Shiro (White)

par Linksys

Chapitre 13 : Shiro (White)


Ils se relevèrent, et quittèrent la salle. En sortant, Juvia regarda une dernière fois par-dessus son épaule. Elle avait toujours le cœur gros, de devoir quitter cet endroit sacré où elle avait fait la connaissance de ses parents. Mais il restait tant et plus, à faire, à dire, à demander. La traversée de la grotte en sens inverse leur parut beaucoup plus longue qu'au retour, mais l'air frais qui leur fouetta le visage quand ils ouvrirent la porte leur fit du bien. Juste après avoir refermé la porte, elle disparut derrière la roche. Ainsi sortirent-ils d'Álfheimr. Le Kyrkogrim les attendait à la sortie, tapi entre deux arbres à la lisière de la forêt. Il les regarda s'éloigner, statique. L'un des corbeaux posés sur ce qui devait être son épaule s'envola vers la forêt, en croassant sinistrement.

- On devrait redescendre en direction de Gungnir, maintenant, déclara Aguacero. On discutera en chemin.

Ils regagnèrent le couvert des arbres, et firent le chemin inverse.

- Alors ? J'imagine que ça fait drôle, d'apprendre la vérité.

Juvia lui lança un regard assassin.

- Juvia aurait préféré être mise au courant de ça bien plus tôt ! S'exclama-t-elle.

- Qui le pouvait ? Avant aujourd'hui, j'étais le seul à vraiment savoir. Comment étais-je censé de l'apprendre ? En t'envoyant une lettre par pigeon voyageur, commença par « chère nièce, je dois t'annoncer que tu as du sang royal et que tes parents ont été assassinés. », peut-être ?

Juvia ne dit rien, car rien de cela n'était faux. Gray se taisait, et observait.

Le voyage de retour fut plus court que l'aller, car la pente des montagnes était comme une bénédiction faite à leurs jambes. Le lendemain des événements d'Álfheimr, peu avant midi, ils arrivèrent en vue de Gungnir. Aguacero se raidit instantanément alors qu'ils approchaient du village, car tout cela était trop silencieux. De la fumée montait de quelques maisons, mais ils s'aperçurent bien vite que cette fumée ne venait pas de cheminées. Alarmé, Aguacero courut à toute vitesse en direction du village, tenant d'une main le fourreau de son kukri pour l'empêcher de battre fort contre sa jambe. Gray et Juvia le suivirent, à un rythme moins soutenu.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? S'enquit Gray, suspect.

Il surprit un mouvement derrière une fenêtre, mais cessa de s'y intéresser après quelques secondes sans rien observer de plus concluant. Ils s'approchèrent du centre du village. Une feuille était clouée sur la porte d'une des maisons, à l'aide d'un petit poignard. Comme il s'agissait d'un message, Aguacero l'arracha et le lut à voix haute :

- Nous savons que la princesse se trouve dans le village. Nous sommes venus la chercher. Plusieurs d'entre nous se tiennent prêts au départ, afin d'aller prévenir la garnison royale la plus proche. Les soldats se feront un plaisir de raser le village, pour y trouver cette jeune femme. Cependant, si vous nous la remettez sans faire de problèmes, nous l'amènerons nous-mêmes aux soldats, ce qui vous évitera de nombreux ennuis. La balle est dans votre camp. Si la princesse ne nous est pas amenée dans trois jours à la vieille tour de garde à l'est d'ici, nous considérerons que vous refusez de la céder. Auquel cas, ce sont les soldats qui viendront la chercher.

Le message s'arrêtait là. Aguacero fulminait, après l'avoir lu.

- Quelle bande de raclures de billot ! S'exclama-t-il.

- C'est après moi qu'ils en ont, dit Juvia d'une voix neutre.

- Oui, c'est après toi qu'ils en ont. Et crois-moi, si jamais le roi te met la main dessus, tu ne vivras pas longtemps. L'occasion rêvée pour lui de se débarrasser de la dernière prétendante au trône du Draupnir, il ne la ratera sous aucun prétexte.

- On rentre, dit alors Gray, qui n'en voulait pas plus entendre. On retourne à Fiore.

Savoir qu'on en voulait à la vie de Juvia lui était un prétexte largement suffisant pour retourner à Magnolia. Il avait déjà faillit la perdre une fois, quelques semaines plus tôt, il ne la laisserait risquer sa vie sous aucun prétexte.

- Non, répondit fermement Juvia.

