Chapitre 2 - La Flamme des Sentiments

par Psychiik

Chapitre 2 : La Flamme des Sentiments


Cette phrase... Sortie de sa bouche avec une telle frustration, d'un ton cru, comme si cet événement n'allait bouleverser personne, qu'il allait être exécuté, dans l'ombre, à l'insu du monde. Là où les pleurs seront punis, là où personne ne viendra plaindre sa mort. Où une simple pensée négative pourrait se dissoudre dans les confins de son âme, les abysses de son esprit.


La curiosité était-elle le plus indigne des défauts ? Pouvait-on vaincre le destin ? Anéantir le futur d'une personne ? Comment pouvait-il vivre sachant qu'il ne lui restait que quelques instants ? Cette phrase... Ces mots... Je les ai déjà entendu. Cette vision de ma mère, morte d'une maladie incurable. Je la voyais, toute proche, me souriant avec son éternelle douceur, mon père qui s'enfonçait dans le blâme et les contraintes, sans larmes. C'est là que je l'entendais, ce rituel vicieux s'abattant sur ma mère...



J'en restais immobile, dénuée de tout... Je n'étais qu'un futur figé, une entité sans but, abandonnée de toute conscience, basculant dans l'irrationnel. Mes membres se crispaient sur ordre de mon subconscient, ma souffrance se matérialisait à l'intérieur de moi, se promettant de ne jamais me quitter et de me laisser vivre dans les ténèbres les plus enfouis. Oui, à ce moment-là, je n'étais plus que Lucy...


J'entendais Natsu se mouvoir derrière la porte, mon corps se dirigea seul vers les escaliers, je bousculais chaque personnes me faisant face, toutes impuissantes face à mes souvenirs indestructibles. Je sortis de l'enceinte, m'asseyant sur le banc délabré qui s'offrait à moi. Toutes ces choses refaisant surface en moi, me créant l'anxiété, la peine et la douleur. Toutes ces choses étouffant mon être, me mettant dans un état second, simplement guider par mes pensées négatives. Me laissant sombrer doucement... Jusqu'à mon ultime murmure...



* * *


Je me réveillais dans un lit peu confortable, aux texture rêches. Je clignai des yeux et je le vis... Rien que croiser son regard me mit en alerte...


Il savait.


Il voyait en moi, déchiffrait ma détresse. Je sentais le liquide salé qui dévalait mes joues, essayant d'évacuer ma trop grande tristesse. Il me prit la main, elle était chaude... Même brûlante. Je repris mes esprits avant de sortir du lit. Il me tirait vers lui, me guidant vers la sortie du bâtiment, ignorant chaque personnes qui croisaient sa route. Je le suivais hâtivement, sans crainte.


Il ne s'arrêta pas une fois la sortie franchie. Il continua sa route, jusqu'à trouver un endroit tranquille. Je ne voulais pas parler et encore moins croiser son regard pendant que je déballais mon sac. Il me força à m'asseoir, tandis qu'il restait debout. Il ne disait rien. Je le fixais dans les yeux, il avait des yeux d'une couleur verte peu commune. Je baissais alors la tête, ruminant ma peine. Je sentis une pression sous mon menton me forçant à me relever.



Il approcha sa tête, lentement, d'un geste doux et sans peur. Je sentais son souffle me brûlant le bord des lèvres.



Mon rythme cardiaque s'harmonisa, une sensation nouvelle vint s'installer en mon être. Une seule chose persistait, le regret. Je ne pouvais pas poser la question, je n'en avais pas le droit. Natsu avait de toute façon deviner que j'allais la poser, l'envie était trop grande et je le savais.



Il savait que si je voyais mon père dans cet état, je n'allais pas rester calme jusqu'au bout. Je ne fis que hocher la tête en signe d'appréhension. Il m'emmena encore une fois. Je ne savais pas combien de temps j'avais dormi et je m'en fichais. Après quelques minutes de marche, Natsu se stoppa dans son élan pour s'arrêter devant une bâtisse peu accueillante.


Il me fit comprendre d'un signe de tête qu'il fallait entrer. Je le suivis de près jusqu'à ce qu'il ouvrit la porte qui ne laissa transparaître qu'un grincement aiguë. La maison était mal rangée et sentait le brûlé. Il n'y avait personne et tout semblait désert.



C'est vrai que c'était peu convivial, je me demande comment il vit dans un endroit pareil. Et pourquoi la maison était-elle déserte ? Tant de questions sans réponses. Natsu me fit signe de m'asseoir sur une chaise, il se mit en face et commença à me regarder. Il attendait. Attendait que j'explique mes raisons, mes excuses. Mais je ne fis rien.






