Voyager

par Linksys

Chapitre 3 : Voyager


- C'est à propos de notre lune de miel ? Demanda Juvia, comme hypnotisée par la situation.

- Non, répondit Gray. J'ai pas vraiment aimé la manière dont t'as remis en cause mes sentiments, même si je comprends un peu pourquoi t'as réagi comme ça.

- Juvia ne veut pas parler de ça, se lamenta la jeune femme.

- Moi non plus, et c'est pas de ça que je veux parler. Si y'a bien un truc qui m'énerve plus que le reste, c'est quand on ne me croit pas alors que je suis sincère. Et dans ce cas-là, je fais toujours tout ce que je peux pour rétablir la vérité.

Il prit les mains de Juvia dans les siennes, et la regarda dans le blanc des yeux.

- Épouse-moi, dit-il.


Lorsque Juvia se réveilla, elle était avachie dans le canapé du salon, et Gray était assis à côté d'elle. Il la ventilait énergiquement avec un éventail.

- Ça y est, t'es réveillée ? Demanda-t-il.

- Oui …

Elle peinait à croire à ce qu'elle avait entendu avant de s'évanouir.

- Quand allons-nous nous marier ? Demanda-t-elle.

- Hein ? De quoi tu parles ? Répondit Gray, qui ne comprenait pas. J'ai jamais parlé de mariage.

Déçue, Juvia comprit que ce qu'elle avait entendu n'avait été qu'un produit de son esprit, la cristallisation d'années de rêves et d'espoir.

- Tu t'es évanouie juste avant que je te dise mon idée, et ça fait bien une demi-heure que je te ventile, t'étais brûlante.

- Qu'est-ce que Gray veut me dire ?

- On va partir en voyage, toi et moi, et tu vas voir si je ne t'aime pas.

- Où va-t-on aller ?

- J'ai quelques idées, mais je préférerais que tu choisisses.

- Juvia choisira parmi tes idées.

- J'ai pensé qu'on pourrait retourner à Ryûzetsu Land, ou à Akane Resort … Mais j'ai eu une autre idée. C'est moins amusant, mais beaucoup plus intéressant.

Il se pencha à l'oreille de sa bien-aimée, et lui murmura son idée. Elle ouvrit de grands yeux ronds en l'entendant.

- Tu veux vraiment aller là-bas ? Mais … C'est loin, et Juvia …

- Tu ne veux pas y aller ?

- Si, mais … Juvia a peur d'y retourner.

- Pourquoi tu aurais peur de retourner dans ta région natale ?

Juvia garda le silence. Gray venait tout juste de lui proposer de partir en voyage dans le Draupnir, sa région d'origine, et d'aller jusqu'à Gungnir, le village qui l'avait vu naître et grandir jusqu'à ce qu'elle n'arrive à Fiore à l'âge de sept ans. Car le Draupnir était la plus grande région de Captio, le royaume voisin de Fiore. C'était cette origine étrangère qui était en cause de l'étrange manière de parler de Juvia, ainsi que d'autres traits de caractères étranges pour les habitants de Fiore.

- Je veux voir l'endroit où tu es née, je veux voir là où tu as grandi, déclara Gray.

- C'est d'accord, répondit Juvia. Mais à une seule condition.

- J'écoute ?

- Après, Juvia veut aller voir la région natale de Gray, là où est né et où il a grandi.

- Il n'y a plus que des ruines.

- Il n'y a plus que des ruines aussi, là où je suis née, rétorqua Juvia.

Il y eut un court silence. Puis, elle reprit :

- Quand est-ce qu'on part ?

- Dans deux jours, le temps d'aller à Harujion et de prendre le bateau. Si je me souviens bien, il y a un bateau par jour pour Captio.

- On ne sera pas rentrés à temps pour le Nouvel An, fit remarquer Juvia.

- Pas grave, l'important, c'est qu'on le passe ensemble. C'est ça, qui compte.

Ni l'un, ni l'autre, ne se doutaient qu'ils s'apprêtaient à s'embarquer pour un voyage qui laisserait une marque indélébile sur leur future.


