Chapitre 7 : Prison de glace

par GzouSupreme

Chapitre 7 : Prison de glace



Courir. C’était tout ce qui lui importait. Partir le plus loin possible, là où rien ni personne ne pourrait infliger d’autres tortures à son cœur déjà soumis à rude épreuve, fuir ce sentiment douloureux qui y avait planté sa graine, germant doucement dans son âme. S’épuiser physiquement pour arracher à son esprit ces images qui ne cessaient de le hanter, et ne penser qu’aux puissantes pulsations qui martelaient ses tempes et à l’adrénaline qui pulsait dans ses veines, envahissant tout son corps. L’intérieur de son crâne était peu à peu balayé par l’effort, en même temps que la fatigue prenait plus d’ampleur, autorisant son instinct à prendre le contrôle des muscles de ses jambes, qui le menaient où bon leur semblait. Tant et si bien qu’il ne savait même plus ce qu’il fuyait ni pour quelle raison.

Il courait si vite que les rues et les gens autour de lui semblaient se fondre dans le décor en une masse de couleurs indistinctes se noyant les unes dans les autres. Même le feu brûlant qui le dévorait de l’intérieur n’interrompit l’acte absurde que la confusion de son esprit le forçait à poursuivre avec un entêtement irraisonné, soufflant au loin son infidèle lucidité. Ni même le choc provoqué lorsqu'il percuta une passante, écrasant à terre les pâtisseries qu'elle venait sans doute d'acheter. Il n'entendit même pas le hurlement féroce qui s'ensuivit ni son propre nom hurlé rageusement. Ce nom n'était pas vraiment le sien, de toute façon. Alors il poursuivit sa course sans même s'excuser ni se retourner. Son esprit n'était de toute façon pas en état de formuler la moindre parole ou pensée cohérente. 

Alors qu'il avait l'impression de courir encore, il ne se rendit pas compte que ses jambes s'étaient immobilisées. L'épuisement fit une entrée fracassante à travers tous ses muscles, tandis que son esprit rassemblait peu à peu les bribes éparses de sa mémoire pour constituer ce qui ressemblait à un souvenir. Les images qu'il avait cherché à fuir revinrent aussitôt se confronter à sa volonté et il se laissa glisser contre un arbre, épuisé par la confrontation qui avait eu lieu entre elles et lui et qu'il avait vraisemblablement perdue. Aussi sûrement que ces flashs de réminiscences venaient si virulemment se heurter à sa conscience.

À bout de forces, Natsu replia ses genoux contre son torse et enfouit sa tête douloureuse entre ses mains moites, tentant à grand peine de chasser ces brefs morceaux de souvenirs sanglants qui ne cessaient de le tarauder, lui embrumant l'esprit et les sens. Tous ses efforts et ce qui lui restait de conscience furent concentrés sur l'abolition de ces images lancinantes, qui résistèrent fièrement à tous ses assauts. Et il ne put empêcher un nouveau flash de l’aveugler.

Les vestiges d’une ville en ruine, inondés de sang et de cadavres à perte de vue. La lune écarlate dominant cette terre putride et désolée, un ciel sans nuages, le tonnerre qui gronde au loin. Il se trouvait au centre de ce champ de ténèbres, sous la lueur vermeille de l’astre immortel, à genoux dans la boue et le sang fraîchement versé, le regard dirigé vers l’immuable voûte céleste et le visage noyé de larmes. Et devant lui gisait le corps déchiqueté d’une femme.

Il ouvrit précipitamment les yeux, ruisselant de sueur et le souffle court. Cela n’avait duré qu’une brève seconde, mais il eut l’impression que des heures entières s’étaient écoulées. Son cœur affolé battait durement dans sa poitrine, lui infligeant une douleur des plus aiguës qu'il tenta vainement d'endiguer. D'autres images similaires ouvrirent de nouveau sans mal une brèche dans la barrière qui protégeait tant bien que mal son esprit, plongeant ce dernier dans d'infinis tréfonds gorgés de ténèbres et de sang. Le sien semblait bouillonner à l'intérieur de ses veines chaque fois que l'une d'elles apparaissait, tel un ouragan insaisissable de peur et d'angoisse ensuite substitué en intense souffrance. Un cycle indomptable et sans fin.

Qui fut pourtant rompu lorsqu’une brûlante chaleur lui lancina le torse.

Il arracha les boutons de sa veste d'un geste brusque, dévoilant l'objet responsable de cette abominable douleur. Pendouillant nonchalamment contre sa poitrine, le collier de Gray semblait s'embraser et s'enraciner de plus en plus profondément dans sa chair, ne faisant bientôt plus qu'un avec son corps. Il contempla le phénomène se poursuivre, les yeux écarquillés et les muscles légèrement tremblotants. 

- Qu... qu'est-ce que c'est que ça ? C'est…

Il ne put finir sa phrase qu'une nouvelle vague brûlante lui fit perdre le fil de sa réflexion. Fragilisé par l'insoutenable souffrance qui lui était infligée, il porta une main sur l'objet qui en était la cause et l'arracha de son corps avec un gémissement de douleur pour le jeter au loin dans un réflexe de protection irraisonné. L'air frais du crépuscule inonda aussitôt la plaie fraîchement ouverte d'une vague de soulagement. La blessure causée par l'extirpation forcée du bijou, bien que creusée et profonde, était heureusement minime et la douleur s'en fut petit à petit, laissant place à un simple picotement désagréable, malgré les quelques filons de sang qui s'en écoulaient encore. 

