Épilogue : Pilgrim Snow

par Linksys

Épilogue : Pilgrim Snow

Cycle


- Magie combinée !

L'exclamation résonna dans la forêt, tout autour de la clairière. Les deux mages se donnèrent la main, et laissèrent librement leur magie parcourir le corps de l'autre. L'air brilla d'une étrange manière autour d'eux, tandis qu'ils se rapprochaient pour joindre leurs autres mains. Joue contre joue, ils fixèrent l'ennemi. Le déluge d'eau et de glace qui s'abattit sur le balkan géant ne le fit qu'à peine frémir, et le monstre s'essuya les épaules d'un revers de bras.

- Ça ne peut pas marcher à tout les coups, observa Grey.

- Jubia te l'avait dit, ce serait trop facile, sinon, répliqua sa partenaire.

- On fait tous des erreurs, je te signale.

Ils se séparèrent, chacun contournant le monstre d'un côté. Grey, qui allait à droite, sauta à hauteur de la tête du balkan. Joignant rapidement les mains au sommet de l'élan, il brandit une imposante massue de glace. Profitant de l'inertie de la chute, il l'abattit avec violence sur le sommet du crâne de sa cible. Sonné, le monstre tituba vers l'arrière. À ce moment, Jubia, qui courait à gauche, lui emprisonna les pieds dans une bulle d'eau. Dans une coordination parfaite rendue possible par des années d'entraînement commun, son partenaire saisit l'occasion et figea le liquide. Déséquilibré, le balkan bascula sur le dos. Il manqua de déraciner un petit arbre, dans sa chute. Grey s'empressa de lier ses poings puissants à l'aide de solides liens de glace fichés profondément dans la terre.

- Le maître nous a envoyé pour ça ? Grogna-t-il, en observant le monstre, qui était toujours sonné.

- C'est toi qui a insisté pour qu'on y aille, protesta Jubia, le regard mécontent. Alors que tu sais très bien que …

Grey anticipa l'attaque. Il s'approcha de sa partenaire, et prit ses mains dans les siennes. Ils étaient partis en mission depuis déjà une semaine, et elle ne lui avait toujours pas pardonné d'avoir accepté une quête peu de temps avant une date importante.

- Oui, je sais très bien que Làgrima et Paz reçoivent leur sceau de guilde la semaine prochaine. Elles doivent le recevoir le 17, on sera rentrés, d'ici là. Je sais aussi que c'est demain notre anniversaire de rencontre, et quoi de mieux pour fêter la dixième année que de retourner là où tout a commencé ?

Étonnée, Jubia se sentit rougir. Après dix ans de vie commune et huit ans de mariage, Grey avait toujours de bonnes idées. En effet, l'équipe Pilgrim Snow avait accepté une quête de plusieurs jours non loin de Hakobe-ji, une quête de traque au balkan. Partis de Magnolia le 7 décembre, ils venaient tout juste de terminer la quête, le 13 décembre. Et le 14 décembre X805 était un jour important, car c'était le premier jour de leur dixième année de couple. Grey avait de longue date fomenté l'idée d'amener Jubia sur les pentes du Mont Yakobe à cette date, et lorsqu'il avait vu l'affiche au panneau de quêtes, il avait tout de suite sauté sur l'occasion.

La quête avait été commanditée par le chef de Kobane-ji, un petit village situé sur la pente opposée du Mont par rapport à Hakobe-ji. Un balkan géant, apparu quelques semaines auparavant, avait commencé à semer la terreur parmi les habitants et les bergers, et de nombreuses requêtes avaient été envoyées aux guildes alentours. Fairy Tail n'était pas la plus proche, mais les Pilgrim Snow avaient tout de suite répondu présent à l'appel.

Le ciel, qui était encore bleu lorsqu'ils avaient quitté la clairière, virait au blanc laiteux alors qu'ils arrivaient aux abords du village. Grey regarda Jubia, avec un sourire en coin.

- Ça fait longtemps qu'on ne l'a pas fait, j'avoue, dit-il, amusé.

Lorsqu'ils atteignirent la place centrale du village, ils demandèrent à voir le chef. Celui-ci, en apprenant la capture de la bête, se montra fort heureux, et voulu inonder ses sauveurs sous les joyaux. Ceux-ci refusèrent, et ne prirent pas plus que ce qui était stipulé sur l'affiche. Les villageois, mis au courant par le bouche-à-oreilles, affluèrent par dizaines vers le centre, et bientôt, la place fut noire de monde.

- Une danse ! S'exclama un enfant au milieu de la foule.

- Une danse ! Une danse ! S'exclamèrent les autres, reprenant le cri en chœur.

Les adultes s'y mirent aussi, et bientôt, toute la place les implorait joyeusement. Par ici, tout le monde connaissait les danses magiques des mages d'eau et de glace, et il était de coutume qu'il leur en soit fait une représentation, après une quête particulièrement difficile. Le secteur montagneux de la région du Mont Yakobe représentait le principal territoire d'activité de l'équipe, qui cependant opérait également dans le reste de Fiore. Les danses magiques étaient devenues l'emblème de l'équipe, et on entendait souvent parler avant même d'entendre parler de l'équipe elle-même.

- Si on m'avait un jour dit que les gens crieraient pour te voir danser sur ma musique, plaisanta Grey.

- Il faut croire que Jubia danse mieux que tu ne joues de la flûte, sinon les gens fuiraient !

Son compagnon rit du nez, et s'assit en tailleur sur le sol. La foule s'était écartée, laissant un cercle d'une dizaine de mètres de diamètre autour d'eux. Jubia prit place au milieu, et défit le chignon qui tenait ses longues boucles prisonnières. Au même moment, les premières notes jaillirent de la flûte de Pan que tenait Grey. L'instrument était fait de glace, mais il avait une sonorité parfaite. Leur lien magique les démangea agréablement.

