Emotion

par Linksys

Chapitre 21 : Emotion


Les rêves de Gray furent peuplés de visions plaisantes, la plupart concernant Juvia plus ou moins habillée, et dans des positions plus ou moins suggestives. Il avait cessé d'en être victime depuis qu'il avait compris qu'assumer son attrait pour Juvia était plus productif que de se cacher. Mais, avant cela, il avait longtemps subi ces visions nocturnes. Lorsqu'il se réveilla, il eut le réflexe d'étendre le bras sur la gauche, là où Juvia aurait dû se trouver. Tout ce qu'il obtint, fut de se heurter le coude contre le mur, précisément au niveau du nerf.

- Tiens, bah te voilà réveillé, observa Tengaro, depuis son propre lit.

Torse nu, il portait juste le pantalon de la veille, et toujours ni chaussettes ni chaussures. Allongé sur son lit, les mains croisées derrière la tête, il fixait le portrait de Kisima, l'air absent. Gray se redressa, encore hébété.

- J'ai perdu à la courte-paille pour te servir de guide, déclara-t-il.

D'un mouvement habile de jambes, il se redressa sur son séant. Dans le mouvement, Gray aurait juré avoir vu ses tatouages bouger. Mais il en avait tellement.

- Pourquoi t'as autant de tatouages ? Demanda-t-il alors, sans cérémonie.

- C'est la fierté de mon peuple, déclara Tengaro. C'est notre culture. Je suis né à Rapa'nui, dans les mers du sud. Là-bas, ces tatouages sont la marque des guerriers.

Il présenta son bras gauche à Gray, sur lequel était tatoué un dragon, qui s'étendait du muscle deltoïde à l'articulation du poignet.

- Et ça, c'est Tangaroa, le dieu des océans. Il veille sur mon peuple depuis la nuit des temps, ainsi que sur tout les peuples de la Grande Rapa.

- Votre dieu est un dragon ?

Tengaro haussa les épaules.

- On ne sait pas. Personne n'a jamais vu de dieu, après tout, ce qui ne nous empêche pas de croire en lui. Mais les dragons …

Il se leva, et enfila un tee-shirt. Gray sortit alors du lit, et commença à s'habiller.


Pour Juvia, la nuit ne fut pas aussi calme. Elle eut beaucoup de mal à dormir, car elle s'était habituée à disposer du bras de Gray comme peluche. S'en trouver dépourvue la déboussolait autant qu'une enfant privée de son nounours, et elle s'était retournée plusieurs dizaines de fois avant de trouver le sommeil. Ça n'avait été que pour rêver de Gray l'embrassant dans le cou, et de plus en plus bas. Et puis, elle dormait dans la chambre d'une inconnue. Cela la mettait mal à l'aise. De plus, il s'agissait d'une inconnue très troublante. Pourquoi lui manquait-il une oreille ? Pourquoi était-elle si secrète ? Pourquoi rejetait-elle Tengaro avec tant de violence ? Ce dernier point était celui qui intriguait le plus Juvia. Une dague acérée ne lui aurait pas mieux percé les yeux que le trouble que Kisima ressentait en présence de Tengaro. Il y avait bien plus derrière tout ça qu'une simple absence de réciprocité.

Lorsque Juvia se réveilla, elle trouva Kisima assise sur son lit, en train de repriser avec grand soin une paire de chaussettes noires. Un rapide coup d’œil permit à Juvia de deviner que ces chaussettes n'étaient pas celles de Kisima : elles étaient beaucoup trop grandes pour appartenir à la jeune femme.

- Bonjour, dit-elle sans lever les yeux de son ouvrage.

- Bonjour, marmonna Juvia, en s'extirpant maladroitement du lit.

- Habille-toi, c'est bientôt l'heure du déjeuner.

Ce disant, elle rangea son ouvrage, et se leva à son tour. Elle avait revêtu des habits simples, similaires à ceux de la veille. Et elle n'était pas très loquace. La veille, Juvia avait tenté d'aborder quelques sujets banals avec elle, sans succès. Les réponses évasives s'étaient rapidement changé en silence profond, et l'avaient totalement démotivée. Elle ne fut pas triste de quitter la chambre pour regagner la bonne ambiance qui régnait dans le hall.

