarda partir, l'air amusé. Puis, il se rappela qu'il ne serait pas en mesure de permettre à Makarov de parler à ses protégés, ce qui l'exposait à l'ire du vieux maitre. Cette perspective l'amusait beaucoup moins.


Quand Gray arriva dans le hall, il chercha Juvia des yeux, et il s'avéra qu'elle ne s'y trouvait pas. Il s'approcha alors d'Elia, qui discutait au bar avec quelques mages inconnus de Gray.

- Tu sais où est partie Juvia ?

- Elle m'a dit qu'elle allait se changer les idées. Elle a pris son manteau, et elle est partie dehors.

- Merci !

Gray s'éloigna en courant, attrapa son blouson pendu au mur près de la porte, et quitta la guilde. Dehors, le temps se couvrait, et il faisait froid. Beaucoup de passants circulaient sur la place autour du chêne. Ils avaient tous le nez enfoncé dans le col de leur manteau, ou dissimulé derrière une grosse écharpe. Gray, lui, n'avait même pas pris le temps de fermer son blouson de cuir bleu. Il regarda tout autour de lui, mais n'avait aucune idée d'où Juvia pouvait se trouver. Peu lui importait, cela dit. S'il ne trouvait pas Juvia, elle reviendrait d'elle-même à la guilde le soir venu. Mais il ne rebrousserait pas chemin sans avoir passé au peigne fin la moindre ruelle de la ville.

Les passants le dévisageaient d'un air intrigué, quand ils le voyaient courir dans la rue, veste ouverte. Il regardait autour de lui en permanence, en quête d'habits bleus. Mais personne ne semblait porter de bleu, dans cette ville, à part Juvia. Et il ne savait toujours pas où elle se trouvait. Il ralentit la cadence.

Grand Chêne était une ville plutôt grande. Ses rues larges s'organisaient en cercles concentriques à partir de l'arbre-guilde, coupées de venelles plus étroites. Quelques places étaient disséminées ça et là, au centre desquelles on trouvait fontaines ou statues, voire les deux. La plus grande place de la ville après la place de l'arbre-guilde se trouvait à la périphérie de la vieille ville, là où s'arrêtait jadis la muraille qui encerclait l'ancienne capitale. Cette place abritait la plus grande statue de la ville, qui attira le regard de Gray quand il sortit de la rue qui conduisait à la place. Ce qui l'attira le plus, c'était la jeune femme habillée en bleu, assise au pied de la statue. Le doute n'était pas permis, il s'agissait de Juvia. Il faillit courir la rejoindre, mais au moment de s'élancer, il lui vint en tête qu'il serait sans doute mieux de s'y prendre avec un plan d'approche adapté. Il repéra, près des maisons, l'étal d'un marchand qui vendait une spécialité locale qui ressemblait vaguement à un caramade frank. Il s'approcha, en acheta deux, puis revint vers le centre de la place. Juvia était toujours assise sur le rebord du socle de la statue. Elle regardait le ciel (ou plutôt, la canopée du chêne), l'air pensif. Gray approcha par le côté, et monta sur le socle. Une fois à côté, il s'assit. Surprise, Juvia se tourna vers lui.

- Salut, dit-il simplement.

Elle ne répondit pas, et reprit sa contemplation.

- Je t'ai cherchée, tu sais.

Elle s'obstina à garder le silence.

- Tiens, je me suis dit que ça serait sympa de manger un morceau tous les deux.

Gray déposa un caramade frank sur les jambes de Juvia, comme elle l'ignorait toujours. Il commença à manger le sien.

- Je suis désolé, pour tout à l'heure, ajouta-t-il après une bouchée.

- C'est moi qui suis désolée, dit alors Juvia. Gray ?

- Juvia ?

- Tu sais qui cette statue représente ?

- Non, mais ça doit être quelqu'un d'important, vu la taille.