L'air joué était léger, comme un flocon de neige. Jubia commença à virevolter en rythme, et les plis de sa jupe longue bleue et blanche virevoltaient autour d'elle. Tout le monde regarda bouche bée, car c'était la danse magique des Pilgrim Snow. À mesure que la musique progressait, d'autres instruments de glace apparurent autour de Grey, et se mirent à jouer seuls, sans personne pour les actionner (il avait appris un sortilège de contrôle pour les faire jouer seuls). Alors, il se leva, ôta sa veste grise et s'approcha de sa femme. Il lui saisit une main, posa l'autre sur sa taille, et entra dans la danse. Quelques instants après, un flocon de neige tomba. Puis un autre, et encore un autre. Bientôt, il neigeait à gros flocons sur Kobane-ji et les environs. Au centre de tout ça, Jubia et Grey dansaient, comme si c'était leur premier jour. La chorégraphie étaient simple, et ils la connaissaient par cœur : ils auraient pu l'effectuer les yeux bandés.

La musique se termina sur de légères notes de flûte, et la danse s'arrêta. Un tonnerre d'applaudissements monta du public, et beaucoup en redemandèrent. Les enfants n'avaient pas attendu, et jouaient déjà dans la neige (il en était suffisamment tombé pour permettre le modelage de généreux projectiles). Le chef du village s'approcha des deux magiciens, et serra fermement la main de Grey, malgré son grand âge et son dos voûté. Il s'inclina poliment devant Jubia, comme si elle était de quelque noblesse.

- Nous vous sommes reconnaissants, comme toujours, dit-il d'une voix forte et claire. Ce balkan pillait nos greniers et nos entrepôts, nous n'aurions pas passé l'hiver s'il avait pu librement continuer à saccager nos gardes-manger.

De nombreux villageois accoururent pour serrer la main à leurs sauveurs. Une fois que ceux-ci purent s'éloigner sans être tirés par le bras pour une énième poignée, ils quittèrent le village, par le chemin qui faisait le tour du Mont en direction d'Hakobe-ji. Comme ils ne repartiraient que le lendemain soir, ils prirent leur temps et profitèrent du paysage.

- Il neige toujours autant, quand on danse, remarqua Grey.

- La magie est puissante, répondit sa compagne.

Elle leva le bras gauche et retroussa la manche de son manteau. Grey fit de même, avec le bras droit. Ils avaient tout les deux autour du poignet un étrange tatouage. C'était le fameux lien magique, que Meldy leur avait apposé lorsqu'ils s'étaient mariés. Le lien représentait une sorte de chaîne dont les maillons étaient en forme de losanges. Un maillon de la chaîne était plus gros que les autres, et contenait le dessin d'un cœur. Les cœurs de chaque tatouage magique s'alignaient entre eux, de sorte qu'ils indiquaient toujours la direction de l'autre. De plus, en combat, le lien leur permettait de ressentir les sensations de l'autre, ce qui s'était avéré très productif pour le travail d'équipe.


Le lendemain, ils se levèrent de bonne heure. La neige qu'ils avaient provoquée avait appelé de la neige naturelle, et les rues d'Hakobe-ji étaient encore plus encombrées que la veille. Cependant, cela ne les empêcha pas de quitter la ville dans la matinée pour faire leur pèlerinage sur les pentes du Mont. Ils s'interrompirent un long moment dans la clairière qui avait failli voir mourir Jubia. Lorsque le soleil eût atteint le zénith, ils redescendirent. Alors que la vie était calme lorsqu'ils étaient montés, de nombreux lièvres variables leur partirent dans les bottes. À plusieurs reprises, ils firent également décoller de grands coqs de bruyère, dont le froufrou d'ailes surprenait à chaque fois. Ils entendirent même un aigle glatir, loin au-dessus d'eux.

En redescendant, ils firent escale chez un vieil ami. Qent était occupé à couper du bois, lorsqu'ils arrivèrent en vue de son habitation. Il n'avait pas beaucoup changé : toujours la même carrure et la même barbe épaisse. Son regard avait cependant acquis une certaine sagesse. Il était toujours habillé comme un bûcheron. Il les vit arriver de loin, et les salua.

- Si je m'attendais à vous voir ici, s'étonna-t-il lorsqu'ils arrivèrent à portée de voix.

- C'était une sortie imprévue, en effet, déclara Grey.

Ils se serrèrent la main, et Jubia vint lui faire la bise.

- C'est pour vos dix ans, c'est ça ? Suggéra le berger.

- Précisément. Même si cette idée m'a valu des reproches toute la semaine …

Qent rigola courtement.

- Et les grandes, comment vont-elles ? Elles ne viennent toujours pas avec vous ?

- On ne peut pas les emmener en mission tant qu'elles n'ont pas reçu leur sceau de guilde, soupira Grey.

- Mais elles vont bien, ajouta Jubia. Elles sont chez leur oncle Natsu, en attendant qu'on soit de retour.

- Ça pousse vite, hein ?

- Si tu savais comme je regrette l'époque où je l'avais pour moi seul, soupira Grey.

- C'est comme ça, on perd la priorité après les gamins … Bon, entrez, je termine de couper ça et je vous offre un verre. Ça fait un bout de temps que vous êtes pas venus, si vous m'aviez prévenu, j'aurais pu vous préparer le repas !

- Yaida n'est pas là ? Demanda Jubia.

- Elle travaille, aujourd'hui. Et le fiston est à l'école.