Malheureusement pour elle, à cette heure de la matinée, seuls les mages résidants s'y trouvaient, c'est-à-dire pas plus d'une vingtaine de personnes. Elle chercha Gray des yeux, mais il n'était pas dans la salle. Déçue, elle suivit Kisima à la table où elle s'assit. L'instant d'après, une ravissante jeune femme s'approcha d'elles, un plateau dans chaque main.

- Vous avez bien dormi ? Demanda-t-elle aux deux jeunes femmes.

- Oui, répondit Kisima, en prenant le plateau qui lui était destiné.

La serveuse se tourna alors vers Juvia, en lui donnant le plateau restant.

- Tu aimes notre guilde, Juvia ?

- Euh … Oui, beaucoup, bredouilla-t-elle, troublée.

Les traits de la serveuse lui rappelaient fortement quelque chose, mais quoi, elle ne pouvait pas mettre le doigt dessus. Sa bouche forma plusieurs mots silencieux, si bien qu'on eut dit un poisson rouge hors de son bocal.

- C'est Elia, lui chuchota Kisima, après que la serveuse se fût éloignée.

Juvia regarda son interlocutrice, bouche bée, puis regarda la barmaid reprendre sa place, et préparer d'autres plateaux-déjeuner pour les mages résidents qui n'étaient pas encore descendus. À la réflexion, elle gardait un certain air de famille par rapport à son apparence de la veille. Mais il était dur d'accepter qu'une petite fille d'une dizaine d'années se transforme en une nuit en une jeune femme qui aurait fortement concurrencé la place de Mirajane pour la double-page centrale du Sorcerer.

- Quel âge a-t-elle, en réalité ?

- Je ne sais pas. On dit qu'elle était déjà membre à l'époque du neuvième maître.

Le regard de Juvia trahissait son incrédulité.

- Le dixième maître n'a pas officié très longtemps. À peine nommé, il a démissionné et nommé le onzième maître, que tu connais : Neit. Ça doit faire une quarantaine d'années qu'Elia fait partie de la guilde. Il y a une théorie qui court, parmi les jeunes membres de la guilde, selon laquelle elle serait en réalité le premier maître de la guilde, utilisant sans cesse sa magie pour garder un âge raisonnable.

- Elle aurait plus de trois cent ans ?

- C'est impossible. Personne ne peut vivre aussi vieux.

À peine eut-elle terminé sa phrase, qu'elle s'interrompit en plein mouvement pour saisir un croissant posé sur son plateau. Curieuse, Juvia chercha dans la salle la raison de cette réaction, et la trouva bien vite. Gray et Tengaro venaient d'entrer dans le hall, par la porte de la cage d'escaliers. Du bar, Elia les apostropha, pour qu'ils viennent prendre eux-mêmes leurs plateaux. Une fois leur pitance en main, ils regardèrent autour d'eux, en quête d'un endroit où s'assoir. Tout naturellement, Gray croisa le regard de Juvia, et ses pas le dirigèrent automatiquement vers elle, comme s'il n'avait pas existé d'autre option possible. Tengaro le suivit, ne remarquant la présence de Kisima qu'au dernier moment. Cependant, il fit comme si de rien n'était, et Kisima tout autant. Juvia, qui était assise en face d'elle, remarqua cependant la nervosité qui animait désormais les gestes de son hôte. D'ordinaire si calme et posée, elle fit tomber sa tasse sur le sol quand Tengaro recula la chaise pour s'asseoir à côté d'elle (Gray ayant pris la place à côté de Juvia, c'était le seul endroit restant). Juvia ferma les yeux au moment de l'impact. Elle les rouvrit un instant plus tard, car il n'y avait eu aucun impact, aucun bruit de céramique brisée. Tout ce qu'elle vit, fut Tengaro en train de repositionner la tasse sur le plateau de Kisima, et celle-ci le visage penchée, fixant son plateau. Heureusement pour elle, ses longs cheveux noirs cachaient son visage : assise en face d'elle, Juvia percevait clairement la teinte cramoisie de ses joues, et son expression signifiant qu'elle aurait donné cher pour se trouver ailleurs. Elle n'était pas une grande psychologue, mais elle trouvait une telle réaction plutôt étrange, de la part d'une personne ayant été violente avec Tengaro, pas plus tard que la veille. La peau basanée du jeune homme contrastait avec le débardeur blanc qu'il portait, et qui laissait ostensiblement apparaître les tatouages qui lui couvraient les bras jusqu'aux poignets. C'étaient des tatouages tribaux composés d'entrelacements compliqués de formes géométriques, dont les motifs formaient bien souvent des animaux marins : requin-marteau, tortue, raie, et même un lézard … sur l'épaule gauche, la queue d'un étrange animal s'enroulait autour du symbole de la guilde. Juvia suivit des yeux la queue dudit animal, jusqu'à arriver à sa gueule, qui s'ouvrait grand autour du poignet gauche de Tengaro. Chaque mouvement de bras donnait à Juvia l'impression que l'animal bougeait. Ses pattes enserraient le bras du jeune homme, avant de laisser la place aux autres motifs tatoués à côté. Elle parvint à la conclusion qu'il s'agissait là d'un dragon.

