Chapitre 3 - Les Troubles du Déclin

par Psychiik

Chapitre 3 : Les Troubles du Déclin


J'avais l'impression de revivre la même scène. J'étais outrée une nouvelle fois. Ses paroles m'avaient touché jusqu'au plus profond de mon âme. J'étais hors de moi. C'était comme si des pieux s'enfonçaient lentement en moi, me faisant ressentir une souffrance toujours plus grande à chaque instant. Resserrant l'étreinte mortelle qui agrippait mes organes vitaux. Détruisant le seul espoir que j'avais. Anéantissant mon existence en une simple phrase.


Mes membres tremblaient, se crispaient, se contractaient. Ma respiration s'accélérait, mon rythme cardiaque s'amplifiait. Je me mis une claque mentale afin de reprendre le peu d'esprit rationnel qu'il me restait. J'utilisais cette force psychologique pour entrer dans la salle. Je croisais le regard de Natsu. J'avais raison... Aucune tristesse, aucun dépit, aucun mépris. Son regard était vide de toute émotion.


C'est cette expression qui me fit tomber en larme. Je m'agenouillais par terre en essuyant les larmes salées filantes le long de mes joues. Je murmurais des mots dont j'ignorais le sens. Tentant de calmer la noirceur qui s'emparait de moi. Je sentais une présence près de moi. Une présence réconfortante, chaude, chaleureuse. Plus cette présence s'approchait, plus elle devenait froide, triste et repoussante.


Cette présence m'enlaça grâce à de puissants bras. Me susurrant des mots réconfortants qui avaient pourtant un effet contraire sur ma personne. Je me décidais à fuir. Loin de toi. Loin de tout cela. J'aimerais ignorer toutes ces paroles. Tous ces mots crus et lâches. Oui, je le disais à haute voix. Je criais ce mot. Je hurlais ma souffrance.



* * *


Deux jours étaient passés depuis que j'avais appris que Natsu n'avait plus que quelques temps à vivre. Je n'étais plus rentrée en contact avec lui depuis. Je ruminais toujours mon effroi en silence. Tous ces moments passés depuis. J'ignorais encore tout de cela. Je passais à travers la vérité, m'enfonçant dans le mensonge, dans un cocon protecteur.


Oui, je n'étais qu'une calomnie, un mensonge à moi toute seule. Pourtant, lui, il ne représentait plus rien excepté le trépas. Il s'enfonçait dans les limbes sans peur. Je suis sûre qu'il mourra le sourire aux lèvres. Sans craintes, ni peur. Une mort silencieuse, à l'insu du monde, dans l'ombre de la réalité. Cela me rappelait ma défunte mère.


Enfin... Même si lui avait renoncé à l'espoir. Je pouvais toujours espérer à ce que le fameux remède voit le jour avant le dénouement. Et même cela. Je suis inutile. Je ne peux rien faire. Je n'aurais même pas dû commencer à le fréquenter. Même pas dû le rencontrer. Et pourtant je l'ai fait. Je ne peux me sentir étrangère à tout ça. Je n'étais pourtant pas impliquée dans cette affaire. Et pourtant, mon subconscient me disait de continuer de l'aider.


Personne ne peut arrêter la mort. Ma mère est passée par là. Mon père y passera très bientôt à force de sombrer dans les prostitués, l'alcool et tout le reste. J'y passerais moi-même. Seulement, pourquoi altérer le cours de la vie ? La vie est une notion incontrôlable, on ne peut pas deviner quand est-ce qu'on va mourir. Pourtant, il existe des manières de contourner cette règle capitale.


Le suicide est souvent la solution à cette règle. La maladie l'est aussi d'une manière plus ou moins indirecte. Pourtant, il existe des cas particulier. Natsu, un jeune homme victime d'une maladie incurable, réduisant l'espérance de vie de manière considérable. Réduisant toute once d'espoir. Pourtant, on ne renonce pas à la vie si facilement. Mais lui, il y était préparé. Ce regard vide qu'il adoptait. On pouvait même penser qu'il y était préparé naturellement.


