Contact

par Linksys

Chapitre 23 : Contact


Le choc se ressentit jusque dans le hall de la guilde, dont les occupants crurent à un séisme.

- Voyons voir lequel des deux est à terre, dit Neit, lorsque la vision se rétablit.

En effet, au moment du contact, un vaste nuage de gouttelettes d'eau avait obstrué la vision des spectateurs, aussi bien par la lacrima que par les murs magiques. De tout son cœur, Gray priait pour que ce soit Juvia, la dernière debout. Les mots lui manquèrent, quand la silhouette de Tengaro apparut dans la brume qui retombait. Le jeune homme, à en juger par sa posture, avait encaissé une attaque très sévère : son bras droit pendait, et il était couvert d'égratignures plus ou moins sévères, et il était essoufflé.

- L'issue n'est pas celle que … Commença Neit.

Il s'interrompit car, au même moment, Juvia jaillissait de la brume. Elle portait également les stigmates de l'assaut, mais dans une moindre mesure. Ses vêtements trempés lui collaient au corps, et le sang qui coulait des blessures qu'elle avait sur les flancs tâchait son chemisier.

- Ça ne devait pas se passer comme ça, protesta Tengaro, toujours mal en point. Tu ne peux pas contrôler l'eau de la mer !

- La preuve que si, répondit Juvia en s'avançant vers lui. Tu devrais abandonner.

Tengaro recula de quelques pas, pour conserver le même écart.

- Feu du dragon océanique ! S'écria-t-il.

Il tendit sa paume gauche vers l'avant, et Juvia aurait juré avoir vu bouger les mâchoires du dragon tatoué. Le torrent d'eau qui l'enveloppa était bouillant. Mais, loin d'être aussi bouillant que ce dont elle était capable. Concentrant toute sa force magique, elle arracha à Tengaro le contrôle de l'eau. Restant un instant dans la masse aquatique, elle en fit augmenter la chaleur presque jusqu'à l'ébullition. Alors, elle retourna l'attaque à l'envoyeur, avec un surcroît de force.

- Ce n'est pas une défaite dans un duel qui te fera perdre Kisima ! S'exclama-t-elle avec conviction, comme son attaque portait.

La nouvelle mention de la chasseuse de dragons arctiques eut raison de la volonté du chasseur de dragons océaniques. Cette attaque fut la dernière qu'il encaissa, et elle le laissa sur le dos, les bras en croix, haletant.

- J'ai perdu … Souffla-t-il. Tu contrôles l'eau beaucoup mieux que moi …

Juvia regarda le ciel bleu, au-dessus d'elle, commencer à s'estomper pour laisser place à la salle d'entraînement.

- Beau combat ! S'exclama Neit, de là où il était.

Elle se retourna vers Tengaro, qui se relevait tant bien que mal. Aucun des deux ne s'était battu à pleine puissance, mais le chasseur de dragons était tout de même bien abîmé. Les égratignures que Juvia avait reçues saignaient toujours un peu. Elle aida son adversaire à se relever. Une fois debout, il la dominait de toute sa taille. S'il n'était pas plus grand qu'Elfman, peu s'en fallait. Avec étonnement, Juvia constata qu'il changeait lentement de couleur. Enfin, le terme n'était pas exact, elle s'en rendit compte en reculant : en réalité, c'étaient les habituels habits noirs du jeune homme, qui se matérialisaient directement sa personne.

- J'ai appris la magie de transformation quand j'étais gamin, avant d'apprendre la magie du chasseur de dragon. À l'époque, je pouvais me transformer en ce que je voulais. Mais maintenant, à peine si j'arrive à changer la couleur de mes cheveux. Au moins, j'arrive toujours à faire apparaître mes vêtements.

Les deux combattants retournèrent en direction de la lacrima de contrôle.

- Beau combat, répéta Neit. C'était très enrichissant.

Gray avait ouvert les bras pour accueillir Juvia, mais elle se jeta sur lui avec tant d'enthousiasme qu'elle faillit les envoyer rouler au sol tous les deux, et lui coupa le souffle.

- Juvia a gagné ! S'exclama-t-elle, avec l'entrain d'une fillette venant de gagner à la loterie.

- J'ai vu ça, répondit Gray avec fierté.

Cependant, Juvia releva le visage, et observa avec inquiétude ce qui allait se passer entre Kisima et Tengaro. Le chasseur de dragons océaniques la regarda d'un air absolument désolé, ce à quoi la chasseuse de dragons arctiques ne répondit même pas. Elle le regardait simplement, comme pour dire « que tu aies gagné ou perdu, ça m'importe peu ».