Ils s'attardèrent beaucoup plus longtemps que prévu chez leur ami berger, et à la fin, celui-ci se montra fort content de pouvoir les retenir pour manger. Ses talents culinaires n'arrivaient pas à la cheville de ceux de sa femme, mais il était tout de même capable de préparer de quoi manger à sa faim. Lorsqu'ils quittèrent la maison, Jubia et Grey étaient bien repus.

Comme le train pour Magnolia partait en fin d'après-midi, ils durent se hâter de rallier la gare d'Hakobe-ji. Après avoir récupéré leurs bagages à l'hôtel et réglé leur séjour, ils coururent ventre-à-terre en direction de la gare, et arrivèrent à quai quelques minutes avant le départ du train.

Le trajet était plus rapide qu'il y a dix ans. Des rénovations de la voie ferrée ainsi que des améliorations techniques sur les locomotives permettaient désormais de parcourir en deux heures à peine la distance entre Hakobe-ji et Magnolia, au lieu de presque cinq heures. Ainsi donc, il n'était pas encore dix-neuf heures lorsque l'équipe Pilgrim Snow arriva à quai à Magnolia. Une fois sortis de la gare, ils prirent le chemin de la maison, et y déposèrent leurs bagages. Juste le temps de se doucher et de se changer qu'ils étaient déjà retournés dehors, pour aller chercher leurs enfants chez Natsu et Lucy. C'était en général chez ces derniers que Grey et Jubia déposaient leurs enfants avant de partir en mission pour plusieurs jours, et ni leurs enfants ni ceux de leurs amis ne s'en plaignaient. Contrairement à leurs parents respectifs, ils s'entendaient à merveille.


- Lucy ! S'exclama Natsu. J'ai eu un message de Grey, ils arrivent bientôt.

Lucy, qui était affairée à la cuisine, répondit :

- Eh bien, prépare les enfants ! Je suis occupée, moi, je te signale !

Natsu grommela quelque chose, et se leva du canapé, où il était avachi depuis qu'il était rentré de mission plus tôt dans la journée. Il gravit l'escalier, et lorsqu'il vit de l'eau couler sur le palier, il commença à craindre le pire. L'eau venait de la chambre de son fils aîné, où tout les enfants présents s'amusaient. Il ouvrit la porte, et observa que le cataclysme était bien moins puissant que ce qu'il avait craint. Aucune étagère n'était renversée, les habits n'étaient pas éparpillés partout dans la pièce, rien n'était cassé. C'était toujours une chambre de garçon bien propre. Virgo, en faction dans un coin de la pièce, surveillait attentivement les enfants. Le raz-de-marée à échelle réduite qui semblait avoir déferlé par terre ne l'avait visiblement pas dérangée. En effet, une large flaque d'eau couvrait le sol près de la porte.

- Ils ont été très sages, dit-elle en voyant entrer le chasseur de dragons.

Il y avait six enfants dans la pièce, et les trois plus âgés (deux filles et un garçon) étaient debout face à face.

- Jake ! S'exclama-t-il, en direction du garçon.

Ce dernier se retourna vivement. Lorsqu'il vit son père dans l'embrasure de la porte, il devint tout pâle et baissa les yeux. Il était strictement impossible de contredire la paternité de Natsu sur le garçon. Ils partageaient la même coupe et la même couleur de cheveux, même s'il avait récupéré de sa mère des traits plus gracieux que ceux de son père. Âgé de sept ans, il était plutôt timide et frôlait les larmes à chaque fois qu'on haussait le ton.

- Je t'ai déjà dit je sais pas combien de fois de pas faire de concours de magie dans la maison ! Si ta mère voit ça, elle va être folle !

- Qui va être folle ? Demanda la voix de Lucy, derrière lui.

Natsu se retourna et découvrit sa femme en tablier, les mains sur les hanches. Il avisa la louche scintillante qu'elle tenait, toute prête à le frapper. Il pâlit comme son fils avant lui, et recula pour se mettre hors de portée de l'ustensile de cuisine.

- Alors, qui a gagné, cette fois-ci ? Demanda Lucy, en s'agenouillant à hauteur des enfants.

- Nous ! S'exclamèrent les deux petites filles.

Lucy les regarda en souriant. Impossible de se tromper sur leurs parents, à elles aussi. La même chevelure bouclée et le même regard que leur mère, même si elles avaient les cheveux noirs et avaient un air de leur père. Elles avaient huit ans. Pour couronner le tout, comme elles étaient jumelles et qu'elles s'habillaient toujours identiquement, seul un œil entraîné pouvait les différencier l'une de l'autre.

- Làgrima, Paz, vous êtes vraiment fortes ! Dit Lucy, pour les féliciter. Mais la prochaine fois, faites ce concours dehors, d'accord ?

Les fillettes baissèrent les yeux en rougissant.

- D'accord, tata, dit Paz à voix basse.

- Vos parents arrivent bientôt, ajouta Natsu. Vous devriez ranger vos affaires.

- On l'a déjà fait ! Répondit vivement un autre enfant présent dans la pièce. Il ressemblait beaucoup aux jumelles, car il était leur petit frère, et il avait cinq ans. Cependant, il se différenciait par le bleu presque chatoyant de ses cheveux, coupés court.

- C'est vrai, intervint Lucy. J'ai fait leur valise avec eux, pendant l'après-midi. Elles sont dans l'entrée, t'as même pas fait attention en rentrant !

- J'étais fatigué, se défendit Natsu en croisant les bras.

Il s'écarta pour laisser passer les jumelles, qui voulaient sortir.

- Pas si vite !

Il les rattrapa chacune par une épaule.

- Cette eau, là, par terre, c'est votre faute, je me trompe ?

