Mouth on fire

par Linksys

Chapitre 2 : Mouth on fire


Le lendemain au réveil, Gray ne fut pas surpris de découvrir un épais linceul blanc recouvrant les rues de Magnolia. Il resta un long moment allongé, à fixer le plafond. Juvia dormait encore, lui tournant le dos. Elle n'avait apprécié de voir ses avances être refusées, la veille.

Après avoir convenu qu'il resterait à la maison, Gray en vint à penser à sa situation nouvelle. Depuis une semaine, il habitait avec Juvia. Depuis deux semaines, ils sortaient ensemble. D'aucuns auraient trouvé un tel délai bien trop court pour s'établir ensemble, mais, de l'avis général, ils avaient perdu bien trop de temps à se tourner autour. Gray, qui encore quelques mois plus tôt était attaché à sa liberté, n'avait pas rechigné à la sacrifier en invitant Juvia à venir vivre avec lui. Alors qu'avant, il mangeait dehors un soir sur deux (l'autre soir, il mangeait des conserves), désormais, il avait sa cuisinière attitrée, qui lui préparait chaque soir un repas fameux. Avant, il n'avait de compte à rendre à personne à propos de l'état de son domicile. Désormais, chaque chaussette oubliée sous le lit, chaque caleçon laissé à l'abandon dans la salle de bains, chaque pipi imprécis lui valait de sévères remontrances, car Juvia ne tolérait pas le moindre manquement à l'hygiène, même de la part de Gray. Avant, il mangeait seul chaque soir, dormait seul chaque nuit, se réveillait seul chaque matin, se lavait seul jour. Désormais, il mangeait avec Juvia chaque soir, dormait avec Juvia chaque nuit, se réveillait avec Juvia chaque matin, et se lavait avec elle de temps en temps. Sa vie, grise depuis la mort d'Oul, explosait de couleurs depuis que Juvia s'y était imposée, si bien qu'il se demandait pourquoi il n'était pas tombé amoureux plus tôt. Car amoureux, il l'était, et pas qu'un peu. Depuis longtemps, à vrai dire, bien qu'il ne l'aie jamais reconnu comme tel. C'était la première fois qu'il en rencontrait la sensation, et il ne l'avait reconnue que lorsque Juvia avait frôlé la mort, lors d'une mission toute récente. Il s'en voulait d'ailleurs énormément, d'avoir été tout ce temps aveugle, et il s'en repentait. Chaque jour lui faisait découvrir ce qu'il avait raté tout ce temps, et il faisait de son mieux pour rattraper le temps perdu.

Cette fois-ci, lorsque Juvia se réveilla, elle eut l'agréable surprise de découvrir qu'elle n'était pas seule : Gray était allongé à côté d'elle, et regardait le plafond.

- Salut … Marmonna-t-elle d'une petite voix.

Presque surpris, le jeune homme sursauta, et se tourna vers sa bien-aimée. Il était encore plongé dans ses considérations métaphysiques sur ses sentiments.

- Salut, lui répondit-il avec l'ébauche d'un sourire. Bien dormi ?

- Oui …

Elle roula sur le côté, et vint s'allonger sur son torse. Il passa une main derrière elle et commença à lui caresser le dos.

- On va à la guilde, aujourd'hui ? S'enquit-elle.

- C'est comme tu veux. On devrait reprendre les missions, on n'en pas fait une seule depuis ton déménagement.

- C'est vrai, concéda Juvia.

Ils se levèrent, et, restant en tenue de nuit (caleçon pour Gray, nuisette pour Juvia), investirent la cuisine pour le petit-déjeuner. Ensuite de quoi, après s'être chaudement couverts - la neige recouvrait Magnolia en abondance, ils quittèrent leur appartement pour prendre le chemin de la guilde.


- Il neige souvent, en ce moment, soupira Gray en refermant la porte du hall de l'immeuble.