- Bon ! S'exclama Neit en se frottant les mains.

L'ambiance était au plus mal, aussi s'était-il mis en tête d'y remédier.

- Le prochain combat aura lieu dans une ou deux heures, le temps que vous récupériez. Vous voulez remonter pour manger quelque chose ?

- C'est pas de refus, dit Gray.

Juvia, elle, était toujours à observer l'évolution de la situation entre les deux chasseurs de dragons. Leur situation lui rappelait beaucoup trop la sienne il y a encore quelques mois, pour qu'elle puisse laisser cela se dérouler sous ses yeux, et ne rien y faire. Elle se promit de parler à Kisima, le soir venu. Tengaro et Neit leur emboîtèrent le pas quand ils quittèrent la salle.

À peine étaient-ils arrivés dans le hall, qu'Elia s'approcha d'eux. Comme elle avait fini la préparation pour le déjeuner, elle pouvait faire ce que le maître lui avait demandé.

- Suivez-moi, dit-elle à Gray et à Juvia. Je vais vous examiner, avant le prochain combat.

Elle invita les deux jeunes gens à faire le tour du comptoir. Ils se levèrent, laissant Kisima et Tengaro seuls au bar. Juvia en culpabilisait presque.

- L'infirmerie est ici, dit la barmaid, en désignant l'une des portes qui se trouvait derrière le comptoir.

Cette porte donnait sur un autre couloir, semblable à celui qui donnait sur la salle d'entraînement. La pièce qui se trouvait au bout était assez vaste, et une dizaine de lits séparés par des rideaux étaient poussés contre chaque mur. Il y avait également une table d'auscultation à droite de l'entrée, ainsi que quelques chaises en bois.

- Je sais que c'est un peu tard pour s'en soucier mais, rien eu de cassé ? Demanda la barmaid, qui visiblement possédait également la qualification d'infirmière.

- Moi, rien, répondit Gray en croisant les bras.

- Juvia a eu plusieurs égratignures, mais elles ont cicatrisé presque aussitôt, dit la jeune femme avec embarras.

- C'est justement à ça que je pensais, répondit Elia. Retire ta chemise, on va voir ça.

- Juvia va très bien ! Protesta la jeune femme.

- Tu n'irais très bien que lorsque je me serai assurée qu'il n'y a rien de grave.

Juvia commença à rougir. Elle ressentait toujours une gêne étouffante lorsque Gray la voyait plus découverte que d'habitude, même après tout ce qu'ils avaient fait ensemble. Gray tentait de se donner un air plus mature en soutenant le spectacle qui s'offrait à lui, mais dès que Juvia eut fini de déboutonner sa chemise (Elia s'empressa d'inspecter les égratignures qu'elle avait ça et là), il fut attaqué par les souvenirs de leurs derniers ébats, qui avaient eu lieu plusieurs jours plus tôt. Il résistait assez bien au début, mais dès qu'il repenser à ce que Juvia lui avait fait avec sa bouche, il sentit son visage le brûler. Il finit par capituler, et détourna les yeux (à regret).


- Il n'y avait rien de grave, déclara Elia, après quelques minutes d'examen.

Juvia se releva de la table d'auscultation, enfilant le chemisier tout neuf qu'Elia lui avait donné en remplacement de celui qu'elle avait abîmé lors de son combat.

- C'était bien la peine d'en faire tout un plat, maugréa Gray, qui n'avait pas apprécié d'être soumis à une telle épreuve de volonté pour si peu.

- La magie de Tengaro peut être très dangereuse, pour les mages n'y étant pas habitués. J'ai déjà soigné certains mages de la guilde qui avaient voulu le défier pour se tester. L'un d'eux avait deux côtes cassées, et un hématome de la taille d'un pamplemousse sur le ventre. Il a vite guéri, mais ce n'était pas amusant à vivre.

Juvia et Gray se regardèrent, étonnés.

- Tengaro a passé une semaine à s'excuser, après ça, ajouta la barmaid en souriant, comme s'il s'agissait pour elle d'une anecdote amusante. Allez, à ton tour.

- Je vais très bien, se défendit Gray. Allez, Juvia, on remonte.

Avec empressement, il saisit Juvia par le poignet, et tenta d'atteindre la porte de sortie. La voix d'Elia résonna dans son dos, impérieuse :

- J'ai dit : « à ton tour ».

Gray tenta d'avancer, mais ne pouvait plus. Il était bloqué sur place.

- J'en ai pour un instant, dit Elia, avec une expression lassée.