J'étouffais un rire nerveux. Il n'y avait pas que ça. Ils étaient plusieurs à avoir cette maladie. Il en avait parlé vaguement la dernière fois. J'étouffais un autre rire nerveux. Au moins, ils faisaient attention. Pas comme l'autre. De plus, il semblait les connaître. Pourquoi ne suivait-il pas le droit chemin comme eux ? Non, il fallait qu'il emprunte la voie la plus escarpée. Tu t'en mordras les doigts, Natsu.


Je ne veux plus être impliquée dans cette affaire. Je veux oublier. C'est ce que je me répète depuis deux jours. Je n'y arrive pourtant pas. C'est répugnant. Mais ce qui est le plus répugnant, le plus dégueulasse, c'est ce que j'éprouve en ce moment même. Je ressens de la rage et de la haine. Je me rends compte à quel point il est difficile de vivre avec ça. Même moi, je n'y arriverais sûrement pas.


L'amour. Il ne peut éprouver de l'amour. Il se doit de rester un être brisé. Une entité vivante superflue. Je pleure. Je crie. L'amour est un sentiment incontrôlable. C'est ce que je pensais aussi pour la vie. Mais non. Tout est à portée de main. Tout peut être modifié selon ses envies. L'amour est un sentiment indéfinissable, un trou noir. Interdire ceci à n'importe quelle personne, quelle qu'elle soit, est un crime.


Je ferme les yeux. Il n'a pas connu ses parents, il n'a rien fait pour mériter cela. Il a vécu seul, attendant sa mort dans l'ombre. Qu'espérait-il en venant au lycée ? Ce milieu fréquenté par des gens de la pire espèce. Il savait qu'il y en avait. Et il est quand même venu. Pourquoi ? Il savait que des personnes étaient susceptibles d'être un danger pour lui. Et il est venu. Que voulait-il découvrir ? Que désirait-il vraiment ?


Je jure. Je suis une égoïste au fond. Il est prêt à entrer dans le gouffre de la mort et je suis là, à pleurer telle une petite fille. Ce n'est pas à moi de pleurer. Alors pourquoi les larmes jaillissent-elles ? Pourquoi viennent-elles ? J'ai déjà pleuré toutes les larmes de mon corps, laissez-moi... Lâchez-moi... Je ne peux pas pleurer maintenant. Ne me rendez pas encore plus égoïste que je ne le suis déjà.


Mon passé n'est qu'une misérable infamie. Après la mort de ma mère, des gens peu recommandables m'insultaient, me blessaient à longueur de journée. Que cela soit des injures envers ma mère montée aux cieux ou mon père sombrant dans le désespoir et le blâme. Impossible pour moi de rester calme... Je voulais me rendre à tout prix différente. Je voulais changer, je voulais me sentir supérieure à ses gens-là. Je voulais les pourrir jusqu'à la moelle.


Je vivais comme ça. Et j'aimais ça. Cracher à hauteur de leurs têtes me plaisaient. Une sorte de vengeance. C'était attrayant. Petit à petit, j'ai découvert des notions capitales de la vie. L'amitié étant une des plus grandes pour moi. Me faisant ressentir le malheur de mes amis lors des phases difficiles. Pourtant, je ne connaissais Natsu que depuis quelques mois. Pourquoi ma réaction était si excessive ?


Peut-être que je devais lui offrir une chose qu'il n'avait jamais eu la chance d'avoir. Du soutien.



Je me levais de mon lit avant de me diriger vers la porte de sortie. Je marchais lentement en direction de la maison de Natsu. J'appréhendais sa réaction. J'appréhendais la mienne. Je m'attendais à tout. À voir son corps se laissant aller dans l'au-delà comme dans mon rêve.


J'arrivais en quelques minutes à ma destination. La même maison délabrée. Les mêmes parois délavées. J'entrais dans la bâtisse sans toquer. Le parquet grinça sous l'effet de mes pieds. J'avançais prudemment en l'appelant.



Je m'immobilisais en tournant la tête en direction de mon interlocuteur.




Tss. Toujours aussi causant.






Je vais droit au but. Je n'ai pas du tout envie de m'éterniser ici.



C'est ça, complique les choses... Déjà qu'elles le sont plus que tu ne le penses...



