Retour d'une amie ?

par The-Nalu-chan

Chapitre 19



«La plupart des gens ne réalisent pas ce qu’ils ont, car ils sont trop préoccupés par ce qu’ils n’ont pas»

-Lesbeauxproverbes-



La première chose que je fis, lorsque je me retrouvais de nouveau dans ma chambre, ce fut de chercher l’adresse d’une ancienne amie, une connaissance, une personne qui avait sans doute compté le plus à mes yeux lorsque je vivais là et qui m’avait aidé à traverser mes longues journées de solitude et d’ennui. Je me sentis sourire, sentit une certaine mélancolie naître dans mon cœur lorsque je finis par trouver un ancien agenda, dans lequel j’avais dessiné quelques fleurs aux pétales roses et des nuages égarés. À la dernière page du dit carnet, il y avait la liste de toutes mes amies, ainsi que leur adresse et leur numéro de téléphone. Mon sourire s’élargit lorsque j’aperçu le numéro de ma meilleure amie.

Certains auraient sans aucun doute trouvé étrange, le fait que j’appelle ou que je recherche à revoir une ancienne amie après deux ans de silence complet, après tous ces appels manqués et ces occasions de se revoir ratées. D’ailleurs, je ne peux pas vraiment dire ce qui m’a motivé le plus à vouloir la revoir; peut-être le fait de revenir dans ma chambre, dans cette maison si belle et pourtant si désolée et sombre, le fait de ressentir encore une fois cette tristesse et cette solitude, ce silence hurler à mes oreilles qui m’a rappelé la présence de cette si chère amie, cette fille aux cheveux blancs et grands yeux chocolats qui avait toujours su me faire sourire, me redonner espoir. Elle avait toujours été là, même dans mes journées les plus sombres et les plus confuses, ces rares jours où je commençais à déprimer, à perdre espoir et à me rendre compte que je n’étais pas comme tous les autres enfants, que je pourrais pas sortir jouer comme eux, ne pourrais pas m’amuser tout à fait, ne pourrait pas échapper à l’emprise qu’avait mon père sur moi ni à la vigilance de mes gardes du corps. Elle était sans aucun doute comme une sœur à mes yeux, une grande sœur, était mon idole, mon exemple, celle en qui je pouvais le plus compter.

Le jour où je suis partie, où je me suis enfuie, où je me suis inscrite à un lycée public dans la ville en allant habitant ailleurs, je lui ai promis de l’appeler tous les jours, lui ais promis de venir de temps en temps. Bien évidement, une fois que je me suis installée dans mon appartement, une fois que j’ai fait la connaissance de Levy, j’ai vite commencé à léguer ces appels dans un second plan, vite commencé à l’oublier, doucement, lentement mais sûrement. Parfois, elle continuait d’appeler, lorsque des occasions spéciales se présentaient- par exemple lorsque j’étais en vacances ou la veille du noël, ou le jour de mon anniversaire, encore- mais je n’arrivais plus à lui répondre. Je n’arrivais plus à décrocher le téléphone, n’arrivait plus à répondre à ses textos pour la simple et bonne raison que je ne voulais plus garder la moindre chose, la moindre personne me rappelant mon ancienne vie, mon ancienne demeure. Donc j’ai coupé les ponds. Et au bout d’un moment, lorsque les semaines et les jours commençaient à s’entasser, elle a arrêté de m’appeler, de faire semblant que tout allait bien et que je restais encore sa meilleure amie.

Quand je pense que cela fait plus de deux ans que nous ne nous sommes revues… cette situation me rend beaucoup trop nostalgique, lyrique, peut-être. Mais j’avais peur de découvrir sa réaction, de revoir son visage. J’étais angoissée à l’idée qu’elle ne puisse pas me reconnaître ou qu’elle soit fâchée contre moi- après tout, je l’ai ignorée pendant deux ans ! Mais je voulais la revoir, voulais sentir encore une fois sa présence et voulais maintenant effacer ces deux années de mes souvenirs- ou plutôt ces dernières semaines ? Je voulais que tout redevienne comme avant, voulais réintégrer ces journées de solitude et de peine, ces journées bien sombres mais pourtant qui étaient percées par quelques rayons du soleil vagabonds.