- C'est nous … Dirent-elles en chœur, toujours en baissant les yeux.

En effet, elles avaient déjà une maîtrise avancée pour leur âge de leur puissance magique, mais ne contrôlaient pas assez leur pouvoir pour éviter ce genre d'incidents. Lucy fit descendre les autres enfants. Les deux petits garçons descendirent en premier, et elle-même suivit, un enfant dans chaque bras. Arrivés au bas de l'escalier, le petit garçon - âgé de trois ans - qu'elle portait avec le bras droit (du bras gauche, elle portait sa fille) voulut descendre. Elle le déposa, et il rejoignit son grand frère, qui était déjà trois pas devant. Les enfants de Grey et Jubia se ressemblaient tous. Natsu descendit à son tour, et remonta dès qu'il eut récupéré quelques serpillières dans la cuisine.

- Vous allez m'aider à passer la serpillière, avant de fuir comme des voleuses, dit-il en tendant les serpillières aux jumelles. C'est vos bêtises, je devrais pas vous aider à les réparer.

L'eau fut rapidement épongée et, une fois le méfait effacé, ils descendirent enfin.


Lorsqu'on frappa à la porte, les jumelles accoururent, sûres qu'il s'agissait de leurs parents. Elles ne s'étaient pas trompées. À peine leurs parents étaient-ils entrés qu'elles se jetèrent sur leur mère, l'étouffant presque dans leur étreinte.

- Làgrima, Paz, dit Jubia. Vous m'avez manqué !

- Tu nous as manquée aussi, maman !

Grey, qui n'allait pas recevoir d'affection de ses filles avant un certain temps, avança dans l'entrée. Lorsqu'il arriva à l'entrée du salon, deux petits garçons se jetèrent sur lui à son tour.

- Alors, Nieve, c'était cool chez tonton Natsu ? Demanda-t-il au plus grand des deux.

- C'était super cool ! Lui répondit l'enfant, avec un grand sourire.

- Et toi, North, tu t'es amusé ? Demanda-t-il ensuite au plus petit.

Celui-ci répondit par un vague hochement de tête. Il était fatigué.

- Ils ont été sages, dans l'ensemble, confirma Lucy. Bon, il y a eu quelques bêtises de faites, mais ça, on s'y attendait …

À l'évocation du mot « bêtise », les sourcils de Jubia se froncèrent, et elle fixa tour à tour ses deux filles, qui craignaient que l'orage n'approche.

- Vous avez encore fait des bêtises ? Gronda-t-elle.

Le silence qui s'ensuivit voulait dire oui.

- C'est pas en continuant les bêtises que vous allez pouvoir entrer dans la guilde, vous savez ?

Horrifiées, les deux fillettes implorèrent leur mère.

- Mais on reçoit notre sceau la semaine prochaine ! On est obligées de devenir membres, maintenant !

- Je peux toujours aller voir le maître et lui dire de tout annuler, c'est quand même dans une semaine.

- On ne fera plus jamais de bêtises, promis ! Jurèrent-elles, aussitôt après la menace.


Une dizaine de minutes après, lorsque toutes les affaires furent bel et bien rassemblées, la famille Fullbuster au grand complet dit au revoir à la famille Dragnir.

- J'en parlais à Erza l'autre jour, dit Natsu lorsque Grey vint lui serrer la main. Le mois prochain, en principe, on devrait être libres. On pourra se faire une quête tous ensemble, comme au bon vieux temps.

- Depuis le temps qu'on en parle, il serait peut-être temps qu'on le fasse, répondit son ami.

L'instant d'après, ils étaient sur le perron de la maison, qui donnait sur le canal de Magnolia.

- Allez, à la prochaine, dit Grey.

Tous se saluèrent une dernière fois, et la famille Fullbuster disparut dans l'air frais de la nuit.

- Jake et Layla ont bien grandi, dit le mage glacial.

- Comme les nôtres, répondit Jubia. Paz et Lag vont devenir officiellement mages de la guilde la semaine prochaine, tu te rends compte ?

- Ça me rendrait presque nostalgique …


La vie avait suivi son cours, pendant les dix dernières années. L'équipe Pilgrim Snow était devenue l'un des tandems les plus célèbres de Fairy Tail. La famille s'était agrandie deux ans après les événements éponymes, par l'arrivée de Làgrima Alegria et Paz Merecida, le 14 août X797. Làgrima était née la première, quelques minutes avant sa sœur Paz. Jubia était elle-même devenue une Fullbuster aux premiers mois de grossesse. Entre temps, la tirelire du ménage avait été cassée, pour acheter une grande maison en bordure de la ville. Trois ans plus tard (soit cinq ans après le Pilgrim Snow) était arrivé Nieve Peregrino, le 3 janvier X800. Le 12 juillet X801, North Star avait rejoint la famille. Une tradition du Draupnir (la région natale de Jubia, au nord de Captio) voulait que chaque enfant reçoive deux prénoms à la naissance, et Jubia avait fortement insisté pour que la tradition soit respectée. Cependant, c'était naturellement sous le premier qu'on les désignait. Il n'existait d'ailleurs pas de meilleur moyen d'énerver les jumelles qu'en les appelant Alegria et Merecida.


La date tant attendue approchait à grands pas. Comme la « cérémonie » allait avoir lieu un dimanche, tout les enfants de la guilde pourraient venir. À l'âge de huit ans, les jumelles allaient officiellement devenir membres de Fairy Tail, en faisant ainsi les nouvelles les plus jeunes de l'histoire de la guilde. Leur magie s'était éveillée peu après la naissance, et bien qu'elles avaient encore beaucoup de mal à donner forme à la glace, elles maîtrisaient déjà très bien l'eau qui composait leur corps. Makarov avait dit, dès l'éveil de leur capacité, que la maîtrise du second élément leur prendrait des années. Cela avait un peu attristé Grey, car il aurait aimé avoir une progéniture au moins aussi douée que lui pour l'Ice Make. Il fondait en cela encore beaucoup d'espoir sur Nieve et North, qui n'avaient pas encore fait montre de leur élément de prédilection.


