If I had a heart

par Linksys

Chapitre 12 : If I had a heart


Juvia resta coite, un court instant. Elle refusait d'y croire.

- C'est vrai, dit Aguacero derrière elle.

Aucun trémolo ne soulevait sa voix.

- Cela n'est pas exact. Il y a seize ans, tes parents ont été tués par des sbires du roi, envoyés dans le but de tuer tout ce qui restait de notre famille. Disons que je n'ai pas pu intervenir à temps.

Juvia resta immobile. Puis, laissa les cristaux choir au sol, elle se jeta sur Aguacero, toute fureur. Les meurtriers n'avaient beau rien à avoir avec son oncle, apprendre que celui-ci n'avait rien fait pour sauver ses parents la révoltait, la mettait hors d'elle. Comment cela était-il possible ? Mais tout ce qui comptait pour elle, désormais, c'était la vengeance. Dans sa colère incontrôlée, elle n'aurait de cesse d'extirper toute vie de son oncle. Gray voulut se jeter sur elle pour l'en empêcher, car il ne connaissait que trop bien la folie qu'on ressentait, en découvrant celui qui avait ôté la vie à ses parents. Mais Aguacero fut plus rapide. D'un seul geste, il contra le coup de poing que lui destinait Juvia, et la saisit par le poignet, fermement. Il la retourna contre lui, la maintenant en lui tordant le bras. De sa main libre, il posa deux doigts sur son cou, prêt à le transpercer d'un jet d'eau.

- Ne gâche pas ce pourquoi j'ai laissé tes parents mourir !

- Pourquoi ? S'exclama Juvia, s'étouffant de sanglots. Pourquoi n'as-tu rien fait ?

- Parce que les assassins en avaient non seulement après ton père, ta mère et moi-même, mais aussi et surtout après toi. C'est pour te permettre de vivre, que j'ai fait ça. Tes parents n'auraient pas agi différemment, crois-moi.

Apprendre cela laissa Juvia bouche bée. Elle attendait d'en savoir plus.

- Pourquoi ont-ils été tués ? S'enquit-elle.

- Parce qu'ils comptaient déclencher une révolution. Et si personne ne les avait interrompus, ils y seraient arrivés. Depuis la déchéance, chaque génération de la famille Loxar a nourri l'espoir de regagner le trône du Draupnir. Il y a seize ans, la conjecture était idéale. Le pouvoir royal s'affaiblissait, et la misère s'étendait sur le royaume. Ta mère avait toujours eu des idées dissidentes, et ton père la soutenait dans tout ce qu'elle faisait. Elle avait des partisans, beaucoup de partisans. Elle comptait déclencher une révolution, et Sa Majesté le Roi ne l'aurait pas toléré. De plus, ça faisait bien trop longtemps que le trône de Captio guettait l'occasion parfaite d'anéantir les derniers restants de la famille Loxar.

- Je ne te demande pas de me pardonner. Retourne écouter tes parents, ils ont encore des choses à te dire. Si tu as vraiment envie de me tuer, eh bien soit. Mais tu attendras d'être ressortie avant de vouloir t'y essayer. Le Kyrkogrim ne tolérera pas que la moindre goutte de sang soit versée ici.

Gray aida Juvia à se relever, et l'amena près de là où gisaient les cristaux. Elle les reprit dans sa main.

- C'est vrai ? Aguacero vous a vraiment laissés mourir ? Demanda-t-elle, en recommençant à sangloter.

Il y eut un court silence.

- Oui, dit sèchement la voix de son père. En nous regardant.

- Nous ne sommes plus que des esprits, maintenant, dit la voix maternelle. Des esprits piégés à la mort de nos corps. L'ombre de ce que nous étions. La haine, la douleur, tout ça sont des sentiments superflus pour un simple esprit, dont la Lacrima se vide peu à peu de sa magie. Si nous avons un regret, c'est bien celui de ne pas t'avoir vu grandir, Juvia … La vie a dû être difficile, toutes ces années …

- Raconte donc à tes parents, dit la voix paternelle.

Et Juvia, dont la voix était toujours secouée de sanglots, raconta. Elle leur raconta comment elle avait rejoint Phantom Lord, comment elle avait rencontré Gray, comment elle avait rejoint Fairy Tail, les grandes missions qu'elle avait vécu au sein de la guilde, et comment elle avait commencé à fréquenter intimement Gray.

- La moitié d'une vie, gâchée par les ambitions d'une descendante de rois … Soupira la mère de Juvia.

- Toi, là, le type à côté de la fille d'Halitus. C'est quoi, ton nom ?

- Gray … Gray Cloud Fullbuster, m'sieur.

Juvia et Aguacero s'étonnèrent de cette invention de nom, mais ne dirent rien, car l'idée était somme toute assez bonne.

- Gray Cloud … Ça claque bien, ouais. Je compte sur toi pour rendre la fille d'Halitus heureuse tout les jours, est-ce bien clair ? Sinon, compte sur Halitus pour revenir te hanter chaque nuit, jusqu'à la tombe.

