Fermons les yeux et oublions le lendemain...laissons nous aller pour quelques instants.

par The-Nalu-chan

 Chapitre 15



La bouche obéit mal lorsque le cœur murmure.

-Voltaire



Natsu nous regarde, moi et Loki, les sourcils froncés, une main tendue en ma direction. Il semble dire quelque chose mais je ne saisis pas quoi, pas tout de suite; je suis bien trop focalisée sur sa chemise entrouverte, entrouverte sur un torse que je devine magnifiquement bien sculpté. ‘’Il doit s’entraîner souvent pour avoir un corps pareil..’’, je songe, ne pouvant détourner le regard. 
 
  
 -Lucy, qu'est-ce que tu fais?, demande-t-il lorsque je me lève et j'avance dans sa direction, les bras tendus devant moi comme si je m'apprêtais à lui sauter dessus, un sourire sur les lèvres.
 
 Je titube, tombe, me retrouve tout à coup par terre sans savoir pourquoi. Je fronce les sourcils en me rendant compte que le sol tangue toujours autant, bouge toujours aussi indéfiniment, comme si nous étions sur un bateau égaré qui nous conduisait vers une île lointaine, une île invisible aux yeux des autres, cachée dans le centre d’un Océan quelconque. Je tente de me lever, saisis la main tendue en ma direction et arrive enfin à me mettre debout, sous les regards inquiets de Natsu et de Loki, l’un pinçant les lèvres et l’autre plissant légèrement les yeux.
 
   -Quoi?, je glousse, soudainement intimidée, en massant mon genou. Je suis tombée...ça arrive...arrêtez de me regarder, c'est bizarre!


    Je ris doucement.


   -Ce n'est pas de ma faute si le sol tangue! Au fait, pourquoi personne ne m'a dit que nous sommes sur un bateau? Ce n'est vraiment pas sympa de votre part!

   -Lucy...de quoi tu parles?, demanda Natsu, sans doute gêné, passant une main dans ses cheveux roses et en détournant le regard.
 
   J'entendis le rire étouffé de Loki dans mon dos.
 
   -
Haha, Lucy, tu es allée peut-être un peu trop fort!, rigola-t-il.
   
-Pff! Je n'ai bu que huit verres! Ce n'est pas beaucoup, huit!, m'exclamais-je en me tournant vers ce dernier, ignorant le regard ennuyé de Natsu.
    -
Je te rappelle que ton huitième n'a pas encore été bu!, rétorqua Loki.

 
  Saisissant mon verre, je m'apprêtais à le porter à mes lèvres, à sentir le liquide âpre descendre dans ma gorge et incendier mon ventre, m'apprêtais à sentir cette sensation de bonheur qui m'était désormais familière, m’attendis à ce qu’une chaleur  bienfaisante naisse au creux de mon cœur alors que je commencerais à perdre petit à petit encore plus la tête, alors que je ne serais plus maîtresse de mon corps et de mon esprit et que je m’enfoncerais encore plus dans les vapes. 
 
   Mais c'était ça, que je voulais; oublier qui j'étais et ce que je faisais, m'amuser comme une adolescente normale, être, pendant une soirée quelqu'un d'autre.
 
   Mes dents se cognèrent contre le verre et je me sentis sourire, savourant déjà le goût de l'alcool quand tout à coup, il disparût, me fut enlevé, ma source de bonheur me fut arrachée sans la moindre délicatesse, rudement, avec sauvagerie.
 
   Levant la tête avec colère, je me tournais vers Natsu et le fusillais du regard, m'approchant de lui afin de lui reprendre mon verre et de lui crier quelque chose, de le gifler peut-être avant de le laisser en plan et de partir avec Loki.
 
   -
C'est toi qui lui as donné ça?, demanda-t-il en dévisageant le rouquin avec méfiance et dégoût, une colère froide se reflétant dans ses yeux verts.
 
   Ce dernier se contenta d’hausser les épaules, de sourire malgré la tension qui était plus forte que jamais et qui commençait à nous oppresser, une tension étrange qui éloignait les deux garçons, les faisaient se regarder avec méfiance, une tension si grande que tout ce que je pus faire c'est de rire nerveusement en regardant autour de moi afin de trouver une échappatoire, échapper à toute cette rivalité étouffante.
 
   Je vis Levy partir avec Gajil et me demandais ce qu'il se passerait si j'allais la rejoindre.
 