Ils quittèrent leur domicile vers onze heures trente, en direction de la guilde. Ils ne comptaient pas prendre de mission pour la journée, aussi y allaient-ils pour informer de leur départ imminent.


- Juvia y pensait, dit celle-ci pendant le trajet. Est-ce qu'on a les moyens de le faire, ce voyage ?

- Bien sûr, même si c'est pas évident de toucher la récompense en travaillant avec Natsu et Erza. La traversée en bateau ne coûte pas très cher, et on devrait bien trouver une manière de se rendre là où on veut aller.

Juvia leva les yeux au ciel, pensive.

- Le mieux serait d'accoster à Fàfnir, déclara-t-elle. De toutes manières, c'est sans doute la destination de la ligne au départ d'Harujion.

- Où ça, tu dis ?

- À Fàfnir. C'est au sud du Draupnir. C'est la plus grande ville portuaire de Captio.

- Eh bien, pour quelqu'un qui a vécu les trois quarts de sa vie à Fiore, tu connais drôlement bien ton pays, dit Gray, admiratif.

- Ce n'est que de la connaissance géographique basique, répliqua modestement Juvia.

Après avoir fini de rougir, elle reprit :

- Normalement, il y a une route commerciale entre Fàfnir et le nord du Draupnir, que l'on pourra emprunter pour se rendre sans encombres à Gungnir.

- De toutes manières, on ira quand même. Peu importe la façon.

C'est à ce moment qu'ils arrivèrent en vue de la guilde. Le sol devant la façade du bâtiment, sur un rayon de vingt mètres, était couvert de neige fondue assez glissante, et il leur fut presque ardu d'arriver à bon port.

Dans le bâtiment, l'ambiance avait quelque chose de particulier. Les mafges couraient en tout sens, s'offrant cadeaux les uns aux autres, et faisant des réclamations pour les mécontents. Se frayant un chemin parmi l'activité, Gray et Juvia parvinrent au bar, où Mirajane regardait les autre faire, d'un œil bienveillant. S'apercevant de l'arrivée des deux jeunes gens, elle les salua et prit des nouvelles.

- Juvia et Gray vont partir en voyage ! S'exclama Juvia, non loin de sautiller sur place sous le coup de l'excitation.

- Vraiment? S'étonna la barmaid.

Elle regarda Gray, intriguée.

- Ah, vous partez en lune de miel, c'est ça ? Demanda-t-elle, avec un petit sourire entendu.

- Non, répondit Gray.

« Ma parole, les filles de cette guilde ont un sacré problème avec les lunes de miel ... » Se lamenta-t-il mentalement.

- Qui a parlé de lune de miel ? S'enquit Erza.
Assise non loin de là, elle était affairée à manger un énorme fraisier de Noël. Le gros chapeau de Noël qu'elle portait lui adoucissait le visage, mais n'empêchait pas son armure Heart Kreuz de rutiler. Ses oreilles s'étaient dressées lorsqu'elle avait entendu parler de lune de miel.

- Rien, t'occupe, soupira Gray avec un signe de main.

« Qu'est-ce que je disais? »

- Vous partez en amoureux, c'est ça ? Reprit Mirajane.

- Voilà, c'est ça, affirma Gray. On a envie de voir du pays, tout les deux.

- Et où allez-vous ?

- On va aller dans le nord de Captio.

- C'est un endroit froid et désert ! S'exclama la barmaid.

- Certes, mais c'est quand même là qu'on va.

- Pourquoi aller dans un tel endroit ? Vous devriez plutôt prendre du bon temps à Akane Resort ou à Ryûzetsu Land !

- Parce que …

Gray n'osa pas continuer, car il savait que Juvia n'aurait pas aimé qu'il continue sans son approbation.

- Parce que c'est là-bas que Juvia est née, dit-celle en baissant les yeux. Gray veut absolument aller là-bas.

À ce moment, Makarov, qui descendait du premier étage, s'approcha et prit part à la conversation, dont il avait surpris quelques bribes depuis l'escalier.

