Coração Selvagem

par Linksys

Chapitre 20 : Coração Selvagem


- Puissants comment ? Demanda Gray.

- Assez puissants pour être les meilleurs de la guilde, excepté bien sûr les mages supérieurs.

- Les mages supérieurs ?

- L'équivalent du rang S dans ta guilde. Actuellement, Forsaken Souls compte quatre mages supérieurs, tous en mission loin d'ici.

- Qui sont les chasseurs de dragons ? S'enquit Juvia. Il y a Kisima, mais qui sont les deux autres ?

- Oh, vous le saurez bien assez tôt. De toutes manières, l'affrontement n'est pas prévu pour aujourd'hui. Vous allez rester à la guilde au moins une semaine, le temps de calmer le jeu, et surtout, le temps qu'on organise votre fuite plus au sud. Je demanderai à Elia de vous montrer où vous dormirez. Retournons dans le hall, il fait trop chaud ici.

Il invita ses invités à quitter la pièce. Alors que Gray se retournait en direction de la porte, cependant, un détail attira l'attention de Neit.

- Qu'est-ce que c'est, là, attaché à ta ceinture ?

- Ça ? Demanda Gray, en se retournant une nouvelle fois.

Il posait la main sur l'étui de Shangri-Lä.

- Oui, ça. Qu'est-ce que c'est ?

- Un cadeau, répondit Gray.

- Permets-moi de le voir.
Gray défit les attaches de cuir qui bloquaient le manche en bois précieux, et la lame sortit du fourreau dans un chuintement étouffé.

- Voilà un cadeau très précieux, observa le maître. Puis-je y toucher ?

Gray dissimula ses doutes, mais laissa tout de même faire Neit. Il aurait été plus suspect encore de lui refuser. Au moment où le maître toucha le manche de la lame, Juvia et lui eurent l'impression que le ciel leur tombait sur la tête. Les couleurs s'inversèrent en plusieurs flashes successifs. Cela cessa lorsque Neit rendit le kukri à Gray. Cela n'avait duré pas plus d'une seconde. Juvia était mal assurée sur ses jambes, et s'appuya sur Gray, pour se remettre du phénomène.

- Voilà un cadeau puissant, déclara Neit, avec un sourire entendu. Ce serait dommage qu'il tombe entre de mauvaises mains.

Alors que Gray remettait l'arme au fourreau, il ajouta :

- Ce gros truc en cuir ne te gêne pas, pour marcher ou te battre ?

- Un peu, avoua le jeune homme.

- On doit avoir mieux, pour transporter une arme de cette forme. Je verrai ce que je peux te donner. Bon, descendons.

Ni Gray, ni Juvia ne parvenaient à démêler si Neit était bienveillant ou non, mais ce dont ils étaient sûrs, c'était que sa magie était très étrange, et très puissante. Jusqu'à présent, ils n'avaient jamais rencontré le moindre mage doté d'une telle magie.

Le calme était revenu dans le hall, et les mages de Forsaken Souls vaquaient à leurs activités. Elia et Kisima étaient en grande discussion, tandis qu'un peu plus loin au bar, Blueberry et Tengaro discutaient de la prochaine missions qu'ils choisiraient.

Alors que Gray et Juvia s'approchaient d'un endroit libre du bar, Kisima se recula sur sa chaise, et commença à déboutonner son épais manteau de fourrure blanche. Cela ne plus pas à Yepa, qui somnolait à ce moment-là dans la capuche. À contrecœur, elle quitta le confort du manteau de sa maîtresse, et s'assit sur le bar, l'air dédaigneux. Ce n'était cependant pas le fait surprenant. Au moment même où Kisima avait commencé à faire glisser de ses épaules l'épais vêtement, Tengaro s'était raidi comme un bâton sec, le regard fixé sur la base du verre qui lui faisait face. L'air amusé, Blueberry lui tapota l'épaule.

- Toujours incapable de te contrôler, hein, observa-t-il.

- Si seulement … Marmonna Tengaro.

