"On recommence tout."

par Nashio


Douzième chapitre ;



_ Bon, on a le choix de toute façon. C'est quoi l'mieux à ton avis ?


La personne à qui le jeune homme brun s'adressait ne lui jeta pas un regard, et ne lui répondit pas. Elle ne devait même pas avoir entendu ce qu'il lui avait demandée. Ses yeux, perdus dans le vague, fixaient un point invisible sur la petite table basse en face d'eux. Soupirant, le garçon se leva finalement, avant de revenir quelques secondes plus tard avec deux bières décapsulées.


_ Prend ça. T'as pas l'air bien motivée.


Relevant finalement les yeux vers le brun, elle le remercia rapidement avant de s'excuser de la même façon.


_ S'cuse moi. J'me suis engueulée avec Rogue.


_ Oui, je sais. Mais c'est sur que s'tu déprimes ça va pas s'arranger hein.


Elle se releva rapidement du sofa sur lequel ils étaient assis pour l'empoigner rageusement et lui hurler à la figure.


_ Et tu veux que je fasse quoi putain ? Toi t'en a rien à branler, vu que t'en à rien à foutre des autres. Tu sais pas ce que c'est que de se faire recaler comme je l'ai été. T'as jamais aimé sincèrement toi. Tu connais pas l'amour, t'es seul, tu l'as toujours été bordel ! Comment tu peux dire des trucs comme ça, tu sais pas de quoi tu parles.


_ Parce que tu crois que tu sais de quoi t'es en train de parler ? Parce que tu me connais peut-être ? Tu connais mon nom et mon cousin. Tu sais rien de moi. Tu sais rien de ma vie, de mon passé. J'sais parfaitement de quoi je parle. La preuve est que tout ce que tu dis sur moi est faux. Totalement faux.


Il avait dit cela d'un ton parfaitement calme, contrairement à la jeune fille qui lui avait presque craché au visage. Peut-être que Rogue lui avait-il expliqué la raison de son rejet. Le brun l'ignorait totalement, son cousin n'ayant pas repris contact avec lui depuis leur rencontre il y avait cinq jours de cela. De toute manière, le plus âgé n'avait aucunement l'envie de le voir ni de l'entendre. Il était vraiment très énervé contre lui. A la vue de sa voisine de classe, il eut envie de lui expliquer. De lui dire à quel point c'était un salopard. Un enfoiré de première. Mais cela arrangerait les affaires de son cousin. Il n'aurait pas à s'expliquer face à elle. Il n'aurait qu'à se tirer et ne jamais revenir, comme il l'avait déjà fait tant de fois. Perdu dans ses réflexions, il ne remarqua pas que la fille l'avait lâché et le fixait avec incertitude. Gajeel Redfox n'avait-il pas tenter de lui remonter le moral, en lui apportant une bière fraîche ? La réponse était négative. Il avait fait cela dans son propre intérêt pour qu'elle se mette à bosser, elle aussi, pour qu'il ait une meilleure note au projet. Mais elle voulait y croire. Elle voulait croire que quelqu'un se souciait réellement d'elle. Que ce n'était pas simplement de l'inquiétude hypocrite pour paraître une "bonne personne" ou encore un "bon ami". Non, elle voulait que quelqu'un soit honnête de cette façon, même si c'était lui. Lorsqu'elle avait appelé sa meilleure amie, la plus apte à la réconforter, cette dernière au bout de quelques minutes l'avait laissée en plan, ayant pour motif "désolée mais je suis devant l'appartement de mon copain, je suis trop impatiente de le voir ! Je te rappelle plus tard, ok ?". Elle ne l'avait jamais rappelée. Ni même envoyé un message. Rien. Pas le moindre signe d'inquiétude. Même lorsqu'elle l'avait vue au lycée, elle avait agit comme si de rien n'était. Alors elle avait perdu espoir, personne ne serait là pour elle, personne ne serait là pour l'écouter, l'aider, lui remonter le moral. Personne. Et elle voulait y croire, que ce garçon avait essayé de la remettre d'aplomb, même si lui ne pensait pas ainsi. Et tombant à genoux près de lui, elle pleura. Elle relâcha la pression qu'elle avait ressentit jusque là, sa tristesse. Celle de l'homme qu'elle aimait la rejetant de la sorte. Ne lui donnant finalement plus la moindre nouvelle depuis. Oh, cela ne faisait que quatre jours. Mais lorsqu'on est amoureuse, complètement et irrévocablement amoureuse, quatre jours se présentent comme une éternité à vos yeux. Et elle se sentait honteuse face au calme olympique du garçon avec qui elle était. Il avait su garder son calme lui. Elle, lui avait hurlé dessus, et sans plus de raison que cela, au final. Il lui avait donné un conseil, qui s'averrait être vrai en plus. Mais déjà là, elle se sentait pitoyable d'avoir à entendre une telle chose d'un inconnu, du cousin de l'homme l'ayant repoussée. Elle se complaisait dans son malheur, en réalité. Elle attendait, désespérément que quelqu'un vienne lui parler, lui demander "Tu vas bien, Levy ?" ou "Il y a un problème ?". Et le fait qu'il lui dise de ne pas déprimer lui avait rappelé à quel point elle était pitoyable de vouloir donner cette image, ce statut de "déprimée" pour que les gens s'intéressent à elle. Elle avait honte, sachant pertinemment que c'était la pire façon pour se remettre d'un rejet ou même de se faire des amis ou confidents. Voilà pourquoi elle lui avait craché au visage toutes ces choses détestables. Alors que tout le monde était heureux autour d'elle, Levy se sentait seule, elle souffrait et attendait, en silence, que quelqu'un vienne l'arracher à cette tristesse. Elle avait attendu Lucy. Ou Mira, voir Lisanna. Peut-être même Natsu, qui s'était toujours confié à elle. Mais personne n'avait comprit sa détresse. Personne sauf lui, mais son cousin avait du lui expliquer, donc rien de plus normal. Au final, personne ne se souciait réellement d'elle, la pauvre idiote qui préfère dessiner plutôt que de faire les boutiques ou sortir avec des garçons. Elle qui choisissait un bon livre à un karaoké. Elle qui repoussait tout le monde, répondait aux professeurs, avait de sales notes. La cancre. Mais elle voulait croire que lui au moins avait voulu l'aider.