- Vous allez donc à Captio ? Laissez-moi vous prévenir : soyez prudents. Les gens de Captio n'aiment pas ceux de Fiore, et c'est généralement réciproque. Vous pourriez bien vous faire détrousser à l'hôtel, ou pire.

- Juvia sait.

- Tant mieux, alors, mais j'ai jugé nécessaire de vous le rappeler.

Il regarda la jeune femme.

- C'est toi, qui a voulu retourner sur tes terres natales ? Ou c'est Gray ?

Fort surprise, Juvia fixa le maître, la bouche béante.

- Comment … Comment savez-vous que …

- Comment on sait que tu n'es pas née à Fiore ?

Makarov rigola doucement.

- Ma pauvre, la moitié des mages de cette guilde sait que tu es née à Captio, et l'autre moitié sait que tu n'es pas née à Fiore. Tu n'as peut-être pas d'accent sur la prononciation, mais ta manière de parler, ta magie et ton style, on les rencontre que de l'autre côté du détroit. J'ai pas mal roulé ma bosse, dans ma lointaine jeunesse. D'autres mages de la maison aussi ont pas mal voyagé. Avec un peu de connaissances sur les pays voisins, pas dur de deviner d'où tu viens.

- Mais … Juvia ne veut pas que ça se sache …

- Pourquoi donc ?

Juvia cacha son visage dans ses mains, et commença à sangloter. Horrifié, le maître s'excusa platement, et joignit ses efforts à ceux de Gray pour la réconforter.

- Je ne voulais pas … Je ne pensais pas que ça te blesserait.

- Ce n'est pas grave, murmura Juvia en s'essuyant les joues d'un revers de manche. C'est … C'est nerveux. Juvia a du mal à contrôler ce qu'elle ressent quand on parle de son passé.

L'incident fut vite oublié, et ils recommencèrent à s'amuser.

Le soir, en quittant la guilde, Juvia ne réalisait toujours pas ce qui lui arrivait. Dans quelques jours, elle allait s'embarquer pour un voyage qui la mènerait sur ses terres natales, qu'elle n'avait pas revu depuis l'âge de sept ans. Elle allait s'y rendre avec Gray, l'élu de son cœur. Le voyage serait sans doute difficile, mais cela lui importait peu. Plus elle pensait au voyage et surtout, à ce qui en avait donné l'idée à Gray, plus elle découvrait l'immensité du sac de nœuds qui prenait forme dans son esprit. Gray l'aimait, l'aimait vraiment, ou n'était-ce que tromperie et illusion ? Sa paranoïa naturelle tendait vers la seconde réponse, mais tout le reste indiquait le contraire, et elle ne parvenait pas à s'y faire. Avec le temps, elle avait fini par presque plus aimer poursuivre Gray de ses vœux que Gray lui-même, et la disparition de la quête qui avait animé ses journées durant quatre années avait laissé un étrange vide en elle, un vide qu'elle s'efforçait de combler par la présence de Gray.


Le lendemain dans la matinée, le jeune couple se rendit à la banque où Gray plaçait ses économies, pour retirer les espèces nécessaires au bon déroulement financier du voyage. À cette occasion, Juvia découvrit que son compagnon était quelqu'un d'extrêmement économe : il y avait un peu moins d'un million de joyaux sur son compte en banque, durement gagnés en travaillant avec l'équipe habituelle.


- On devrait attendre pour partir, finit par dire Juvia, alors qu'ils sortaient de l'établissement. Partir en voyage demande beaucoup de préparation …

- J'ai voyagé toute ma vie, répondit Gray, et je n'ai pas la moindre envie d'attendre pour te prouver que je t'aime.

