Superheroes

par Linksys

Chapitre 14 : Superheroes


- Pourquoi est-ce que … Commença Gray.

- Un garde royal protège le roi et sa famille. Juvia en est la dernière représentante. Tu es par conséquent tout indiqué pour devenir son protecteur attitré, en tant que garde royal.

- Mais … Vous …

- Je vois où tu veux en venir. Oui, je suis un garde royal moi aussi. Mais j'ai moi aussi quelque chose à protéger.

- C'est plus important que Juvia ?

- Presque autant. Je protège ce village et sa région. Même si ça n'a pas empêché ces malandrins de venir en visite pendant mon absence. Mais, parlons peu, parlons bien. Sais-tu de quoi est fait Shangri-Lä ?

- Non, répondit Gray.

- À l'origine, Shangri-Lä est un royaume mythique, situé par-delà les montagnes. Beaucoup ont essayé de le trouver, mais si cela s'est produit, aucun n'est revenu pour en parler.

- Quel rapport avec ce … truc ?

- Le rapport, c'est tout simplement que ce truc a été forgé à partir de métal trouvé à Shangri-Lä. Ou, du moins, là où on pense que le royaume a existé. Et ce n'est pas n'importe quel métal. La lame est entièrement en acier-étoile.

- En quoi ?

- Acier-étoile. La légende dit que c'est un cadeau des enfants des étoiles. On en trouve là où tombent les météorites, qui les amènent sans doute dans notre bas monde. Il n'existe pas de métal plus résistant que cela. On dit que même un dragon ne pourrait briser de l'acier-étoile. De plus, ce matériau possède une propriété … Intéressante. C'est un catalyseur magique.

- Mais encore ?

- Pour parler en des termes clairs, ce métal est capable de canaliser et d'amplifier la magie. N'importe quel type de magie.

- Si ce métal est si résistant, comment a-t-il été forgé pour faire cette lame ?

- On dit que la pépite à partir de laquelle fut forgé Shangri-Lä était détenue par Brego, le jötunn légendaire.

- Celui qu'on a vu ?

- Non. Brego était trois fois plus grand. Bref, l'histoire - ou la légende - n'a pas retenu le nom de celui qui s'est emparé de la pépite. Toujours est-il qu'il a pu s'emparer d'une pierre du corps de Brego, et qu'il s'en est servi pour forger la lame que tu tiens. La roche d'un jötunn durcit avec son âge, et Brego est sans doute une des créatures vivantes les plus anciennes de ce monde. Le bois du manche provient du dos du dernier grand Serpent du Nord, qui portait une partie de la montagne sur son dos tant il était grand. Ce kukri vaut plus cher que tout un pays, à mon avis. C'est un bien d'une valeur inestimable, qui doit absolument être protégé. Bref, allons dehors. Ne faisons pas attendre Juvia plus longtemps.

Ils rejoignirent la jeune femme, qui s'impatientait, et quittèrent le village aussitôt. Juvia remarqua l'étui de cuir qui pendait à la ceinture de Gray, et l'interrogea sur la nature de l'objet.

- C'est un cadeau de ton oncle, dit-il en tapotant le manche qui dépassait du cuir.


Le bivouac des bandits n'était pas à plus de quelques heures de marches, et il y parvirent vers trois heures de l'après-midi.

- J'ai l'impression que détruire les campements de bandits va devenir mon activité principale, souffla Gray, alors qu'ils n'étaient plus qu'à quelques kilomètres de l'endroit où Aguacero soupçonnait que se trouvait le camp.

- Chut, lui intima l'oncle de sa bien-aimée. Ils ont sans doute posté des gardes tout autour. On ferait mieux de ne pas se faire remarquer.

Ils avancèrent courbés en avant, se faisant le plus discrets possible. Bientôt, à travers le sous-bois, ils virent les sentinelles disposées là par les bandits.

- Comment va-t-on faire pour passer sans se faire remarquer ? Demanda Juvia.

- En les éclatant, dit Gray, qui avait hâte d'en découdre.

- Holà, du calme, le tempéra Aguacero à voix basse. Laissez-moi faire.