Sentant une main se poser sur sa tête, la plus jeune releva les yeux, croisant le regard froid de son camarade. Froid, dur, puissant et effrayant. Tout cela le définissait parfaitement, cet homme. Il la regardait sans amabilité, sans bienveillance, sans pitié. Il la regardait comme un être parmi tant d'autres, sans intérêt ni importance. Comme un insecte. Mais elle voulait quand même s'y raccrocher, la pauvre. Elle le voulait. Alors, elle cessa de pleurer, elle se releva et le regarda droit dans les yeux. Sans un mot, elle se rassit, prit son crayon et attrapa la feuille sur laquelle de nombreuses idées étaient marquées avant de la déchirer et d'en sortir une nouvelle.


_ On recommence tout.


Oui. Tout allait recommencer. Absolument tout.



~


Face à lui se tenait un homme aux cheveux blonds ou châtains, voir même légèrement roux et à la peau claire. Ses yeux bruns le fixaient, tandis que ses lèvres bougeaient dans le but de lui poser des questions qu'il ne semblait pas entendre. Cela faisait trois jours qu'il le voyait. Qu'il revenait jour après jour, à la même horaire. Le but était de parler de ses problèmes à la base. Puis peu à peu, il parlait de lui-même. Et peu à peu, il voulait en savoir plus, mais sur lui. Cet homme habillé d'un jean bleu marine accompagné d'une chemise blanche et de chaussures blanches également. Cet homme qui l'écoutait, qui savait désormais chacun de ses secrets, tout.


_ Monsieur Cheney ?


Il sursauta légèrement avant de se rendre compte qu'il n'avait rien écouté. Il bafouilla une petite excuse.


_ Ce n'est rien. Après tout, lorsque nous rêvons, nous entrons dans un monde qui n'appartient qu'à nous.


Toujours de belles phrases philosophiques, accompagnées d'un magnifique sourire.


_ Appelez-moi Rogue. Et tutoyez-moi.


Arquant un sourcil, l'homme face à lui acquiesça d'un signe de tête. "Il doit avoir la trentaine. Trente-trois ans tout au plus." Et lui, tout jeune, n'avait que dix-huit ans. Pourtant, il sentait qu'une amitié serait possible entre eux. "N'est-ce pas, Hibiki ?"


_ Vous disiez donc ?


Une amitié ? Non. Mais autre chose.



~



Une femme pénétra dans l'établissement. Les cours ayant déjà commencés, elle ne croisa personne sur son chemin. Avançant dans les couloirs vides, gravissant quelques escaliers de façon monotone, elle arriva devant une grande porte. Frappant assez fort pour être entendue, elle attendit quelques secondes. La porte s'ouvrit par un -tout- petit homme qui déjà lui tourna le dos pour s'installer sur son fauteuil.


_ Monsieur le directeur.


Son ton n'était pas amical, mais pas méchant non plus. Juste d'une arrogance non-dissimulée. Devant l'absence de réponse du vieil homme, elle continua.


_ Est-ce vraiment une façon d'accueillir une ancienne élève ?


Railleuse.


_ Peu importe, je veux inscrire quelqu'un ici. A ce lycée.


Joueuse.


_ Et qui donc ?


Souriante.


_ Ce gamin.


En jetant un gros dossier sur le bureau du directeur, elle s'assit bien confortablement dans le fauteuil de velours en face de lui. Le vieil homme la jaugeant du regard l'attrapa, tournant les feuilles unes à unes. Sans rien laisser paraître sur son visage ridé, il plongea son regard dans le sien.


_ Qui est-ce ? Pourquoi en plein milieu d'année ? Et pourquoi est-ce toi qui t'en occupe plutôt que ses parents ?