J'avais pas vraiment envie de lui montrer mes faiblesses. Pas vraiment envie de lui montrer que je m'inquiétais pour lui. Je pivotais pour partir, lui tournant le dos avec toute l'indifférence du monde.



Je stoppais ma marche quelques instants, esquissant un sourire avant de repartir sans la moindre politesse. Je sprintais dans les rues pour rentrer chez moi. J'allais enfin obtenir des informations sur eux. J'arrivais rapidement, entrais dans la maison tout en allumant l'ordinateur au passage.


Je tapais les noms des personnes atteintes par la maladie. Mais quelque chose clochait... Beaucoup trop de zones d'ombres concernant la maladie, les personnes... J'avais presque l'impression que l'affaire se voulait d'être étouffée. Il n'y avait rien. Rien du tout. Après une après-midi de recherches, plusieurs heures à chercher la moindre information, je me décourageais... C'est alors que je tombais sur un reportage durant quelques secondes.


Un reportage du célèbre scientifique, Gildarts Clive. Il affirmait avoir diagnostiqué une sorte de maladie incurable. C'est la seule information que j'avais trouvé. Je n'avais donc qu'une seule piste.


* * *


Le lendemain après-midi, après avoir vidé les pages Google concernant Gildarts Clive, je me décidais de me rendre à la bibliothèque afin de connaître d'autres informations concernant cette maladie. La bibliothèque n'était pas si loin de chez moi, je pouvais donc m'y rendre rapidement.


C'était un bâtiment noir de taille moyenne dont un grand jardin entourait la bâtisse. J'entrais tout en me présentant au personnel. J'entrepris mes recherches plutôt rapidement. Et je sentais que je n'allais pas être au bout de mes peines... Quelques heures après, je trouvais enfin un livre sur Gildarts Clive. Une sorte de journal contenant des remarques sur des opérations médicales, des données sur les différents symptômes des maladies...


Je parcourais le journal pendant quelques minutes avant de trouver un passage du livre plutôt intéressant. Plusieurs informations primordiales comme la date et certains textes avaient été effacés sous les effets du temps. Je n'arrivais à lire que quelques mots. «  Wendy Marvel, Gadjeel Redfox  » C'était les deux seuls noms présents dans le livre.


Je dévorais les pages du livre. J'obtenais différentes informations comme leurs âges et même des photos en mauvais état étaient présentes. Une aubaine pour moi. Après des heures de recherche, j'arrivais enfin à trouver des choses utiles.


Wendy Marvel, jeune fille ayant obtenu ses seize ans récemment. Son adresse ne fut qu'une histoire de minute rapidement réglée. Gadjeel Redfox, homme ayant deux ans de plus que moi. Quelques informations divaguaient à son sujet, des informations plutôt bizarres... Un jeu d'enfant pour trouver son adresse. Cette homme ne protégeait aucune de ses informations. On pouvait même trouver quelques photos sur lui. Il avait un physique très imposant, il ne sera pas compliqué à repérer. Aucunes informations sur les causes de la maladie ni sur l'expérimentation d'un éventuel remède n'étaient, en revanche, trouvables. À mon plus grand regret.


Je commence par Wendy Marvel qui, à mon sens, sera la plus apte à répondre à mes questions malgré son âge. Je fonce prendre le bus afin de rejoindre les quartiers commerçants de Magnolia, là où elle habitait.


Quelques minutes après, j'étais déjà arrivée à destination. Je regardais l'adresse écrite sur un bout de papier. J'arrivais devant un grand immeuble. C'était là. Je cherchais son nom dans les listes inscrites. Effectivement, le nom «  Marvel  » n'y était pas. Je rageais contre moi-même.



Une petite fille aux cheveux roses se faufila entre l'interphone et moi et sonna.




Je suivis la petite fille qui me semblait tout à fait sympathique. Je montais les étages un par un jusqu'à arriver devant le seuil de son appartement.



J'entrais dans l'appartement. Il était assez mignon, sobre et bien rangé. Une petite fille aux cheveux bleus se mit devant moi, me regardant de haut en bas.




