On passe aux aveux ?

par The-Nalu-chan

Chapitre 25



Même sous un ciel de plomb on peut faire des rencontres chaleureuses.



Il pleut.

Le vent souffle et le ciel est gris, gris charbon, foncé, ombrageux, colérique. Des gouttelettes sont emportées furieusement au loin, emportées pour finir par s’écraser contre les rares êtres se promenant dans les rues sous une tempête, un froid pareil. Le vent souffle, crie, hurle, s’emporte, se met en colère en continuant de chanter de plus belle son chant étrange, froid. Effrayant. Il repousse les branches des arbres, les repousses et les casse, les brise dans son affolement.

La nature était en train de se battre, de combattre, de lutter. Contre quoi ?

Et moi, j’étais là, au milieu de tout, de nulle part, dans cette bagarre. Je marchais, lentement, rapidement, pressée et énervée. Anxieuse. La maison de Yukino se dessinait devant moi lorsque je décidais finalement de ralentir. Le souffle coupé, bloqué et les lèvres entrouvertes. J’étais essoufflée, j’avais froid et la morsure du vent brûlait ma peau, me brûlait et me piquait et pourtant, je me figeais. J’hésitais, regardais derrière moi et réfléchis. Voulais-je vraiment affronter Yukino ?

Voulais-je vraiment rester sans amie ?

«Tu n’as qu’à lui raconter une fausse histoire», avait dit Luke.

Au début, j’avais été contre cette idée. Je l’ai refoulée, attachée et rejetée dans le fin fond de mon esprit. Convaincue de ne plus y toucher. Et pourtant, me voilà, là, devant cette maison si gigantesque qu’on pouvait l’apercevoir depuis la mienne. Froide, belle et étrangement si solitaire dans cette pluie incessante.

Je soufflais. Respirais. Et avançais. Après tout, qu’avais-je à perdre ?

Nerveuse, les jambes flageolantes, je m’approchais lentement du garde-du-corps et souris. Confiant. Il fallait que j’aie l’air confiant, sûre de moi-même et des mensonges que je m’apprêtais à raconter. Moi qui détestais mentir, me voilà confrontée.

Le garde du corps me fixa, m’étudia et fini par me laisser passer. Fini par se détourner et par regarder ailleurs, convaincue que je n’étais pas une menace.

Je lui tournais le dos et continuais ma démarche titubante, en serrant mon parapluie écarlate, et m’arrêtais. De nouveau. La porte, grande, blanche, intimidante se dressait devant moi, se tenait devant moi. Comme si elle m’incitait ou me mettait au défi de m’approcher. De sonner. D’essayer d’entrer, de mettre le pied dans cette maison si froide, si vide, si silencieuse. Si semblable à la mienne.

Je déglutis et m’approchais. Me penchais, m’apprêtais à sonner.

-Mademoiselle Lucy !, s’exclama le majordome en faisant des grands yeux remplis de surprise et de curiosité. Que faites-vous sous la pluie ? Entrez, venez !

-Je suis venue rendre visite à Yukino.

-Elle est en haut. Avec des amies.

Le petit ‘’oh!’’ que formèrent mes lèvres disparu rapidement dans les éclats de voix stridents qui retentirent, me faisant sursauter. Je regardais en haut du grand escalier, intriguée, tremblante, et songeant tout à coup à partir. À m’enfuir. Yukino était avec des amies. Ses amies. Ces filles détestables, snobs, qui se trémoussaient partout dans leurs talons hauts. Ces filles au sens de l’humour inexistant, qui préféraient parler de leur petit copain, de leur manucure et de leur nouveau sac plutôt que de s’intéresser à d’autres choses étaient…détestables. Je ne pouvais pas m’entendre avec elles. Je ne pourrais jamais m’entendre avec elles et j’ignorais comment Yukino arrivait à les supporter. À supporter tous les jours leurs voix trop aigües remplies de plaintes ou de critiques.

Yukino avait vraiment changé. Beaucoup. Trop. Elle…elle était devenue tout ce que je reprochais aux filles soit disant ‘’populaires’’. Tout ce que je détestais. Elle était devenue un être dont le sens de compassion n’existait plus, un être dont le sens de la vie n’existait plus. Une poupée sans réelles pensées. Sans préoccupations. Voilà ce qu’elle est devenue.

Et ça me faisait mal, ça me brisait, me coupait le cœur en deux. Parce que les souvenirs que j’avais d’elle, ces souvenirs que je ne cessais de comparer avec qui elle était à présent, ce passé que je ne cessais de regretter me faisait mal. Me remplissait d’angoisse, de tristesse et de colère. De colère envers moi-même et envers elle, cette amie aux cheveux pâles qui a trop changé.

Pourtant, malgré mes réticences, malgré mes doutes et mes pensées remplies de haine je ne pouvais plus revenir en arrière. Je ne pouvais pas courir, m’enfuir, et juste prétendre que rien ne s’était passé. Parce que parfois, il faut affronter les choses en face. Parfois, il faut affronter les personnes, il faut cesser de se cacher.