Alors qu'ils achevaient de petit-déjeuner, ils furent rejoints par Blueberry, qui revenait de l'extérieur, enveloppé dans un grand manteau noir qu'il déboutonna en arrivant à la table. Il salua rapidement les mages attablés. Il s'approcha de Tengaro, et lui murmura quelque chose à l'oreille.

- J'arrive, déclara Tengaro en se levant.

Il enfila sa veste, qu'il avait laissée sur le dossier de sa chaise, et suivit Blueberry en direction du bar. Cela retira un gros poids des épaules de Kisima, qui put enfin se redresser. Comme ils avaient quasiment fini de déjeuner, ils se levèrent à leur tour, ramenèrent leur plateau, et attendirent au bar l'heure du rendez-vous, lequel rendez-vous était fixé à neuf heures.

Lorsqu'il fut neuf heures, Elia leur fit signe de passer derrière le bar. D'un geste habile du pied, elle ouvrit une large trappe dans le sol, qui donnait sur un large escalier de pierre, aux degrés polis par le temps et l'usage. Une rangée de lampes magiques éclairait la voie jusqu'au cellier, une dizaine de marches en contrebas. Ils s'y engouffrèrent tous. Au milieu des tonneaux de bière et desjambons séchés, les attendait Neit, les bras croisés.

- Vous êtes tous les trois là, parfait. Les deux autres chasseurs vous attendent déjà dans la salle d'entraînement.

- La salle d'entraînement ?

- Nous ne disposons pas de terrain en plein air suffisamment vaste pour s'entraîner sans risque, déclara le maître. Alors, les fondateurs de la guilde ont creusé une immense salle entre les racines du chêne, étudiée pour y pratiquer la magie. C'est là que vous affronterez les chasseurs de dragons.

Neit se leva de la caisse de bois où il était assis, et s'approcha du mur du fond. Il saisit un chapelet de saucisses pendu au plafond, et tira dessus. Une porte secrète s'ouvrit dans le mur.

- Si vous voulez bien me suivre, dit le maître en s'enfonçant dans l'ouverture.

Cela menait à un escalier semblable au précédent, qui débouchait sur un long couloir à l'ambiance feutrée. La moquette du sol absorbait les bruits de pas, et une lumière tamisée se dégageait des quelques lacrima installées au plafond. Des portraits se succédaient sur chaque mur.

- Les maîtres successifs de Forsaken Souls, déclara Neit, en arrivant à hauteur du premier tableau de la gallerie.

Tout ces mages avaient l'air respectable, observèrent Gray et Juvia. Ils avaient tous de longues barbes, et pour les femmes, des coiffures compliquées. L'avant-dernier tableau représentait même un maître aux cheveux bleus tenus en queue-de-cheval à l'arrière, et avec une courte barbe bleue. Le regard franc et bleu du personnage, et sa peau pâle, ne laissait planer aucun doute. Gray et Juvia restèrent devant ce tableau un court instant. Ils avaient tout deux reconnu le sujet, mais refusaient d'y croire.