   -
C'est quoi ton problème?, lança Natsu en tremblant légèrement, serrant la mâchoire et les poings comme s'il allait se jeter sur Loki et qu’il commencera le frapper sans aucune retenue, oubliant qu’il était humain, oubliant ce qu’il faisait et oubliant que j’étais là. 
   -
Quoi? Lucy avait besoin de ces verres. Elle en avait besoin. À cause de toi, toi et ton immaturité, toi et ton stupide jeu avec les filles. Elle voulait t'oublier, avoir un peu de repos. Être heureuse pendant une soirée. Je n'ai fait que répondre à ses besoins, répondit Loki calmement, doucement, lentement, mesurant ses paroles, beaucoup trop sérieux pour quelqu'un ayant bu dix verres d'un alcool dont j'ignorais le nom.
 
   Natsu grogna alors qu'il détourna le regard.
 
   -
Viens Lucy, on s'en va, dit-il en prenant ma main,, n’ayant rien d’autre à ajouter parce qu’il se rendait compte que Loki avait raison, préférant m'entraîner derrière lui à travers le bar comme une vulgaire poupée de chiffon tout simplement parce qu’il ne savait pas quoi faire d’autre à part fuir, partir, indifférent à la foule d'élèves qui nous fixaient, curieux ou simplement étonnés de voir le roi de la soirée quitter les lieux plutôt que prévu.
   -
Tu n'es qu'un lâche, Natsu Dragneel! Un lâche qui préfère se cacher plutôt que d'affronter ses problèmes parce que tu n'es pas assez fort pour ça. Tu préfères courir, fuir. Mais un jour ça ne marchera plus comme ça. Un jour tu devras assumer tes responsabilités pour tous ces cœurs brisés que tu as abandonnés derrière toi!, cria Loki derrière nous, sa voix se perdant dans les conversations, dans les bribes de voix perdues dans cette salle sombre, se perdant dans l’air frais de la nuit tombante qui entra dans le bar lorsque nous sortîmes.

 
   Je me retournais et fixais mon potentiel nouvel ami une dernière fois avant que les portes ne se ferment derrière nous dans un craquement, un son sinistre, un grincement.
 
   Une fois dehors, Natsu continua sa course à travers la ville, continua de marcher rapidement et péniblement, insensible à mes pieds qui commençaient à me faire mal, à un subit mal au cœur qui fit trembler mon corps. Je serrais les dents lorsque sa poigne se fit plus forte, serrais les dents lorsque ma tête commençait à me faire mal, les effets négatifs de l'alcool commençant à s'éprendre de mon esprit, ne m’offrant plus de cadeaux. Clignant des yeux, je trébuchais une nouvelle fois et ce fut la goutte d'eau de trop; j'en avais marre de le laisser faire.
 
   -
Lâche-moi!!!!!!!, criais-je, hurlais-je, tirant sur ma main afin de me libérer, furieuse d'avoir été traitée ainsi.C'est quoi ton problème!! Lâche-moi, bon sang! Je ne suis pas un jouet!
 
  Étonné, il se retourna et cligna des yeux, me fixant avec un regard interrogateur avant de regarder nos mains jointes, étonné, comme s'il ne se rendait pas compte qu'il me tenait jusqu'à maintenant, me lâchant par la suite brusquement, subitement, comme si ma peau l'avait brûlé. Je grimaçais lorsqu'il me tourna de nouveau le dos et continua de marcher, lançant un bref ''suis-moi'' sec, dur, bien trop impoli pour que je lui obéisse.
 
  -
Non mais! Je sais que tu es un beau gosse, mais il ne faut pas que la popularité te monte trop à la tête, hein! Je ne suis pas une de ces p*tes qui te suivront toujours sans se poser des questions!, lui criais-je, lançant à son dos raide ces quelques mots avant de me détourner à mon tour et de prendre la direction opposée, bien trop en colère ou soûle ou étourdie pour comprendre réellement où j'étais.
  -
Attends, murmura la voix de Natsu au creux de mon oreille alors qu'il prit de nouveau ma main et me força à m'arrêter, m'ayant rattrapé bien plus vite que prévu. Je suis déso...euh...enfin, tu n'es plus toi-même, Lucy! Tu ne sais même pas que ta maison est du côté opposé!
  -
Lâche-moi!, rétorquais-je, faisant la sourde oreille, bien trop furieuse ou confuse pour l’écouter.
 
  Je tirais sur ma main, tirais encore et encore, en vain.
 