Donc sans plus attendre, je mis une robe, coiffais tant bien que mal mes cheveux, essayais de me maquiller avant de me démaquiller et de changer d’habits, asseyais de prendre un air assuré et d’effacer ces traits perdu de mon visage, sourit, remit un peu de maquillage, changeais de robe, encore une fois. Ce processus se répéta plusieurs fois, un peu trop, peut-être, mais en voyant que continuer de rester dans cette chambre infantile en train d’essayer des habits qui, tout d’un coup, ne semblaient plus m’aller tout à fait, je sortis et m’enfuis, laissais derrière moi une maison aux allures richissimes, échappais à tous les gardes-du-corps présents, aux serviteurs et enfin, lorsque je finis par me retrouver sur le trottoir gris serpenté par de nombreuses fissures et que les grilles noires qui entouraient ma propriété privée étaient derrière moi, je pus enfin soupirer. Je ne voulais pas me l’avouer, pas encore, mais il fallait que je me rende à l’évidence : cette maison, cette chambre, ces couloirs déserts ou remplis par inconnus n’avait pas du tout changé, n’était pas devenue plus accueillante et je le regrettais, le regrettais tellement. Malgré ces années passées, cette pression omniprésence qui polluait l’air, cette nervosité qui hantait les murs, cette peur constante et terreur absurde étaient toujours là. Et je voulais y échapper, mais ne le voulais pas vraiment. Voulais partir, mais ne le voulais pas. Et je ne savais pas encore pourquoi j’étais aussi indécise; c’était pourtant simple. Je n’avais qu’à rassembler mes bagages et partir, tourner les talons. Rien ne m’y empêchait. Alors pourquoi…ne le pouvais-je pas ?

Je secouais la tête et me forçais à reprendre le chemin, à me marcher dans ce cartier de riches comme si c’était là que je devais me retrouver, comme si je ne me sentais pas du tout mal à l’aise, comme si je maîtrisais la situation alors que la nervosité commençait à créer une boule dans mon estomac. Come si je ne commençais pas du tout à trembler, à hésiter, à devenir perdue et confuse et désemparée à la fois, comme si toutes ces questions incessantes et agaçantes ne commençaient pas du tout à fleurir dans mon cerveau et que je ne me retrouvais paralysée, littéralement, tant je ne savais plus quoi faire. Ne savais plus ce que je devais faire, dire, comment je devais agir lorsque je me retrouverais devant elle. Quoi faire si elle me rejetait ou ne me reconnaissait plus ? Quoi faire si j’avais l’air pathétique, peut-être un peu trop pauvre, devant elle ? Et si elle avait changé ? Et si elle n’était plus la même Yukino que j’avais connu ? Et si….

Je me figeais. M’arrêtais et fixais d’un regard effrayé la maison somptueuse qui se dressait devant moi, avec ses grandes fenêtres et sa clôture haute, ses agents de sécurité qui marchaient, patrouillaient lentement mais prudemment les alentours et qui me scrutèrent avec méfiance.

-Mademoiselle ?, m’interpela un d’entre eux.

-Bon…bonjour, est-ce que mademoiselle Yukino est là ? Parce que je suis une de ses amies…, je pense que nous sommes amies…je…euh…

Voyant que je ne faisais que m’enfoncer encore et encore je décidais de fermer la bouche et de garder le silence, de fixer le garde posté devant moi avec un regard interrogatif, craintif, peut-être. J’aurais tellement voulu tourner les talons et m’enfuir, partir et tout oublier, faire semblant que rien de tout ceci ne s’était passé et que je n’étais pas passée par là, mais je tenais réellement à la revoir. Donc j’ai redressé le dos et je me suis rappelée que je venais d’une famille riche, tout aussi riche que celle de Yukino, voire plus, même. Alors je ne devrais pas me sentir inférieure ou avoir peur; je devrais avoir l’air d’être du même statut social que celui de mon amie.

-Vous êtes ?

-Lucy Heartfilia.

Avec la même prudence, un des gardes porta la main à son oreillette et me tourna le dos, s’éloigna de moi de quelques pas et dit quelque chose, murmura quelques mots tout en hochant la tête, avant de faire volte-face et de me lancer un autre coup d’œil. Bientôt, un majordome apparut, se précipita vers moi et m’ouvrit les grilles, me fit signe de le suivre et se pressa de marcher, de réintégrer la maison.

-Mademoiselle Yukino accepte de vous recevoir dans sa chambre. Venez, je vais vous y conduire.

