Around the world

par Linksys

Chapitre 4 : Around the world


Le soir venu et l'incident oublié, ils s'installèrent dans la salle commune de leur hôtel pour le dîner. À cette occasion, ils demandèrent au gérant, qui s'occupait du service en salle, comment ils pourraient atteindre le nord du pays.

- Le nord du Draupnir ? L'endroit est vide et désertique depuis bien longtemps, vous savez … Et empli de bandits, à ce qu'on dit … Deux jeunes gens comme vous, qu'est-ce que vous allez faire dans un endroit pareil ?

- C'est très important, déclara Gray.

- Nous devons y aller, absolument, ajouta Juvia.

- Bon, c'est votre choix après tout … En cette saison, il n'y a plus grand-monde qui emprunte la vieille route commerciale qui traverse les steppes … Vous allez devoir traverser par vos propres moyens, je le crains …

- Qu'est-ce que vous nous conseillez ? Demanda Juvia.

- Eh bien … Si vous êtes pressés, vous pouvez acheter des chevaux. Où comptez-vous aller, précisément ?

- Au pied des montagnes.

- C'est de l'autre côté des steppes, ça … Ça va prendre au bas mot quatre jours, avec de bons chevaux. Mais ça serait du suicide, d'y aller comme ça. Vous devriez louer une carriole avec une paire de chevaux, et de bons fusils. Ça serait beaucoup plus sûr pour vous.

- C'est si dangereux que ça, le Draupnir ? S'enquit Gray.

- Eh bien, la partie la plus méridionale, c'est-à-dire celle où nous nous trouvons, est assez calme. Il n'y a que villages, fermes et plantations à cinquante kilomètres à la ronde, et pas un bandit. Quoiqu'on puisse rencontrer pas mal de ces raclures de billot à Fàfnir. Cependant, plus on va vers le nord, plus le climat devient inhospitalier. Les steppes sont infestées de bandits, et c'est pas des tendres.

- Je croyais que l'ordre et la discipline régnaient sur le pays ?

- Eh bien, c'est très vite dit … Le Draupnir est à lui seul plus grand que toutes les autres régions du royaume réunies. Le tiers sud du pays, tout ce qui se trouve entre ici et les sources du Niflheim, est assez calme. Mais, tout ce qui se trouve au-delà est une zone de non-droit, les soldats du roi y ont perdu toute autorité depuis bien longtemps.

- Vous sauriez où est-ce qu'on pourrait acheter tout ce que vous nous conseillez ? Demanda Juvia.

- Oui, répondit le patron.

D'une poche de son pantalon, il sortit un carnet de commandes et un stylo. Il y inscrivit rapidement les coordonnées d'un magasin général de sa connaissances, ainsi que celles d'un loueur de carrioles.

- Dites-leur que vous venez de la part de Georg, ils vous feront peut-être une petite remise. Vous partez quand ?

- Demain midi au plus tard. Moins on prendra de temps, mieux ce sera.

Le gérant soupira.

- Si je puis me permettre … Si vous survivez à ce voyage, mariez-vous dès que vous serez de retour chez vous.

- Mais nous sommes déjà … Protesta Juvia, qui voulait donner vie au mensonge.

Un sourire lucide éclaira le visage du gérant.

- Une mariée qui ment sur son nom de famille, et un couple sans alliances, que faut-il de plus pour percer la ruse à jour ?

Ne trouvant rien à y redire, ils gardèrent le silence.

- Personne ne doit le savoir, déclara Juvia. Personne ne doit savoir le nom de famille de Juvia.

- Personne, vous pouvez compter sur moi. Vous avez encore quelques amis, dans le sud. Le bleu est la couleur des rois, après tout. Des vrais rois.

Sur ces paroles énigmatiques, il s'éloignant, portant attention à d'autres clients.

- Qu'est-ce qu'il a voulu dire ? Demanda Gray.

- Juvia se le demande aussi, répondit-elle.

- C'est vrai, ou bien tu ne peux pas me le dire ?

- C'est la vérité. Juvia est aussi intriguée que Gray.

Ses yeux ne mentaient pas, et le jeune homme s'en rendit bien vite compte. Quand elle avait refusé de lui fournir des explications, son regard penaud n'avait pas quitté le bout de ses bottes. Là, elle le fixait dans le blanc des yeux, parfaitement calme. Quelques instants plus tard, le gérant revint à leur table, portant le dessert.