  -
Je n'ai pas besoin de toi!, lui dis-je faisant de nouveau une grimace lorsque mon mal de tête revint. Je n'ai pas besoin de toi, tu m'entends?! Après tout ce que tu m'as fait subir, tout ce que j'ai du endurer, tu crois que je vais encore te suivre comme ça, sans rien dire, sans questions, sans colère, sans larmes, sans sentiments? Tu m'as brisé le cœur et tu devras payer pour ça!
 
  Je lui fis face, le regardais, soutint son regard vert étrangement lumineux alors que nous étions en plein milieu du trottoir et que le noir nous entourait, si lumineux qu'il pouvait rivaliser avec la lune et ses innombrables étoiles, bien trop lumineux pour que je puisse retourner le regard, partir, le quitter, m’éloigner, ne pouvant plus bouger comme s’il m’avait hypnotisée.



Je fus étonnée de voir mon visage se refléter dans ses prunelles, mes joues rouges et mes sourcils froncés, des larmes coulant sur ma peau alors que mes yeux lançaient des éclairs. Je vis mes cheveux ébouriffés se refléter dans son regard, ce regard si fascinant qu'il arrivait à me faire tout oublier, à me faire perdre mes moyens, à me faire oublier ces mots qui étaient de trop en ce moment-là. Intimidée, je détournais enfin le regard mais revint sur son visage, ne pouvant l’ignorer bien longtemps. Je le fixais donc encore, attirée par lui comme s'il s'agissait d'un aimant, attirée par un fil invisible que j’aurais bien aimé couper, attirée par ce garçon que je prétendais détester, ce garçon avec qui je ne faisais que lutter, lutter encore et encore avec mes sentiments contradictoires à son égard. Ce garçon qui semblait terrifié et inquiet à la fois, me fixant en cet instant précis comme si j’étais la plus belle chose qu’il ait jamais vue et qu’il avait peur, si peur de me perdre. Il me regarda de cette manière si particulière, si spéciale, me faisant croire que j’étais quelqu’un d’autre, une personne unique, désirable, bien plus admirée que j’aurais pu le penser. Je fis un pas en avant et le réalisais enfin; je le voulais, voulais qu’il me regarde encore de cette manière, voulais qu’il se rende compte à quel point je l’aimais et qu’on pourrait tellement simplifier les choses si seulement nous prenions le temps de réfléchir, le voulais parce que je ne cesserais jamais de l’aimer et que j’en avais assez de souffrir autant.

 
  Et c'était ça, le pire. C'était ça, la pire malédiction qui aurait pu me tomber dessus. C'était ça, mon pire châtiment; le fait de désirer un garçon qui ne m'aimera sans doute jamais, aimer un menteur doublé d’un dragueur, ce même garçon qui sort avec ma sœur. Aimer, tout simplement, continuer d'aimer alors que cet amour me fait souffrir, continuer d'admirer alors que je sais que c'est une torture, continuer de le regarder malgré le fait que je suis assise dans l'ombre, éternellement liée à lui, m’obligeant à assister à ses conquêtes en ignorant mon cœur qui ne fait que se briser, éclater en moreaux, se réduire en cendres tout doucement, lentement.  Je sais, ou plutôt, une partie de moi sait à quel point c'est mal, que je devrais lutter un peu plus, que je ne devrais pas continuer de m'attacher parce que ces liens finiront surement par être coupés; et pourtant, je ne peux m'empêcher de faire encore un pas en avant, un pas de trop, m'approcher de lui afin de réduire à néant l'espace entre nous, ayant un subit besoin de poser mes lèvres sur les siennes, de le serrer entre mes bras et de m'autoriser à l'aimer, juste une nuit, juste cette fois, m’autoriser à être heureuse parce que j’ai bien trop souffert, m’autoriser à rêver à ce qu’il réponde à ce baiser, oublier qu’un lendemain s’en vient et que je finirais sûrement par le regretter. Je voulais lui dire que je ne lui en veux pas alors que c'était faux, lui avouer que je l'aimais et que je me détestais pour cela, finir par lui chuchoter un désir que je n’aurais jamais avoué si je n’étais pas aussi excitée, tellement que je ne voyais plus ce qu’il se passait autour de moi.
 