Juvia, qui était déjà sur le trottoir, regarda le ciel, toujours d'un blanc laiteux. La neige dépassait aisément les chevilles de ses longues bottes bleues, et certaines congères n'étaient pas loin d'atteindre le bas de son épaisse jupe, qui lui arrivait peu ou prou sous le genou. Les mains dans les poches de son manteau, elle écartait les bras, attendant que Gray ne vienne lui proposer le sien. Elle avait troqué son sempiternel chapeau bleu contre un cache-oreilles du même coloris.

- Juvia aime beaucoup la neige. Ça lui rappelle la première fois qu'elle et Gray ont …

- Moi, ça me rappelle la fois où tu as failli mourir, rétorqua indélicatement le jeune homme.

Se rendant instantanément compte qu'il avait dit la mauvaise phrase au mauvais moment, il se rattrapa :

- Enfin, ça me rappelle aussi que je t'aime.

Il s'approcha de sa chérie, planta un baiser sur la joue qu'elle lui présentait, et lui pris le bras. Leur premier baiser avait eu lieu dans la neige, quelques semaines plus tôt. C'était au cours d'une mission d'enquête, pendant laquelle Juvia avait faillit être tuée par un mage-archer clandestin.


Le hall de la guilde frétillait d'activité, et de nombreux mages se pressaient autour du tableau des requêtes. Comme c'était bientôt Noël, beaucoup d'entre eux avaient besoin d'argent pour financer cadeaux, repas, décorations … Gray et Juvia avaient installé leur sapin le lendemain de l'emménagement, ainsi que quelques décorations çà et là. Ils voulaient juste effectuer encore une ou deux missions avant la fin de l'année, de manière à réaliser quelques économies bienvenues.

Après s'être concertés de longues minutes devant le tableau, ils se mirent d'accord pour s'assigner à une quête de recherche, dans une ville voisine : les chats d'un refuge s'étaient échappés, et semaient la pagaille en ville. La mission consisterait à les traquer, à les trouver, et à les ramener au refuge.


- Ça fait mal, se plaignit Gray, en s'asseyant sur la banquette de la diligence.

- Fais voir, dit doucement Juvia en lui prenant l'avant-bras droit.

Elle le tourna vers le haut et retroussa la manche de la veste. Une magnifique griffure féline parcourait la peau du jeune homme, de la saignée du coude jusqu'au côté du poignet. Le coupable était un respectable chat tigré, qui n'avait pas aimé que Gray le saisisse par la queue pour l'empêcher de fuir. Aussitôt le méfait accompli, Juvia avait accouru, alarmée, et s'était aussitôt mis en devoir de soigner l'abominable blessure qui estropiait son bien-aimé.

- Ça t'apprendra à être méchant avec les animaux, dit-elle avec un petit sourire moqueur.

Elle inspecta en détail chaque éraflure, vérifiant qu'il n'y avait aucune trace d'infection. Gray avait dû longtemps protester pour pas qu'elle ne lui fasse de bandage, car selon lui, c'était inutile pour ce genre de bobos.

- Je suis très gentil avec les animaux, dit Gray, pour se défendre.

- Sauf avec ce pauvre chat, visiblement.

- C'est moi la victime ici, je te rappelle !

- Juvia sait, et c'est pour ça qu'elle te soigne.

Une fois la vérification effectuée, elle se pencha en avant et, s'appuyant sur les genoux de Gray, vint lui prendre un baiser. Comme ils étaient seuls dans la diligence, cela ne les gênait pas. Autrement, Juvia serait morte de crise cardiaque bien avant d'avoir le courage de faire ça devant de parfaits inconnus.

La mission avait duré une bonne partie de la journée, et ils espéraient être de retour peu après dix-neuf heures. Ils avaient pu empocher la coquette somme de cent milles joyaux. La somme était élevée pour une simple quête de collecte, pour la simple raison que la vieille dame qui avait commandité la mission s'était très rapidement entichée de Juvia.