- Tu vas te faire tuer, si tu restes ici !

- Juvia est forte.

- Ça n'a pas empêché …

- Vous discuterez après, trancha sèchement Aguacero. On va leur botter le cul.

À cet instant, une villageoise sortit de sa maison, avec une extrême prudence.

- Ils sont partis ? Demanda-t-elle, d'une petite voix.

- On dirait bien. Il y a beaucoup de dégâts ?

- Quelques maisons ont été incendiées, on a eu plusieurs blessés, mais je pense pas qu'il y ait eu des morts …

Aguacero s'élança, en direction de là où s'élevait la fumée. Cinq ou six maisons de bois étaient en train de brûler, et les vestiges calcinées d'une dernière avaient cessé de fumer. Les habitants étaient agenouillés dans la rue, constatant avec impuissance le désastre qui les frappait.

- Poussez-vous ! S'exclama Aguacero, en accourant.

Il joignit les mains, et invoqua un sortilège. L'eau qui jaillit de ses mains tendues inonda les toits, noyant les flammes en dégageant beaucoup de vapeur.

- Désolé d'être arrivé aussi tard, marmonna-t-il.

L'instant d'après, une puissante explosion retentit, en provenance d'une maison proche, l'une de celles qui venaient d'être éteintes. Des morceaux de poutres furent projetés à plusieurs dizaines de mètres à la ronde, car le toit avait été totalement soufflé. De nouvelles flammes s'élevèrent, hautes et agressives. L'expression d'Aguacero se décomposa.

- Une bombe à feu magique, marmonna-t-il en tombant à genoux, la face éclairée par le brasier.

Il s'agissait d'un artefact assez prisé des bandits et autres malandrins, qui produisait un brasier ardent d'une intensité redoutable. La fabrication de ces objets nécessitait des matériaux extrêmement rares, qui les rendaient extrêmement coûteuses. Les bandits qui pouvaient se permettre d'en utiliser étaient soit riches, soit de très bons voleurs.

Aguacero rassembla une vague de magie, pour tenter d'étouffer le feu par l'eau. Mais tout cela ne fut que vapeur avant même d'avoir atteint la base du brasier, qui commençait déjà à grignoter les murs. Alors, Juvia s'avança, bientôt suivie de Gray. Elle concentra sa magie, et essaya à son tour d'éteindre le brasier. Elle échoua comme son oncle. Gray ôta sa veste et la jeta derrière lui. Puis, il prépara un sort d'Ice Make, et réussit à produire un énorme bloc de glace dans le brasier. Un sifflement atroce perça l'air, et un majestueux nuage de vapeur s'éleva de la maison en feu, contrastant avec la fumée noire. Juvia profita de l'instant : sa magie lui permettait de condenser toute cette vapeur, et d'y ajouter l'eau de son propre pouvoir. L'instant d'après, il y eut un immense « pssshit ! », et les flammes disparurent. Mais Juvia était essoufflée, car éteindre un tel feu avec uniquement de l'eau lui avait demandé une grande quantité de magie. Elle se sentit tituber, mais Gray la rattrapa aussitôt par le bras.

- On ferait une bonne équipe de pompiers, à nous deux, dit-il avec un rire de nez.

Juvia sourit en réponse. Elle entendit les habitants sortirent peu à peu des maisons : sans doute avaient-ils compris qu'il n'y avait plus de danger. Alors, ils se rassemblèrent tous autour des voyageurs revenus du temple, et se mirent à applaudir.

- Vive la princesse ! Vive le rôdeur ! S'exclamait-on. Vive le roi !

Cela dura un instant, jusqu'à ce qu'Aguacero n'intervienne.

- Il n'y a ni roi, ni rôdeur, ni princesse, ici ! Que des mages revenus d'un voyage dans les montagnes !

Mais cela n'entama en rien l'enthousiasme de la foule, qui continua à scander les mots, comme un slogan. Cela procurait à Gray et à Juvia un sentiment grisant. Aguacero, lui, voulait s'éloigner au plus vite. Il restait encore tant et plus, à faire.

- Suivez-moi, dit-il sèchement à l'intention des jeunes gens. On a des choses à faire, avant de pouvoir se reposer sur nos lauriers.

Il les entraîna vers sa maison, à travers la foule. Les badauds se dispersèrent, même si bon nombre restèrent pour structurer l'aide qui serait donnée aux familles sinistrées.

- Qu'est-ce qu'on va faire, maintenant ? Demanda Gray.