Il décrocha sa petite arbalète, et y chargea un carreau. Le garde le plus proche d'eux était à une trentaine de mètres, et ne regardait pas dans leur direction. Profitant de la brèche, Aguacero s'approcha à une quinzaine de mètres, et brandit son arbalète. Dans un vrombissement étouffé, la corde se détendit et le carreau jaillit. Touché à la tête, le bandit s'écroula, mort sur le coup. Tout cela n'avait produit aucun bruit, et les autres sentinelles continuaient paisiblement à scruter le fond des bois. Ils continuèrent leur progression lentement, silencieusement. Le campement consistait en un amas de tente, plus ou moins organisé en cercle autour d'un grand bûcher. Les bandits allaient et venaient, comme si de rien n'était. Certains étaient assis devant leur tente, occupés à réparer leur armement. D'autres s'occupaient de surveiller des marmites au-dessus du feu. Visiblement, aucun d'entre eux ne s'attendait à être attaqué. Après avoir estimé les forces en présence, Aguacero quitta le couvert des fougères, et avança franchement vers le cercle des tentes. Quelques bandits le repérèrent, et donnèrent aussitôt l'alarme. Le garde royal ne leur laissa pas le loisir d'en faire plus : joignant les mains, il invoqua le même sortilège qui les avait balayés, lors de l'attaque du village.

- Par les serres de Nídhögg ! S'exclama-t-il.

À la lumière du jour, il apparut clairement à Gray que le torrent prenait la forme d'un immense dragon longiligne, replié sur lui-même en anneaux. L'attaque traversa le camp de part en part, laissant une marque de dévastation sur le sol. Alertés, les autres bandits accoururent de toutes parts, brandissant épées et pistolets.

- Lequel est le chef ? Demanda Aguacero.

Le silence se fit.

- Pas grave. De toutes manières, je n'avais rien à lui demander.

Il fondit dans la masse, brandissant son kukri. D'abord inactifs, Gray et Juvia se joignirent à la bagarre. Les bandits commirent l'erreur de les sous-estimer, ce qu'ils regrettèrent fortement lorsqu'une simple attaque coordonnée en envoya valser une demi-douzaine dans les buissons. La contre-attaque s'organisa difficilement, mais quelques bandits groupés parvinrent à s'approcher assez près des mages pour les menacer de leurs armes. Un coup de feu retentit un moment, mais le tireur tremblait tellement que le coup se perdit dans la forêt, au lieu de toucher Aguacero. Celui-ci bondit sur le groupe le plus proche, et saisit deux malandrins. Il les fracassa l'un contre l'autre, et s'occupa du reste de la troupe. Les pans de sa veste voletaient comme il sautait d'un ennemi à l'autre, et à chaque fois qu'il la soulevait, la lame de son kukri brillait comme du métal poli.

Bientôt, il ne restait plus aucun bandit en état de combattre, dans le camp. Cependant, l'expédition punitive n'avait pas déniché le chef, ou celui qui en tenait le rôle.

- Fouillons un peu la zone, déclara Aguacero en rangeant son kukri.

Ils trouvèrent beaucoup d'armes dans le camps, et des provisions en grande quantité. Cependant, quelque chose d'étrange se trouvait près de la plus grande tente du camp, approximativement située au milieu : un empilement de caisses en bois, de tailles variables. Il y en avait peu ou prou une dizaine. La plus petite était à peine plus grande qu'une boîte à sucre, la plus grande aurait plus contenir deux hommes adultes recroquevillés. En soi, la présence de marchandises dans un tel lieu n'avait rien d'étrange. Mais, en l'occurrence, ce n'était pas n'importe quelle marchandise. Chaque face de chaque caisse portait un symbole peint en or, à l'aide d'un pochoir : deux clefs croisées sous un chêne majestueux.