Gray regarda Juvia avec des yeux suppliants, comme s'il voulait qu'elle intervienne à sa faveur. Mais elle n'en fit rien. Si jamais Gray avait vraiment quelque blessure que ce soit, il fallait immédiatement s'en occuper. Et puis, même si elle n'avait fait que déboutonner son chemisier pour en changer, Gray avait tout de même profité du spectacle. Pourquoi s'en priverait-elle ?

- Allez, répéta encore une fois Elia.

Gray capitula. Il retourna jusqu'à la table d'auscultation, sur laquelle il s'assit. Il ôta sa veste et remonta son tee-shirt jusqu'au dessus de son tatouage de Fairy Tail. Juvia détourna le regard en se cachant les yeux. Depuis que sa relation avec Gray était devenue très intime, elle était de nouveau victime des pudibonderies qu'elle avait connu au début, et qui la faisaient rougir pendant de longs moments. Elia remarqua la cicatrice qu'il avait du côté gauche, et voulut en connaître l'origine.

- Oh, ça remonte à quelques années. Pendant une mission, je suis tombé sur un mage, disons … Assez tenace.

- C'est tout ce que je voulais savoir. Bon, tu n'as pas l'air d'être bien abîmé, tu es en état pour le prochain combat. Allez, remontez là-haut et reprenez des forces avant la suite.

Elle les chassa à grands gestes.

Alors qu'ils étaient dans l'escalier, Gray s'arrêta, et regarda Juvia. Sans rien dire, il la poussa contre la paroi de pierre, et l'embrassa rapidement.

- Ça m'avait manqué, dit-il pour se justifier.

- Ça manque beaucoup à Juvia, répondit-elle.

- J'ai hâte qu'on parte d'ici.

- Pourquoi ?

- Parce que j'ai du mal à dormir, sans toi.

Juvia n'arrivait pas à démêler de s'il s'agissait d'une tentative de romantisme misérable, ou si Gray était véritablement incapable de dormir sans elle. La vérité tenait un peu des deux. Pour être exact, comme Gray s'était habitué à dormir avec Juvia, se retrouver seul à nouveau le perturbait. Et puis, cela ne leur laissa aucune occasion de s'amuser.


Il s'avéra qu'aujourd'hui, Kisima était d'humeur à tolérer la présence de Tengaro à proximité. En effet, quand ils émergèrent de l'escalier de l'infirmerie, Gray et Juvia les virent assis l'un à côté de l'autre au bar, absorbés dans une discussion très vive. Juvia nota immédiatement que Tengaro se gardait bien de jeter le moindre regard à Kisima.

- Ah, les voilà, dit Kisima, en voyant le jeune couple surgir de l'escalier.

- Rejoignez-nous ! Renchérit Tengaro, en levant les yeux.

Gray et Juvia firent le tour, et vinrent s'asseoir à côté d'eux.

- Rien de cassé ? Demanda le chasseur de dragons océaniques.

- À priori, rien, confirma Gray.

- Au fait, commença Juvia. Kisima, bravo pour ta victoire.

La chasseuse de dragons arctiques regarda la jeune femme avec un air étonné, puis se reprit avant de dire :

- Bravo à toi aussi. Il faut être fort, pour vaincre Tengaro sur son propre terrain.

L'évocation de la défaite fit s'affaler le jeune homme.

- Par pitié, ne remue pas le couteau dans la plaie …

Gray se sentait d'une certaine connivence avec le chasseur de dragons. Ils avaient tout les deux perdu leur duel.

- Bah, c'est que des duels pour se tester, dit-il afin de détendre l'atmosphère. Si nous avions été ennemis, l'issue aurait été différente, je pense.

- Gray pense que Juvia aurait perdu, c'est ça ? S'enflamma Juvia, outrée de l'affront.

- Mais … Je … C'est pas ce que je voulais dire ! Protesta Gray.

- Gray n'a aucune confiance en Juvia … commença-t-elle à sangloter.

Gray ne savait que faire. Alors, maladroitement, il prit Juvia dans ses bras.

- Pardonne-moi, c'est pas ce que je voulais dire …

Après quelques minutes d'explications, Juvia redevint aussi radieuse qu'avant, et inonda Gray de son amour. Tengaro, la tête posée sur la main gauche, regardait la scène de ménage en silence. Dans un sens, il était content de ne pas avoir une telle relation, avec Kisima. Lorsqu'il s'aventura à regarder dans sa direction, elle s'empara de son verre et le siphonna en quelques gorgées, pour se donner l'air innocent.