  Je m'avançai vers lui, mes mains allant se placer derrière son cou, pressant mon corps contre le sien tandis que j’approchais mon visage; je lui dirais tout cela après...pour l'instant les mots étaient de trop pour nous, trop dans ce petit espace qui divisait nos corps, trop pour nos lèvres qui étaient si proches, ne souhaitant pas que ces mots viennent s’interposer entre nous et gâchent ce moment.

 
   Juste une fois, me promis-je alors que mes lèvres effleurent les siennes, que nos souffles se mélangent et que mon cœur accéléra sa cadence, dansant de plus en plus vite dans ma poitrine, heureux ou coupable ou excité; je ne saurais choisir.
 
  Tout à coup, il me repousse, violemment, brusquement. Ses yeux se font fuyants tandis qu'il murmure quelque chose, quelque chose que je ne comprends pas, que je ne saisis pas, que je ne vois pas. Une question muette se fige sur mes lèvres alors que mon regard se trouble et que je trébuche encore une fois en essayant de reculer. Je soupire, baisse la tête, honteuse. J'attends qu'il se détourne et qu'il recommence à marcher pour le suivre, pour pincer les lèvres et fixer avec rage mes pieds, ne comprenant toujours pas pourquoi il m'avait repoussée. Je m'interroge encore, encore et encore, ferme les yeux une fois tandis qu'une voiture  passe à côté de nous, mes doigts jouant avec l'ourlet de ma robe alors que finalement, il s'arrête et se tourne de nouveau vers moi, les yeux toujours aussi lumineux, aussi magnifiquement fascinants, si chaleureux et distants à la fois.
 
  -
On est arrivés, dit-il en montrant d'un geste vague mon immeuble silencieux, vide, froid.
 
  J'acquiesce.
 
  -
Je vais y aller.
 
  Marchant vers les escaliers, je monte une marche et manque de tomber, me rendant compte que mes escarpins sont bien trop hauts pour que je puisse marcher correctement. Monter ce grand escalier me semble être un vrai défi, un défi que je suis obligée d’accepter parce que je dois rentrer, retourner chez moi et ramasser les morceaux incollables de mon cœur, sourire et m’endormir en me disant que demain, une autre journée commencera et que tout ira pour le mieux, même si mon cœur me crie de retourner et d’embrasser Natsu parce que je sais que d’autres occasions ne se représenterons plus. J’hésitais, sentant qu’il était toujours là et pendant quelques secondes je voulus me retourner et regarder l’expression qu’il était en train d’aborder à cet instant précis, mais mon corps refusa de le faire, mes mains s’agrippant à la rampe de toutes leur forces et mes pieds s’apprêtèrent à monter une autre marche alors que je maudissais celui ou celle qui m'avait donné ces chaussures, maudissais l'alcool qui me donnait de plus en plus mal au crâne, mélangeait toutes mes pensées, me faisait perdre la tête un peu...trop. Je soupirai lorsque je montai une autre marche. Encore environ une dizaine m'attendaient...
 
  -
Laisse-moi t'aider, finit par proposer Natsu, brisant le silence de la nuit, brisant ma solitude, s’approchant de moi à grandes enjambées, réduisant à néant ma maîtrise de moi-même alors que je sentis son torse se coller à mon dos et qu'il saisit mon bras en le mettant autour de mon cou, une main venant agripper mes jambes tandis que l'autre entourait ma taille, me soulevant, me portant.
 
  Je me sentis rougir et m'apprêtais à riposter, à lui lancer quelque chose de sanglant, de méchant, lui dire quelque chose que je ne pensais pas vraiment mais mes mots restèrent coincés dans ma bouche, quelque part enfouis dans ma gorge; sans doute sont-ils restés prisonniers avec mon souffle au fond de mes poumons, me privant de cet oxygène si précieux et de ces phrases si inutiles.


  Natsu fronça encore les sourcils et refusa toujours de me regarder, de me parler, concentré sur les marches qu'il montait, quelques mèches venant tomber devant ses yeux. Tendant la main, je les écartais, effleurant son front, sa peau du bout de mes doigts, ignorant mes poumons qui commençaient à demander, à réclamer de l'oxygène en hurlant. Il se figea, ses lèvres tremblèrent tandis que doucement, lentement, il se tourna vers moi et accepta enfin de poser son regard sur moi, un regard effrayé, comme si j'étais son pire cauchemar, un fantôme qui le hante, une torture. Il entrouvrit les lèvres et sembla se pencher légèrement vers moi avant qu’il ne détourne encore la tête, respirant de plus en plus vite.
 