Stoïques, Gray et Juvia restèrent où ils étaient. Kisima retira totalement son blouson, et se leva. En dessous, elle portait une simple veste rouge, avec des bandes blanches en travers du torse. Elle n'avait pas beaucoup de formes, mais sa silhouette fine s'accordait remarquablement bien avec son visage. Au moment où elle se levait pour aller accrocher sa veste à un piton dans le mur prévu à cet effet, Tengaro abandonna toute résistance. Il jeta un furtif coup d'oeil en direction de Kisima. Celle-ci le remarqua immédiatement. Tout se passa en un instant. Elle bondit sur Tengaro, qui attendait avec repentance le châtiment céleste. Après un bruit sec de claquement, Tengaro était étalé sur le bar, une joue frottant le bois, et l'autre arborant la marque distincte des cinq doigts de la main de Kisima. Laquelle avait couru en direction des escaliers d'où étaient arrivés Gray et Juvia, un instant plus tôt. Ses cheveux avaient volé, découvrant pendant un court instant ce qui se trouvait à la place de son oreille. Personne, à part les personnes accoudées au bar, n'avait remarqué l’événement. C’était sans doute quelque chose d'habituel, ici.

- Je ne laverai plus jamais cette joue, marmonna Tengaro, sans bouger.

- Tu dis ça à chaque fois, rétorqua Blueberry. Dans dix minutes, tu vas vouloir t'ouvrir le ventre pour laver ton déshonneur. Dans une demi-heure, tu iras t'excuser platement, et te reprendre une torgnole. Dans une heure, tu vas prendre la résolution de ne plus jamais céder. Et je ne te donne pas trois jours pour céder de nouveau. Je te connais trop bien.

La véracité de la tirade de son ami laissa Tengaro muet. Il se redressa, tout en massant pensivement la joue qui avait reçu la claque. C'est alors que Blueberry remarqua les regatds curieux de Gray et Juvia, qui avaient attentivement observé toute la scène.

- Oh, venez, ce n'est rien de grave, dit-il aux deux jeunes gens. Approchez, je vais vous expliquer un peu ce qu'il se passe.

Ils approchèrent, timidement.

- Kisima déteste quand Tengaro la regarde. D'après elle, ça la rend nerveuse.

- Nerveuse au point de le frapper ?

- Kisima est très colérique, il en faut peu pour l'énerver.

Cela étonna d'autant plus Juvia et Gray, que Kisima avait été d'un calme presque placide pendant tout le trajet qui les avait menés jusqu'ici.

- Je n'abandonnerai jamais, dit Tengaro en regardant le plafond.

Cette détermination sentimentale fit sourire Gray, pour deux raisons. Premièrement, cela lui rappelait quelqu'un d'important à ses yeux, et deuxièmement, c'était une détermination tout à fait semblable qui avait fini par le faire vibrer. Juvia avait visiblement elle aussi fait le rapprochement, car elle avait rougi.

- Ça dure depuis dix ans, ajouta Blueberry.

- Dix ans ? S'étouffa Gray.

- Dix ans, confirma Blueberry. Nous sommes tout les trois arrivés à Forsaken Souls à un an d'intervalle. Tengaro est arrivé le premier, à l'âge de huit ans. Je suis arrivé l'année suivante, à neuf ans. Kisima est la dernière de nous trois, elle a intégré la guilde à l'âge de dix ans, un an après moi. Nous avons tout les trois le même âge. Pour Tengaro, ça a été le coup de foudre dès le début. Au début, Kisima ne s'en souciait pas, car ce genre d'amourettes n'est pas fait pour durer. Mais le fait est que ce brave Tengaro, dix ans après, est toujours en proie avec ses spectres. Et Kisima commence à en avoir marre.

- C'est quelque chose, commenta Gray.

Juvia, elle, envoyait tout le soutien mental dont elle était capable à Tengaro. Elle ne connaissait que trop bien ce qu'il vivait, même si elle saluait sa force de volonté pour avoir tenu tout ce temps.

- En parlant de Kisima, continua Gray (à ces paroles, Juvia dressa l'oreille). Comment a-t-elle … enfin …

Ce disant, il agita la main à côté de son oreille.

- Comment elle a perdu son oreille ? Demanda Blueberry.

- Voilà, c'est ça. C'est une vilaine marque, qu'elle a.

- Elle maintient mordicus que ce sont des mages noirs qui lui ont fait ça, quand elle était gamine. Les mêmes mages noirs qui ont détruit son village et tué sa famille. Mais le maître a un tout autre avis sur cette blessure. Pour lui, seules des dents de dragon sont capable de couper du cartilage aussi nettement, et sans rien arracher.