Il se leva et se recula de quelques pas. En effet, la statue faisait au bas mot douze mètres de haut, et représentait un guerrier. Il portait un long manteau dont les plis tombait jusqu'à ses pieds, et qui était solidement renforcé de plaques et de piques sur le torse et les épaules. Un large chapeau, dont le bord droit était replié, couvrait sa tête. En-dessous, ses cheveux étaient tirés en arrière. Il avait les jambes légèrement écartées, et les deux mains posées sur le pommeau d'une immense épée de pierre. Une lanière de cuir passait sur son visage, au milieu de l'arrête du nez. Il avait le regard sévère, mais un visage qui semblait familier à Gray.

- Ce devait être un héros, commenta le jeune homme.

- Lis la plaque, lui dit Juvia.

Gray se recula, et découvrit alors la plaque de bronze fixée sur le socle. Il lut les inscriptions à voix haute :

- « À Aguacero III, la cité-État de Grand Chêne, à jamais reconnaissante. Le sauveur de l'Arbre. Roi du Nord. » Ma parole, c'est ton ancêtre !

- C'est mon ancêtre, exactement. Juvia a beaucoup réfléchi.
Le changement de mode entre deux phrases perturba Gray, mais il continua d'écouter attentivement.

- Il a sauvé cette ville des flammes à l'époque où le roi de Captio y trônait encore, pour se voir attaquer par ce même roi quelques années plus tard. Pour quelles raisons ? Pourquoi a-t-il agressé son saveur ?

- L'appât de la conquête. Au fond, c'est ce qui motive tout les souverains. Laisser derrière eux un royaume plus riche, plus prospère, et surtout, plus grand qu'à leur couronnement.

- Et cet ancêtre, pourquoi a-t-il aidé le royaume voisin, tout en sachant pertinemment qu'une attaque était tout à fait possible ?

- Peut-être ne s'en doutait-il pas. Ou bien, peut-être était-il doté d'une grandeur d'âme insondable, pour les gens de notre époque.

- Juvia doit savoir. Le roi était déjà malade, à l'époque où … Où les parents de Juvia sont morts … C'était peut-être un ordre des militaires. Juvia ne sera tranquille que lorsqu'elle saura. C'est pour ça, qu'elle veut aller à la capitale.

- Ainsi donc, c'est dans un intérêt purement personnel ?

- Juvia veut quand même faire son possible pour protéger Fiore. Neit a dit que les militaires préparaient une attaque. Juvia ne pourrait plus jamais se regarder dans une glace, si elle ne faisait rien contre ça.

Gray se tut à son tour. Visiblement, Juvia se raccrochait à l'espoir de pardonner. Et il admirait cette détermination, car il n'avait jamais songé à ça. Là où sa haine envers Deliora l'avait longtemps empêché d'avancer, Juvia, elle, se focalisait sur l'avenir. Et puis, de toute manière, c'était ça, qui les unissait : le désir de rattraper dans le futur ce qu'ils avaient perdu dans le passé.

Gray vint se rasseoir à côté de Juvia. Ils mangèrent chacun leur caramade frank en silence. Puis, une fois fini, ils restèrent assis, à contempler le mouvement des feuilles, loin au-dessus d'eux. Les passants les ignoraient et ils ignoraient les passants, comme si deux univers s'étaient approchés sans se voir, séparés seulement d'une mince plaque de verre. Gray se laissa aller, et s'allongea sur le socle de la statue, posant sa tête dans le giron de Juvia. Elle posa une main sur le front de Gray, et lui caressa lentement les cheveux. Son autre main tenait celle que Gray lui donnait.

Gray était confortablement installé. Il avait un angle de vue peu commun sur les rondeurs de la poitrine de sa bien-aimée, ce qui lui occupait l'esprit. Même si, en l'occurrence, son esprit n'était pas très occupé : dans ce genre de moments de détente avec Juvia, il ne pensait à rien. Son rythme cardiaque égrenait le temps, avec neutralité. Paradoxalement, il ne se sentait jamais plus vivant que dans ces moments. Parfois, il regrettait de n'avoir jamais sauté le pas plus tôt. Mais le passé était le passé, et ce qui comptait désormais, c'est ce qui se présentait devant eux : le futur. Ils en avaient beaucoup rêvé, depuis qu'ils partageaient leur vie. Acheter une maison, faire le tour de Fiore en moto. Avoir des enfants, vieillir ensemble. Mais la vie d'un mage n'était jamais assurée. Combien de fois avaient-ils risqué leur vie, en travaillant pour la guilde ? Ils avaient cessé de compter depuis bien longtemps. Ils pouvaient tout aussi bien mourir dans une semaine, que dans soixante-dix ans. Cela ramena à l'esprit de Gray ses pensées à propos de l'opération supervisée par Neit. C'était une belle illustration du propos sur la longévité des mages. Et dans le cas présent, il comptait profiter au maximum de la semaine qui les séparaient de la mission fatidique.

