I'm laying down, eating snow

par Linksys

Chapitre 18 : I'm laying down, eating snow


- Une chasseuse de dragons ? Répéta Gray, comme s'il ne connaissait pas le terme.

- Parfaitement ! Renchérit Yepa, visiblement fier de cette caractéristique de sa maîtresse.

Gray fixa alors l'Exceed, qui ressemblait furieusement à Carla, et semblait avoir les mêmes manières hautaines.

- Je connais quelqu'un qui te ressemble beaucoup, lui dit-il de but-en-blanc.

- Tu connais d'autres Exceeds ? S'étonna la chatte.

- Oui, plusieurs, qui sont dans ma guilde. Ça te choque ?

- Comment s'appellent-ils ?

- Happy, Carla et Panther Lily.

- 'Connais pas, répondit froidement Yepa, en détournant le regard.

- Pourquoi as-tu été envoyée pour nous chercher ? Demanda alors Juvia.

- C'est une mission de ma guilde. On a reçu un message magique, il y a une semaine, de la part du Gardien du Nord, disant qu'on devrait guetter l'arrivée de deux mages, dont vous correspondez parfaitement au signalement qu'il nous a donnés. Il a aussi dit qu'il faudrait vous escorter jusqu'à la guilde, par mesure de sécurité.

- Qui est ce fameux Gardien du Nord ? Demanda Gray.

- Personne ne sait vraiment, à la guilde, à part Tengaro et Blueberry. C'est un ami du maître, et un membre honoraire de la guilde. Parfois, il nous demande un service, comme là.

- Et pourquoi as-tu été envoyée spécifiquement ?

- Parce que j'avais envie. Et puis, c'est une mission où ni vous, ni moi, ne doivent être vus par les soldats.

Sur ces mots, Kisima tourna sur elle-même, pour bien montrer la blancheur de son manteau.

- Cette mission était faite pour moi.

Après un court silence, Gray reprit.

- Tu es vraiment une chasseuse de dragons ?

- Oui.

- Quel était le dragon qui t'a élevée ?

- Amarok. Il m'a appris la magie du chasseur de dragons arctiques.

- Est-ce que tu connais Ignir, Metallicana ou Grandiné ?

Ces noms éveillèrent l'attention de Kisima.

- Amarok m'en parlait, quand j'étais petite. Mais il a disparu. Ces dragons aussi, je me trompe ?

- Non. Était-ce le 7 juillet X777 ?

Kisima ne dissimula plus son étonnement.

- Comment tu sais ? Tu es aussi un chasseur de dragons ?

Cela fit rigoler Gray, qui répondit :

- Non, mais certains de mes amis le sont.

- Oh, je vois. Allez, il ne faut pas traîner. Les soldats du roi vous cherchent avec assiduité depuis plusieurs jours : il ne faut pas être vus. La guilde se trouve à encore quelques heures de marche, nous y serons bientôt.

Juvia était parti regarder dans le chariot. Il ne restait plus beaucoup de vivres à emporter.

- Détachons les chevaux, dit-elle. Tant pis pour la charrette.

Surpris par cette prise d'initiative, Gray accepta l'idée, avant de comprendre que Juvia était irritée par la présence d'une autre figure féminine forte. Ils éteignirent le feu, et chargèrent leurs bagages de chaque côté de la selle de leurs chevaux, et montèrent. Juvia se félicitait d'avoir mis son fidèle manteau bleu, plutôt qu'une des robes traditionnelles emportées du village, qui l'auraient empêchée de monter correctement.

- Monte derrière Juvia, dit-elle à Kisima, avec un empressement qui fit comprendre à Gray qu'elle ne voulait pas que la chasseuse de dragons s'approche de lui à moins de cinq mètres.

- Ça ira, je courrai avec vous.

- Mais, la neige … Marmonna Juvia, étonnée.

- Là d'où je viens, il faut courir plusieurs heures avec de la neige jusqu'aux genoux, pour trouver de la nourriture.