La haine que j'employais dans mes mots était pure, forte et réelle. Il n'était pas du genre à abandonner ! Pourquoi toutes les personnes auxquelles je tiens sont livrées à un avenir funeste ! Pourquoi ?!





Je me tu. Que voulait-t-il dire ?










Je le vis hésiter longuement. Se triturant les méninges, se perdant dans son subconscient en baissant la tête de dépit.





- «  Mais... »


- «  Dépêche-toi, je t'expliquerai tout en temps voulu. »


Je sortis de sa maison l'air désespéré. Comment pouvais-je profiter de la soirée avec autant de révélations d'un coup ? Finalement, le mystère qui entourait Natsu commençait à se dévoiler. Et pourtant, cette sensation quand il me parlait...


Cela ne faisait que commencer...


* * *


Je l'attendais au point de rendez-vous. Il était 19h, j'observais tous les côtés de la ruelle afin de l'apercevoir. Il n'aurait quand même pas osé me laisser toute seule. Pour la soirée, j'étais habillée d'un haut décolleté légèrement délavé de couleur gris et d'une mini-jupe en jean à peine déchirée. Le temps que j'arrange ma coiffure qui était restée à son état initial, c'est à dire, mes cheveux tombés en cascade dans mon dos avec quelques mèches dévalant mes épaules.


Je le vis arriver les mains dans les poches, même avec les événements récents, il restait avec sa démarche insouciante et son masque froid. Il était vêtu d'une veste bordeaux ouverte avec un tee-shirt blanc léger, il portait un pantalon beige ainsi que des chaussures blanches. Le bus arriva, il me laissa m'installer en première au premier rang tandis qu'il montait les marches. J'entendis des voix derrière moi, je me retournai et vis un groupe de personnes. Approximativement, ils devaient avoir entre dix-huit et vingt ans.




J'aimais beaucoup provoquer les gens comme-ça, ceux qui n'ont aucun respect. Il se leva de son siège et s'avança vers moi, il me prit le poignet avec force. Cet effet me rappelait la dispute avec mon père. Il m'attira vers lui malgré mes gestes qui commençaient à devenir de plus en plus brusques. Il rigolait bruyamment et ses compères faisaient de même.


Il commença à me tirer vers le fond du bus quand il s'arrêta net. Natsu lui avait saisi le bras avec force, son regard était perçant. Le type lâcha mon poignet mais Natsu serrait de plus en plus son bras. Une veine saillante apparaissait sur son front. Les amis de l'autre type commençaient à se diriger vers Natsu qui ne broncha pas pour autant.




Il cracha sa salive dans le dos de Natsu qui se retourna avec lenteur. Il s'avança et lui prit le col avec force. Il adressa un regard cinglant aux autres types qui commençaient à s'excuser pour leurs conduites. L'expression du visage de Natsu me fit «  tilt  ». Il éprouvait de la rage, une rage immense était présente dans son regard. Je me levai et entourai mes bras autour de sa taille.



Il lâcha le pauvre type qui rejoignit ses amis en tremblant. J'entendais son rythme respiratoire se calmer, il s'assit à mes côté sans rien dire. Je le vis passer une main suante sur son front. Il semblait avoir chaud, très chaud. Je plissai mes yeux quand j'entendis un «  Ne t'inquiète pas  » venant de Natsu. Je lui adressai un petit sourire discret qu'il me rendit avant de fixer la route par la fenêtre.


Le trajet passa rapidement, nous arrivâmes à l'arrêt près du lieu de la fête. Je commençais à guider Natsu qui ne savait pas où se passait la fête. J'avais déjà reçu les indications de Levy qu'elle m'avait envoyer par SMS. Je suivis ses instructions pour arriver devant une large maison d'apparence moderne, on entendait la musique depuis la rue. La fête semblait battre son plein. Je m'avançais pendant que Natsu m'emboîtait le pas. Je sonnai même si cela avait l'air inutile avec le boucan qu'il y avait. À ma grande surprise, c'est Lisanna qui ouvra la porte.



Comme je m'y attendais, elle n'avait pas l'air contente de me voir. Tout le contraire pour Natsu qui entra dans la maison avec sa démarche favorite. Je pénétrai à mon tour dans la pièce, beaucoup de monde dansait, les projecteurs tournoyaient dans tous les sens possibles avec des condensés de couleurs différentes à chaque fois. La majorité des personnes tenaient un verre rempli entre leurs mains. J'essayais de repérer Levy et Erza tout en restant près de Natsu.