Je vis son visage changer du tout au tout. Elle commença à me regarder plus sérieusement. Je me sentais presque épiée.



Je la suivis tandis qu'elle me guidait vers sa chambre. Je la regardais avec appréhension. Je commençais à la questionner sur son passé, la maladie ainsi que Natsu. Elle commença à m'expliquer qu'elle connaissait Natsu depuis bien longtemps. Son récit était choquant.



Elle prenait sur elle pour me raconter tout ça, je le voyais. La rapidité de son récit s'atténuait petit à petit.



Elle reprit une bouffée d'air, elle entamait la dernière partie de son funeste récit.





Je vis Wendy écarquiller ses petits yeux. Elle tremblait. Elle avait peur. Les larmes commençaient à perler au creux de ses yeux. Elle se leva d'un seul coup et me pointa la porte de sortie.



Je ne cherchais pas à me poser plus de question. Je m'excusais pour ma conduite pour ensuite partir du lieu, sans me retourner.


* * *


La nuit était tombée depuis un petit moment. Je continuais mes recherches sur cette fameuse maladie. Comme Wendy me l'avait dit, aucune information quelconque n'était disponible concernant le projet «  Mavis  ». C'était comme si cela avait été isolé de toute chose. Isolé du monde, introuvable. Concernant Gadjeel Redfox, ses informations étaient toujours visibles. Je comptais même lui rendre visite cette nuit histoire d'en savoir plus sur la cause du fameux phénomène.


En effet, je pensais qu'un tel événement ne pouvait pas se manifester du jour au lendemain. Il fallait un déclencheur, une perturbation. Mais je ne savais pas quoi. C'est pourquoi, ce soir, Gadjeel Redfox répondra à mes questions. Son numéro de téléphone était à portée de main. Plus rien ne m'arrêtait. Je me sentais pour la première fois, près du but.


Trop près...


* * *


Mon portable affichait «  1h39  ». Il faisait froid. Un léger vent venait chatouiller ma peau. J'étais dans une ruelle quelque-peu mal fréquentée. Endroit où j'avais prévu de rencontrer le fameux Gadjeel Redfox. Le coup de fil s'était passé sans encombres. Ce type était plus ennuyant qu'autre chose. Encore pire que Natsu. C'est à se demander si ce n'était pas un complot.


* * *


J'entendis du bruit. Un type habillé d'une veste noire arrivait vers moi lentement. Il ricanait de toutes ses dents. Il enleva sa capuche pour montrer sa chevelure noire comme la nuit au grand jour. Il était exactement comme sur les images trouvées sur le net. Des piercings arboraient sa peau. Son sourire sadique fixé sur sa bouche. C'était bien lui.




À l'entente de ces mots, mon interlocuteur se calma très rapidement. J'étais sûre que cela allait marcher. Décidément, vous êtes bien trop prévisibles.






Gadjeel sortit le couteau de sa poche et s'avança lentement. Il me menaça en posant son couteau sur ma gorge mais je ne frémissais pas, ce qui avait le don de l'énerver.




D'un seul geste, il enfonça son couteau dans mon épaule gauche et le retira tout aussi violemment. J'étais livide. Le tourment s'emparait de moi. La douleur lancinante de mon épaule me procurait un effet de douleur presque insurmontable. Ce n'était qu'un couteau. Il l'avait pourtant enfoncé avec une violence telle... Un sang-froid, un calme presque traumatisant. Mon sang coulait. Le filet sanguin filait le long de mon bras. Ma douleur était forte. Trop forte. Je criais, je hurlais ma douleur. Mais Gadjeel gardait son calme face à la scène.


Mes cris brisaient le silence présent. J'étais seule. Personne n'entendait ma détresse. J'étais, une nouvelle fois, seule. Livrée à moi-même. Je tentais de lutter contre cette douleur. Mes dents se serraient. Mes muscles se contractaient. Ma respiration s'accélérait. Ma voix passait de grave à aiguë. Ma gorge sèche m'épuisait, malgré mes multiples appels. J'étais faible... J'étais pitoyable... Misérable... Mais ma conscience m'interdisait d'abandonner.