- Mais d'où tu viens ? S'étonna Gray, qui ne reconnaissait aucune ethnie dans les traits de la jeune femme.

Elle retira alors l'épaisse capuche de son manteau. Elle avait la peau hâlée par la réverbération du soleil sur la neige, et des pommettes plutôt saillantes. Ses iris étaient si bruns qu'on les confondait facilement avec le noir des pupilles. Ses cheveux, qui tombaient en mèches désordonnées sur son front et sur ses épaules, étaient noirs et lisses.

- Je viens du nord.

- C'est vague, le nord, répondit Gray. On en vient, et il n'y a personne qui te ressemble, là-bas.

- Le Draupnir, c'est le sud. Tout ce qui se trouve au sud des montagnes, c'est le sud. Moi, je viens d'au-delà des montagnes. Du vrai nord.

- La mer de glace … Murmura Juvia. Tu es née là-bas ?

- Il y a beaucoup de choses, au nord, observa Gray.

- Il n'y a rien de plus au nord que mon peuple, répondit Kisima.

Elle parlait avec une fierté mal dissimulée.

- Que fais-tu si loin au sud ? Demanda Juvia.

- Je vis, tout simplement. Allez, le moment n'est pas à la discussion. Vous me poserez des questions quand on sera à la guilde. Pour le moment, on doit réussir à se tirer d'ici sans être vus.

Sur ces mots, elle s'élança vers la sortie du vallon. Éperonnant leurs montures, Gray et Juvia la suivirent. Encore quelqu'un avec un caractère bien trempé, pensèrent-ils.

Ils découvrirent bien assez tôt que Kisima ne mentait pas, à propos des soldats. La région pullulait de patrouilles, dont ils voyaient les traces dans la neige fraîche. Cela leur donna des ailes, et même quand Gray et Juvia poussèrent leurs montures au galop, Kisima suivit sans souci.


Quand ils sortirent du petit bosquet qu'ils traversaient, Gray et Juvia surent qu'ils étaient bientôt arrivés. Un immense arbre dépassait l'horizon, et on pouvait voir à ses pieds les toits d'une ville, qui semblait elle-même assez grande. L'arbre, de toute évidence un chêne, portait toujours ses feuilles, malgré la rude froideur et la neige.

- Nous voilà presque à Grand Chêne, déclara Kisima, comme ils s'approchaient de la ville par une petite route peu usitée.

- C'est vrai, que la ville est entièrement peuplée de mages ? Demanda Juvia, alors qu'ils arrivaient dans les rues.

- Oui, répondit Kisima. Même les enfants, ici, connaissent la magie.

- Pourquoi une telle concentration ? Demanda Gray.

- On t'expliquera à la guilde, répondit Kisima.

Elle rejeta sa capuche en arrière, et secoua la tête pour remettre ses cheveux. Alors, quelque chose interpella Gray : la jeune femme avait, en lieu et place d'oreille gauche, une vilaine balafre qui ressemblait à une brûlure. L'instant d'après, les longs cheveux noirs dissimulaient la vision. Kisima ne se doutait de rien, mais Yepa, qui suivait sa maîtresse aussi vite que ses petites pattes le lui permettaient, avait capté le regard de Gray, qu'elle lui rendit. C'était un regard qui voulait dire « tu n'imagines pas à quel point la signification de cette cicatrice est vaste. ». Alors, Gray se promit d'en parler, dès que possible.

La plupart des passants saluèrent Kisima d'un geste de main. Quelques-un lui serrèrent même la main. Cependant, ces mêmes personnes considérèrent Gray et Juvia avec des regards peu avenants, presque hostiles.

- On n'aime pas beaucoup les étrangers, par ici, leur marmonna Kisima en se tournant vers eux.

- Pourquoi ? Demanda Gray.

- Je t'expliquerai à la guilde.

La ville semblait assez vaste, mais l'immense chêne qui trônait en son centre les empêchait de perdre l'orientation, car c'était à ses pieds qu'ils se rendaient. L'arbre pouvait bien faire trois cent mètres de haut, et ses branches surplombaient une bonne partie de la ville.