Le matin du vingt-quatre décembre, Juvia était seule quand elle se réveilla, et cela l'attristait. Elle aimait toujours se réveiller à côté de Gray, pour l'embrasser et s'étendre dans ses bras. Parfois aussi, ils s'amusaient, le matin. Mais Gray était trop souvent absent, et cela pesait à Juvia. Démoralisée, elle se leva à contrecœur et s'installa dans la cuisine pour déjeuner. Elle y découvrit Gray, déjà habillé et prêt à partir. Il terminait son croissant sur la table.

- Je vais sans doute aller en mission aujourd'hui, dit-il. Avec Natsu, Erza et Lucy. Tu veux venir ?

Mais Juvia n'était pas d'humeur. Déjà qu'elle n'avait pas aimé voir qu'elle avait été laissée seule au lit, le fait d'apprendre qu'elle allait continuer d'être seule toute la journée acheva son moral et sa motivation.

- Juvia n'a pas envie, dit-elle en s'asseyant à son tour.

Elle attrapa quelques viennoiseries posées sur la table, et commença à en manger une.

- Pourquoi ?

- Juvia est fatiguée, aujourd'hui.

- Bon, c'est ton choix, soupira Gray, en guise de capitulation.

Il se leva, et empoigna son sac à dos gris. Il s'approcha de Juvia, et l'embrassa chaleureusement. Puis, il quitta l'appartement.

En début d'après-midi, Juvia, qui n'avait pas souvenir de s'être un jour tant ennuyé, décida de s'habiller et d'aller à la guilde. C'est en traînant du pied dans la neige qu'elle arriva au quartier général, qui était très actif. Les dernières décorations, qui par manque de temps n'avaient pu être installées durant le mois, étaient en train de l'être. Juvia vint s'assoir au bar, l'air abattu.

- Salut, lui dit Mirajane en s'approchant.

Elle avait troqué sa robe habituelle contre un modèle assez similaire sur la forme, mais rouge avec des bordures blanches. Elle portait un bonnet pointu assorti, terminé d'une petite clochette dorée.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? Demanda la barmaid aussitôt, au vu de l'air déprimé de son amie.

- Rien, mentit celle-ci.

- C'est à cause de Gray, c'est ça ?

- Non, continua-t-elle à mentir.

- Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Poursuivit Mirajane, qui n'en démordait pas.

- Il est parti en mission sans Juvia …

- C'est tout ?

- Non …

- Qu'est-ce qu'il y a, vraiment ?

- Je me demande …

Elle jeta un regard de détresse à son amie.

- Je me demande si Gray aime Juvia autant qu'il le dit …

Abasourdie, la barmaid la fixa un long moment, avant de percuter ce qu'elle disait.

- Bien sûr que …

Mais elle fut interrompue par les sanglots bruyants de Juvia, qui avait mis la tête dans ses bras. Toute la guilde fut alertée, et aussitôt, les mages accoururent.

- Du balai, s'exclama Levy, en chassant l'attroupement. Laissez-lui de l'air !

- Vous avez entendu ? Ouste ! Renchérit Gajil.

Il s'approcha de la jeune femme, et demanda brusquement :

- Il t'a fait quelque chose, le glaçon ? Y'a pas intérêt pour lui, sinon je …

- Gajil ! S'exclama Levy, en saisissant fermement le bras du chasseur de dragons. Ça te gênerait d'être délicat, pour une fois dans ta vie ?

Le coupable grogna, en levant les yeux au ciel.

- Qu'est-ce qui te fait penser que Gray n'est pas amoureux de toi ? Demanda calmement Mirajane, en penchant sa tête vers celle de son amie, toujours la tête dans les bras.

- Juvia ne sait pas vraiment … C'est … C'est une impression qui ne la quitte pas depuis que Gray l'a embrassée pour la première fois … Il a repoussé Juvia sans cesse pendant quatre ans, et d'un coup, voilà qu'il sort des sentiments d'un chapeau magique et qu'il m'invite à venir vivre avec lui ! Juvia n'a pas pu s'empêcher de trouver ça étrange … Juvia n'arrive pas à accepter que Gray l'aime.