- Cette barbe, ces cheveux … Commenta Gray, bouche bée.

- Il n'en a jamais parlé … Marmonna Juvia, une main devant la bouche.

Cela ne faisait aucun pli, le tableau du dixième maître de Forsaken Souls était clairement un portrait d'Aguacero. Chaque tableau surmontait une petite plaque nominative, où étaient inscrits les dates de naissance et de mort du maître, ainsi que ses dates de fonction. Il n'y avait que la date de naissance pour Aguacero, mais ses dates de fonction étaient accompagnées de l'heure précise. Ces dates de fonction indiquaient : 24 octobre X784 - 11h28 – 24 octobre X784 - 12h04.

- Très peu de temps, c'est vraiment très peu de temps, observa Gray, pour reprendre les dires de Kisima.

- Juvia ignorait que …

- Il y a encore tant et plus de choses que tu ignores, à propos de ton oncle, coupa Neit. Mais ce n'est pas le sujet, si vous avez des questions à son propos, posez-les lui directement.

Le couloir se terminait par une lourde porte de bois renforcée de métal.

- De l'autre côté de cette porte, de rudes combats vous attendent. Êtes-vous prêts ?

Gray chercha l'approbation dans les yeux de Juvia, qui la lui donna d'une pression de la main.

- Oui, répondirent-ils en chœur.

- J'ai déjà décidé de l'ordre des combats.

Ils entrèrent dans la pièce, qui était au moins aussi grande que la nef de la cathédrale de Kardia, bien que largement moins haute. Les murs circulaires faisait environ cinq mètres de haut, et étaient veinés par les racines de l'arbre géant.

- Cette pièce a été construite pour résister à la magie. Vous pouvez vous y battre sans craindre d'abîmer quoi que ce soit.

- Qui allons-nous affronter ? Demanda alors Juvia.

- Vous allez voir. Il y aura trois affrontements. Vous commencerez par affronter le chasseur de dragons qui a la même magie que vous. Ensuite, vous affronterez ensemble le chasseur de dragons désertiques. Commençons par le combat de Gray. Va au milieu de la pièce.

- J'affronte Kisima, c'est ça ?

À ce moment, Juvia se retourna. La chasseuse de dragons avait disparu.

- On ne peut rien te cacher ! S'exclama Neit, en s'approchant d'un piédestal près de la porte.

Une lacrima de la taille d'un melon couronnait le fameux piédestal. Juvia s'approcha également, restant à distance derrière Neit. Celui-ci toucha la lacrima du bout des doigts, et la magie s'enclencha. Une barrière magique s'éleva, séparant le centre de la pièce du reste. Il y avait environ deux mètres entre la paroi magique et le mur.

- Qu'est-ce que … Commença Juvia, qui s'inquiétait du sort réservé à Gray.

- Magie de virtualisation, dit Neit sans relever les yeux. Un combat en conditions réelles est plus intéressant qu'un combat dans une simple salle fermée.

Gray sentit la tête lui tourner. Pris de vertige, il ferma les yeux. Quand il les rouvrit, il avait de la neige jusqu'aux genoux, et un vent glacial lui léchait le visage. Il se trouvait au beau milieu d'une forêt de sapins enneigée. Il ne pouvait plus voir les murs de la pièce, comme s'il avait été transporté dans un nouveau monde.

- Juvia ! Neit ! S'écria-t-il, en avançant dans la neige.

Seul le sifflement du vent lui répondit. Il marcha quelques mètres dans la direction qu'il pensait être celle de sa bien-aimée, mais cela le fit simplement sortir du bois de sapins, dans une grande plaine recouverte de neige. Le blizzard l'empêchait de voir à plus de dix mètres.

- C'est la magie de la salle, dit alors la voix de Kisima, à quelques mètres sur sa droite. Un environnement tout entier est virtualisé, pour permettre de s'entraîner en conditions réelles.

- C'est toi, mon adversaire ?