- Les armoiries du royaume de Captio, commenta Aguacero en désignant le symbole sur une caisse. Si ça, c'est pas une preuve que l'armée royale sponsorise les bandits qui nous harcèlent …

Ils ouvrirent plusieurs caisses, dans lesquelles ils trouvèrent de l'armement, des vivres, et des artefacts magiques. La dernière caisse qu'ils ouvrirent était de taille moyenne, et contenait ce à quoi ils s'attendaient. Posés dans de la paille, il y avait toute une cargaison de bombes à feu magique, exactement comme celles qui avaient bouté le feu aux maisons du village.

- Quelles saloperies, jura Aguacero. Il faut les détruire sur-le-champ.

- Mais ça va exploser ! S'exclama Juvia.

- Le feu, ça me connaît. Je surveillerai ça. Allez plutôt faire le tour de la zone, il y a sans doute des bandits qui sont encore planqués.

Les deux jeunes gens s'éloignèrent lentement. Ils regagnèrent Aguacero empiler les caisses au centre du camp. Un bruit sourd déchira l'air et, l'instant d'après, une colonne de flammes de plusieurs mètres dévorait le tas de caisses. Aguacero avait reculé de quelques mètres, mais guettait les flammes, prêt à intervenir.

Alors qu'ils s'éloignaient du campement, Gray et Juvia aperçurent un brigand, qui tentait de prendre la fuite. Ils tentèrent de le rattraper, mais celui-là courait trop vite pour eux. Ils abandonnèrent la poursuite au beau milieu des bois.

- Bon, on n'a plus qu'à espérer en trouver d'autres, maugréa Gray.

Seul le silence lui répondit. Normalement, Juvia lui aurait répondu.

- Juvia ? Dit-il, inquiet.

Il se retourna. Elle n'était plus derrière lui, alors qu'elle s'y trouvait encore quelques secondes plus tôt. Il n'y avait aucune trace d'elle dans son champ de vision (qui était déjà obstrué par le sous-bois touffu). Affolé, il cria.

- Juvia ! JUVIA !

Au loin, il entendit un cri étouffé, presque couvert par le ronflement du brasier (qui s'entendait jusqu'ici). Cela suffit à le guider dans la bonne direction. Il s'élança, sautant par-dessus les ronciers.

Juvia se débattait comme elle le pouvait. La magie qui la retenait était étrange, et l'empêchait de faire usage de ses propres capacités. Ses forces la quittaient peu à peu, et il lui fallut lutter pour émettre un cri de détresse. Aussitôt, son ravisseur lui intima de se taire. Il la réajusta sur son épaule, comme un sac à patates, et pressa le pas. C'était vraisemblablement un bandit, qui comptait tirer une bonne rançon de sa capture.

Le bandit marcha pendant plusieurs kilomètres, avec sa captive sur une épaule. Mais l'épuisement se fit bien vite sentir, et il avait soif. Il connaissait bien la région, et une cascade coulait à proximité : on pouvait déjà en entendre le grondement. Cependant, la cataracte se trouvait au fond d'un vallon encaissé, dont l'accès était très difficile. Cela fut compliqué de s'y rendre. Juvia, qui était réduite à l'incapacité, avait abandonné toute idée de résistance. Comment avait-elle put se faire prendre aussi facilement ? Elle pourchassait un bandit avec Gray, dans la forêt, quand soudain quelqu'un s'était saisi d'elle par-derrière. Ensuite, elle s'était réveillée sur les épaules d'un bandit, dont elle ne connaissait toujours pas le visage. Au fond d'elle, elle savait que Gray, et sans doute Aguacero également, s'étaient mis à leur poursuite. Cela ne l'empêchait pas de s'en vouloir terriblement : cela allait leur causer beaucoup trop de souci. Et puis, si elle avait été plus attentive, au lieu de se morfondre sur l'élégance de Gray, elle n'aurait pas été attrapée si facilement.