Les jours s'égrenèrent lentement, trop lentement au goût des jumelles. La veille de la cérémonie, le samedi, Grey emmena les garçons à la guilde, laissant Jubia et ses filles à la maison. Alors que leur mère était au salon, dans un fauteuil, et lisait un livre, elles s'approchèrent d'elle en catimini, avant de sauter sur elle et de s'installer chacune sur un genou. Paz prit la jambe droite et Làgrima s'arrogea le côté droit. C'était ainsi depuis la naissance, elles avaient chacune un côté respectif, et jamais une seule fois ne leur était venue l'idée de faire échange. Jubia referma sa lecture et la posa sur la table basse, devant elle. Elle passa un bras derrière chacune de ses filles et les ramena contre elles, comme à l'époque lointaine où elle devait encore leur donner le sein. Mises face à face, elles étaient le reflet parfait l'une de l'autre, et cela rendait toujours leur entourage admiratif.

- Vous voulez sans doute demander quelque chose à maman, vu comment vous êtes gentilles, dit-elle en souriant.

Les fillettes ne dirent rien. Elles se contentèrent de se rouler en boule face-à-face.

- Raconte-nous une histoire, demanda Paz.

- Raconte-nous comment tu as rencontré papa, ajouta Làgrima.

Surprise, Jubia chercha ses mots. Elle était questionnée à longueur de temps par ses enfants. Pourquoi le ciel est bleu ? Pourquoi papa a les cheveux noirs et pas moi ? Pourquoi est-ce que tonton Natsu fait du feu ? Telles étaient les questions que ses enfants lui posaient tout le temps. Mais comment est-ce que tu as rencontré papa ? était un spécimen inédit, et des plus surprenants. Cependant, elle avait quelque chose à répondre à cette question. Quelque chose qu'elle avait longuement pensé, avant de le coucher sur papier pendant les premiers mois de sa première grossesse. Un court conte qui résumait métaphoriquement sa rencontre avec Grey.


- Il était une fois, une fille qui était maudite par la pluie. Cette fille était très triste, car elle était toujours toute seule. Elle était aussi très triste parce qu'elle n'avait jamais vu le soleil. Personne ne voulait d'elle, car la pluie la suivait partout où elle allait. Même ses amoureux ne voulaient plus d'elle. Alors, la fille maudite par la pluie désespéra. Elle se demandait si un jour, elle trouverait quelqu'un qui aime la pluie, et plus elle se le demanda, plus elle pensait qu'une telle personne n'existait pas. Un jour, elle rencontra un garçon, et elle tomba tout de suite amoureuse de lui. Mais ce garçon était comme tout les autres, il n'aimait pas la pluie. Personne n'aimait la pluie. Alors, la fille maudite par la pluie devint furieuse, et se battit contre le garçon qu'elle aimait. Mais perdit le combat, car le garçon était plus fort qu'elle. Cependant elle n'était pas triste, car enfin, le ciel bleu dont elle rêvait depuis si longtemps était là. Pour la première fois de sa vie, elle put voir le ciel bleu et le soleil. Et depuis, la fille maudite par la pluie n'est plus maudite, et elle est heureuse avec le garçon qui a fait briller le soleil au-dessus d'elle.


Les fillettes restèrent silencieuses plusieurs secondes après la fin du récit.

- La fille maudite par la pluie, c'est toi ? Demanda Paz.

Jubia acquiesça d'un signe de tête.

- Et le garçon qu'elle aimait, c'est papa ? Demanda Làgrima.

Une nouvelle fois, Jubia opina du chef.

- Tu t'es déjà battue avec papa ? Demandèrent les jumelles, en chœur.

Les yeux grands ouverts des deux fillettes trahissaient leur étonnement. Jamais ils n'avaient vu leurs parents se disputer, car ils ne se disputaient jamais.

- Oui, il y a longtemps. À cette époque, maman était dans une autre guilde, et cette guilde était en guerre avec Fairy Tail.

- C'était quoi, comme guilde ?

- Elle a disparu depuis longtemps, c'était la guilde Phantom Lord.

- Pourquoi elle faisait la guerre à Fairy Tail ?

- Parce que … Le papa de Lucy voulait la revoir, et il a demandé à Phantom Lord de la lui ramener, alors que Lucy ne voulait pas.

- De qui ? Tata Lucy ?

- Oui, tata Lucy. Et donc, tout Fairy Tail s'est battue pour empêcher Lucy d'être capturée. C'est pour ça que j'ai dû me battre contre papa, et c'est à ce moment que je suis tombée amoureuse de lui.

- Et papa aussi, il est tombé amoureux de toi à ce moment ?

- Non … Vous savez, mes chéries … Maman a mis quatre ans à séduire papa. Au début il ne voulait pas d'elle, mais au fil du temps, il s'est rapproché d'elle, et puis il est tombé amoureux lui aussi.

- Papa t'aime vraiment, au moins ? Demanda aussitôt Paz.

- S'il ne m'aimait pas, vous ne seriez jamais nées, pas plus que vos petits frères, répondit leur mère. Papa m'aime beaucoup. Mais il vous aime encore plus !

- Et tu n'est pas jalouse ?

- Non, parce que maman aussi vous aime beaucoup. Et puis quand papa et maman partent en mission, ils se retrouvent tout seuls, en amoureux … Comme quand vous n'étiez pas encore nées.