- Oui, c'est moi ! Répondit Kisima avec fougue.

Cette fois, la voix venait de sa gauche. Faisant face à cette direction, Gray s'exclama :

- C'est l'honneur de ma guilde, qui se joue ici ! Ne t'attends pas à une victoire facile !

Alors qu'il ôtait le simple tee-shirt qu'il portait, quelque chose le fit frémir. À peine eut-il le temps de se mettre torse nu qu'il fit volte-face. Kisima avait jailli dans son dos, brandissant son harpon à la pointe en os blanc. Il avait réussi à intercepter l'arme en bloquant la pointe des deux mains, puis à la dévier. Mais l'origine du coup le perturbait. Alors seulement, le blizzard se calma, dégageant la vue. Kisima était là, tenant fermement son harpon à deux, à quelques mètres de lui. Elle avait remis son épais manteau blanc, donc la capuche bordée de fourrure dissimulait ses traits.

- Lances de glace ! Clama Gray, après une courte préparation magique.

Les piques fusèrent vers Kisima, qui esquiva sans aucun mal en roulant dans la neige. Remise sur pied, elle fondit sur lui tête baissée. Au moment où Gray s'apprêtait à bloquer une nouvelle fois la pointe acérée, Kisima baissa subitement son arme. Le harpon se planta dans le sol, et dans un mouvement parfait, la jeune femme s'envola, s'en servant comme d'une perche de saut. En l'espace d'un instant, elle s'était retrouvée derrière Gray. Celui-ci n'eut pas le temps de se retourner : un puissant coup entre les omoplates l'envoya rouler au sol, quelques mètres plus loin.

- Et tout ça, sans magie, déclara Kisima comme pour le provoquer.

Gray se releva, et commença à préparer un nouveau sort de glace. Mais une idée lui vint alors à l'esprit. S'il se jetait sur Kisima, il risquait fort d'être encore jeté à terre par un enchaînement similaire. Alors, il campa sur ses positions, prêt à jaillir au moindre signe de relâchement. Kisima avait bien compris le manège. Au bout d'une trentaine de secondes de duel de regard, elle tapa le sol gelé du bout de son harpon, et prit une grande inspiration d'air froid. Gray ne connaissait que trop bien cette technique. Un hurlement de dragon.

Pour Kisima, le moment était propice. Gray n'était pas en position d'attaque. Du moins, il ne le semblait pas. Elle ne connaissait ni l'Ice Make, ni les techniques qui en découlaient, et pour elle, Gray se tenait simplement en position de garde, prêt à contrer une attaque de corps-à-corps. C'est pour cela qu'elle avait préféré user de magie.

- Hurlement du dragon arctique ! Proféra-t-elle, avant de prendre une grande inspiration.

L'instant d'après, elle relâcha toute la tension magique accumulée dans ses poumons. Le hurlement enneigé lui boucha la vue, ce qui signifiait que Gray aussi avait la vue bouchée. Elle jaillit dans sa direction, sans lui laisser le temps de se remettre. Alors qu'elle était à quelques mètres de là où elle estimait la position du jeune homme, il y eut un bruit de glace brisée. Le nuage de neige commençait à retomber. C'est à ce moment que Gray en jaillit comme un diable d'une boîte, les deux mains jointes en avant. Il toucha Kisima au niveau du ventre.

- Geyser ! S'exclama-t-il, comme sa cible se retrouvait prisonnière d'une gerbe glacée.

Il se recula, satisfait de son œuvre. Il attendait surtout de voir comment Kisima allait s'en dégager, et il ne fut pas déçu. Quelques secondes après, la pointe en os, qui dépassait de la prison de glace, se mit à irradier un froid intense. La surface de la glace se craquela, et même Gray frissonna. Ce n'était pas un froid naturel. En un instant, Kisima brisa la coque de glace qui la retenait prisonnière.

- Plutôt intéressant, comme technique, dit-elle avec un sourire narquois.

Elle saisit son harpon à deux mains, le leva haut dans le ciel, et l'abattit sèchement sur le sol.

- Le vrai combat commence maintenant !