Et moi, j’en avais marre de me cacher. Donc, doucement, je toquais à sa porte. Lentement. Le souffle retenu au fin fond de ma gorge par un fil invisible. Je toquais et j’attendis. Et je toquais de nouveau, plus fort, cette fois-ci.

Yukino ouvrit la porte en souriant…et son sourire s’effaça aussitôt en m’apercevant.

-Oh…Lucy.

Elle sourit de nouveau, se rattrapant, mais son regard se fit désapprobateur et se déroba, se détourna et papillonna quelques instants, sur les murs derrière moi, sur les motifs du tapis qui recouvrait le long couloir, sur mes jeans et mon t-shirt sombre et fini par se poser sur mes yeux. Elle fini par me regarder droit dans les yeux, me jaugeant ainsi, ignorant les murmures à peine contenus qui naissaient derrière elle.

-Qu’est-ce que tu fais ici ?, demanda-t-elle enfin.

-Je suis venue m’excuser.

Yukino fit la moue et ferma la porte derrière elle.

-Et pour te raconter…mon histoire de cœur ? Enfin, Yukino, je te fais confiance, et je veux que tu le saches…

J’hésitais, me perdais, me noyais dans mes mots. Dans mes phrases toutes faites, dans mes battements de cœur affolés. Mes doigts devinrent glacés, mes membres se mirent à trembler et je me tus. Il fallait que je cherche, que je retrouve mes mots. Mes phrases. Mes belles expressions et ma belle histoire.

Je n’étais pas douée en mensonge. Pas du tout. Mais l’idée de lui avouer cette longue histoire qu’est la mienne me paralysait. Je n’étais pas prête. Pas prête d’y repenser. Pas prête de me remplir la tête de ces milles et unes possibilités qui auraient pu arriver, ni de dire haut et fort ce que je ressentais pour Natsu.

Ce que je ressens encore, même si ce sentiment est enveloppé de peine et de mauvais souvenirs, pour lui.

-Enfin, je suis tombée amoureuse d’un…geek. Oui, c’est ça. Un geek. Tu sais, le genre de personne qui…

-Je sais c’est quoi un geek, Lucy, souffla Yukino en fronçant les sourcils.

En levant les yeux au ciel.

-Euh…oui. Je l’aimais beaucoup. Vraiment. Mais j’étais nerveuse, donc je … n’ai pas pu lui avouer mes sentiments. C’est ça. Donc, le beau geek a fini par sortir avec une des filles que…je connaissais très bien et voilà. Fin de l’histoire.

Je me tus. Me tus et attendis. Nerveuse. Énervée. Impatiente. Attentive à la moindre réaction de la part de Yukino.

Cette dernière se taisait aussi et me toisait. Me fusillait du regard en se pinçant les lèvres. Ses yeux étaient plissés, son visage déformé par une certaine forme de colère. De la colère et de la déception traversait ses yeux chocolatés. Elle trembla, puis se figea. Le souffle coupé. Soudainement incrédule, presque perdue. Et fâchée, en colère.

Contre moi.

J’hésitais encore plus et sentis mon ventre, mon cœur, mon corps se serrer. Mes bras se croiser au niveau de ma poitrine et ma gorge être devenue nouée. J’avais peur, peur de cette réaction, peur d’elle, peur de ce qu’elle allait dire. Et j’étais déçue, honteuse, n’osais plus la regarder dans les yeux. J’avais presque envie de pleurer, de défères des larmes traitresses et de partir. C’était dur, trop dur de rester là et d’attendre. De voir sa réaction.

Je reculais d’un pas, puis de deux. De trois. Et Yukino enfin parla :

-Je…j’y crois pas !, souffla-t-elle, siffla-t-elle.

-Yuki.

Ma voix, faible, pathétique mais étrangement forte et insistante se fit entendre dans le silence, dans la tension qui recouvrait le couloir.

-J’y crois pas, Lucy ! Je t’ai laissé du temps ! Énormément de temps ! Deux jours ! Pour que tu viennes et me dises…ça ? Ça ! Je n’en viens pas, que tu oses me mentir comme ça ! Je n’en viens pas que tu ne me fasses pas confiance ! Et j’en ai marre de t’attendre, d’attendre que tu reprennes tes esprits et redeviennes celle que tu étais avant !

Je tremblais, de plus en plus. Plus fort. Serrais les dents, la mâchoire, les lèvres pour empêcher mes mots, mes phrases de sortir. Mais je ne le pouvais. Je ne pouvais plus rester comme ça. Je ne pouvais pas laisser Yukino continuer de me dire que j’avais changé ! Je ne le pouvais plus, ne le supportais plus…donc je finis par crier à mon tour, par exploser et par laisser ces malheureuses phrases s’abattre sur mon ancienne amie.

-Ta gueule ! Tais-toi ! Je n’en viens pas que tu sois celle qui vient me faire des reproches, de me dire que j’ai changé, de me demander de changer ! Je n’en viens pas ! Est-ce que tu peux voir ce que tu es devenue ? Tu en as seulement conscience ? Tu es une fille stupide, une garce, une snobinarde ! Et je

-J’hallucine ! J’hallucine, Lucy Heartfillia ! Tu oses venir me faire des reproches alors que tu me mens en plein visage ! Tu es venue me dire que tu me faisais confiance en plus ! Non mais regarde-toi ! Tu es devenue une dépressive qui va sans doute se suicider à n’importe quel moment ! Mais où est donc passé ton honneur ? Tu es tombée si bas…tu n’est qu’une fille qui ose mentir à sa meilleure amie

-Mais de quoi tu parles ?! Je ne te mens pas et tu n’es pas ma meilleure amie !