Jubia déposa un baiser sur le front de chacune de ses deux filles.

- C'est une belle histoire … Dit Làgrima.

- Dis, maman … Quand est-ce qu'on va avoir une petite sœur ? Demanda Paz.

- Non, un petit frère, protesta sa jumelle.

- On a déjà deux petits frères !

Il était extrêmement fréquent que les jumelles se chamaillent ainsi. Amusée, Jubia coupa court à la dispute en déclarant :

- C'est très fatiguant, d'avoir un bébé, vous savez. Quand vous êtes nées, avec papa, on a eu beaucoup de mal à tenir. On ne dormait presque plus, tellement il fallait s'occuper de vous. Et comme vous étiez deux, c'était deux fois plus de travail ! Par contre, c'est vrai que ça a été plus reposant, avec Nieve et North. Un seul bébé, c'est moins fatiguant que deux.

- Mais tu m'as pas répondu ! Protesta Paz. Quand est-ce qu'on va avoir une petite sœur ?

- Maman n'a plus envie d'avoir de bébé, dit elle calmement. Elle vous a déjà toutes les deux, ainsi que vos frères, c'est plus que suffisant.

Elle les étreignit comme elle put.


Le lendemain, Làgrima et Paz se réveillèrent à l'aurore, et accoururent dans la chambre parentale pour réveiller également leurs parents. Ceux-ci se montrèrent mécontents, car il était à peine huit heures passées. Cependant, les jumelles se firent pardonner en montant sur le lit et en venant se blottir entre leur père et leur mère. Jubia ne décolérait pas d'avoir été si sauvagement réveillée, surtout que pour la première fois depuis une semaine, elle et Grey avaient pu faire autre chose que dormir. Grey, lui, avait abandonné toute résistance quand Paz était venue se blottir dans ses bras (Làgrima était allée voir sa mère).

- Jubia se rappelle que quand elle était enceinte des jumelles, tu étais le premier à dire que tu ne serais pas un papa gâteau, plaisanta-t-elle.

Grey se tut, car il était coupable. En effet, à l'époque de la première grossesse de Jubia, il répétait à l'envie qu'il ne serait pas avec son enfant comme Gildarts avec Kanna. Au bout du compte, Gildarts passait presque pour un père comme les autres, contrairement à lui, tant il fondait vite devant ses enfants. Il ne leur refusait jamais aucun caprice, sauf lorsque que ce n'était pas raisonnable. Jubia avait beau se montrer plus autoritaire, elle aussi ne pouvait pas résister longtemps aux expressions suppliantes de ses enfants.

- Quand est-ce qu'on y va ? Quand est-ce qu'on y va ? Pressaient les jumelles, à tour de rôle.

- La remise est à onze heures et demi, on a le temps, dit Grey après avoir baillé longuement.

- Il n'est que huit heures trente, rien ne presse, ajouta Jubia.

Peu après, Làgrima et Paz se répartirent l'espace qu'elles avaient créé entre leurs parents, respectant le fameux ordre établi : Làgrima à droite, Paz à gauche.

- Hier, maman nous a raconté comment vous vous êtes rencontrés, dit Paz à l'intention de son père.

- Et c'était une histoire intéressante ? Demanda ce dernier, étonné de savoir que cette histoire leur avait été contée.

- Oui, maman est super douée pour les histoires, déclara Làgrima.

- Content que ça vous ai plu, alors.

- Est-ce que tu aimes maman ? Demanda Paz.

- Bien sûr, que j'aime maman. Mais il y a quelque chose que j'aime encore plus.

- C'est quoi ? Demanda aussitôt Làgrima.

- C'est vous deux. Et Nieve, et North.

De manière synchronisée, les jumelles se jetèrent sur leur père pour l'étreindre. Celui-ci eut du mal à respirer pendant un court instant, jusqu'à ce que les fillettes ne reprennent leur place, entre lui et Jubia. Elles s'enfouirent presque jusqu'au nez sous la couverture, et fermèrent les yeux. Grey les regarda somnoler, totalement baba.

- Qu'est-ce qu'elles sont mignonnes … soupira-t-il.

Il caressa les boucles noires et désordonnées de Paz, puis de Làgrima.

- Ça fait longtemps que tu n'as pas dit ce genre de choses à Jubia, fit observer celle-ci.
En réalité, elle se moquait bien de le savoir. Leur amour avait depuis longtemps cessé de se manifester par ce genre de preuves futiles. Mais, de temps à autres, elle aimait à asticoter Grey ainsi. Ses réactions étaient souvent, pour ne pas dire immanquablement, amusantes.

- Quel genre de choses ? Demanda-t-il, intrigué.

- Dire que Jubia est belle, mignonne, qu'elle est la plus gentille, que tu l'aimes …

- Je ne le dis pas, mais je le pense très fort, répondit-il calmement.

Se redressant, il se pencha par-dessus ses filles et vint prendre un baiser à sa femme.


Comme Nieve et North se réveillèrent peu après, toute la fratrie se réunit dans le lit parental. Bientôt, par manque de place, ils durent tous se lever et aller prendre le petit déjeuner. North se précipita le premier en direction de la cuisine, suivi de Nieve. Les jumelles suivirent d'un pas plus tranquille, et leurs parents fermaient la marche. Grey attrapa un tee-shirt à porter en plus de son caleçon, mais Jubia garda sa longue chemise de nuit.


Lorsque Jubia quitta la cuisine avec le plateau de viennoiseries, elle constata avec déplaisir que Nieve avait recommencé. Lorsqu'elle arriva dans la salle à manger, le petit garçon était debout à côté de sa chaise, et était affairé à ôter le haut de son pyjama. L'hérédité avait épargné Làgrima et Paz de ce caractère paternel, mais Nieve en était fortement atteint, et North en développait les premiers symptômes.