- Juvia ?

- Gray ?

- Promets-moi de pas mourir, pendant la mission.

- Juvia n'a pas prévu de mourir avant d'avoir eu au moins trois enfants.

- À vrai dire, moi non plus. Mais, on ne sait pas ce qui peut nous arriver. On peut très bien tomber sur plus fort que nous.

- Juvia n'a pas envie d'y penser.

C'était encore quelque chose chez Juvia qui forçait Gray à une admiration totale. Pour elle, jamais le verre n'était à moitié vide : il était toujours à moitié plein.

Quelque chose de froid toucha la joue de Gray. Il ouvrit les yeux. Un flocon de neige fondait sur sa joue. Il neigeait. Le monde s'était immobilisé autour d'eux, les passants s'étaient arrêtés. Tous regardaient en haut, inquiet. Il était très rare que la neige atteigne le sol de Grand Chêne, car elle était en général stoppée par le feuillage de l'arbre-guilde. Mais en l'occurrence, il neigeait bel et bien sur Grand Chêne.

Ils restèrent ainsi une bonne heure, assis sur le socle de la statue. Comme la lumière déclinait, ils se décidèrent à quitter l'endroit pour retourner à la chaleur de la guilde. En se levant, Gray attira Juvia à lui en la saisissant par les hanches, et l'embrassa. Ses lèvres avaient encore le goût du caramel.

Quand ils arrivèrent à la guilde, leur retour fut remarqué.

- J'étais sur le point de partir à votre recherche, dit Tengaro au bar, lorsqu'ils le rejoignirent.

Il n'avait pas du tout l'air d'être sur le point de partir dehors, mais au moins, il avait une bonne intention.

- Tu n'as pas l'air de travailler beaucoup, si je peux me permettre, fit remarquer Gray en s'installant.

- Si ça ne tenait qu'à moi … Ça fait deux semaines que Blueberry, Kisima et moi-même, on est coincés à la guilde. Le maître ne nous laisse prendre aucune mission.

- Pourtant, Kisima …

- Quand elle est venue vous chercher, c'était pas vraiment une mission. Plutôt une course pour le maître. Sinon, ça fait deux semaines qu'aucun de nous trois est parti en mission. Et on se fait chier profondément, crois-moi. Je crois que le maître va encore nous faire participer à une de ses magouilles avec les révolutionnaires de Kaer Ys.

Gray et Juvia se turent, car ils ne savaient pas s'il était sage d'en dire plus.

Neit ne tenta pas de les contacter. Ils occupèrent le temps qu'il restait avant le dîner à retourner à la bibliothèque. Juvia s'efforça de trouver des lectures plus concises sur l'histoire du Draupnir, et Gray prit plaisir à reprendre sa lecture du bestiaire mythologique du pays.


Après le dîner (qui fut, comme d'habitude, très nourrissant), le groupe joua aux cartes jusqu'à au moins vingt-deux heures. Puis, une fois qu'il fut temps d'aller se coucher, ils se levèrent tous, rangèrent le matériel de jeu, et prirent la direction de l'escalier. Au moment d'entrer, Juvia retint Gray, et le poussa contre le mur.

- Minuit dans l'infirmerie … Juvia sera à l'heure, alors Gray a intérêt de l'être aussi ! Lui dit-elle, à voix basse.

Gray, qui ne comprit pas tout de suite de quoi il en retournait, lui répondit avec assurance quand il comprit :

- Je serai à l'heure, ne t'en fais pas.

Puis, ils s'engagèrent dans l'escalier, et rejoignirent leurs hôtes respectifs.