- Comment cet arbre peut-il être aussi grand ? Demanda Juvia, dont le regard se perdait dans la canopée.

- Personne ne sait quel âge cet arbre a, mais des études magiques menées par la guilde montre qu'il a au moins dix à douze mille ans. Ce qu'on sait, c'est que plusieurs civilisations sont nées, ont prospéré, et péri à ses pieds. Le tronc fait presque trente mètres de diamètre à hauteur d'yeux, et pratiquement quatre-vingt-quinze mètres de circonférence. Il faut cinquante hommes adultes bras tendus pour en faire le tour.

- Ça, c'est de l'arbre, dit Gray, la bouche béante alors qu'il regardait la cime.

- Il est interdit de grimper au sommet, ajouta autoritairement Yepa, depuis l'épaule de sa maîtresse.

Bientôt, ils arrivèrent sur une immense place, où s'affairaient beaucoup de personnes. C'était vraisemblablement jour de marché, à en juger par les étals qui fleurissaient le long des maisons. Ici aussi, les gens saluaient Kisima amicalement, et considéraient plus froidement Gray et Juvia, comme s'ils avaient été les prises de quelque chasse au monstre. Le chêne trônait en plein milieu de la place. Une grande porte en bois rouge, à double battants, haute de six mètres et large de trois, était incrustée à la base du tronc. Au-dessus, en caractères métalliques sobres, était écrit : « FORSAKEN SOULS ». Au dessus, deux autres lettres étaient accrochées, un F et un S stylisés. Le F représentait une faux au manche tortueux, et le S semblait avoir été tracé du coup sûr d'un pinceau large, tout en courbes.

- Le quartier-général de votre guilde se trouve dans l'arbre ? S'étouffa Gray, après avoir lu les inscriptions.

- Oui, répondit Kisima. Il a toujours été là, même du temps où Grand Chêne était la capitale.

Les derniers mètres jusqu'à la porte durèrent une éternité, tant Gray et Juvia étaient absorbés dans l'observation du tronc. En y faisant attention, ils découvrirent que de nombreuses petites fenêtres garnissaient le tronc. À l'invitation de leur guide, ils descendirent de selle, et attachèrent leurs chevaux aux piquets prévus à cet effet. Kisima s'approcha de la porte, et ouvrit une porte plus petite, encastrée dans le battant droit, et entra, suivie de Gray et Juvia.

- Kisima est de retour ! La revoilà ! S'exclamait-on.

Le hall de Forsaken Souls était très semblable à celui de Fairy Tail. De nombreuses tables avec des bancs permettaient aux mages de la guilde de discuter entre deux missions, et un bar servait les clients, mages ou civils. Ce jour-ci, une cinquantaine de mages se trouvaient dans le hall.

- Je suis de retour ! S'exclama-t-elle, en rejetant en arrière la capuche de son manteau immaculé.

- Ta mission s'est bien passée ?

- Ils sont sains et saufs ?

- Comment vont-ils ?

- As-tu eu des ennuis ?

- T'es libre, ce soir ?

Alors que les questions précédentes émanaient de mages de second ordre de la guilde, la dernière requête ne sortait pas de la bouche de n'importe qui.

- Va te faire mettre, Tengaro, répondit froidement, Kisima, sans même accorder un regard à sa victime.

Ladite victime, le fameux Tengaro, était un grand gaillard d'un mètre quatre-vingt-dix, à la musculature déliée mais néanmoins puissante. Il avait la peau brunie par le soleil, d'une teinte légèrement rougeâtre, et avait une épaisse touffe de cheveux bouclés, dont l'arrangement faisait penser à la coiffure de Gajil. Ses traits étaient fins, et un semblait de barbe lui garnissait le menton. Un tatouage tribal affleurait au col de sa veste de cuir noir, et un autre courait d'une oreille à l'autre, sous l'angle de la mâchoire. Du reste, il portait des habits classiques. Il allait cependant pieds nus.