Mirajane soupira, avec un petit sourire.

- Ah, alors ça n'est que ça … Tu sais, Juvia, je vais te dire quelque chose. Écoute-moi très attentivement.

Juvia releva les yeux vers la barmaid. Celle-ci reprit :

- Gray ne t'aime pas depuis quelques semaines. Gray t'aime depuis beaucoup plus longtemps que ça. Ni lui, ni moi, ni personne ne savent depuis combien de temps, parce qu'il lui a lui-même fallut beaucoup de temps pour s'en rendre compte. En tout cas, même Natsu avait fini par s'apercevoir qu'il t'aimait, et c'est bien peu de le dire. Tu n'as pas à t'en faire, Juvia. Gray est dingue de toi, j'en suis sûre.

L'espace d'un court instant, l'univers autour de Juvia reprit des couleurs. Elle avait appris pas mal de choses intéressantes. Cependant, à la manière de la pluie ruisselant sur la bâche d'une serre sans faire baisser la température interne, elle ne parvenait pas à chasser les pensées parasites qui l'avaient mise dans cet état, et il faudrait qu'elle parle à Gray dès son retour de mission.


***


La neige tombait dru en ce soir de Noël, sur Magnolia. Le froid de la nuit était mordant, mais Gray n'y était pas sensible. Les mains dans les poches, il avançait le long du canal en rentrant le menton dans le col de sa veste. L'écharpe qu'il portait lui réchauffait les joues, et il en avait bien besoin. C'était l'écharpe que Juvia lui avait tricoté il y a quelques années, pour leur quatre cent treizième jour de fréquentation. Il avait juste eu le temps de la récupérer, avec son blouson, avant de se faire mettre à la porte.


Juvia venait de mettre Gray à la porte de son propre appartement.


Le jeune homme s'arrêta sur un pont qui traversait le canal, et regarda les reflets sur l'eau de l'éclairage public.

- Qu'est-ce que j'ai fait ? Se demanda-t-il, à voix haute.

Le sifflement du vent lui apporta une réponse confuse, et il se retourna dans la direction d'où il venait. Son cœur se serra. Il était tiraillé entre l'envie de retourner chez lui pour éclaircir la situation, et la peur de déclencher la rage de sa compagne. Le souvenir de l'anicroche lui revint spontanément en tête. Vers dix-neuf heures, lorsqu'il était rentré de la guilde après une mission avec l'équipe habituelle, il avait trouvé Juvia dans la cuisine, affairée à la concoction d'un bon repas pour un réveillon entre amoureux. Elle avait quitté plus tôt la guilde exprès pour, afin d'avoir tout le temps nécessaire à la préparation. Lorsque Gray s'était approché d'elle, elle s'était retournée et l'avait enlacé, pour un de ces baisers passionnés qui rythmaient leur quotidien depuis près d'une semaine. Cependant, au moment de se mettre à table, une question était venue à Juvia, une question qu'elle avait longuement remâchée durant l'après-midi, car elle en avait beaucoup parlé avec Mirajane.

- Est-ce que tu m'aimes ? Avait-elle demandé, de but-en-blanc.

Interdit, Gray avait gardé le silence. Lui-même s'était rapidement questionné de la sorte, pendant la journée.

- Eh bien … Oui … Avait-il fini par dire, après un long silence.

Ce long silence avait été les plus longues minutes de la vie de Juvia. Dans les premiers instants après la réponse, elle avait été folle de joie. Il l'aimait vraiment. Mais juste après, ce qu'elle s'imaginait être la réalité la rattrapa de plein fouet. Il était sans doute en train de mentir. Perdant le contrôle de ses émotions, elle avait manqué de dévaster la salle à manger, et s'était énervée contre Gray. Pour elle, il n'était qu'un profiteur, qui ne l'avait acceptée chez lui que pour les avantages au quotidien. Cette pensée farfelue lui était venue spontanément, et la paranoïa maladive qui caractérisait son amour avait pris le dessus, l'amplifiant et la déformant, la rendant trop aveugle pour percevoir la sincérité des sentiments de Gray. Sans même prendre le temps de laisser le jeune homme parler, elle l'avait menacé avant de le bouter hors de son propre appartement.