Visiblement, apprendre que Juvia n'avait pas confiance en ses sentiments avait foulé au pied son amour-propre et son ego. Et, même si le problème avait été réglé dès le départ, il était bien trop têtu pour abandonner l'idée du voyage. De plus, ça n'était pas tant pour donner une preuve, qu'il voulait aller voir là où Juvia avait grandi. C'était aussi et surtout pour en apprendre le plus possible sur elle. Tout ce qu'il savait de son expérience personnelle, c'est qu'elle avait vécu à Captio, avant de venir habiter à Fiore à sept ans, elle avait perdu ses parents peu après et s'était retrouvée à l'orphelinat jusqu'à l'âge de quinze ans, ensuite de quoi elle avait rejoint Phanto m Lord, avant qu'ils ne se rencontrent. Cette lacune avait été justement mise en lumière par Mirajane. Il voulait savoir qui étaient ses parents, à quoi ressemblait sa région d'origine. Il voulait savoir d'elle tout ce qu'elle consentirait à lui dire, et alors seulement, il parlerait de lui.


Ce soir-là, ils discutèrent beaucoup. Ils discutèrent en mangeant, puis ils discutèrent en allant se promener dehors. En rentrant, ils continuèrent à parlementer en se déshabillant, et persévérèrent en se glissant sous les couettes. Ils ne s'arrêtèrent que pour faire l'amour, et reprirent de longues minutes après. À vrai dire, ils ne se couchèrent pas de bonheur, tant ils avaient parlé ce soir là. Et ils avaient parlé de beaucoup de choses, de choses qu'ils avaient faite, et de choses qu'ils voulaient faire, seuls ou ensemble. Lorsque Juvia avait commencé à parler d'enfants, Gray, contrairement à son habitude, ne l'avait ni rembarrée, ni ignorée, ni n'avait changé de sujet. Bien au contraire : il en avait rêvé avec elle. Cela était clair entre eux depuis le début, ils ne comptaient pas faire s'agrandir la famille avant quelques années, mais Juvia aimait à en parler de temps à autres. D'aucuns auraient dit qu'ils allaient vite en besogne, mais cela leur importait peu, pour ne pas dire aucunement. Ils parlèrent également de ce qu'ils feraient en rentrant du voyage. Ils émirent également quelques pronostics sur le temps qu'allaient mettre Lucy et Natsu avant d'arrêter de se tourner autour, et ils rigolèrent bien en faisant leurs estimations.

C'est avec un étrange sentiment que Gray trouva le sommeil. Il n'avait fait que parler avec sa bien-aimée, mais cette longue séance de discussion avait pansé et fait cicatrisé des plaies silencieuses que des dizaines de jours de cohabitation n'avaient fait que cautériser. Pour certaines choses, une simple phrase de l'être aimé valait plus que cent baisers, ou qu'un millier de caresses.


Le lendemain, ils se réveillèrent dès potron-minet. La veille, ils s'étaient renseignés à la gare. Un train partirait de la station à neuf heures trente-deux, destination Harujion. Comme il n'y en avait qu'un par jour, ils ne comptaient pas le rater. De fait, ils se réveillèrent à six heures trente du matin, pour finaliser les préparatifs hâtifs entamés la veille. Mine de rien, cela leur prit un certain temps après le petit déjeuner, et lorsqu'ils quittèrent l'appartement vers neuf heures, c'était après avoir bien transpiré. Au départ, ils ne devaient emporter chacun qu'une grosse valise et un sac à dos, mais Juvia avait simulé quelques larmes (un subterfuge efficace sur Gray dans cent pour cent des cas) pour avoir l'autorisation de prendre deux valises et un second sac à dos. Ainsi chargés, ils prirent le chemin de la gare. Il n'y avait pas beaucoup de monde à cette heure dans les rues de Magnolia, aussi profitèrent-ils du trajet en amoureux. C'était un matin lumineux, bien qu'encore rafraîchit par la neige qui ne semblait pas se décider à fondre. La gare aussi était presque vide, mais quelques voyageurs se plaçaient déjà dans leur train quand ils arrivèrent à quai. Ils présentèrent leurs tickets au contrôleur, puis montèrent dans un des wagons. Une fois installés dans un compartiment vide, ils entreposèrent leurs bagages et prirent place. Le train se mit en marche quelques minutes plus tard.