  -
On...on est arrivé, fit-il en me reposant au sol, pressé de partir et de se détourner, de m'oublier, de se cacher, lui et ses sentiments, de prétendre que je n’existais pas alors qu’il était évident qu’à ce moment-là j’étais celle qui préoccupait son esprit. 
  -
Attends!, m'entendis-je appeler alors que ma main vint attraper son bras et le tirer en arrière, l’empêchant de partir. Ne pars pas. S'il-te-plaît.
 
  Il se figea, se raidit, ses muscles se contractèrent alors qu'il dit, d'une voix étouffée :
 
  -
Lucy, il faut que j'y aille...tu n'es pas dans ton état normal...et je ne peux pas...profiter de ça. Je ne veux pas…enfin…
 
   Je refusais de le laisser m’échapper aussi facilement, m'agrippant à son bras et le serrais contre moi. Je ne voulais pas le laisser s'en aller et faire semblant qu'il n'a pas de sentiments pour moi, refusais de le laisser me quitter ainsi, disparaître encore une fois de mon existence, se volatiliser sans que je ne puisse le retenir. Refusais de le regarder encore une fois avec ma sœur ou une autre petite copine. Je refusais, refusais, 
refusais! Étais-ce mal de vouloir être heureuse pendant quelques heures? Étais-ce si mal de vouloir qu'il m'aime, de vouloir qu'il me regarde, moi et rien que moi, de vouloir l'entendre prononcer mon nom comme il avait l'habitude de le faire avant, voir ses yeux s’attarder sur mes lèvres alors qu’un sourire fugace illuminerai son visage? Étais-ce mal de le vouloir, lui et lui seul, de vouloir qu'il m'embrasse sans retenue, de vouloir le serrer contre moi et de l'aimer comme je ne l'ai jamais aimé?
 
   Oui, sans doute.
 
   Mais ce soir-là, je m'en fichais royalement.
 
   Tout ce que je voulais, c'est qu'il soit avec moi.
 
   -
L...Lucy, tu ne sais plus ce que tu veux..., protesta-t-il platement.
   -
Natsu...ne pars pas...je...je t'aime!, murmurais-je si bas que je doutais qu'il m'ait réellement entendue, laissant échapper ses mots sans me rendre compte, les laissant franchir la barrière de mes lèvres pour aller se percuter contre les murs, se faire entendre tel un chuchotement coupable, un chuchotement inaudible.
 
   «
Tu es bête ou quoi?», grinça une petite voix dans ma tête alors que je me rendis compte de ce que je venais de dire, me giflant mentalement, m'en voulant d'être si faible, bien trop faible pour garder ce genre de sentiments pour moi.
 
   Il se retourna rapidement, trop rapidement pour que je le réalise, bien trop vite pour que je me rende compte que tout ça n'était pas correct, pour que je me dise que je n'étais pas prête pour ce qui allait suivre, pour que j'ai le temps d'être moi-même quelques secondes afin de le repousser. Ses mains vinrent se placer sur mes hanches, m'attirant vers lui, ses lèvres venant effleurer les miennes alors qu'il demanda, lentement, son souffle caressant ma joue:
 
   -Donne-moi les clés...
 
   Je lui tendis mon sac à mains inconsciemment, fébrilement, rapidement.
 
   «Ça 
va trop vite, trop vite, trop vite! Tu le regretteras, ma veille!», cria, ou plutôt hurla ma petite voix intérieure, amèrement.
 
   Il était un peu trop tard pour reculer.
 
   Se détachant de moi, il ouvrit la porte de mon appartement, attendant que j'y entre pour la refermer derrière nous.
 
   -
Ce n'est pas une bonne idée...!, protesta-t-il une dernière fois tandis qu'il laissa tomber le sac à main et me pris de nouveau dans ses bras, me serrant encore plus fort, les yeux fermés, son souffle se faisant plus rapide alors qu'il posa ses lèvres sur la peau de mon cou, ignorant les frissons qui me parcourraient et les tremblements frénétiques de mes jambes, ignorant mon petit cœur qui battait si vite qu'il me fit mal, ignorant mes mains qui ne savaient plus quoi faire, allant s’enrouler autour de son cou, hésitantes.
 
   «
REPOUSSE-LE!», continua d'hurler ma petite voix.
 
   Je la fis taire.
 
   C'était trop tard.

-Tant pis!, m'entendis soupirer avant de chercher ses lèvres et de l'embrasser enfin.
 
   
Trop tard.