Je bloquais la plaie. J'avais mal. J'avais mal putain. Cet enfoiré se barrait en plus. J'avais pas fait ça pour rien... Ne me dîtes pas ça. Je tressaillais à cause de cette foutue douleur. Je voyais Gadjeel s'en aller. C'était ma seule chance de le voir et j'avais lamentablement échoué.


Je marchais lentement. Je vis Gadjeel s'arrêter. Il se retourna et murmura des mots que je n'entendis pas. Bordel.. Bordel, bordel, bordel... Gadjeel était parti dans la pénombre de la nuit. Et moi, j'étais ici, l'épaule ensanglantée. Décidément, ces recherches n'allaient m'attirer que des problèmes. Et pourtant, je continuais. J'approchais du but. Qu'importe ma douleur, elle n'était rien comparée à celle que Natsu endurait. Je ne veux pas être faible. Je ne veux plus être faible...


Mais je l'étais...


* * *



Mon bandage me faisait mal. J'avais vraiment foiré l'autre nuit. J'étais restée une semaine chez moi. L'événement m'avait traumatisé. Je n'avais pas prononcé un mot depuis une semaine. J'étais vide, dénuée de tout. Ma peur avait pris l'ascendance sur mon corps. J'étais finie. Vide. Détruite psychologiquement. Je me redressais. Je devais aller au lycée, je devais parler à quelqu'un, n'importe qui.


Je ruminais ma peine, ma peur, ma haine, ma rage au fond de moi. Je tremblais. Mes yeux vides, mes mains moites... J'étais coupée, isolée du monde. Voilà où tout cela m'avait mené. Mes larmes tombèrent. J'étais une infamie. Une fille ignoble. Mon mental s'était brisé sous l'effet de cette pression sur mes épaules. Mon épaule gauche, en l'occurrence...


Le pire, c'est que je devais me rendre au lycée avec ça... Mes tremblements redoublèrent. Je me calmais finalement. Je pris sur moi. Puisant dans mes dernières force, une once de courage... Je m'habillais lentement et simplement. J'empruntais le chemin jusqu'au bus qui était déjà là. Tant mieux. J'entrais tout en validant ma carte, je marchais lentement, automatiquement... Je regardais droit devant moi. Je m'asseyais au fond du bus. Je savais que Natsu n'était pas là, il ne viendra pas. Je le sentais, je le savais.


J'arrivais au lycée après quelques minutes de trajet. J'avais caché ma blessure avec facilité. Personne ne s'en rendra compte. Erza et Levi étaient déjà là, en train de me sourire. Quelle niaiserie. J'étouffais presque face à cette euphorie répugnante. J'entrais dans la salle de cours. Je m'en fichais complètement. Je n'en avais plus rien à faire. Mon désintéressement le prouvait. J'observais la place vide de Natsu. Je soupirais d'ennui pour ensuite m'asseoir à sa place.


Pendant toute la journée, j'ai été obligée de supporter la bande à Grey, qui depuis la fameuse soirée, faisaient profil bas. Grey avait même encore des séquelles, ainsi que Sting. Tss. Ridicule. Ils me bouffent mon oxygène. Natsu aurait peut-être dû les frapper plus fort, qui sait ? J'entendais la sonnerie. Je m'offris le luxe de prendre mon sac et de partir à une vitesse folle. J'en avais marre.


Je rentrais chez moi tranquillement. Profitant de la douce brise de vent. Je repensais à cette nuit. Où Gadjeel m'avait poignardé de sang-froid. Qu'avait-il murmuré juste avant de partir ? Je revoyais la scène très clairement. Impossible d'oublier. Je voyais ses lèvres bouger mais je n'entendais rien. Tss, rien à faire. J'étais bien trop distraite pour pouvoir me concentrer.


J'arrivais devant chez moi. J'avais clairement pas envie de rentrer. Mon père rentrera bientôt de son voyage d'affaire en plus. Raah... Je vais faire un détour chez Natsu. Histoire de voir son état. J'avais peur pour lui. Je le savais. Et il avait intérêt à me recevoir dignement. Après ce que j'ai enduré pour lui. Bon, je vais pas m'enchanter plus que ça... Après tout, il ne lui reste que «  très peu de temps  »...