- Gray Cloud, reprit la voix de la mère de Juvia. Si tu l'aimes vraiment, tu dois la protéger. Endosse la veste bleue, deviens son garde royal.

- Son quoi ?

Aguacero intervint.

- La garde royale est une unité militaire d'élite, aussi vieille que le Draupnir lui-même. Sa vocation a toujours été, comme son nom l'indique, de protéger le roi du Draupnir et sa famille. À l'époque du royaume, il y avait vingt-quatre membres permanents dans cette garde. Après la déchéance, ce nombre a chuté à moins de dix, et ces dernières années, les seuls à avoir endossé la veste bleue étaient des Loxar eux-même, désireux de protéger leur famille. Ça va vous paraître ironique, mais … Je suis l'un des derniers membres de cette garde encore vivants. Georg, l'hôtelier, l'était aussi, dans sa jeunesse.

- Tu étais censé protéger ma mère et mon père, et tu n'as rien fait pour les empêcher d'être TUÉS ! Rugit Juvia, dont la rage faisait un nouveau bond.

Elle se leva, et se planta devant son oncle.

- J'ai failli à mon devoir, en effet. Mais qui garde les gardes ? Leur conscience, peut-être ? Sais-tu pourquoi tu est la seule personne que j'ai sauvée ? Parce que tu es l'héritière. De plus, tes parents ont eu énormément de mal à t'avoir, et n'auraient sans doute pas pu avoir de deuxième enfant. Si c'était toi, qui avait été tuée, les choses auraient été bien pires. Ta propre survie compte avant tout, pour un garde royal. Et puis, la région a été épargnée d'une guerre inopportune. C'est le seul bien fait de cet acte de lâcheté commandité par le roi. Après le … Décès de tes parents, je t'ai emmené avec moi, de l'autre côté du détroit, et je t'ai confié à un orphelinat. Une guilde de magiciens se trouvait dans cette ville, et avant d'en repartir, je suis allé voir le maître de cette guilde, pour t'y recommander. Tu n'avais que sept ans, à l'époque, mais déjà de grands pouvoirs. Si j'ai bien compris ce que tu as raconté à tes parents, ce même maître t'a invitée dans sa guilde quand tu avais quinze ans, c'est bien ça ?

Juvia ne cachait pas son étonnement. Depuis qu'elle avait pénétré dans ce sanctuaire, elle tombait de surprise en surprise. D'abord, elle apprenait qu'elle descendait d'une lignée de rois. Ensuite, elle avait appris que son propre oncle avait sciemment laissé ses parents mourir. Et maintenant, elle apprenait que ce même oncle fratricide l'avait recommandée auprès de maître José, le premier mage à avoir jamais reconnu son talent en tant que tel. Bien que José était tout aussi abject que le ramassis d'ordures qui composait sa guilde, en faire partie avait été une expérience que Juvia aurait put qualifier de « constructive ». Et puis, elle y avait rencontré Gajeel, le frère dont elle avait toujours voulu.

- Tu dois vivre, Juvia, dit Gray. Tu ne dois pas t'arrêter sur ton passé. Oublie qui sont tes ancêtres, oublie pourquoi tes parents sont morts. C'est seulement en faisant ça que je me suis rendu compte que je t'aimais.

Étonnée, Juvia le regarda. Ils faillirent s'embrasser.

- Ho là ! Avant le mariage, c'est pas permis, ça ! Gronda Halitus.

- Oh, mais tais-toi donc ! Rétorqua Pluvia. On ne peut pas les empêcher d'être jeunes ! Et puis, tu ne parlais pas de mariage, quand on avait leur âge, il me semble.

- Oh, c'est bon, c'était il y a vingt-cinq ans, tout ça …

Pour la première fois depuis de longues minutes, Juvia cessa de pleurer, et commença même à sourire. Ainsi donc, ils étaient comme ça, ses parents. Cependant, une autre question importante lui vint en tête, et il lui fallait absolument la poser.

- Si vous avez été tués … Pourquoi est-ce que dans mes souvenirs, vous êtes morts de maladie ?

- C'est mon fait, intervint Aguacero. En arrivant à Fiore, je t'ai amené à un mage mémoriel, pour t'éviter les mauvais souvenirs. Au départ, je voulais qu'il invente une excuse dans ta mémoire, par exemple, que tes parents t'avaient envoyé à Fiore pour que tu y aies une meilleure vie. Mais, et je me souviens exactement des mots de l'homme : « le traumatisme de cette petite est beaucoup trop profonde. Perdre ses parents d'une manière si violente à un si jeune âge, ça ne s'oublie pas. Même la magie ne peut pas effacer ce genre de stigmates. » Alors, je lui ai demandé s'il pouvait au moins modifier une part de tes souvenirs, et c'est ce qu'il a fait.

Cela révolta Juvia, dont le joli visage recommença à se gâter de larmes.

- Même mes souvenirs sont faux ? Il y en a d'autres, comme ça, des souvenirs inventés ? Toute ma vie est un mensonge, c'est ça ?

Elle se jeta sur Gray, et se laissa aller dans ses bras. Il la saisit par les épaules, et la secoua un peu.