Gray, pour sa part, courait sans relâche. La piste du ravisseur écrasait de nombreux bosquets de ronce, ce qui permit au jeune homme de suivre sans soucis. Après plus d'une heure de course, il sentit la fatigue le rattraper. Et il n'y avait toujours aucune trace de Juvia. Désespéré, il tomba à genoux dans l'humus, et regarda la cime des arbres au-dessus de lui. Il en profita pour reprendre son souffle. Alors qu'il allait se relever, il sentit que quelque chose n'allait pas. Une étrange sensation de froid se répandait le long de sa jambe, la jambe contre laquelle battait le fourreau de Shangri-Lä. Intrigué, il comprit cependant rapidement que le problème venait de l'arme elle-même. Il la tira de son fourreau. Le manche était à température ambiante, mais lorsqu'il toucha la lame, il découvrit qu'elle était froide. Extrêmement froide. De plus, le métal brillait presque. Grey se regarda dedans, tant le reflet était poli. Et le reflet que lui renvoya la lame l'effraya. Pendant un court instant, une foultitude de possibilités toutes plus horribles les unes que les autres s'étaient bousculées dans sa tête. Toutes ces possibilités comportaient la mort de Juvia, d'une manière ou une d'une autre. Sous le coup de la surprise, il laissa tomber l'arme par-terre. Le sol gela dans un rayon de plusieurs mètres. Hésitant, Gray se pencha pour reprendre l'arme. La lame était retournée à une température normale, lorsqu'il la toucha. C'est alors qu'il prêta attention à un bruit de fond de la forêt, auquel il n'avait pas encore prêté attention. C'était le bruit de l'eau, lointain, mais identifiable entre milles. Peut-être était-ce Juvia, aux prises avec quelque ennemi ? Il s'élança. Il arriva au bord d'un vallon encaissé, aux pentes presque verticales.

Malheureusement, ce qu'il avait pris pour le bruit du combat de Juvia n'était qu'une cascade, qui avait tout de même presque cent mètres de haut. Dépité, il s'assit contre un arbre qui bordait le vide, et scruta la zone. Il remarqua aussitôt qu'en contrebas, au bord du lac qui recevait la cascade, se trouvaient deux personnes, dont une tout de bleu vêtue. Il peinait à croire à sa chance : c'était indubitablement Juvia et son ravisseur. Une sensation étrange sourdit dans son cœur. La dernière fois qu'il l'avait ressentie, ç'avait été en pourchassant puis en tuant l'archer, au Mont Yakobe, qui avait failli prendre la vie de Juvia. Voilà, c'était une pulsion meurtrière. Tuer ce bandit était sa priorité absolue, désormais. Mais il fallait un plan d'attaque. Si le coupable avait réussi à prendre une mage aussi forte que Juvia, c'était qu'il était lui-même assez fort. Et puis, la captive et son ravisseur se trouvaient de l'autre côté de l'encaissement.

Alors, il longea le bord du précipice, jusqu'à arriver au niveau de la cascade. Il sauta de rochers en rochers par-dessus les rapides qui précédaient la cataracte. Le torrent de montagne qui alimentait cette dernière était particulièrement puissante, et Gray ne donnait pas cher de sa peau, s'il y tombait. Il parvint toutefois à la rive opposée sans tomber nulle part. Reprenant sa lente progression, il continua à longer le rebord, jusqu'à arriver au niveau où se trouvaient Juvia et le ravisseur. Alors, commença la longue descente. Par chance, de nombreuses racines garnissaient la paroi, et il put descendre en sécurité, sans attirer l'attention. Une dizaine de mètres au-dessus du sol, une toute petite corniche se détachait de la falaise rocheuse, tout juste assez large pour lui permettre de s'y accroupir. Le bruit assourdissant de la cascade ayant recouvert celui de sa descente, Gray était toujours incognito. Alors qu'il soupesait ses chances, le ravisseur commit une erreur fatale. Il tourna le dos à Juvia, et s'approcha du bord du petit lac ridé par la puissance de la chute, sans doute pour y boire un peu. Gray sortit Shangri-Lä, et bondit sur le ravisseur avec la vivacité d'un félin. À l'apogée de son saut, le fil du kukri intercepta les rayons du soleil. Le bandit ne se retourna qu'au dernier moment, quand le jeune homme était sur lui. Gray le saisit au col tout en le plaquant au sol. Assis à califourchon sur le bandit, il brandit son kukri aussi haut qu'il le pouvait. L'arme scintilla au soleil une dernière fois, avant de s'abattre avec force, sur la gorge du bandit.