En quelques minutes de marche, j'étais déjà arrivée. Je rentrais tout en oubliant mes manières. Il n'y avait que lui dans cette bâtisse de toute façon. Je ne savais pas du tout ce qu'il était advenu de ses parents... Plus je me rapproche de lui et plus je me dis qu'il y a encore beaucoup trop de zones d'ombre. Natsu, quel est ton secret ?



Personne ne répondit. Comme je pouvais m'y attendre. Sa maison était toujours aussi mal rangée. Cette odeur de brûlé persistait dans la maison. Les murs à moitié déchiquetés. Les parois déchirées. Les meubles perdant leurs couleurs d'origine. Je m'aventurais encore plus dans la maison. Je me dirigeais vers une sorte de cuisine, si on pouvait l'appeler comme cela. Je vis Natsu, assis sur une chaise en face d'une table en bois. Les coudes posés sur la table et les mains jointes.


Il avait les yeux fermés. Il respirait lentement. Imperturbable. Je n'avais même pas envie de briser cette harmonie, ce silence. Je l'observais juste. Sa chevelure rose remplie d'épis, son visage d'apparence enfantin renfermant un tain si sérieux, si froid, si dur. Ses yeux verts d'une brillance maintenant éteinte. Natsu sentit ma présence et me regarda. Ce regard perçant, décelant toutes les particularités de mon âme. Ce corps si fin, si sobre... Ce corps malade...




Après ce que j'endurais pour lui... Il me jetait tel un vulgaire objet. J'étais triste mais j'étouffais mes larmes, une nouvelle fois, au fond de mon cœur.



J'essayais de cacher ce que je pensais vraiment. Mais il fallait me rendre crédible à ces yeux.



Je soupirais. Je n'arriverais à rien avec lui. Je ne sais pas ce qui me retenait pas à lui cracher à la figure tous les moments que je traversais en ce moment. Plus je connaissais Natsu, plus il se renfermait sur lui-même. Comme une sorte de protection. Une protection m'empêchant de savoir ce qu'il pensait. Cependant, il est vrai qu'il avait l'air vraiment mal. Lui qui se foutait – presque de sa maladie, le voilà complètement abattu. Comme moi.


Je tournais mes talons sans un mot. Le laissant seul dans son dilemme intérieur. Je commençais à prendre l'habitude de toute façon... Je sortis rapidement. Reprenant le chemin du retour de manière impassible. J'avais presque l'impression que le caractère de Natsu m'influençait dans mes jugements et mes actions. Qu'importe... Après quelques minutes, me voilà chez moi. La voiture de mon père était présente dans le parking disposé à droite de la villa, sous une toiture noire.


J'appréhendais. Qu'allait-il se passer en franchissant le seuil de ma porte ? Je souffrais bien assez en ce moment pour en recevoir une couche. Surtout par un être aussi répugnant que mon géniteur. Je franchissais l'entrée de la maison. J'entendais mon père dans son bureau. J'entrais silencieusement... Enfin, c'est ce que je pensais. Le vent fit claquer la porte derrière moi. Perturbant le silence religieux.


Mon père sortit directement de son bureau. Il était différent... Pas sur le plan physique mais mental. Il titubait presque. Ses cheveux blonds étaient mal coiffés, son costume noir non-repassé, son regard différent... Ce dernier n'était plus dur et supérieur. Il était lâche, insultant, méprisant. Je ne l'avais jamais vu comme cela. C'est quand il s'approcha de moi que ma conscience s'illumina. Mon père était sous les effets de l'alcool.


Il m'agrippa le poignet. Comme lors de notre première altercation. Je me débattais avec force mais mon père ne voulait rien entendre. Je donnais des coups dans tous les sens possibles, espérant pouvoir calmer les pulsions remplies de violence de mon père. Il donnait de puissants coups de pied dans mes côtes ce qui me fit tressaillir de douleur. De la douleur... Douleur, douleur, douleur et encore de la douleur. Je devenais complètement détraquée.