_ Son nom est bien inscrit sur la première page il me semble. Parce qu'il a quitté l'école il y a un an, et commence à comprendre que ce n'est pas une si bonne idée que cela. Il ne côtoie pas de gens de son âge. Et ses parents sont décédés depuis bien longtemps ! Il est passé dans une famille d'accueille avec un de tes élèves. Mais ils sont morts, alors mon père l'a prit sous son aile. Il n'a pas le temps de s'en occuper, alors je suis sa tutrice légale depuis que je suis majeure.


Tout collait au dossier. Soupirant, il le rangea dans un tiroir du bureau. Il ne pouvait pas rejeter la demande d'entrée, il est obligé. La loi l'oblige.


_ Et j'aurais une dernière demande. Il connait une jeune fille d'ici, une certaine... Laby ? Non, Lugy ? Ah, oui. Levy. Levy Mc-jenesaisquoi. Elle a son âge et est en première. Si tu pouvais les mettre dans la même classe, je te prie. Sur ce, j'ai du travail. Je te laisse tout ça, appelle-moi si tu as besoin d'informations en plus ou s'il manque quelque chose au dossier. A très bientôt Makarov.


Quittant la pièce en faisant claquer ses talons, elle ne lui jeta pas le moindre regard.



~



En cours de mathématiques ce jour-là, il y avait un contrôle. Enfin, une interrogation surprise plus exactement. Et pendant que tout le monde grattait le papier avec son stylo-plume, deux élèves prenaient leur temps, l'air enjoué. Leur attitude était déjà étrange, mais le fait que ce soient ces deux-là l'était encore plus. D'abord Levy McGarden. Elle qui était la dernière de la classe en la matière paraissait sereine et de bonne humeur. Et Gajeel Redfox. Lui qui avait toujours la même mine renfrognée souriait. Chacun avait laissé l'interrogation -totalement finie ou même pas commencée- sur le côté de la table pour écrire sur une feuille vierge n'ayant pas le moindre rapport avec des équation. L'un notait des idées assez floues, et l'autre tentait de se familiariser avec le dessin de créatures imaginaires. C'était le piercé qui écrivait. Et la bleutée qui crayonnait. Et ce fut le premier qui se leva d'un bond.


_ Je sais ! Bordel, j'ai trouvé !


Il avait dit ça de sa voix forte, faisant sursauter tout le monde dans la salle de classe. Le professeur lui jeta un regard lui ordonnant de s'asseoir. Qu'il ignora totalement, bien sur. Il s'était tourné vers sa voisine de classe qui le regardait à présent avec un énorme sourire, se demandant bien ce qu'il avait trouvé comme idée. Après tout, chacune de ses suppositions impressionnait la jeune fille, qui n'aurait jamais pensé à de telles choses. Mais si il était aussi motivé, c'était que son idée devait être géniale. "Vivement la fin du cours !" Il se rassit, fier de lui, tandis qu'elle, se demandait bien ce qu'il avait pu trouver pouvant le mettre de pareille humeur. Depuis son coup de gueule de la veille chez Gajeel, elle avait reprit du poil de la bête et était plus que motivée. Elle s'entraînait sans cesse, avait investit dans de nombreux romans de fantasy comme les classiques de J.R.R TOLKIEN, certains livres de la grande collection de Warhammer, la collection des "mondes émergés ou encore la série "Sorceleur". D'ailleurs, elle n'aurait jamais imaginé qu'elle pourrait autant accrocher à cette lecture. Gajeel et elle s'étaient clairement dirigés vers un univers fantastique mais pas dans le vampirisme ou la zombification. Vraiment les créatures telles que les Nymphes, Fées, Elfes, Dragons et autres. Et cela les passionnait autant l'un que l'autre. Avec cet intérêt nouveau, elle en avait fini par ne plus penser à Rogue. Elle n'attendait plus son appel, ou même un message. Elle n'attendait plus rien de sa part, elle ne voulait plus y penser. Divaguant dans ses pensées pour trouver la source de la bonne humeur du brun, elle ne vit pas le temps passer et sursauta en entendant la sonnerie stridente. Elle se leva rapidement pour rendre sa copie vierge au professeur et retourner à sa place pour prendre son sac et attendre Gajeel dans le couloir. En le voyant arriver, elle se jeta presque sur lui et l'assailli de différentes questions. Il lui sourit simplement, ce qui la surprit un peu, peu habituée à le voir d'aussi bonne humeur.


_ Mais dis-moi enfin !


_ T'es chiante la naine, tu sais ?


Il n'avait pas été méchant, même s'il avait tenté de l'être. Ne tenant plus -lui aussi était impatient de lui révéler le fruit de ses recherches- il commença.


_ Bon, ok. On a bien le choix total de la forme du boulot ? Et on doit être surprenants n'est-ce pas ?


_ Oui ! Maintenant dis-moi !


_ Tout l'monde va s'orienter sur un objet, un tableau, un dessin ou une photo. Mais nous on va faire les
choses en grandeur nature.