Le lendemain matin, ils se levèrent de bonne heure. Après avoir ingurgité le petit-déjeuner et discuté un peu avec le patron, ils quittèrent l'établissement, pour aller acheter leurs fournitures. Le gérant leur avait proposé de garder leurs bagages pendant ce temps, pour qu'ils reviennent les chercher une fois leurs achats achevés.

Les rues de Fàfnir étaient larges et propres, mais certaines venelles étaient plus sombres et plus sales. Quelques ouvriers allaient droit devant eux, les mains dans les poches. Ils commencèrent par faire escale chez le loueur recommandée par le gérant. Louer la carriole fut simple, mais lorsque le loueur sut qu'ils comptaient traverser les steppes, il fut beaucoup plus réticent à leur concéder deux chevaux pour le trajet. Il fallut rajouter un peu de liquide pour relaxer le loueur, qui finit par leur donner les rênes de deux grands chevaux amenés de son écurie, un rouan et un pie. Il les aida à les atteler à la carriole. Ledit engin était un modèle simple à deux essieux, et couvert d'une bâche en tissu tendue sur des arceaux métalliques. Quand ils furent installés à l'avant, il leur souhaita un bon voyage.

- Est-ce que Gray a déjà conduit … comme ça ?

- Non, répondit-il en se renfrognant.

Il donna un coup sur les rênes, et les chevaux commencèrent à avancer, à leur rythme.

- Si j'avais su, je me serais écouté et on aurait loué une voiture avec un self-plug … Maugréa le mage glacial.

Juvia le regardait, amusée. Voyager ainsi était beaucoup plus romantique, pour elle.

Lorsqu'ils arrivèrent devant le magasin général que leur avait conseillé le gérant de l'hôtel, le vendeur finissait à peine de remonter les rideaux métalliques de la vitrine.

- Bonjour, messieurs-dames, dit-il en ôtant sa casquette. J'imagine que vous êtes des clients ?

- On aimerait bien acheter quelques trucs, en effet, déclara Gray après être descendu.

Il aida Juvia à descendre à son tour, et s'approchèrent de la façade.

Le vendeur ouvrit la porte de son office, les laissant entrer en premier. Puis il entra à son tour, et gagna à grandes foulées sa place derrière le comptoir.

- Que puis-je pour vous ?

- On aimerait se procurer des vivres pour une semaine, des couvertures, du bois.

Gray indiqua chaque article sur un doigt de la main.

- Et des armes à feu, ajouta Juvia. Pour nous défendre.

- C'est beaucoup de choses, observa le vendeur. Vous comptez traverser les steppes ?

- Exact, répondit Gray.

- Je vais vous chercher ça.

Le vendeur siffla, et un jeune garçon accourut aussitôt, d'une porte dissimulée dans le mur derrière le comptoir.

- Aide-moi avec les achats de nos clients, dit le vendeur à son commis.

Comme ils se ressemblaient beaucoup, il parut évident à Gray et Juvia qu'ils étaient frères. Tout d'abord, ils amenèrent dans la carriole deux caisses de pommes de terre, de nombreux paquets de biscuits secs, plusieurs chapelets de saucisses, une caisse de boîtes de soupe, un gros pot de miel et un petit tonneau de viande salée.

- Plus de vivres qu'il n'en faut pour toute une semaine, commenta le vendeur. Et vous pourrez sans doute compter sur les villages que vous croiserez avant d'arriver aux steppes.

Puis, il disparut à nouveau dans la réserve, talonné par son frère. Ils en revinrent en portant deux grosses couvertures chacun, qu'ils posèrent à côté des vivres. Le voyage suivant les vit revenir avec deux grands paniers de petit bois et de bûches, qui furent entreposés avec le reste des courses. Le vendeur offrit également à Gray un briquet à silex, pour faire bon usage du bois.

- Vous voulez également des armes à feu, déclara le vendeur.

- Vous en avez ?

- C'est un magasin général, ici, on a de tout.

Il farfouilla sous le comptoir, et en tira deux revolvers rutilants. Le barillet de chaque arme était gravé différemment, mais la crosse était du même bois. Puis, il décrocha du mur une carabine à deux canons, et posa tout cela sur le comptoir. Il ajouta à cela trois boîtes de balles, une pour chaque arme.

- Est-ce que ça vous va ?

Sur l'instant, Gray aurait bien aimé la présence d'Alzack ou de Visca pour expertiser les armes qu'on lui présentait, car il n'y connaissait pas grand chose. Cependant, un revolver était un revolver, et il savait presser une queue de détente. Alors, il consulta Juvia du regard. Elle lui donna son approbation d'un signe de tête.