Le fait d'être sèchement rembarré ne le découragea pas le moins du monde, il devait visiblement y être habitué. Dans un geste exagérément théâtral, il tomba par terre sur le dos, la main sur le cœur, les jambes en l'air.

- Toujours aussi froide et distante … Mais c'est ça qui fait ton charme !

Être l'objet des soupirs de Tengaro ne semblait pas affecter Kisima, qui continua tranquillement sa route vers le bar, où l'attendaient d'autres mages de premier ordre de la guilde.

- Le maître n'est pas là ? Demanda-t-elle, en s'accoudant au bar.

Gray et Juvia, timides, restaient un ou deux mètres en retrait.

- Non, il est encore dans ses livres, répondit la barmaid locale.

Curieux de voir à quoi pouvait bien ressembler l'homologue de Mirajane, Gray tendit le cou, et ne vit qu'une petite tête dépasser du comptoir, à la chevelure noire bouclée. Le propriétaire sauta sur ses pieds pour se tenir sur le bar avec ses bras, et ils découvrirent ainsi qu'il s'agissait là d'une fillette, qui n'avait pas plus de dix ans. Cependant, ses grands yeux avertis dévisageaient sans complexe les deux nouveaux, et elle semblait alerte dans la discussion entre les adultes. Alors, Kisima se pencha vers Gray et Juvia.

- C'est la magie d'Elia, elle peut modifier son âge à volonté. Un jour, elle a douze ans, le lendemain, elle en a vingt-huit, le surlendemain, quarante-deux. Ça dépend de son humeur.

- Le maître a dit qu'on devait le prévenir de ton retour, dit un autre mage, accoudé au comptoir.

Sa peau était sombre, presque noire, et il avait un parler grasseyant, où les R se perdaient en chemin. Ses cheveux tombaient en tresses désordonnées, et son nez épaté lui donnait un air gentil. Cependant, il parlait avec clarté et vivacité, et son regard était vif. Il portait une veste semblable à celle de Tengaro.

- Merci, Blueberry, répondit Kisima, avec un signe de tête.

Blueberry lui rendit le signe, et regarda avec beaucoup d'intérêt Gray et Juvia.

L'instant d'après, un flash lumineux envahit la pièce.

- Qui a parlé de moi ? Demanda un homme, issu du flash.

Il avait bien quarante ans, et les cheveux gris en bataille. Sa chemise grise était mal repassée, son pantalon gris tombait sur des chaussettes blanches salies par le sol. Il portait un casque audio sur la tête, et semblait prendre grand plaisir à l'écoute : il se dandinait sur place, les lèvres agitées par des paroles inaudibles. Il se tourna en direction du comptoir, toujours absorbé par la musique. Gray et Juvia virent alors la marque de la guilde, tatouée en travers de son visage. S'arrêtant net dans sa chorégraphie endiablée, il fixa les deux arrivants, d'un air hébété.

- On se connaît ? Demanda-t-il finalement.

- Euh … Non … marmonna Gray, déstabilisé par le personnage.

Il s'était toujours fait une très haute image des maîtres de grandes guildes (déjà mise à mal par le passé), mais cette image du vieux maître vénérable venait de voler en éclats.

- Vous êtes les deux jeunes gens envoyés par notre cher Gardien du Nord, je me trompe ?

- Sans doute.

- Il m'a demandé de vous poser quelques questions, pour vérifier votre identité. Qui sont les corbeaux qui accompagnent le Kyrkogrim ?

- Munin et Hugin, répondit aussitôt Juvia.

- Les messagers des dieux, ajouta Gray.

Le maître hocha silencieusement la tête.

- Quelle est la couleur des rois ? Demanda-t-il ensuite.

- Le bleu, répondit Gray.

- Et le gris est celle des rôdeurs, renchérit Juvia.

- Bon, je n'ai plus aucun doute sur votre identité, mais il y avait une troisième question à vous poser.

Il lui fallut un court instant pour se la remémorer. Un éclair d'inspiration passa sur son visage, quand il s'en souvint.

- J'y suis ! Triompha-t-il. Combien d'yeux a le roi ?