Une fois dans sa chambre, Gray s'étala sur le lit, en ayant juste enlevé son tee-shirt. La journée avait été longue, et la nuit promettait de l'être tout autant. Les mains sous la tête, il regardait le plafond, pensif. Tengaro et Blueberry se couchèrent en silence.


Juvia passa un long moment dans la petite salle de bain de la chambre, pour s'assurer d'être la plus présentable possible. Elle avait parfaitement conscience que cela ne servirait pas à grand-chose, étant donné qu'elle comptait aller se coucher avant le rendez-vous. Mais, Gray méritait bien un peu d'attention. Quand elle sortit, après avoir enfilé , Kisima la regarda d'un air intrigué. Visiblement, la chasseuse de dragons se doutait de quelque chose, mais elle gardait ses suspicions par-devers elle.

Après s'être glissée sous les draps et avoir fermé les yeux, Juvia tenta tant bien que mal de s'endormir. Mais le sommeil ne lui venait pas, et elle ne parvenait pas à chasser de son esprit les pulsions qui l'assaillaient. Elle maudissait les conditions d'hébergement. Sans cela, les pulsions n'auraient pas eu lieu d'être : elles auraient été assouvies bien avant. Elle se tourna et se retourna de nombreuses fois, tentant désespérément de s'endormir. Mais elle ne parvint pas à fermer l'oeil jusqu'au moment fatidique. Kisima dormait (ou du moins, semblait dormir), et le silence était total dans la pièce. Discrètement, Juvia se glissa hors du lit, et marcha jusqu'à la porte sur la pointe des pieds. La porte grinça très faiblement quand elle l'ouvrit, ce qui la fit frissonner. Mais Kisima n'eut aucune réaction. Alors, enhardie, elle continua sa progression. Le long couloir était faiblement éclairé par les lampes magiques fixées au mur, mais l'avancée ne posa aucun problème. Une fois dans le grand escalier, elle descendit pas à pas. Elle tremblait comme une adolescente en train de faire le mur à l'internat pour rejoindre son amoureux. Dans les faits, la situation était très proche, même si elle n'était plus une adolescente. Comme attendu, elle ne rencontra pas âme qui vive sur le chemin, et la porte de l'infirmerie n'était pas fermée. Elle s'y glissa comme une ombre, et atteignit la pièce. Il y faisait noir comme dans un four, et il n'y avait personne. Alors, elle déposa sur une table proche ce qu'elle avait pris avec elle : une minuscule lacrima lumineuse, de la taille de l'ongle du pouce. Le cristal émettait une faible lueur, mais dans l'obscurité la plus totale, cette faible lueur devenait une lumière réconfortante. Elle s'assit sur la table et commença à attendre, les jambes battantes comme une élève impatiente de sortir.


Gray se réveilla en sursaut. Il avait prévu de veiller jusqu'à l'heure fatidique, mais le sommeil l'avait attrapé avant. Il se redressa d'un mouvement brusque, et chercha des yeux les aiguilles phosphorescentes du réveil-matin qui officiait dans la pièce. Il était près de minuit cinq. Affolé, il se leva, enfila rapidement une chemise qui traînait au pied de son lit, et quitta la chambre à grandes foulées. Il ne rencontra personne, en chemin. Il se trompa de porte dans un premier temps, et atterrit dans le cellier. Il trouva la bonne porte au deuxième essai. Il s'immobilisa en découvrant la lueur qui venait de l'infirmerie. Puis, il pensa que c'était sans doute Juvia. Il s'avança timidement. Telle une apparition, Juvia jaillit devant lui. Elle l'avait entendu arriver, et s'était tenue prête à sauter de la table devant lui.

- Gray est en retard, dit-elle avec un regard malicieux.