Cette théorie pour le moins farfelue fournit matière à penser aux deux jeunes gens. Au même moment, Tengaro fixa une des bouteilles d'eau entreposée en face de lui. L'air las, il soupira. La bouteille quitta sa place, et dans un mouvement élégant, s'approcha de son verre. L'eau contenue dans la bouteille exerça une pression sur le bouchon telle que celui-ci sauta dans un bruit surprenant. La bouteille se pencha, déversant son contenu dans le verre. Une fois celui-ci rempli, il posa la bouteille à côté de lui. Alors seulement, il décroisa les bras, et posa les mains sur le comptoir. Juvia n'avait rien manqué de la scène, et avait observé méticuleusement chaque mouvement du jeune homme.

- Tu maîtrises la magie de l'eau ? S'étonna-t-elle.

Elle aurait préféré se taire, mais la question avait jaillit de sa bouche avant même qu'elle ne puisse y faire quoi que ce soit.

- C'est exact, confirma Tengaro, après avoir vidé son verre d'un trait.

Il regarda Juvia.

- L'eau est un élément magnifique. L'eau est à la source de toute vie sur Terre, et l'eau peut reprendre cette vie quand elle le veut. En parlant d'eau … continua le jeune homme.

Il leva les yeux au plafond, le nez troussé, et renifla.

- Ça sent l'eau, par ici …

Il se tourna vers Juvia, et renifla ostensiblement dans sa direction.

- Tu sens l'eau, ma parole ! S'exclama-t-il, ahuri.

Gray regardait la scène, le sourcil levé. Il n'avait jamais entendu parler de l'odeur de l'eau, et il était curieux d'en savoir plus.

- Ce … Il pleuvait … bredouilla Juvia, qui préférait éviter de révéler sa magie dans un endroit bondé.

- Non, la pluie sent différemment … Tu sens comme l'eau des montagnes, c'est une odeur particulière.

Juvia aurait fini par dévoiler sa magie, si elle avait

- Tu devrais arrêter de renifler de l'eau embouteillée, lui conseilla Blueberry. Ton odorat se détraque. Elle ne sent pas plus l'eau que toi la rose.

Tengaro se tut, et vida un nouveau verre d'eau. Bluberry regarda alors Gray et Juvia à tour de rôle, l'air de dire « je vous ai tirés d'un mauvais pas ».

- Votre maître est bizarre, dit alors Gray, pour contrer le silence qui s'installait.

- Comment ça, bizarre?

- Bah, ses manières, son apparence, il ne ressemble pas à un maître de guilde, quoi. Et puis, il a des sous-entendus bizarres. Parfois, j'ai pas l'impression qu'il soit particulièrement gentil. Et sa magie est bizarre.

- Oh, ça … Depuis que sa fille a quitté la guilde il y a plusieurs années, il est comme ça.

- Sa fille ? Elle ne doit pas être vieille, vu son âge.

- Le maître a cinquante-deux ans, intervint Elia, en se hissant sur le bar. Sa fille doit en avoir vingt-cinq, maintenant. Elle a toujours voyagé entre ici et le nord de Fiore, où sa mère habite. Mais il y a six ans, elle a décidé de rester à Fiore. Depuis, Neit se laisse aller. Il tient à sa fille autant qu'à la guilde. Vous voulez quelque chose à boire ?

Kisima ne reparut pas avant l'heure du dîner. Lorsqu'elle redescendit dans la grande salle, elle évita soigneusement Tengaro. Juvia remarqua qu'elle avait rougi.

Après le repas, Elia s'approcha de la table où étaient assis les deux jeunes gens. Ils avaient mangé en compagnie de Tengaro et Blueberry, qui étaient extrêmement sympathiques.

- Suis-moi, Juvia, je vais te montrer où se trouve ta chambre au dortoir des filles.

- Juvia est déjà passée devant l'entrée, elle devrait pouvoir trouver seule … Protesta Juvia, qui n'avait aucune envie de dormir loin de Gray.

Celui-ci n'en pensait pas moins, et se sentait tout desséché à l'idée de dormir seul.