Elle le regarda, incrédule.


_ Pas compris ? Bah, l'idée ce serait de faire genre... Aménager une maison ? En faire un truc dans le thème. Tu vois ?


_ Hum, ouais, vite-fais. J'ai du mal à imaginer. Et puis une maison, c'est pas tip-top comme idée.


_ C'était un exemple, j'imaginais plutôt une forêt.


_ Hein ?



~


Émergeant doucement, la jeune fille repoussa en arrière ses parfaits cheveux dorés. Elle avait été réveillée par une voix. Et pas n'importe laquelle, celle de son petit-ami. C'était officiel entre-eux à présent, ils ne se voyaient plus uniquement que pour le sexe, mais avant tout pour voir l'autre. Du moins, c'était ce qu'elle croyait. S'appuyant sur ses coudes, elle jeta un coup d'œil rapide à la pièce. Parfaitement rangée, comme toujours. Tout était toujours parfait avec lui. Se levant finalement, totalement nue, elle ne prit pas le temps de retrouver ses sous-vêtements qui devient avoir volés un peu n'importe où dans l'appartement. Elle se dirigea vers la cuisine d'où semblait venir la voix. En apercevant bien les cheveux argentés dressés en pics du jeune homme, elle se rapprocha rapidement. Il était simplement vêtu de son boxer, autant en profiter. La blonde ne fit pas un bruit, passer une main sur le torse de son copain, collant sa poitrine dénudée contre son dos. Elle fit descendre sa seconde main vers l'élastique de son seul habit, passant finalement dedans pour s'amuser un peu. Alors qu'elle s'apprettait à faire plaisir au garçon, il attrapa son poignet tout en se dégageant de son étreinte. En se retournant, il désigna son portable de la main, signe que l'appel était important et qu'il ne pouvait pas se vouer à de tels actes pour le moment. Tant pis pour elle, tant pis pour lui. Résignée, elle ressortit de la petite pièce pour aller s'affaler sur le canapé un peu plus loin, testant plusieurs positions aguicheuse pour que son petit-ami se rattrape lorsque son appel sera terminé. N'en trouvant pas de convenable, elle abandonna, se disant qu'elle repartirait à l'attaque directement. En retournant dans sa chambre, elle attrapa son portable pour consulter ses messages. Trois appels manqués, et neuf messages. Elle regarda qui avait bien pu l'appeler, et vit que ce n'étaient que Natsu et Levy. Puis, elle retrouva leurs noms pour les messages, ainsi qu'un autre de Mirajane. Ne faisant aucunement attention à ceux de ses meilleurs amis, elle ne lu que celui de l'aînée des Strauss.


"Vous avez 9 nouveau(x) message(s)
Mira'
*Coucou ma puce !
Tu n'étais pas là quand à la pause de midi l'autre jour, et je voulais te prévenir !
Lisanna a prévu de se déclarer à Natsu à la fête de vendredi.
C'est génial, non ?
Je voulais vérifier que ça ne te dérangeait pas.
Tu as parlé avec Levy ? Elle est passée chez nous il y a trois jours, elle n'était vraiment pas bien, elle a même pleuré...
Voilà c'est tout ! Ca fait quelques jours que tu n'es pas venue en cours, il y a eu un problème ? Tu es malade ?
Je te fais de gros bious.
PS : Essaie de voir si tu ne peux vraiment pas venir à la fête.
PS' : On a contrôle de physique lundi.
PS'' : Natsu a l'air déprimé.*"


Du Mirajane tout craché ! Toujours à faire de longs messages et à raconter la vie de tout le monde. Enfin, c'était comme ça qu'elle l'aimait aussi. Elle fut arrêtée par les doigts de son petit ami parcourant ses reins.


_ Lucy, désolé pour tout à l'heure, mais j'ai une surprise pour toi. Je vais intégrer ton lycée.