Ce que je traversais en ce moment, personne ne le savait... Alors, pourquoi le monde s'acharnait-il sur moi ? Qu'ais-je fait pour mériter tout ça ? Je vous le demande. Prenez moi en considération, rien qu'une seule fois... Vous m'avez tout enlevé. Ma mère, ma vie... Pourquoi encore ? Pourquoi dois-je souffrir une fois de plus ? Les larmes jaillissaient d'elle-même. Putain... Putain... PUTAIN !


J'attrapais un vase se disposant à proximité, et l'envoya dans la tête de mon père, le faisant s'écrouler lourdement sur le sol. Putain... Les larmes sortaient de mes globes oculaires à flots. Elles ne voulaient pas se calmer. Je pensais pourtant avoir pleuré toutes les larmes de mon corps... Je craquais intérieurement. Bordel.. Bordel.. Pourquoi moi ? Pourquoi seulement moi ? Pourquoi m'arrive-t-il tout ça ? Avant tout allait bien, tout allait bien avant que je rencontre Natsu...


Je souffrais en silence. Mes côtés étaient assez atteintes et j'avais énormément de mal à me redresser. J'entendais mes côtes craquer à chaque mouvements. C'est, non sans mal, que je me redressais sur mes deux pieds. Mes bras agrippaient mes côtes blessées. C'est alors que j'entendis une personne descendre l'escalier très rapidement. C'était Virgo qui avait sûrement dû entendre tout ce fiasco.



Elle m'attrapa avec douceur mais je me sentais divaguer. Je tombais dans l'évanouissement. Le cri de Virgo fut la dernière chose que je pus entendre avant de sombrer.


Allez-y, achevez-moi...


* * *


Gadjeel venait de m'enfoncer le couteau dans l'épaule gauche. Ma douleur était indescriptible. Si intense, si profonde. J'avais mal. Mon sang coulait à flot mais ma main bloquait la plaie saillante. Ma vue périphérique se floutait lentement. J'essayais de poursuivre sans succès le coupable qui s'en allait sans commentaire, sans rien dire.


Je me sentais échouer. Je tombais dans les tréfonds de la défaite. J'étais arrivée jusque là. Si loin. Je ne pouvais pas échouer ici. Je refusais catégoriquement. Je ne pouvais pas. Tout simplement pas. Sentir le goût pâteux de la défaite sur ma langue me hantait. Je ne voulais pas. Je ne voulais plus.


J'avais fait tout ça pour me prendre un couteau dans l'épaule en guise de remerciement ? J'étais allée si loin pour voir mes espoirs s'envoler ? Non je ne pouvais pas. Je me l'interdisais. Je voyais Gadjeel marcher dans le sens inverse. Non.. Reviens ici.. Je n'en ai pas fini.. Je veux savoir.. Arrête-toi.. Arrête-toi !


Gadjeel se stoppa. Il tourna sa tête d'un mouvement lent, il me fixait avec mépris. Un regard rempli de toute l'indifférence du monde. Ce regard supérieur, me réduisant à un état inutile, sans but... Il ouvra lentement sa bouche et prononça ces quelques mots. Ces quelques mots qui étaient le fruit de mes recherches. La solution, la clé de voûte à tout ça.


Je regardais ses lèvres bouger. Essayant de déchiffrer les moindres paroles qu'il délivrait. Je me concentrais de toute mes forces. Me procurant des forces inouïes. Je déchiffrais et puis...



* * *


Je me réveillais en sursaut. La respiration alourdie. Je plaquais mes mains contre ma poitrine pour stabiliser ma respiration. J'étais dans un endroit que je ne connaissais pas. Dans une chambre aux murs blancs, au lustre blanc. Tout était blanc. Je me levais mais j'eus un rictus de douleur en sentant mes côtes. Elles n'étaient pas du tout guéries... J'entendis quelqu'un monter. Sûrement Virgo qui avait entendu mon corps tomber bruyamment sur le lit.



Je ne pris pas la peine de répondre. J'abandonnais. Je renonçais. Je voulais juste qu'on me laisse seule... Rien qu'un instant... Je fis signe à Virgo, prouvant toute ma douleur.