- Nieve ! S'exclama Jubia, en posant le plateau. Maman t'a déjà dit et répété, c'est pas bien de faire ça !

Grey, qui était resté dans la cuisine pour faire chauffer le lait, tendit l'oreille.

- Pourquoi papa il a le droit et pas moi ? Demanda l'enfant, tout penaud.

- Parce que ton père est comme ça pour toujours, plus rien ne peut le changer maintenant, expliqua sa mère, en le forçant à remettre son habit.
Cependant, ce n'était pas exact. La vie de couple puis de famille avait fait grandement diminuer la fréquence de ses déshabillages intempestifs. Cependant, à la guilde, cela se produisait encore au moins une fois par semaine. L'amélioration avait été remarquée et félicitée par de nombreux mages. Mais rien n'était pire qu'en présence de Leon. Lorsque celui-ci passait par Magnolia, s'il ne s'arrêtait pas directement chez les Fullbuster pour donner de nouveaux cadeaux à ses « nièces et neveux préférés », il passait par la guilde pour boire un petit coup et discuter avec Grey. Leur relation s'était normalisée, au fil des années, mais leur manie de se déshabiller sauvagement atteignait son paroxysme lorsqu'ils étaient dans la même pièce. Ce trait était à jamais gravé dans leur personnalité, et ni les années, ni la vie de couple (Leon avait finit par se faire une raison, avant de rencontrer une jolie mage qui l'avait charmé) ne l'avaient altéré.


Il était près de onze heures lorsque la famille quitta la maison. Les jumelles marchaient dix mètres devant, et s'il n'en avait tenu qu'à elles, elles auraient fait tout le trajet en courant ventre-à-terre. Elles se donnaient la main (comme souvent), et fredonnaient une petite chanson que Jubia leur avait enseignée. Leur parfaite symétrie (renforcée par les motifs noirs et blancs de leurs manteaux) n'était jamais plus frappante qu'en ce genre de moments. Nieve marchait entre ses parents, et North était perché sur les épaules de son père. Le garçonnet semblait prendre un grand plaisir à piloter son destrier en lui tirant les cheveux avec toute la force d'un enfant de deux ans.

Tous étaient sur leur trente-et-un. Grey avait mis sa chemise gris foncée brodée de motifs noirs, ainsi que le pantalon le plus propre qu'il possédait. Sa traditionnelle veste blanche était ornée de l'insigne rutilant de l'équipe Pilgrim Snow : un pèlerin armé d'un bâton de marche, portant un demi flocon de neige sur son dos. Le logo était subtilement différent de la première version, proposée à la création de l'équipe. À l'origine, le pèlerin n'était qu'une silhouette sans nom. Mais, quelques temps après le mariage, une modification avait été apportée : la forme du visage s'était vu recouvrir d'un bandana devant la bouche et d'un autre sur le crâne. Cette modification représentait Jellal Fernandez, et peu d'étrangers à la guilde le savaient. La raison de sa présence sur le logo de l'équipe était très simple : c'était lui qui avait célébré le mariage de Grey et Jubia. À l'origine, Gajil aurait dû remplacer le père de Jubia pour la mener à l'autel, mais comme il avait été retenu dans la sélection finale des garçons d'honneur (avec Arzack et Leo), le poste avait été laissé vacant. Cela avait plongé Jubia dans une grande détresse, car elle n'aurait sans doute pas survécu seule à la traversée de la cathédrale. De fait, Makarov, qui aurait dû présider la cérémonie, avait dû voler au secours de la jeune femme et endosser le rôle du père. C'est ainsi que Jellal, qui était revenu en ville spécialement pour l'événement, s'était retrouvé forcé (entre autres par Erza) de jouer le rôle du prêtre. Ce mic-mac n'avait laissé que quelques jours à peine au jeune homme pour apprendre à célébrer un mariage, mais lors de la cérémonie, il avait très honnêtement accompli sa tâche. La présence d'Erza non loin de lui (en tant que demoiselle d'honneur aux côtés de Lucy et de Reby) l'avait fait déglutir plus d'une fois, cependant.

Jubia, elle, portait sa plus belle robe d'hiver. La jupe était blanche, et l'ourlet inférieur, qui représentait un motif de vagues, était du même bleu que ses cheveux. À chaque hanche, une pièce triangulaire de cuir brun pointée vers le bas, était cousue par-dessus le tissu. Le buste était plus sombre, presque gris, et la lumière s'accrochait sur les fils d'argent. Toute la partie supérieure de l'habit était brodée de fils d'argents, arrangés en une gamme de motifs très similaires à ceux de la chemise de Grey. Le col s'ouvrait sur un décolleté très flatteur. Par-dessus, Jubia portait un simple châle noir aux bordures colorées. C'étaient des habits de cérémonie traditionnels du Draupnir, sa région natale. Ces habits avaient été conçus pour tenir chaud, tout en étant légers à porter et sans avoir besoin de porter quoi que ce soit par-dessus. Avec le temps, Jubia avait appris à ne plus craindre son origine étrangère, et elle avait emmené Grey à chaque fois qu'elle était retournée sur les terres de son enfance. Chaque voyage les voyait revenir chargés de produits locaux : nourriture, vêtements, artisanat, décorations, et même livres. C'était également lors de leur deuxième voyage à Gungnir, que Grey avait trouvé le courage de s'agenouiller.