~



Se dirigeant vers les petites ruelles sombres et mal famées, Gajeel Redfox était d'excellente humeur. En effet, le fait d'avoir avancé pour le projet le rendait dans cet état. C'est donc un grand sourire aux lèvres qu'il se dirigeait vers une boutique où il avait l'habitude d'aller. En rentrant à l'intérieur, il salua d'un mouvement de tête le gérant et se dirigea vers le fond. Il se demandait vraiment qui pouvait être cet homme. Le mari de la femme en face de lui ? Son fils ? Son frère peut-être ? Ou simplement un de ses employées ? Enfin, peu importe après tout. La femme face à lui se rendit compte de sa présence et lui fit signe d'approcher. Elle avait revêtu un kimono bleu marine aux motifs -qu'il ne saurait pas nommer- blancs et roses pâles, et arborait toujours la même coiffure, un chignon haut attaché par ses éternelles baguettes se finissant en croissant de lune et deux mèches encadrant son visage. Gajeel s'assit le temps qu'elle finisse ses affaires. Elle fouillait ici et là dans de nombreuses boîtes remplies de tubes de couleurs, de pinceaux ou autres. La pièce étant seulement éclairée par une ampoule grésillante pendant le long d'un câble de métal, le jeune homme se demanda bien comment elle faisait pour s'y retrouver avec toutes les teintes de couleurs différentes à déterminer avec le peu de lumière qui l'entourait. Depuis toutes les années où il venait ici, rien n'avait changé. Les étagères qui entouraient les murs n'avaient pas bougé, ni les grosses caisses et cartons qui les remplissaient -seul leur contenu changeait en cas de besoin. Appuyées contre elle, il y avait de nombreuses toiles vierges, comme toujours. De toutes tailles et de toutes formes, de toutes épaisseurs comme de toutes matières. La même table carré en bois de chêne, accompagnée des mêmes chaises recouvertes des mêmes coussins dépareillés -des verts, des violets, certains brodés, d'autres avec de nombreux motifs. Le sol aussi, du carrelage froid disposé comme un damier de couleurs jaunes et bleues, était resté intact. La femme passait beaucoup de temps à toujours le nettoyer correctement, hurlant sur Gajeel lorsqu'il rentrait ici, les chaussures pleines de boues ou de terres. Il en allait de même pour le pauvre mur beige -qui avait du être blanc au départ- décrépit. Le seul changement était la lumière en fin de compte. Avant, c'était une lanterne bleue pâle. Ces remarques rendaient le brun légèrement triste. Rien ne semblait avoir changé depuis cette époque, et pourtant, la femme qui s'en occupait avait affreusement vieillit. Elle devenait vraiment âgée les problèmes de santé se multipliaient à force, il voyait bien qu'elle faisait les choses plus lentement, que parfois elle avait du mal à marcher et qu'elle était rapidement fatiguée. Il lui était arrivé de devoir rester alitée pendant plusieurs jours, ou même une semaine. Elle n'avait jamais voulu voir de médecin, alors c'était lui qui restait à ses côtés, pendu au téléphone avec la sœur jumelle de la vieille femme qu'il n'avait alors jamais vue, suivant ses explications du mieux qu'il le pouvait. Une fois, il avait vu sa jambe se plier d'un coup alors qu'elle marchait, elle s'était rattrapée de justesse à une étagère, prétendant avoir trébuché par manque d'attention. Son corps avait du mal à suivre ses efforts. En plus, les affaires ne marchaient pas fort, de quoi mettre le moral de n'importe qui au plus bas. Il y avait de cela environ dix ans, de nombreux clients venaient dans cette rue, avant que les commerces ne ferment -il y a cinq ans- uns à uns ne laissant que des pièces vides -où se déroulaient des bagarres, des échanges, des trafics de drogues aussi- et deux pauvres bars. Plus personne n'ose s'aventurer par là à présent. Alors que la vieille femme tentait d'attraper une grosse boite tout en haut d'une des étagères, poussant désespérément sur ses jambes abîmées pour l'atteindre, elle fut coupé par une main qui la lui descendit sans effort. Il n'allait tout de même pas la laisser se faire du mal ou se blesser alors qu'il pouvait l'aider. Après tout ce qu'elle avait fait pour lui, cette "vieille mégère".


_ T'aurais pu me demander.


_ Tu n'as pas que ça à faire.


Peut-être bien.


_ T'avais pas que ça à faire quand tu m'as adopté, vieille peau.


Pour une fois, il ne se reçut pas d'objets sur le crâne. Une première.


_ Pourquoi tu es venu ?


Elle n'avait même pas cherché à lui répondre et avait changé de sujet. Comme à chaque fois qu'il abordait le sujet.


_ Je pourrais pas venir te voir pendant la première semaines des vacances. On a un stage avec le club, on part à Kyoto.


Il fouilla dans son sac dans l'espoir de retrouver la foutue feuille. L'ayant attrapé au milieu de vis, boulons et autres petits objets de métal pliée en quatre, il la tendit vers la vielle dame. L'attrapant, elle lu tout ce qu'il y avait de marqué.


_ Ça m'a l'air pas mal. C'est amusant qu'ils vous proposent l'art du tatouage. Comme c'est scolaire, j'aurais plutôt imaginé de la poterie. Enfin, ce n'est pas plus mal. Et cette histoire de binôme, qu'est-ce que c'est en fait ?


Soupirant en se souvenant de ce petit inconvénient, il lui expliqua.


_ Tous les boulots ou presque qu'on fait sont en binôme. Le prof m'a foutu avec l'autre naine là.


_ Hum... C'est pas mal, pour échanger vos idées ou même vous donner des conseils. Elle est forte au moins ?


_ A mon niveau, mais pas dans la même catégorie. Elle est plus dessin que peinture.


Elle hocha vigoureusement la tête.


_ Elle s'appelle comment ?


_ Levy McGarden.


Ses yeux s'écarquillèrent lentement, jaugeant Gajeel du regard. Elle arrêta ses mouvement de tête.


_ Une petite, aux cheveux bleus ?


_ Ouais. Pourquoi ? Tu la connais ?