- Est-ce que je suis un mensonge, moi ? S'exclama-t-il. Est-ce qu'on est tous des mensonges, à la guilde, hein ? Non !

Juvia tenta de ravaler ses larmes, mais ce n'était pas évident. Toute sa vie durant, elle avait vécu sans se soucier de son nom de famille, de son ascendance, ou même de pourquoi elle déclenchait des intempéries quand elle était de mauvaise humeur. Mais là, en l'espace d'un quart d'heure, tous les fondements de sa vie, tout ce sur quoi son passé s'appuyait, tout cela avait été impitoyablement balayée, la laissant aussi désorientée et sans repères qu'un jeune louveteau à peine né. Elle avait l'impression de se noyer dans la réalité. Maintenant, elle savait pourquoi ses parents étaient morts, et par qui.

- Comment avez-vous été tués ? Demanda-t-elle à ses parents, essuyant ses yeux d'un revers de manches.

- Tu veux vraiment le savoir ? S'enquit Aguacero.

- Égorgés, dit froidement Pluvia. Ces traîtres nous ont coupé la gorge.

- Assez traîtres pour tromper le porteur de Shangri-Lä, ajouta Halitus.

- Shangri-Lä ? Qu'est-ce que c'est ? Demanda Gray. Et son porteur, qui est-ce ?

- Le porteur de Shangri-Lä, c'est moi, et il s'agit de quelque chose dont il faudra que je te parle plus tard.

- La magie s'épuise, dit hâtivement la voix de Pluvia. Nous devons faire vite. Approchez-vous des cristaux, vite !

À genoux, Gray et Juvia s’approchèrent des cristaux, en se tenant par la main. Une étrange sensation de chaleur les enveloppa, tandis que les cristaux brillaient plus fort que jamais. Une main se posa dans le dos de Juvia, et elle regarda sur le côté. Il n'y avait rien, à part une étrange forme dorée, qui prenait une silhouette humaine. De même pour Gray, qui sentit lui aussi un contact. Les formes se précisèrent : c'étaient un homme et une femme. Ils se joignirent, fermant la boucle. Les têtes des quatre personnes, physiques comme intangible, se touchaient.

- Seize ans … Dit Halitus. Ça fait seize ans que, confinés dans ces cailloux brillants, on attend de pouvoir prendre notre fille chérie dans nos bras.

Juvia leva les yeux, confuse, et les deux formes lumineuses firent de même. C'étaient bel et bien ses parents, qui lui souriaient.

- J'm'étais promis d'pas pleurer … souffla Halitus, en se mordant la lèvre inférieure. C'est raté …

L'accolade dura plusieurs minutes, pendant lesquelles Juvia n'avait jamais été aussi heureuse. Gray était là, avec elle, et ses parents, morts depuis seize ans, étaient là aussi. Même la présence d'Aguacero, qui était pourtant presque un complice du crime, participait à sa joie. Voilà ce qu'était sa première famille. Mais les temps avaient changé, depuis. Juvia voulait sa propre famille, maintenant. Gray en faisait partie, pour commencer, mais deux, ce n'était pas assez à son goût : ils allaient devoir remédier à ça. Au bout de quelques minutes, la consistance des spectres diminua, ainsi que la portée de leur voix.

- Nous avons consommé tout ce qu'il restait de magie dans la Lacrima pour cet unique moment, expliqua Pluvia. Nous ne serons bientôt plus capables de nous exprimer, et seuls resteront dans ces pierres des esquisses de sentiments, et des souvenirs. C'est bientôt l'heure de nous dire adieu, ma fille chérie … Désolée de ne pas avoir été là pour toi. Tu comptais plus pour moi qu'un simple trône, mais j'étais aveuglée …

- Adieu, ma fille, dit Halitus. Sois forte. Vis bien. Et si tu as des enfants, ne leur donne pas nos noms. Ils n'en n'ont pas besoin. Ton pauvre vieux père aussi est désolé … Ma chérie …

La magie diminuait dans la pièce.

- Juvia aura sa propre famille ! S'exclama-t-elle en direction des cristaux. Et les enfants de Juvia auront leur propre nom ! Juvia vous promet qu'elle sera heureuse !

- Gray promet aussi, dit celui-ci, sans se rendre compte de son lapsus.

- Alors, plus rien ne nous retient ici. Juvia … Ma chérie … Je t'aime …

Ce fut les derniers mots que Juvia entendit de sa mère. Comme les cristaux cessèrent de luire, elle fondit au larme, le visage dans les mains. Cette fois-ci, elle était vraiment inconsolable.

- Je pense qu'il est temps de sortir, maintenant, dit Auacero.

Il s'approcha, saisit les cristaux par le pendentif, et les remit à leur emplacement. Juvia voulut l'en empêcher, car elle voulait garder les cristaux avec elle.

- Aucune Lacrima ne doit sortir d'ici. Le Kyrkogrim te tuera, sinon. Allez, il faut qu'on sorte. Il me reste des choses à vous dire, et ce n'est pas un endroit pour le faire, ici. Je ne suis pas le bienvenu, dans ce sanctuaire.