-Arrête ! Je suis au courant, d’accord ?, fit-elle en baissant légèrement la voix, en se calmant légèrement. Je sais que tu es sortie avec Natsu Dragneel. Je suis devenue amie avec Valérie et lorsqu’elle a déménagé, lorsqu’elle est partie te rejoindre, j’ai gardé contact avec elle. Et elle me l’a dit. M’a tout raconté. J’ai été surprise de l’apprendre. Surprise d’apprendre que tu as fini par aimer le garçon qui te faisait ni chaud ni froid il y a cinq ans. Le premier garçon avec qui ta sœur est sortie.

Yukino se tut et me fixa. Calmement, cette fois-ci. Épuisée. Frustrée, peut-être. Mais déçue et une certaine tristesse flottant dans son regard. Elle se tut mais ses lèvres restèrent en suspense, figées, pétrifiées, attendant patiemment de reprendre leur course.

Je reculais encore et regardais le sol. Fixais le plancher. Honteuse. Tellement, tellement honteuse, les joues brûlantes et les yeux piquants, débordés par tant de sentiments, par cette colère si vive et forte qui a fini par retomber. Et par laisser derrière elle qu’un simple désert, vide, froid, solitaire.

J’avais oublié. J’avais complètement oublié, et même encore, même maintenant j’ai du mal à me souvenir de ce qu’il s’était passé. De Natsu à douze ans. Avais-je réellement connu un garçon aux étranges cheveux roses à cet âge ? Peut-être. Sans doute. Mais j’hésitais. J’hésitais à le croire. J’avais du mal à le croire et ma mémoire refusait de se laisser vaincue. De me dévoiler ses secrets. Mais comment avais-je pu oublier ? Pourquoi avais-je du mal à m’en souvenir ? Valérie était sortie avec tellement de garçons, tellement de visages elle qu’elle m’avait présenté que je ne m’en souvenais plus. Je ne m’en rappelais plus. Et pourtant, douze ans, c’est presque l’âge que j’avais lorsque ma mère est morte. Morte en essayant de partir en nous laissant derrière; quel noble exploit !

Je soufflais. Soupirais. Mon cœur était chargé, bouleversé, confus. Je ne pouvais plus rester là, sous ce regard mitigé, devant cette amie snob et inconfortable. Je ne le pouvais plus. J’avais besoin de partir. De lui tourner le dos et de m’enfuir. De me cacher. Après tout, c’est ce que je savais faire de mieux.

Donc je m’enfuis. Je lui tournais le dos et m’éloignais, lentement, puis rapidement, puis lentement de nouveau. Haletante. Confuse incrédule, et tellement perdue. Déséquilibrée. Mon cœur tremblant refusait de se calmer, mes joues brûlantes refusaient de refroidir. Mes yeux piquants et chargés de larmes incompréhensibles continuaient de cligner, encore et encore, dans le vague espoir de les faire disparaître. Je ne voulais pas pleurer. Je n’avais pas envie de pleurer.

Mais je me sentais tellement, tellement seule. Tellement solitaire. Tellement désespérée. Et mon cœur était rempli de chagrin, de peine, de larmes refoulées. Et je ne savais plus quoi faire. Vers où me diriger. À qui parler, m’adresser, me plaindre et raconter mon malheur.

En cet instant précis je manquais cruellement d’amis. Alors je sortis mon cellulaire et fis défiler ma liste de contacts extrêmement limitée. M’arrêtais sur le prénom de Levy, appuyais et regardais, hypnotisée, son numéro s’afficher à l’écran.

Je voulais lui parler, voulais tellement lui demander de ses nouvelles et me réconcilier avec elle. Je voulais tellement entendre sa voix, tellement la revoir, tellement lui parler. J’avais désespérément besoin d’une amie, d’un visage chaleureux et amical, mais. Mais. Que irais-je donc lui dire ? Comment commencer cette discussion ? Comment finir cette discussion ? Et si elle était en colère contre moi, et si elle m’en voulait ?

Je n’étais pas prête de subir une autre dispute.

Je cachais dans ce cas mon cellulaire dans ma veste et regardais le paysage. Écoutais la pluie, et étais en accord avec la nature. Comme s’était déprimant. J’étais tellement seule que je ne savais même plus aller.

-Lucy ?

Je sursautais et me retournais rapidement.

Sting se tenait devant moi, hésitant. En m’offrant un sourire gentil, chaleureux, amical, timide. Il ne savait sans doute pas quoi dire, quoi faire et je devais avoir l’air tellement désespérée, tellement triste. Au bord d’une crise, peut-être.

Je lui souris, réellement, sincèrement, et pour la première fois depuis de semaines, des mois, j’étais contente de voir quelqu’un.

-Sting…