Je ne pris pas la peine de le remercier et le suivit en silence, me contenant de marcher à travers ses longs couloirs sinueux et toujours aussi silencieux, à croire que ce silence ahurissant et presque irréel ne me quittera jamais, ne quittera pas cette terre, ce monde de sitôt. Alors il faudrait commencer à s’adapter à lui, à l’accepter, n’est-ce pas ?

Le majordome tourna à un couloir, s’éloigna et s’arrêta, frappa doucement à une porte en bois franc, blanche, éclatante, bienveillante.

Respire, tout va bien aller, c’est Yukino, après tout, elle n’a pas changé, elle est sûrement la même, et elle va me reconnaître et on va devenir amies et…

-Entrez !, s’écria une voix forte, claire, mélodieuse et aigüe, une voix qui semblait avoir gardé des tonalités enfantines et joyeuses.

Une voix rassurante.

Je souris.

Le majordome ouvrit la porte, fit une légère révérence avant de s’éclipser, de partir et de me laisser là, seule dans ce couloir orné par de nombreux tableaux sans doute appartenant à des artistes célèbres et qui valaient leur petite fortune.

Une jeune femme se tenait dos à moi, vêtue d’un simple jean rose et un débardeur blanc, une fille qui devait avoir mon âge et qui avait une longue chevelure blonde platine, tellement pâle qu’elle avait l’air d’être d’un blanc éclatant, retenue par un ruban rose pâle. Je fus étonnée de voir à quel point elle ressemblait à Mira de dos, par sa posture élégante, ses bras fins et sa chevelure pâle. Je fus étonnée de froncer les sourcils et d’hésiter avant de finalement me décider à entrer dans la chambre.

La fille se tourna alors enfin vers moi et me gratifia d’un léger sourire.

-Bonjour, Lucy.

Ses prunelles brunes me transpercèrent.

-Alors, comment c’était, chez les pauvres ?





Natsu Dragneel.

Il faut que je lui parle.

Cette unique pensée, cette certitude, cette phrase aux allures si simples prenait des intonations brusques et sévères, un peu trop strictes pour moi. Et pourtant, elle exprimait la vérité, cette unique et seule vérité qui s’était égarée dans mon cœur.

Il fallait que je lui parle, bien évidement, mais comment ?

Voilà une toute autre question, une interrogation qui prenait des allures étranges et incompréhensibles pour moi. Pourquoi je me sentais si nerveux, si hésitant, si prudent lorsque je commençais à songer à elle. Pourquoi moi, le garçon le plus populaire de Fairy Hills, le dragueur, le charmeur, celui que toutes les filles aiment, perdait toute mon assurance lorsque le sujet commençait à tourner autour d’elle, de cette fille, de cette Lucy Heartfilia ? Qu’est-ce qu’elle avait de si spécial ?

Je jurais et fusillais du regard la porte qui se tenait devant moi, comme si elle était l’unique et la seule fautive de l’histoire, comme si tout ceci et cela était par sa faute. Je ne comprenais pas, ne voyais vraiment pas pourquoi j’étais aussi intéressé par elle. Cette fille…c’est à cause d’elle, si j’ai perdu ma réputation ! À cause d’elle si je commençais à me sentir mal, nerveux, si une douleur incompréhensible se répandait dans ma poitrine. De toutes les filles, il a fallu que ce soit elle. Quand il s’agissait de Lucy, je perdais tous mes moyens et devenais étrange, et surtout, je commençais à devenir obsédé, ne voyais plus qu’elle, ne songeais plus qu’à elle. Pourquoi ?

J’attrapais un manteau et ouvris la porte. Malgré toutes mes réticences et mes hésitations, malgré toutes ces questions qui me faisaient tourner la tête, je devais lui faire des explications, devais lui dire ce qu’il s’était passé, devait lui dire à quel point j’étais désolé même si ces excuses semblaient fausses et creuses. Parce que non, je n’avais pas des regrets. Pas du tout, même. Comment aurais-je pu me sentir coupable de l’avoir embrassée, de l’avoir touchée ? Cette question, cette probabilité était tellement ridicule que je me sentis amusé, pendant quelques instants. Je souris et continuais de marcher, en songeant encore à ces instants, à ces minutes passées en sa compagnie, à la douceur de ses lèvres et de sa peau, à quel point je me suis senti enflammé, déterminé, attiré.

Non, décidément, parmi toutes les choses que j’ai faites, parmi toutes mes erreurs, celle-ci était de loin celle que je préférais le plus.