- Désolé, je m'étais endormi …

Sans attendre, Juvia le saisit par le poignet, et l'attira en direction du lit le plus proche. Elle ôta la chemise du jeune homme, puis, sans le quitter des yeux, déboutonna sa braguette et fit glisser son pantalon sur ses chevilles. Puis, dans un dernier geste, elle passa ses doigts sous l'élastique du caleçon du jeune homme, et le dénuda totalement. Gray prit alors le relais. Il saisit la nuisette de Juvia par l'ourlet, et fit lentement remonter l'habit. Il le passa par-dessus les bras de la jeune femme. À demi-surpris, il constata qu'elle n'avait pas mis de culotte en-dessous. Comme ils étaient tout les deux nus, ils s'allongèrent sur le lit, qui était à peine assez large pour deux personnes, et commencèrent à s'amuser en faisant courir leurs mains sur le corps de l'autre. Ils finirent par se chatouiller, d'abord aux points sensibles, puis à des endroits connus d'eux seuls. Cela provoqua l'émoi de Gray, ce que Juvia remarqua aussitôt. Elle prit l'ascendant sur lui et, tout en occupant sa bouche avec la sienne, commença à lui prodiguer un traitement qu'il appréciait. Gray se laissa aller les premiers instants, avant de se reprendre, et de rendre la pareille à Juvia. Cela dura une dizaine de minutes, avant qu'ils commencent à s'intéresser à d'autres manières de parvenir au même but.

Cela les occupa pendant un certain temps. Gray releva la tête d'entre les jambes de Juvia, et se remit à sa hauteur, avec l'intention à peine dissimulée d'en faire un peu plus. Au début, la jeune femme le laissa prendre place, jusqu'à ce qu'une étincelle de courage ne vienne enflammer l'idée qu'elle nourrissait depuis le début.

- Juvia a envie d'essayer quelque chose …

Elle repoussa Gray un tout petit peu, et l'invita à s'adosser contre le mur. Il obéit sans mot dire, et la regarda faire, curieux. Elle s'approcha de lui à genoux, avant de s'asseoir à califourchon sur ses cuisses, face à lui. Une main sur l'épaule de son bien-aimé, et de l'autre, elle le guidait entre ses jambes. Elle s'avança tout doucement, le faisant entrer de quelques centimètres.

- T'es sûr que ça peut se faire, comme ça ? Dit Gray, qui n'essayait même pas de cacher son désaccord.

- Juvia veut au moins essayer …

Elle continua lentement ses essais.

- Je suis pas là pour servir de cobaye, dit-il après quelques minutes pendant lesquelles Juvia avait continué ses petits mouvements de hanches en quête du positionnement idéal.

- Laisse-moi f … Commença Gray.

Mais il n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase : Juvia l'embrassa, et commença à imprimer un rythme régulier à ses mouvements de hanche.

- Putain, ouais … Soupira Gray, après le baiser.

Il laissa ses mains errer dans le dos de Juvia, avant de les placer sur ses hanches, l'accompagnant dans ses mouvements. Il se sentait comme lorsqu'ils avaient sauté le pas pour la première fois, lors de laquelle il n'avait pas tenu plus de quelques minutes.


Gray sentait sur son épaule droite le souffle brûlant de Juvia. Elle était toujours assise sur lui, et il n'avaient pas bougé depuis plus de cinq minutes, depuis que Juvia avait joui. Rarement l'amour n'avait été si bon, pour eux. Gray s'était même surpassé en termes d'endurance, là où d'ordinaire, le temps qu'il mettait pour jouir était inversement proportionnel au laps de temps depuis le dernier ébat. Ce que Juvia n'avait pas manqué de lui faire remarquer. Au total, ils avaient réussi à tenir près de quinze minutes.

- Si on m'avait dit plus tôt que l'abstinence n'a pas que du mauvais … Soupira Gray.

- Juvia est fatiguée … murmura-t-elle dans un souffle.

- Pas étonnant, c'est toi qui a tout fait, cette fois-ci.

Il ajouta, à voix basse :

- Et tu veux que je te dise ? Au départ j'étais pas convaincu, mais au final, c'est sacrément bon. Je devrais te laisser faire plus souvent.


- Juvia a envie de recommencer, déclara-t-elle quelques minutes plus tard, alors qu'ils s'étaient allongés côte à côte.

- Je sais pas trop si je vais pouvoir maintenant, répliqua Gray.

- Juvia sait que Gray a envie de recommencer, murmura-t-elle en effleurant la raideur du jeune homme.

Elle remua à côté de lui. Il allait protester, quémander encore quelques minutes de récupération, mais les mots restèrent dans sa gorge lorsqu'il sentit la bouche de Juvia l'envelopper à l'extrémité sensible.