- Il y a de puissants sortilèges qui protègent la porte, répondit Elia. Seules les filles membres de la guilde et les personnes autorisées peuvent y entrer. Le maître a ajouté une autorisation pour toi.

Ce disant, elle lançait des regards accusateurs vers Tengaro, qui, penaud, regarda la table d'un air abattu.

- Blueberry, tu montreras à Gray où il dormira.

- Compte sur moi.

- Mais … Protesta Gray.

- Pas de mais, rétorqua autoritairement Elia. Vous êtes en fuite, pas en lune de miel. Vous attendrez d'être rentrés à Fiore pour vous envoyer en l'air.

De telles paroles de la part d'une enfant surprirent les deux jeunes gens, jusqu'à ce qu'ils se rappellent qu'Elia n'avait pas l'âge qu'elle semblait avoir. Elle s'éloigna, suivie de Juvia, qui se retourna tout les trois pas pour lancer à Gray des regards désolés.

En montant les escaliers à la suite d'Elia, Juvia regarda à chaque fenêtre. La ville s'étendait au pied du chêne, et les lumières qui illuminaient les rues traçaient un motif similaire à une toile d'araignée. Aussi fort qu'elle essaya, elle ne put pas voir les étoiles.

- C'est ici, dit Elia, lorsqu'elles arrivèrent devant la grande porte que Neit avait présenté comme l'entrée du dortoir des filles.

Elle fit tourner une clef dans la grosse serrure, et après un impressionnant cliquetis, le battant pivota, pour s'ouvrir sur un long couloir. Des portes s'ouvraient de part et d'autre, sans doute sur les chambres. Elia la conduisit jusqu'à la toute dernière chambre.

- C'est là que tu dors, déclara-t-elle.

Elle frappa à la porte, et entra. Avec surprise, Juvia constata que ses bagages avaient été apportées jusqu'ici. Avec un peu plus de surprise, elle constata que cette chambre était déjà occupée. C'était la chambre de Kisima. Cette dernière était allongée sur son lit, plongée dans un livre, Yepa roulée en boule sur son ventre. Un deuxième lit avait été installé dans la pièce, à l'opposé de celui de la chasseuse de dragons.

- Je me suis portée volontaire pour t'accueillir, dit Kisima, sans pour autant lever les yeux de son livre.

Elia s'en alla, refermant la porte derrière elle.

Gray fut de même guidé par Blueberry, jusqu'au dortoir des garçons, qui se trouvait plusieurs étages au-dessus de celui des filles. La porte était moins lourde et la serrure moins complexe, et il n'y avait aucune écriture magique sur le battant. Les bagages de Gray étaient déjà dans la chambre qu'il allait occuper, lorsqu'il y entra. Il s'avéra que c'était également la chambre de Blueberry et Tengaro.

- Vous n'êtes que deux, dans la pièce ? Demanda Gray, suivant son guide dans la pièce.

- Non, il y a aussi Quarrel, mais il est en mission, en ce moment, répondit Tengaro, qui les suivait.

La pièce était assez vaste, et les quatre lits (ceux des occupants ainsi que celui qui avait été installé pour Gray) étaient suffisamment espacé les uns des autres pour « éviter les odeurs de pieds », selon les dires de Blueberry. Il y avait peu de décoration dans la pièce, mis à part le portrait de Kisima, qui trônait au-dessus du lit de Tengaro. C'était une peinture, si ressemblante qu'un œil non entraîné l'aurait prise pour une photographie.

- Qui a peint ce tableau ?

- J'ai cet honneur, répondit Tengaro, en s'asseyant sur son lit.

Il ôta ses chaussettes, ou du moins essaya de le faire : il avait oublié qu'il n'en portait pas.

- Il faudra se lever tôt, demain, déclara Blueberry. Le maître veut nous voir.

Ce disant, il commença à se déshabiller, ainsi que Tengaro. Gray constata avec surprise que les tatouages couraient sur tout le torse de Tengaro, et même dans le dos. Il commença à son tour à se déshabiller, et prit place dans le lit qui lui était réservé. Il était bien plus gêné de partager la chambre d'inconnus, que de dormir avec d'autres hommes. Et puis, pour la première fois depuis plusieurs semaines, Juvia et lui allaient dormir loin l'un de l'autre. Il eut du mal à trouver le sommeil, cette nuit-là.