Alors que Tengaro racontait au petit groupe la fois où il avait failli devenir chauve à cause de l'explosion d'une boutique de potions en plein centre de Grand Chêne, Juvia surprit un événement d'une rareté incommensurable. Kisima était en train de sourire. Comme Tengaro lui tournait le dos pour faire face à son auditoire, elle n'avait pas à affronter le regard du jeune homme, qui la mettait très mal à l'aise. Et elle était en train de sourire, en écoutant ses mésaventures, bien qu'elle ait dû les entendre une cinquantaine de fois dans sa vie. Décidément, Kisima était vraiment une personne étrange, aux yeux de Juvia.

Ils continuèrent à discuter pendant de longues minutes, jusqu'à ce que Neit ne s'invite au bar.

- Je pense qu'il est temps, non ? Dit-il, à l'attention de Gray et Juvia. Vous êtes prêts pour le dernier affrontement ?

- Oui, répondit Juvia avec confiance.

- On l'est, renchérit Gray. Qui sera l'adversaire ?

- Je pense que vous vous en doutez déjà, répondit Neit.

Gray regarda Juvia, mais elle ne dit rien, car elle avait déjà une idée très précise sur l'identité dudit adversaire. Ils quittèrent le bar, et suivirent le maître jusqu'à la porte du cellier. Ils sentaient dans leur dos les regards des mages ayant parié sur l'issue du match. Tengaro et Kisima, après s'être concertés tacitement, se levèrent et suivirent la procession.

La grande salle d'entraînement était impeccable, comme s'il ne s'y était rien passée auparavant. C'était assez bluffant, du moins pour Gray et Juvia, qui n'étaient pas habitués à ce genre de magie.

- Comme je vous l'ai dit, vous combattrez ensemble le chasseur de dragons désertiques.

- Il doit être fort, observa Gray.

- Pas vraiment plus que Tengaro ou Kisima. Mais il a une bien meilleure maîtrise de son élément, et surtout … Il sait comment gérer l'eau et la glace, lors d'un combat. C'est un adversaire de valeur. Et puis, voir deux mages intimement liés se battre ensemble est une expérience enrichissante pour tout mage qui se respecte. Le travail d'équipe est souvent ce qui fait défaut, lors d'un échec. Prenez place au centre de la pièce.


Main dans la main, Juvia et Gray avancèrent d'un pas ferme vers le milieu de la pièce. Une fois encore, la magie fit son effet. Après un court vertige, lorsqu'ils rouvrirent les yeux, ils se trouvaient dans un environnement totalement inconnu. Le sol était rouge vif, et un coup de pied indiqua à Gray qu'il s'agissait de sable - ou de poussière. Le relief était assez vallonné. Sur leur droite, se dressaient de hauts arbres droits, majestueux, à l'écorce grise et aux feuilles vert vif. Sur leur gauche, s'étendait un vaste désert aussi rouge que le sable de la forêt, parsemé ça et là de buissons aussi verts que les feuilles des arbres qui les entouraient. Devant eux, à une cinquantaine de mètres, un affleurement rocheux, rouge également, déchirait le sol en s'élançant vers le ciel. C'est alors qu'une musique étrange attira leur attention. Le son venait du piton rocheux.

- C'est quoi, ce … Commença Gray, sur le qui-vive.

- Allons voir, dit Juvia en s'avançant.

Sa curiosité l'emportait sur tout principe de précaution. Gray n'eut d'autre choix que de la suivre. La musique était étrange, et ne comportait que quelques notes, qui alternaient selon un rythme irrégulier. La sonorité en elle-même était parfois rauque, souvent gutturale, et évoquait parfois un écho étrange. Le son s'intensifiait comme ils s'approchaient de sa source. Ils la découvrirent dans un petit creux au pied du piton, entre deux arbres. À mesure qu'ils approchaient, la musique et le rythme allaient crescendo, avant de stopper net quand ils découvrirent qui jouait de la musique.

- Je vous attendais.

Blueberry, assis en tailleur, se leva. Il posa contre la paroi rocheuse un long tube noir, jaune et rouge, qui était selon toute vraisemblance l'instrument responsable du son étrange. Il ne portait qu'un pagne d'étoffe rouge, dont pendaient des fils chargés de coquillages, et sa peau noire était parcourue de traces blanches, de la peinture. Il en avait sur les cuisses et sur les bras, ainsi que sur le visage, des motifs guerriers sensés inspirer la terreur. Le contraste était saisissant.

- Que pensez-vous de la musique que je jouais ? Demanda-t-il aux deux jeunes gens.