Ce fut un trajet calme, et la météo resta stable : temps clair et ciel dégagé du départ au terminus. Il faisait plus chaud à Harujion, car la ville était plus au sud. Cela dit, une certaine fraîcheur, née des embruns marins, baignait la ville, et faisait grelotter les voyageurs mal préparés. Gray et Juvia, eux, n'avaient cure du froid. Il faisait bien plus froid que ça, là où ils allaient. Et puis, ils étaient bien protégés : Gray avait pour lui sa résistance naturelle, et Juvia s'était équipée d'un long et chaud manteau rembourré, assorti au reste de sa tenue.

Après un rapide arrêt par un café du port, ils prirent la direction de l'embarcadère touristique, d'où devait appareiller le bâtiment sur lequel ils traverseraient le détroit. Il fut difficile de s'y retrouver, car de nombreux bateaux de plaisance et autre ferries mouillaient à quai. Cependant, les indications avisées de quelques autochtones les redirigèrent vers le plus gros des ferries, un immense navire en métal, propulsé par vapeur. C'était le seul à effectuer la traversée, en cette saison, leur dit-on, car c'était le seul assez gros pour résister aux éventuels tempêtes d'hiver qui balayaient le détroit. Une passerelle était déployée entre le quai et le pont supérieur du bateau. Deux matelots montaient la garde de chaque côté. En grosses lettres noires, sur l'avant de la coque, il était écrit le nom du navire : « CORTO MALTESE ». Le nom n'évoqua rien à Gray, mais Juvia lui dit dans l'oreille :

- Corto Maltese était un grand explorateur, originaire d'une cité libre au sud du détroit. Il a beaucoup voyagé, et la navigation moderne lui doit beaucoup.

- T'en sais, des choses … Observa Gray.

La jeune femme rougit au compliment, et détourna le regard.

Ils accostèrent les deux matelots en faction sur le quai.

- Le bateau part à quelle heure ? Demanda Gray.

- Dans une heure, m'sieur, répondit le matelot de droite.

- Vous voulez embarquer ? Demanda le matelot de gauche.

- Ouais, si possible, dit Gray.

- Ce navire est à destination de Fàfnir, à Captio, prévint Droite.

- C'est justement là qu'on veut aller, ma petite amie et moi, rétorqua Gray, pressé.

- Vous avez vos billets ? Demanda Gauche.

Gray regarda Juvia.

- Euh … Non ….

- Dans ce cas-là, il faut aller à droite, pour payer vos places, déclara Gauche.

- On vous donnera votre numéro de chambre au guichet, continua Droite. Les chambres sont à gauche du guichet.

Ils s'écartèrent, laissant - enfin ! - passer Gray et Juvia. Les matelots postés du côté du pont les accueillirent en souriant, et leur indiquèrent le chemin du guichet.

Ledit guichet se trouvait au pont inférieur, juste avant l'entrée du restaurant embarqué. L'employé qui s'y trouvait parlait avec un très fort accent, rendant son parler presque incompréhensible. Cela dit, ils parvinrent à effectuer la transaction.

Les clefs en main, Gray s'avança triomphalement en direction des chambres, en quête du numéro 144 - leur chambre. Juvia le suivait, avec un enthousiasme présent mais moins marqué. La chambre qu'ils occupaient était minuscule, bien que dans les normes pour une cabine de vaisseau. Il s'agissait d'une pièce oblongue, d'environ cinq mètres de long sur trois de large. Au bout, se trouvait un hublot, et immédiatement à droite de l'entrée, il y avait la salle de bains et les toilettes. À leur grand dam, les couchettes étaient séparées et à peine assez large pour s'étendre sur le dos sans dépasser. Gray et Juvia mirent en place leurs valises, et restèrent un moment dans la chambre. Le hublot donnait à quelques mètres au-dessus de la surface de l'eau, et ils s'y pressèrent un long moment pour observer les reflets sur la surface de l'eau.