Elle acquiesça tout en niant son inquiétude. Elle me laissa seule quelques instants. Apparemment, j'avais dormi pendant une journée. Et ce rêve... J'avais enfin la pièce maîtresse du puzzle. Après tant d'efforts, les clés pour ouvrir la porte me séparant de Natsu étaient à portée de main. J'étais si proche... Voilà donc ce que cela me coûtait d'en savoir plus...


Virgo revint et me fit signe de me reposer si je voulais récupérer. Elle avait déjà soigné mes côtes qui allaient guérir d'un jour à l'autre. Je m'endormis une nouvelle fois, espérant trouver un sommeil réparateur.


* * *


Je sortis de la maison, en faisant un signe à Virgo. J'avais passé deux jours chez elle. Bien que cela m'avait procuré du bien. J'étais encore atteinte psychologiquement. Elle m'avait parlé de mon père. Virgo avait appelé la police qui avait placé mon père en garde à vue pour coups et blessures. Cependant, Virgo tenait à ce que cet arrestation reste un minimum secrète. Je ne voulais pas me sentir impliquée à tout ça. J'avais déjà assez de problèmes, alors si en plus je devais être interrogée au poste, je pense que j'aurai passé l'arme à gauche. Chose que j'aurai dû faire plus tôt si je le pouvais.


De toute façon, j'étais impatiente. Je me rendais chez Natsu. J'allais enfin avoir la réponse que je voulais. La réponse que j'attendais depuis si longtemps. J'arrivais devant sa maison. Décidément, j'y allais presque régulièrement en ce moment. J'avais de plus en plus l'habitude de la voir. J'entrais sans frapper ni parler. Je savais très bien que Natsu était là.


Je balayais la pièce du regard. Natsu était toujours accoudé à cette table en bois disposée dans la cuisine. Il n'avait pas bougé depuis. Qu'est-ce qu'il lui prenait ? Nous allons bientôt le savoir.




J'en avais marre. Je n'en pouvais plus. J'étais hors de moi. J'étais outrée. J'endurais chaque jours pour lui, ce type devant moi. Un couteau dans l'épaule, une agression venant de mon père, une semaine de silence... J'avais tellement envie de lui cracher à la figure... Tout ça pour lui, pour ma pitié... J'allais le faire. J'allais tout lui envoyer dans la figure d'une seconde à l'autre. J'allais lâcher mon venin droit sur lui.


J'allais lui faire comprendre ma douleur. J'allais lui faire payer. Je n'étais plus libre de mes actes. J'étais vide. Juste une entité figée. Voilà où tout cela m'avait amené. Les larmes perlaient. Une nouvelle fois. Quelle faiblesse. Je m’écœure. Pleurer devant un égoïste tel que lui. La haine et la rage. Voilà ce que j'éprouvais. Et pour la première fois, j'avais envie de lui faire sentir ses sentiments jusqu'à la moelle. Jusqu'au fond de son cœur, de son âme. J'avais envie qu'il souffre. Je ne contrôlais plus rien. J'étais livrée à moi-même. Ma conscience lâchait sous mes larmes salées...



Un ange passa. Natsu releva sa tête. Son regard était rempli de peur, de tristesse, de sentiments tellement négatifs. Son regard me toisait avec haine et rage... Haine et rage... Natsu commença à cracher du sang. Un sang rouge vif dans un bruit de rejet. Comme une malédiction. Il se tenait la gorge avec ses mains. Ses veines ressortaient. Son hurlement me brisait les tympans. Il tomba à terre tout en criant de toutes ses forces. Un hurlement rempli de douleur qui me glaçait le sang. Son regard me hantait, j'avais peur. Mes larmes redoublèrent d'intensité devant de tels actes.


De tels actes inhumains. Mon regards s'empourprait. J'avais mal. J'avais peur. Je ressentais toutes ces émotions tout au fond de moi. Me brûlant intérieurement. J'assistais à ce spectacle digne du diable. Digne des enfers. C'était tout ce que je méritais. Mon regard larmoyant et ses yeux possédés se croisèrent.


C'est devant ce spectacle que je repris un minimum de conscience claire. Après un ultime effort.


La flamme des sentiments. La maladie. Sa troisième crise commençait.