_ Elle vient souvent ici. Ses parents, de leur vivant, venaient presque tous les deux jours. Son père était sculpteur, sa mère romancière mais dessinait énormément. Il allaient chercher leur fille et leur fils avant de venir tous ensemble... Mais ils ont eu un accident de voiture. La petite était avec moi, ils étaient partis récupérer un sac que le gamin avait oublié à l'école, mais ils sont rentrés dans une autre voiture. Levy a été placée en famille d'accueille jusqu'ici. Ça s'est déroulé un an avant que je ne te prenne avec moi. Je n'ai pas réussi à avoir sa garde... Mais depuis deux ans, elle vient assez régulièrement. Toutes les semaines ou tous les quinze jours en général.


Gajeel comprenait. Cette gamine, sans elle, Polyussica ne l'aurait pas adopté. N'ayant pas pu avoir la fille qu'elle aurait voulu, elle avait voulu remplir ce vide. Il n'était qu'un "bouche-trou". C'était aussi simple que cela. Sans elle, il serait rester toute sa vie dans un orphelinat -les familles ne voulant pas de lui- où il serait traité comme un moins que rien par les adultes et rejeté par les enfants. Il ne se sentait pas le moins du monde jaloux, en colère ou triste. Il était juste vexé.


Sans un mot, il se leva et partit.



~



_ T'as acheté la Vodka ?


_ Ouais elle est sur ton lit !


Dans un grand appartement, trois personnes couraient partout à la recherche de telle ou telle boisson, de ce disque, ou encore de ces petits gâteaux. Ils organisaient une petite fête pour la fin du trimestre le lendemain au soir et il fallait à présent tout préparer. Les deux jeunes filles s'occupaient de l'inventaire pour vérifier si tout était bien là, qu'il ne manquait rien à retourner acheter, tandis que le seul homme courait à droite ou à gauche pour poser convenablement chaque aliments ou boissons sur la grande table du salon. Les cheveux virevoltants, la plus âgée de tous commença à faire un peu le ménage, bientôt épaulée par son petit frère. La benjamine, elle, était sortie acheter quelques jus de fruits, ayant oublié que certains des invités ne buvaient pas d'alcool. Courant à en perdre haleine sous le soleil de plomb, elle rencontra une jeune fille aux cheveux bleus habillée d'un short blanc et d'un chemisier ample. Elle s'en approcha et lui sauta sur le dos.


_ Juvia !


Cette dernière se retourna, ses lèvres formant un rond parfait.


_ Lisanna ! Juvia ne s'attendait pas à te croiser ici.


Lui souriant de toutes ses dents, elle lui expliqua simplement.


_ J'habite l'immeuble juste en face. Nous préparons la fête de demain ! D'ailleurs tu peux venir ? Je ne suis pas trop au courant, c'est Mira qui s'occupe des invités.


_ Juvia sera là. Elle peut vous aider ?


_ Tu n'as rien à faire ?


_ Non. Juvia était sortie faire un tour à la piscine et comptait rentrer chez elle pour s'ennuyer. Elle peut vous donner un coup de main !


Lisanna fit un petit bond de contentement et lui prit la main.


_ Dans ce cas, suis-moi ! J'allais acheter les jus de fruits.


_ Juvia te suit.



~



Une femme blonde rentra dans le grand hôtel. S'avançant vers la réception, elle demanda à quel étage pouvait se trouver la chambre n°418. En s'en éloignant, elle se dirigea vers l'ascenseur le plus proche et y pénétra. Montant au seizième étage, elle vérifia encore une fois le message qui lui indiquait cette chambre. Une douce mélodie retentit, suivie d'une voix d'homme lui précisant qu'elle était bien arrivée. S'engageant dans le couloir, elle demanda sa direction à une femme de ménage qui sortait tout juste d'une chambre. Sous ses explications, la blonde prit à droite puis, au bout du couloir, à gauche. La dernière porte du couloir. Faisant claquer ses talons sur la moquette et repoussant ses cheveux derrière son épaule, elle s'en approchait d'un pas décidé. Elle replia ses doigts pour les abattre sur la porte en bois. N'obtenant pas de réponse, elle prit l'initiative de pousser la poignée. Ce n'était pas fermé à clé. Roulant des yeux, elle pénétra dans la première pièce, très spacieuse. A sa droite se trouvait un miroir. Elle en profita pour inspecter rapidement sa tenue. Sa jupe courte noire suivait parfaitement la ligne de ses fesses, sa chemise blanche doublée d'un tailleur noir moulait son imposante poitrine ainsi que sa taille fine, et ses hauts escarpins noirs également lui faisaient des jambes encore plus parfaites qu'à l'accoutumée. Elle passa une main dans ses cheveux blonds lisses, les repoussant de son visage. Ses sourcils étaient épilés de façon à ce qu'elle ait l'air sévère et sexy à la fois, faisant aussi ressortir ses yeux chocolats dont les longs cils étaient recouverts d'une couche de mascara. Ses lèvres pulpeuses étaient accompagnées d'un gloss transparent, lui faisant garder sa couleur rosée naturelle. Elle n'était pas plus maquillée, son teint étant déjà couleur pèche et sa peau sans imperfections. Elle tourna rapidement sur elle-même avant de continuer son observation de la pièce. Au fond, il n'y avait pas de mur. Juste une immense baie vitrée. Au centre, il y avait un grand canapé et quelques sièges entourant une table basse de bois grisé. Face à tout cela, il y avait une console blanche sur laquelle trônait une immense télévision noire. Au dessus d'elle, un grand tableau aux couleurs rougeoyantes, orangées, grisonnantes et rosées. Derrière le canapé, il y avait un grand tapis de fourrure grise puis une cuisine ouverte. Elle ne s'y attarda pas plus que cela et rentra sans plus de cérémonie dans la pièce qui se trouvait à sa gauche. La salle de bain. Finalement, elle referma la porte pour aller dans la pièce à sa droite.