- C'est bon, déclara Gray.

La transaction laissa un grand cratère dans son porte-monnaie, mais c'est avec l'esprit tranquille qu'il remonta dans la carriole, après avoir aidé Juvia.

- Pourquoi avons-nous acheté des armes à feu ? Demanda-t-elle, alors qu'ils retournaient à l'hôtel.

- Parce que la magie ne nous protégera pas à chaque fois, répondit Gray en secouant les rênes. Et si ton nom doit rester secret, autant que ta magie le reste aussi.


Une fois de retour à l'hôtel, ils chargèrent leurs bagages à l'arrière de la carriole, et après avoir salué le gérant (qui leur offrit une carte détaillée de la région, ainsi que deux capes de voyage, brunes), prirent le départ.

- Terminus, Gungnir, déclara Gray, en donnant aux chevaux l'ordre d'avancer.

Il n'était pas dix heures et demie lorsqu'ils quittèrent Fàfnir à proprement parler. Autour de la ville, dans un rayon de quelques kilomètres, il y avait de nombreux villages et hameaux, entrecoupés de fermes et autres exploitations agricoles.

- C'est beaucoup plus rustique qu'à Fiore, observa Gray.

- La région est pauvre, expliqua Juvia.

À midi, ils firent halte dans un petit village pour manger. L'auberge locale proposait, à ce qu'ils entendirent, un ragoût succulent, aussi épargnèrent-ils leurs vivres pour l'instant. Une fois rassasiés, ils reprirent la route. À seize heures, ils avaient parcouru près de vingt-cinq kilomètres depuis Fàfnir. Gungnir était indiqué sur la carte que le gérant leur avait donné, et était encore éloigné d'eux d'environ cent vingt kilomètres.

- On est déjà le 30 décembre, déclara Juvia en repliant la carte. On va vraiment passer le Nouvel An loin de tout …

- Ce n'est pas grave, répondit Gray.

Au soir, ils franchirent le Niflheim, par le Pont du Nord. C'était le plus large fleuve que Gray eût jamais vu, et il déroulait sereinement ses eaux noires au milieu des plaines méridionales du Draupnir. Juvia l'avait déjà franchi à deux reprises dans son enfance, bien qu'il ne lui en restât presque aucun souvenir. Comme le soleil se couchait, ils ne trouvèrent au-delà du pont aucune installation humaine à portée de vue, les contraignant à faire halte au beau milieu d'une vaste prairie herbeuse, qui préfigurait déjà les steppes arides qui les attendaient. Un petit point d'eau bordé d'arbres se trouvait au beau milieu de la prairie, et c'est près de ses berges qu'ils décidèrent de bivouaquer pour la nuit.

- Ça faisait longtemps que j'avais pas dormi à la belle étoile, déclara Gray en entassant un peu de bois pour faire le feu.

- Juvia n'a pas dormi dehors depuis plusieurs années … Et il fait froid la nuit, dans le Draupnir.

Pour ce premier repas dans la nature, ils se réchauffèrent chacun une canette de soupe, et il s'avéra que le breuvage était vraiment bon, contrairement à ce que Gray subodorait.

- Je prends le premier tour de garde, déclara-t-il après avoir fini son repas.

Il alla chercher la carabine dans la carriole, ainsi qu'une bordée de balles, et s'installa près du feu.

- Juvia monte la garde aussi, alors, dit-elle en s'approchant de lui.

Ils s'enroulèrent chacun dans leur cape, et Juvia se laissa aller au sommeil contre l'épaule de Gray.

La nuit fut calme. À de nombreuses reprises, Gray surprit le reflet d'yeux flottants entre les hautes herbes : renards, chats et chiens errants, attirés par le fumet de la nourriture mais tenu en respect par la force du feu. Il n'y avait pas de loups si loin au sud. Lorsque l'aube éclaircit le ciel, il le vit d'abord dans le reflet du petit étang. Le feu s'était éteint depuis bien longtemps, et seules quelques braises rougeoyaient encore et toujours, irréductibles à l'empire de la nuit. Le sommeil alourdissait ses paupières, et il commençait presque à regretter de ne pas avoir réveillé Juvia pour qu'elle prenne son tour de garde. Il allait devoir dormir au moins toute la matinée, pour rattraper ça.

Quand le soleil fut entièrement révélé, il réveilla Juvia qui s'était endormie sur ses genoux, en la secouant doucement. Elle émergea lentement, et la première chose qu'elle fit en se redressant, les yeux encore mi-clos, fut de réclamer le bisou matinal.