La guilde était assez active, pour un dimanche matin. De nombreux mages étaient attablés et discutaient entre eux, mais le silence se fit lorsque la famille Fullbuster fit son entrée. Làgrima et Paz, prises de peur, vinrent se réfugier derrière leur mère. De loin, Mirajane les salua, et sortit le tampon magique qui allait servir à imprimer le sceau. Makarov descendit du comptoir, s'approcha de la famille. Il salua Grey et Jubia. Nieve se jeta dans ses bras pour lui dire bonjour, mais North se montra plus récalcitrant. Alors que son frère aimait beaucoup leur grand-père par procuration, lui-même n'était pas rassuré par le vieil homme, pour une raison inconnue. Puis, le maître salua les fillettes.

- Vous avez peur de devenir mages ? Demanda-t-il, patiemment.

Les jumelles échangèrent un regard avant de répondre :

- Un peu …

- C'est normal, c'est quelque chose d'inconnu pour vous.

- Il y a des missions dangereuses ? Demanda Paz.

- Il y en a, en effet. Mais seuls les meilleurs mages peuvent les accepter. Vous êtes encore petites, et vous allez devoir apprendre la magie avant de pouvoir accepter des missions !

Il les saisit chacune par une main et les entraîna en direction du comptoir. Presque inquiets, Grey et Jubia avancèrent de quelques pas.

- Tout les papiers sont là, dit Mirajane lorsque le maître voulut les voir.

Elle lui tendit quelques feuilles, qu'il consulta rapidement. Comme tout était en ordre, il grimpa sur le bar et s'éclaircit la gorge, pour proclamer les formules d'usage.

- Aujourd'hui, Fairy Tail va s'agrandir, car deux jeunes filles ont formulé le souhait de nous rejoindre ! Après en avoir discuté, il a été convenu que malgré leur jeune âge, elles pourraient intégrer nos rangs. C'est donc pour cela que nous sommes tous ici aujourd'hui !

Il plongea une main dans une poche de son pantalon, et en ressortir deux objets. Il reprit son discours, et tonna d'une voix profonde :

- Làgrima Alegria Fullbuster ! Souhaites-tu rejoindre Fairy Tail, la guilde de tes parents ?

La fillette, intimidée, baissa les yeux. Sa sœur lui donna un petit coup de coude. Elle releva les yeux, et murmura :

- Oui, je veux en faire partie …

- Approche-toi.

Elle s'approcha du comptoir, et Makarov lui tendit une petite carte. C'était sa carte de membre officielle de Fairy Tail. Ses yeux s'embuèrent de larmes. C'était sa carte. Elle faisait partie d'une guilde, maintenant. Makarov l'invita à se décaler sur le côté.

- Paz Merecida Fullbuster ! Souhaites-tu rejoindre Fairy Tail, la guilde de tes parents et de ta sœur jumelle ?

Paz fut plus courageuse que sa sœur.

- Oui ! S'exclama-t-elle, ayant du mal à retenir sa joie.

Elle s'approcha, et récupéra sa propre carte de membre officielle. Elle rejoignit sa sœur sur le côté, et les deux fillettes s'étreignirent.

- Bien. Maintenant, vous allez recevoir votre sceau de membre ! Clama Makarov.

Mirajane, qui les avait rejoint devant le comptoir, se pencha vers Làgrima.

- Tu veux quelle couleur ?

Après une hésitation et un regard échangé avec sa sœur, Làgrima répondit :

- Bleu … La même couleur que maman …

Mirajane sourit, puis lui demanda.

- Et où est-ce que tu veux ton sceau ?

- Sur l'épaule droite …

Elle retira son blouson, et retroussa la manche correspondant de son pull noir.

- Ça fait mal ? Demanda-t-elle, apeurée.

- Non, rassure-toi, répondit la barmaid.

Après avoir réglé l'applicateur, elle l'appliqua fermement sur l'épaule de la fillette, et le maintint quelques secondes. Lorsqu'elle le retira, l'emblème de Fairy Tail était appliqué sur la peau, dans le même bleu profond que celui de Jubia.


- Je m'étais promis de pas pleurer … Marmonna Grey en s'essuyant les yeux d'un revers de manche.

Jubia, qui lui tenait le bras, le regarda. Il faisait tout pour que personne ne le remarque, mais il pleurait. Il reniflait à intervalles réguliers.

- C'est l'émotion, se défendit-il. C'est normal, pour un père, non ?

Jubia sourit, et s'appuya contre son épaule. À vrai dire, elle-même n'était pas loin des larmes.


Làgrima s'éloigna un peu, laissa la place à sa sœur. Paz s'avança.

- Tu veux quel couleur ?

- Noir, comme papa, répondit-elle du tac-au-tac.

- Et pour l'endroit ?

- Sur la nuque !

Étonnée, Mirajane regarda Jubia, qui hocha de la tête en fermant les yeux, d'un air résigné.

L'emplacement du sceau avait été un sujet longuement débattu entre les jumelles et leurs parents. Si Làgrima n'avait pas posé de problèmes, Paz s'était montrée autrement plus exigeante, et le refus de ses premières propositions l'avait découragée. Cependant, elle avait finalement été autorisée à se faire apposer le sceau sur la nuque.

Paz retira son blouson, et tira vers le bas le dos de son pull. Lorsque l'applicateur fut prêt, Mirajane le pressa sur la peau de la fillette.

- Vous êtes désormais membres à part entière de Fairy Tail ! S'exclama Makarov, en levant les bras.

Tout les mages présents applaudirent avec force. Félicitons-les ! Elles sont les plus jeunes mages à avoir jamais rejoint notre guilde !

- On peut commencer le festin, maintenant ? Demanda Natsu, dont l'estomac le torturait.

Lucy lui adressa un regard assassin, et le chasseur de dragons se tassa sur sa chaise, en silence.