Lorsque le navire largua les amarres, ils se trouvaient penchés au bastingage du pont supérieur, observant l'horizon, couvert de nuages à l'est. Et c'était à l'est que se trouvait leur destination. Il était près de onze heures trente du matin, et il y avait peu de monde sur le bateau pour la traversée.

La journée fut calme. Ils errèrent entre le restaurant du bateau, la boutique de souvenirs et les tables de billard, zones contiguës dans la structure du navire. Vers dix-huit heures, les nuages du matin furent sur eux, et la houle s'attaqua au navire, qui avait déjà parcouru la moitié du chemin sur le détroit. Heureusement pour eux, ni Juvia ni Gray n'étaient sujets au mal de mer (même si Gray se sentit un peu barbouillé après le dîner). On ne pouvait pas en dire autant pour le reste des passagers, et le personnel de bord passa une bonne partie de la soirée à distribuer des pastilles et à essuyer les traces de mal de mer. La houle continua jusque tard dans la soirée, et les hurlements du vent contre la coque du navire accompagnèrent le sommeil des voyageurs. Au moment d'aller se coucher, Juvia tenta de s'immiscer dans la couchette de Gray, mais la seule manière qu'ils avaient de cohabiter ainsi était qu'elle ne s'allonge sur lui. Pour le jeune homme, c'était supportable pendant la vingtaine de minutes que durait l'amour, mais pas pendant les huit heures de sa nuit. De fait, la jeune femme dut battre en retraite, dépitée, et bouda dans sa propre couchette.

Le réveil fut assez désagréable pour Gray, car le roulis du navire l'avait fait tomber de sa couchette. La douleur de ses reins le réveilla en sursaut. L'aube se levait sur l'océan. Oubliant toute douleur, il se releva en se massant distraitement le dos, et s'approcha du hublot. La mer, d'un bleu encore assombri par la nuit, se paraît à l'est de mille teintes de rose. Pas un seul nuage n'encombrait le ciel, qui était toujours sombre à l'ouest. La mer était relativement calme, bien que les vagues vinrent à plusieurs reprises lécher le hublot.

Lorsque Juvia se réveilla, elle chercha un court instant autour d'elle, car elle avait oublié qu'elle s'était endormie dans la cabine du ferry et non pas dans la chambre de Gray. Non, dans sa chambre. En regardant à sa droite, elle eut la surprise de découvrir Gray dans la lumière matinale, uniquement vêtu de son caleçon nocturne. Son cœur se serra à cette vision presque divine, et elle se dissimula sous la couette, rougissante. Son muscle cardiaque commença à battre la chamade. À cet instant, Gray se rendit compte qu'elle était éveillée, et vint vers elle. Il se pencha par-dessus le matelas, pour lui prodiguer le baiser matinal.


Pendant qu'ils prenaient leur petit-déjeuner au restaurant du navire, une annonce retentit dans les haut-parleurs du navire.

- L'arrivée au port de Fàfnir est prévue dans trente minutes, déclara une voix féminine.

- On devrait se dépêcher, dit Gray en posant sa cuiller.

Une fois le petit-déjeuner englouti, ils regagnèrent leur cabine exigüe, et rassemblèrent leurs affaires. Les voyageurs se pressaient sur le pont supérieur du navire, et beaucoup se penchaient au bastingage pour observer la côte. Lorsque Gray et Juvia y parvinrent, peu avant l'arrivée, suivis de leurs bagages, le souffle leur manqua. Une ville portuaire de modeste taille s'étendait sous leurs yeux, au creux de hautes falaises de calcaire. Le ballet des mouettes survolant les bateaux de pêche rentrant de la nuit était accompagné du cris desdits oiseaux, et déjà, on pouvait entendre les poissoniers vendre à la criée le produit de la dernière pêche. Le soleil levant jetait une lumière claire et nette sur le paysage. L'air marin avait quelque chose de vivifiant.

- Alors, c'est à ça que ressemble ton pays ... Marmonna Gray, hagard.

- Le pays de Juvia est plus au nord. Ici, c'est la frontière entre le Draupnir et le Podestat, une autre région de Captio.