C'était ainsi que Gray s'était retrouvé mis à la porte. Échaudé dans un premier temps, il avait voulu aller chez Natsu, avant de se rappeler que celui-ci était censé passer Noël chez Lucy. De fait, il s'était trouvé à errer dans les allées de Magnolia, pensant à ce qu'il avait fait ou ce qu'il n'avait pas fait. Pour une raison qui lui échappait, Juvia souffrait, et cela, il ne pouvait le tolérer (même s'il ne savait pas pourquoi). Alors qu'il arrivait à un coude du canal, il fit demi-tour et revint en courant chez lui. Comme il pouvait s'en douter, la porte de son appartement avait été verrouillée, et son trousseau de clefs était resté à l'intérieur. Il façonna un double de glace, et actionna la serrure avec. Il faisait noir, dans l'appartement, quand il entra. Cependant, il entendit un bruit, qui venait de sa chambre. C'étaient des pleurs, de toute évidence ceux de Juvia. Affolé, il referma la porte d'un coup de pied, et accourut. Il ouvrit sans ménagement la porte de la chambre, et alluma la lumière. Juvia était allongée sur le ventre, en travers du lit. La tête dans les bras, elle pleurait à chaudes larmes. Surprise par le retour impromptu de Gray, elle se retourna vers lui, et tenta de lui adresser un regard menaçant. Mais ses yeux, gonflés et rougis, voulaient dire : « je t'ai attendu ! ».

- C'est quoi, ce délire, hein ? S'exclama Gray, en s'approchant du matelas. Je peux savoir pourquoi je me suis fait fait virer de mon appartement ?

Juvia repartit à pleurer de plus belle.

- Tu ne m'aimes pas vraiment, hein ? Articula-t-elle vaguement entre deux sanglots.

Gray resta stoïque. L'information eut du mal à être calculée par son cerveau.

- Si je ne t'aime pas ? Avec ce qu'il s'est passé la semaine dernière ?

Il avait du mal à contenir sa colère, mais parvint à la passer sur le mur plutôt que sur Juvia.

- Tu crois sérieusement que je t'aurai demandé de venir vivre avec moi si je ne t'aimais pas ?

La jeune femme garda le silence.

- Mais … Dit-elle.

- Mais quoi ?

- Juvia n'y croit pas, c'est trop beau …

En effet, Gray voulait bien croire que la situation devait paraître plus qu'étrange avec Juvia. Après quatre années de relation à sens unique, en l'espace d'une semaine, elle était passée d'amie à petite amie. Cependant, lui aussi trouvait cela étrange, et il s'était dans le doute plus d'une fois demandé s'il aimait vraiment Juvia. La réponse lui était apparue évidente, à chaque fois.

- Pourquoi tu as réagi comme ça ?

- Parce que … Juvia a peur, elle a peur qu'on lui mente, qu'on … Juvia a réagi comme ça parce qu'elle t'aime …

Sans l'écouter plus longtemps, il la rejoignit sur le lit, et s'assit à côté d'elle. Il l'enlaça, et l'embrassa avant qu'elle ne puisse y opposer de résistance. D'abord surprise, elle se laissa faire.

- Tu me crois, maintenant ? Dit-il doucement, après l'étreinte.

- Juvia … Juvia te croit …

- Bon, tant mieux alors. On va dormir ?

- Juvia n'a pas envie de dormir tout de suite, rétorqua-t-elle avec une lueur d'envie dans les yeux.

Le lendemain matin, le réveil fut difficile. Gray se réveilla le premier, et il se chargea de réveiller Juvia. Il ne put empêcher sa main d'errer sur le ventre et les hanches de sa compagne, tant elle avait la peau douce. Il se rappela trop tard qu'ils étaient toujours nus, et les souvenirs des amusements de la nuit étaient encore vifs en lui. Juvia émergea peu après.