_ Enfin, il était temps que tu me trouve !


Derrière un bureau se trouvait un homme brun, un sourire hypocrite collé au visage.


_ Tu aurais pu te manifester aussi, Iwan.


_ Hum. Peu importe, approche. Qu'as-tu trouvé comme informations pouvant nous être utiles ?


Elle avança vers le bureau et posa les mains à plat dessus.


_ Pas mal de choses. Comme le passé de la gamine. Mais j'ai mieux. J'ai repris contact avec un membre de l'ancien réseau. Il pourrait nous apprendre pleins de choses. D'après lui, un nouveau mouvement se met en place. Et pas juste une dizaine de personnes. Ils sont déjà plus d'une centaine. Avec eux, il y aurait des personnes plutôt influentes. Nous avons à craindre pour nos fichiers tu sais. Si le mouvement devient puissant, ils n'auront pas de mal à dénicher nos dossiers, nos noms, ou encore nos casiers judiciaires. Je suis prête à parier qu'il y a déjà des pistes. Nous devrons agir, et vite.


L'homme la fixait sans rien dire, appuyant son menton contre ses doigts entremêlés, jetant de temps à autre de discrets coups d'œils à son décolleté. Il prit finalement la parole.


_ Je vois. Il fallait s'en douter après tout, nous ne pouvions pas nous cacher indéfiniment. Je vais prévenir Minerva. Sinon, moi aussi j'ai pu tirer quelques informations dans les dossiers de l'Etat. J'ai voulu en savoir plus sur ce gosse, le fils Bastia. Dans les fichiers de la police, il n'y avait absolument rien, mais dans les archives secrètes il y avait des choses intéressantes, et nous pouvons faire beaucoup de lien il me semble. Regarde ça.


Elle prit rapidement les feuilles qu'il lui tendait, ses yeux s'agrandissant au fur et à mesure qu'elle lisait.


_ Des affaires de meurtres, plusieurs viols... Détention d'armes interdites... Mais les charges ont toujours été abandonnées ?


_ Comme tu peux le voir. Mais regarde plutôt la suite.


_ ... Une affaire de drogue ? C'est plutôt banal pour un gamin de quatorze ans de nos jours.


_ Oui, mais regarde bien. Et compare avec le dossier de la jeune fille.


Prenant en main les autres feuilles, elle fronça peu à peu les sourcils.


_ Elle a été arrêtée avec deux grammes, et ?


_ Et regarde tes fichiers sur l'ancien mouvement, à la même année.


Ses yeux s'écarquillèrent de surprise.


_ Les trois affaires sont liées ? Mais comment la gamine peut-elle avoir un lien avec un réseau totalement secret ? Le garçon je comprends, mais elle...


_ Elle a été adoptée à l'âge de six ans. Regarde un peu tous ceux qui ont tenté d'avoir la garde, et qui l'a eue. Sur plus d'une cinquantaine prêts à se l'arracher.


_ Mais c'est...


_ Oui. Comme tu t'en doute maintenant, la mort des parents du gamin, et ceux de la gamine ne sont pas des accidents comme c'est marqué. De même que le chef de l'ancien réseau n'est certainement pas décédé de maladie. On pensait n'avoir qu'à s'occuper d'une petite affaire comme une autre mais...


_ Au final, on a droit à la plus grosse affaire de notre vie il me semble. Et certainement la plus dangereuse vu les noms qui sont dans les dossiers.


Ils se consultèrent du regard. Ils n'eurent pas besoin de mots, savant pertinemment ce que pensait l'autre. "Que faire ? En parler à Minerva ? Garder ça pour nous ? Faire comme si de rien n'était ?" Impossible. Tout était lié, c'était inévitable. Impossible d'échapper à cette affaire. Impossible de tout garder secret.


_ Il faut croire qu'on va reprendre du service.


Un sourire.


_ Le fameux duo, hein ?


Un souvenir.


_ Eh oui. Les "Chasseurs de primes" comme ils nous appelaient.


Un soupir.


_ Iwan Dreyar et Layla Heartfilia...