- C'est joli quand même.

Ils descendirent à quai lorsque le navire fut amarré et que la passerelle fut jeté. Les matelots leur souhaitèrent un bon voyage quand ils descendirent. Ils durent passer par l'office des douanes, qui faisait face au débarcadère, avant de pouvoir commencer à déambuler dans les rues de la ville. Une fois les passeports présentés et vérifiés, il leur fut remis une petite certification, à produire lors des contrôles officiels. Comme la monnaie était la même qu'à Fiore, ils n'eurent pas besoin de faire le change.

- On devrait trouver un hôtel, dit Juvia. Pour se reposer. On partirait demain matin.

Gray hésita un instant. Il n'avait pas envie d'attendre, mais il était préférable d'organiser les choses un minimum avant de se lancer dans la traversée d'un pays inconnu. Aussi accepta-t-il la proposition.

- C'est par cette ville que Juvia a quitté Captio avec ses parents, quand elle avait sept ans, expliqua-t-elle alors qu'ils passaient par un grand axe piéton. Ça a beaucoup changé.

- J'imagine …

Ils trouvèrent rapidement leur bonheur, un petit hôtel confortable dans une rue commerçante. L'accueil fut chaleureux. Cependant, quand le gérant leur demander de décliner leur identité, la situation dérapa légèrement.

- Si je puis me permettre, commença nerveusement le patron en se frottant les mains d'une manière similaire à celle de son homologue d'Hajobe-ji. Comment vous appelez-vous ?

- Gray Fullbuster, mage en voyage, déclara le jeune homme. Mais pourquoi est-ce que vous nous le demandez ?

- Parce que, vous savez … La région n'est pas très sûre, surtout à cause des bandits, et ...

Il se pencha en avant, pour ajouter à voix basse.

- Depuis que le roi est malade, l'autorité des militaires s'est renforcée, et … Ils veulent que les hôtels des villes portuaires tiennent registre du nom des clients … Ils se plaisent à dire que l'ordre et la discipline règnent sur le royaume … Ne croyez pas que ça nous amuse …

Cela fit hausser les sourcils de Gray, mais le patron continua.

- Et vous, mademoiselle, quel est votre nom ?

- Juvia ... Juvia Fullbuster. Nous sommes mariés.

L'espace d'un très court instant, Gray ne percuta pas ce qu'il avait entendu. Pendant ce court instant, le patron griffona hâtivement les noms dans un petit carnet. Puis, il leur tendit la clef de leur chambre, en leur indiquant l'étage où elle se trouvait. Gray, qui certes n'avait pas été gêné par le nom d'emprunt de sa « femme », n'arrivait cependant pas à croire qu'elle avait eu le front de le faire sans rougir et sans s'évanouir. La Juvia qu'il connaissait se serait évanouie à la simple penser de partager son nom de famille, or là, elle avait menti au patron en le regardant dans les yeux et sans même rosir.

- Depuis quand on est mariés ? Demanda-t-il en souriant, alors qu'ils atteignaient le palier de leur étage.

- Depuis que … Depuis que le nom de Juvia n'est pas bon à entendre, par ici …

Intrigué, Gray voulut poursuivre ses questions.

- Comment ça ? Pourquoi ?

- Juvia ne peut pas le dire à Gray … Pas maintenant, pas ici …

- Pourquoi ?

- Parce que …

- Je n'ai pas le droit de savoir ?

Juvia le regarda d'un air désolé.

- Juvia promet qu'elle dira tout à Gray dès qu'elle le pourra …

Vexé, le jeune homme prit de l'avance en direction de la chambre. Il n'aimait pas la manière dont Juvia lui faisait des secrets, alors que lui même faisait tout son possible pour ne rien lui cacher.

Alors qu'ils entraient dans leur chambre, une silhouette quittait la salle commune de l'hôtel les mains dans les poches, d'un pas pressé.

« La princesse revient au bercail … Les cousins seront content de le savoir ! » Pensa-t-il, en se dirigeant vers la cabine téléphonique la plus proche.