- Joyeux Noël, dit-il alors qu'elle se frottait les yeux.

- Joyeux Noël, marmonna-t-elle en retour.

Une fois correctement éveillée, Juvia se pencha par-dessus Gray pour lui donner le baiser matinal. Le jeune homme la saisit par les hanches, et l'obligea à passer par-dessus lui.

- C'était bien ? Demanda-t-il, en lui murmurant à l'oreille.

- Oui …

Elle se laissa aller sur le torse de son bien-aimé. La chaleur qui s'échangeait entre leur peaux était revigorante, et leur donnait envie de s'amuser. Cependant, il y avait plus important à faire. Ils se levèrent et s'habillèrent, avant de gagner le salon. Après avoir petit-déjeuné, ils s'offrirent chacun leurs cadeaux. Juvia s'empressa d'arracher le papier qui couvrait les siens, mais Gray garda son calme et retira méthodiquement le ruban adhésif qui tenait le papier de ses propres cadeaux. Le premier cadeau que Juvia déballa fut une énorme paire de chaussons de laine. Elle s'était récemment plaint d'avoir froid aux pieds en restant à l'appartement, et l'idée était venue à Gray lorsqu'il s'était mis en tête de trouver un dernier présent pour sa chérie. Le premier cadeau que Gray déballa, pour sa part, se révéla être une magnifique montre à gousset. Le clapet argenté représentait un gros flocon de neige stylisé. Les aiguilles noires pointaient des chiffres romains, et un petit cercle évidé au centre du cadran laissait entrevoir le mécanisme subtil. Le cadeau suivant de Juvia était une grosse boîte de chocolats, et Gray fut amusé de voir que la jeune femme avait eu la même idée pour lui. Enfin, le dernier cadeau que Juvia déballa la laissa coite. Une petite boîte noire de velours. Un court instant, elle craignit tenir dans ses mains une demande en mariage. Lorsqu'elle l'ouvrit, elle faillit être déçue. Ce n'était pas une bague de fiançailles. C'était quelque chose de plus génial encore.

- Je les ai reçus y'a deux jours, expliqua Gray.

Dans la petite boîte en velours, il y avait un bel insigne en métal doré, qui représentait un pèlerin en marche, armé d'un bâton et portant un flocon de neige sur son dos. Pour n'importe qui, ç'aurait été une jolie décoration, rien de plus. Pour Juvia, c'était une médaille qui célébrait son union avec Gray. En réalité, il s'agissait de l'insigne de l'équipe officielle qu'ils formaient depuis une dizaine de jours : l'équipe Pilgrim Snow. Juvia l'épingla fébrilement à son tee-shirt, et se retourna pour embrasser Gray. C'était de loin l'un des meilleurs matins de Noël de sa vie. Par extension, c'était également le premier depuis une quinzaine d'années qu'elle ne passait pas seule. Son bien-aimé prit le dernier cadeau à son nom et l'ouvrit. Il s'agissait d'un rasoir haut-de-gamme accompagné d'une grande bombe de mousse à raser. Juvia ne put retenir un sourire en voyant son regard intrigué.

- Il ne faudra plus se plaindre quand Juvia refuse les bisous parce que tu piques, maintenant, dit-elle en soufflant du nez.

Elle n'aimait pas quand Gray piquait, et malheureusement pour elle, il arrivait régulièrement qu'il ajourne le moment de se raser. Il lui restait cependant un autre cadeau à offrir à Gray, mais elle préférait pour ce faire attendre la tombée de la nuit.

Gray, lui, avait encore un cCadeau à faire à Juvia. L'idée lui était venue pendant la nuit, pendant qu'il remâchait l'incident de la veille, et il avait beaucoup aimé. Une fois le papier rassemblé et mis à la poubelle, ils se rassirent autour de la table.

- J'ai des choses à te dire, dit Gray d'entrée de jeu, en joignant les mains sur la table.