- On va retrouver ces raclures, et on va les exploser, répondit Aguacero.

- Avant qu'ils ne parlent de moi aux forces du roi, dit Juvia.

- Oh, t'en fait pas pour ça. La garnison la plus proche est déjà au courant que tu es là, même si elle reste passive pour l'instant.

- Comment est-ce que tu le sais ?

- Cette bombe à feu magique, les bandits du coins n'auraient jamais eu l'argent de s'en offrir une. Et dans le coin, il n'y a que dans les garnisons de l'armée qu'on peut en trouver. Je suspecte le capitaine de la garnison la plus proche de sponsoriser l'action des bandits. C'est pour cela que vous allez également devoir partir d'ici dans quelques jours.

- Pour aller où ? Demanda Gray. À Fàfnir ?

Ce disant, ils arrivaient sur le seuil de la porte d'Aguacero. Celui-ci l'ouvrit, et ils entrèrent.

- Surtout pas. Si les soldats stationnés là-bas sont avertis, ils contrôleront l'identité de chaque voyageur cherchant à quitter Captio. Et s'ils vous attrapent, vous êtes tout les deux bons pour l'exécution sommaire. Non, il va falloir ruser. Vous franchirez le Niflheim par le Pont du Nord, et vous traverserez le Podestat, jusqu'à atteindre Grand Chêne. Là, vous pourrez vous abriter quelques jours, avant de gagner la côte. J'ai quelques amis dans ce village. De là, vous prendrez le bateau pour rentrer à Fiore, via une des îles du détroit. Enfin, pour une fois, je vais être honnête : avant de commencer ce voyage de retour, vous allez avoir encore une tâche à accomplir.

- Un peu de franchise de temps à autres, ce n'est pas mauvais, affirma Gray. Qu'est-ce qu'on devra faire ?

- Vous devrez aller voir les derniers membres vivants de la garde royale. Moi excepté, il en reste trois. Je vous donnerai les détails plus tard. Pour l'instant, on a des bandits à corriger, et j'aimerais qu'on soit rentrés à temps pour la soupe.

Ils passèrent par la maison d'Aguacero, pour se défaire de quelques bagages, et prirent avec eux un peu de nourriture pour le trajet.

- Hep, reste ici, dit Aguacero à l'intention de Gray, qui s'approchait de la porte, pour sortir.

Ils venaient de finir les préparatifs, aussi Gray avait-il pensé qu'il pouvait rejoindre Juvia, qui les attendait déjà au-dehors.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Approche, approche.

Il mena Gray en direction de la commode du salon, où étaient posés le cadre photo et l'étrange boîte.

- Cette photo … Commença Gray, en désignant le cadre.

- Juvia avait cinq ans, sur cette photo. C'est la seule qui n'ait pas été détruite par les assassins. C'était moi, le photographe. Mais c'est pas pour s'apitoyer sur des souvenirs de famille que je t'ai amené ici.

- Pour quoi, alors ?

Aguacero saisit la longue boîte en bois précieux, et la tendit à Gray.

- Ouvre-donc ça. Ce qui s'y trouve t'appartient, désormais.

Intrigué, Gray ouvrit la boîte, presque respectueusement tant elle semblait ancienne au toucher. À l'intérieur, se trouvait un kukri, fort semblable à celui qu'arborait Aguacero.

- Qu'est-ce que … Commença Gray, en saisissait l'arme par sa poignée.

Il commença un examen détaillé. L'arme était d'une facture magnifique. Le bout métallique de la poignée était gravé de signes géométriques semblables à ceux qui arboraient la porte d'Álfheimr. La poignée était de bois poli, mais qui n'était absolument pas glissant. La lame, aussi longue que l'avant-bras, était faite d'un acier étrange, que Gray n'avait jamais vu auparavant. L'acier était gris très clair près du tranchant, mais devenait de plus en plus foncé en approchant du dos de la lame. Gris-bleu, avec des chatoiements à la lumière. Le tranchant était extrêmement aiguisé, comme Gray l'appris à ses dépens en passant le pouce sur le fil de la lame. La base de la lame, près du manche, était gravée. À son grand étonnement, Gray vit y ramper une fine couche de givre, qui formait des arabesques sur le métal sombre.

- Voici Shangri-Lä, dit Aguacero, alors que Gray se suçait le pouce pour évacuer le sang. Le kukri du chef de la garde royale. Prends-le, il est à toi, maintenant. Fais-en bon usage.