- On mange un bout, et on décolle, déclara Gray en se levant pour s'étirer.

Ce matin-là, ils mangèrent des biscuits secs agrémentés d'un peu de miel. Puis, environ trois quarts d'heures après s'être réveillés, ils reprirent la route de Gungnir. Gray laissa à Juvia le soin de conduire la carriole, car il s'étendit à l'arrière sous la bâche, dans le faible espace non obstrué par quelque bagage ou caisse de nourriture.

- Réveille-moi quand on s'arrêtera pour midi, dit-il avant de fermer les yeux.

Lorsque Juvia le réveilla, il détecta aussitôt un fumet appétissant, qui, mystérieusement, lui redonna une grande part de ses forces. Juvia avait allumé un feu, au-dessus duquel cuisait plusieurs saucisses. Comme c'était prêt, ils commencèrent directement à manger. Puis, ils se remirent en route. Moins d'une heure après, ils découvrirent les steppes du Draupnir.

Le sol se faisait de plus en plus inégal, à mesure qu'ils progressaient vers le nord froid et lointain, et les herbes se faisaient différentes. Plus hautes, plus drues, plus brunes, plus tranchantes. Cependant, un sentier large et dégagé sinuait entre les petites collines qui marquaient l'entrée dans les steppes. Les nuages qui les avaient suivi la veille et toute la matinée commencèrent à se disperser sous l'influence d'un fort zéphyr, et en fin d'après-midi, le ciel était entièrement dégagé.

- Si on m'avait dit que je passerai le dernier jour de cette année seul avec toi et loin du reste … Soupira Gray.

- Ça ne déplaît pas à Juvia, d'être seule avec Gray et loin du reste, répondit la jeune femme.

D'un commun accord, ils décidèrent de ne pas s'arrêter pour bivouaquer, ce soir là. Vers vingt heures, ils mangèrent d'autres biscuits avec du miel. La carriole continuait tranquillement son chemin, au beau milieu des steppes. Les étoiles brillaient avec force, dans le ciel, comme pour saluer la fin de l'an et en accueillir un nouveau, et ils s'amusèrent un long moment à retrouver les constellations. Ils discutèrent toute la soirée, mais vers vingt-trois heures, le silence gagna la carriole. Juvia commença à somnoler contre Gray, qui dirigeait toujours le convoi. La lumière lunaire était suffisante pour lui permettre de distinguer les obstacles sur la voie. À partir de vingt-trois heures cinquante-cinq, il commença à regarder très régulièrement l'heure sur sa montre à gousset. À vingt-trois heures cinquante-neuf, il réveilla Juvia.

- C'est bientôt le Nouvel An, lui chuchota-t-il.

Elle se blottit aussitôt contre lui, et ils guettèrent ensemble la trotteuse se rapprocher du sommet du cadran. Ils égrenèrent en chœur les dix dernières secondes :

- Dix … neuf … huit … sept … six … cinq … quatre … trois … deux … un …

Et, au lieu de se souhaiter la bonne année en se serrant dans leurs bras, ils échangèrent un long baiser passionné, en se serrant dans leurs bras.

- Bonne année, Juvia, dit Gray après l'étreinte.

- Bonne année, Gray, répondit-elle.

Environ une heure après, ils décidèrent qu'il était enfin temps de s'arrêter. D'après les informations de la carte, ils devraient arriver à Gungnir avant la prochaine tombée de la nuit. Après avoir allumé le feu, ils s'allongèrent. Juvia insista pour prendre le premier tour de garde, jusqu'à quatre heures du matin.

Durant les trois heures de sa garde, Juvia passa le plus clair de son temps à fixer les étoiles, comme en attente d'une réponse venue d'ailleurs. Cela lui remémora un vieux conte de son enfance, celui des enfants des étoiles. Elle s'était promis de longue date qu'un jour, elle raconterait cette histoire à ses enfants. Puis, elle repensa à ce que Gray avait fait pour elle. Comment douter de sa sincérité, maintenant ? Tout ce qu'elle en retenait, c'était qu'elle ne voulait plus y penser. Elle avait mieux à faire que de ressasser les erreurs du passé. Lorsque sa garde toucha à sa fin, elle s'éloigna un peu du feu, et réveilla Gray, qui prit son tour. Elle s'endormit en quelques secondes, tant elle était fatiguée. Et pour une fois, elle n'avait pas fait la fête avec ses amis de la guilde, pour le réveillon.

Elle fut réveillée par la détonation d'un coup de feu.