Les dents serrées à l’extrême, il détacha enfin le regard de la crevasse sanguinolente pour le poser sur le lointain. Il ferma les yeux pour apaiser sa respiration devenue douloureusement effrénée, mais quand il parvint enfin à se calmer, un nouveau flash vint engourdir sa conscience.

Contrairement aux précédents, ce souvenir, bien que toujours flou, n’était pas synonyme de tristesse ou de souffrance. Une femme aux courts cheveux bruns, un doux sourire flottant sur ses lèvres, lui tendait le collier dont il venait de se débarrasser. Prenant soudain conscience à quel point le bijou était précieux, Natsu se leva d’un bond, faisant aussitôt disparaître l’image dans le nuage brumeux qu’était son esprit. Sans même se rendre compte de ce qu’il était en train de faire ni pour quelle raison, il se précipita vers l’endroit où il avait lancé l’objet pour le récupérer, mais comprit bien vite que son bien avait coulé au fond du lac devant lequel il se trouvait.

Alors, sans réfléchir une seconde, il plongea.

Malgré la chaleur accablante qui régnait à l’extérieur, le lac lui semblait curieusement froid. Sa blessure le lança au contact de l’eau, mais il l’ignora superbement, son attention se concentrant uniquement sur le léger éclat argenté qui étincelait au loin. Presque paniqué, il nagea jusqu’au fond du lac, où il finit, après quelques minutes de recherches intensives, par trouver son bien. Coincé entre deux rochers moussus, le bijou brillait encore d’un étrange éclat écarlate qui fit hésiter Natsu. Le Dragon Slayer en approcha prudemment une main, et comme l’objet ne réagissait pas, le dégagea des algues entremêlées qui le retenaient. A peine s’en fut-il emparé que sa paume le brûla violemment, lui arrachant une grimace. Il ouvrit doucement sa paume pour constater que la lumière rouge qu’émanait le collier s’intensifiait exponentiellement en même temps que son épouvantable chaleur, et un afflux soudain de magie ébroua tout son être. Il eut soudain si froid qu’il ne put réprimer un frisson, ses muscles et ses articulations commençant peu à peu à s’engourdir. Sans trop s’en préoccuper, il jugea plus urgent de remonter à la surface, sentant ses poumons lui réclamer leur dû avec de plus en plus d’insistance. Il se propulsa vers la surface en prenant appui sur un rocher sans lâcher l’objet qui continuait de siffler, puis parcourut les quelques mètres qui l’en séparaient par de longues et puissantes brasses. Lorsque sa tête heurta une surface dure et froide l’empêchant de sortir. Il pesta intérieurement et réalisa bien assez vite ce qui le retenait sous l’eau.

De la glace.

Mais pas n’importe laquelle. Ils étaient en plein mois de juillet, alors il lui parut évident que cette glace avait été créée par magie. La glace de Gray. Sa glace, pour l’heure. Mais contrairement à ce que son véritable propriétaire aurait fait à sa place, il n’avait aucun contrôle sur elle, et il n’avait aucune idée de la façon dont il pouvait briser sa propre création. Peu à peu pris de panique, Natsu tenta instinctivement de faire fondre la glace par sa chaleur corporelle d’ordinaire anormalement élevée, tandis que l’air se faisait de plus en plus rare et qu’il sentait sa conscience s’éteindre au fur et à mesure qu’il s’échappait de ses poumons. Il réalisa bien vite l’absurdité de son réflexe et frappa la couche qui le séparait de la surface avec toute la force qu’il fut capable de réunir, mais qui, amoindrie par la pression sous-marine, ne l’égratigna même pas. Sans pour autant abandonner l’idée de se sortir de là, son instinct lui indiqua qu’il ne pourrait rien faire par la force brute. Ne sachant que faire d’autre, il tenta de faire appel à la magie contenue dans le corps de son rival, s’efforçant de calmer son esprit affolé en fermant les yeux, mais il ne sentit rien d’autre qu’un froid glacial parcourir tout son corps. Il rouvrit brutalement les paupières, réalisant à quel point sa situation était critique et sans issue. Il était comme réduit à l’état d’être humain sans pouvoirs, faible et impuissant. Il n’y avait sans doute pas plus honteux pour un mage que de finir noyé. Il avait survécu à tant de combats jusqu’à maintenant, et il allait mourir de façon aussi absurde ? Il avait frôlé la mort un nombre incalculable de fois, il avait vaincu tant d’adversaires puissants et c’était un simple lac qui allait le vaincre ? Impensable. Ridicule même. Sans compter qu’il n’en avait pas le droit. Car Gray en paierait les conséquences autant que lui. Il ne pouvait laisser le corps de son rival mourir, où il resterait à jamais coincé dans le sien. Et il ne le lui souhaitait pas.

Alors que ses forces continuaient de l’abandonner par le manque cruel d’air, la panique prit le dessus sur sa raison et il tenta de nouveau de briser la glace avec ses poings par de puissants coups répétitifs, mais pas la moindre fissure ne vint récompenser ses efforts. L’air vint rapidement à manquer et ses poumons se mirent à le brûler, si virulemment qu’il fut forcé de cesser ses assauts contre l’adversaire. Peinant même à garder les yeux ouverts, ses sens l’abandonnèrent un à un, plongeant sa lucidité dans une sorte de sommeil semi-comateux dans lequel sa raison se trouva emprisonnée, incapable d’envoyer le moindre signal à son cerveau embrumé.

Il n’entendit qu’un profond grondement en échos lorsque ses sens l’abandonnèrent totalement.




A suivre...

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