Et d'une même voix, ils dirent cette phrase tant répétée parmi les services de police et au gouvernement.


_ Les personnes les plus recherchées et dangereuses du Japon.



~



Cela faisait maintenant plus d'une semaine qu'ils se retrouvaient dans le cabinet du plus âgé. Le psychologue. Le jeune, d'abord nerveux et n'ayant pas l'habitude de dévoiler ses secrets à la même personne s'était montré peu coopératif. Mais le deuxième jour, il lui avait tout dévoilé. Il en avait pleuré, le pauvre. Il avait fondu en larmes, devant cet homme qu'il connaissait à peine. Et depuis, il revenait. Chaque jour, à la même horaire. Ils discutaient, de tout et de rien au final. Mais cela l'aidait, lui. Habitué à être entouré d'imbéciles qui ne parlaient que de sexe, de jeux-vidéos, de drogue ou de filles. Toujours une bière dans une main, l'autre étant plongée dans un paquet de chips bien grasse. Habillés de la même manière, jours après jours, avec les mêmes vêtements, parfois même le caleçon de l'avant-veille. Ils étaient juste sales. Le jeune, lui, avait toujours soigné son physique. Il s'habillait sans vulgarité, pas spécialement sophistiqué, ni en costume-cravate. Il mettait de la couleur, mais n'aimait pas les vêtements trop voyants ; jamais il n'aurait porté un blouson de plastique vert pétant ou jaune fluo. Seulement quelques tee-shirts ou pantalons, voir un gilet. Il restait sobre, comme l'homme face à lui. De même, il soignait sa coiffure, se coiffait correctement chaque matin, et faisait attention à son visage, se rasant régulièrement et appliquant une crème hydratante. Il prenait soin de lui, comme l'homme lui faisant face. Il parlait bien, ne passait pas son temps à débiter des âneries en ce qu'ils appellent le "ver-len", il ne plaçait pas de mots anglais dans ses phrases et s'exprimait toujours façon correcte. Il était cultivé, aussi. Comme son psychologue. Lui parler le faisait se sentir mieux. Il parlait à quelqu'un de son niveau, pour une fois. Oh, bien sur, cela ne faisait qu'une seule semaine qu'il le voyait. Mais il avait l'impression de le connaître depuis toujours. Il voulait apprendre des choses sur lui, savoir qui il était, cet homme qui lui apportait tant.


_ Hibiki, parlez-moi de vous.


Il lui adressa un regard étonné.


_ Pourquoi veux-tu en savoir sur moi ? Est-ce important à tes yeux ?


_ Oui. Je ne vous parle que de moi. Je sais que c'est pour cela que je suis ici bien sur, mais j'aimerais aussi en apprendre sur vous. Etre le seul à parler de moi me met un peu mal à l'aise.


_ Je vois. Eh bien, je m'appelle Hibiki. J'ai eu vingt-huit ans ce printemps. Je suis célibataire depuis un long moment, n'ayant pas le temps de me consacrer à une relation sérieuse avec tout le travail que j'ai. Je suis passionné de musique Dubstep, je n'écoute que ça. J'ai des origines françaises me venant de ma mère, d'où mes cheveux naturellement blonds vénitiens et ma peau blanche. Mon père était japonnais. J'ai un chat et une grenouille. Que veux-tu savoir de plus ?


_ Tout.


Oui. Il voulait tout savoir sur lui. Rogue ne voulait rien ignorer.


~



_ Tu mesures combien en fait ?


Levant sur lui des yeux étonnés, la jeune fille rougit légèrement avant de détourner le regard.


_ Je ne vois pas en quoi ça te regarde.


Un sourire.


_ T'oses pas me le dire ? T'es trop petite c'est ça ? C'est pas pour rien que t'es une naine, Crevette.


Une moue.


_ Ta gueule le punk, c'est parce que t'es beaucoup trop grand.


Un rictus.


_ T'fais moins d'un mètre soixante ?


Un soupir.


_ A ton avis...


Un rire.


_ Moi je dirais, un mètre... Cinquante-six ?


La plus petite lança un soupir défaitiste.


_ Cinquante-cinq. Tu fais combien toi ? Deux mètres ?


_ Nan, pas à ce point. Quatre-vingt quatorze.


_ Que j'te dis que t'es un géant..


Il eut un petit sourire amusé.


_ Je suis normal, c'est toi qui est trop petite.


_ Mais non, Natsu fait une tête de moins que toi, et est considéré comme l'un des plus grands du lycée.


_ Vous êtes tous des nains alors.


Et lui une vraie tête de mule. Ne prenant pas le temps de répliquer, elle enchaîna.


_ Dis Redfox, on le ferait où le projet ? Parce qu'il nous faut une grande partie de forêt, et il 'faut pas qu'il
y ait de passage au risque que notre boulot soit bousillé.


Il avait tout prévu.


_ Y'a une forêt à quelques kilomètres d'ici, qui est totalement abandonnée. Derrière une ferme qui est aussi laissée à l'abandon. Personne viendra nous faire chier au moins.