Je fis un petit repérage de la maison, elle était très grande et il y avait au moins une centaine de personne. C'est la première fois que je voyais autant de personne au même endroit, ça me semblait bien trop gros. Natsu arrivait à se frayer aisément un chemin au travers de l'épaisse foule. Je reconnaissais quelques visages mais toujours aucune trace de Levy et Erza. Je vis alors Natsu se faire entraîner par Lisanna sur la piste de danse. Il se retourna vers moi avec un visage qui me fit presque mourir de rire, c'est la première fois qu'il arborait une telle expression. Je vis alors du coin de l'œil Erza accompagnée de Jellal, elle me vit et me fit signe d'approcher.





Je pivotai sur moi-même en balayant du regard la pièce, je me dirigeai vers les escaliers quand une personne me bloqua la route. Il me regardait avec un visage charmeur, je ne mis pas longtemps à reconnaître Sting, vêtu d'une tenue de soirée moderne.



Il n'avait pas l'air méchant même si son air arrogant me déplaisait un peu. Je lui pris sa main et il m'emmena sur la piste. Je vis Natsu aux côtés de Lisanna qui semblait un peu gêné, il se retourna vers moi et m'adressa un léger sourire qu'il perdit lorsqu'il vit Sting à mes côtés. Je ne me débrouillais pas trop mal en danse et Sting avait l'air plutôt à l'aise. Je profitais pour observer les personnes présentes dans la salle, je reconnu rapidement Grey ainsi que sa bande.


Le tempo de la musique s'éleva et Sting me pressa contre lui, je pouvais sentir son parfum qui me fit frissonner pendant un instant. Le chanson se termina mais Sting ne semblait pas vouloir terminer sur cette note puisqu'il m'invita à prendre un verre que je ne refusai pas. Il me parla un peu de lui, souvent en bien. La soirée commençait à devenir ennuyante et le temps passait très vite. J'aperçus Natsu accoudé au bar, un verre à la main.





Il me regarda longuement avant de se lever de sa chaise, je me laissais guider par sa main jusqu'à la piste de danse. La musique était douce et avait un tempo très lent, je vis Natsu me regarder avec ses yeux onyx en souriant discrètement. Il mit ses mains sur ma taille tandis que je plaçais mes bras derrière sa nuque. J'étais collée à lui, suivant le rythme de la musique. Je me sentais en sécurité à ses côtés. Après tous les événements récents, il fallait bien qu'on se détende un petit peu.


Je me demandais comment Natsu arrivait à s'amuser, à sourire, alors qu'il était condamné. Cette rencontre avec lui avait changé bien des choses... Et j'espère pouvoir l'avoir à mes côtés le plus longtemps possible. La chanson se termina et nous nous séparâmes l'un de l'autre. Il me regardait en souriant, un sourire sincère, un sourire que je n'avais jamais vu auparavant. Il m'invita à le suivre pour prendre l'air. Il s'assit sur une marche disposée devant l'entrée, je me plaçai à côté de lui. Le vent était frais mais sa présence me réchauffait. Depuis tous ces rebondissements, je viens de me rendre compte que l'on s'étaient vraiment rapprochés. Je pouvais le considérer comme tel maintenant...


Un ami...


* * *


Quelques minutes plus tard, l'air passa de frais à glacial. Natsu n'avait pas l'air de le sentir et me regardait gigoter avec étonnement. Il me fit signe de rentrer ce que je fis directement en me frictionnant les bras. Je commençais à revenir vers le salon, Natsu sur mes talons. Je vis alors Grey, titubant dans le salon, essayant d'attirer une jeune fille aux cheveux verts contre lui. Elle se débattait violemment mais Grey ne la lâchait pas. Un jeune homme s'interposa, sûrement un proche de la demoiselle, entre Grey et la fille.


Ceci n'arrangea pas la situation car Grey se jeta brusquement sur lui et arma son poing qui arriva directement sur la figure du jeune homme qui tomba lourdement par terre. Bizarrement, personne n'intervenait, la réputation de Grey Fullbuster était bien trop extravagante pour s'opposer à lui. J'entendais des rires venant de sa bande ainsi que des «  Laisse-le Grey... » ou encore «  Il a eu son compte... », cette popularité le rendait intouchable à leurs yeux.


Grey ricanait à s'en arracher la mâchoire. Je vis alors Natsu courir vers le jeune homme blessé. Il l'attira vers lui et l'aida à se repositionner en lui demandant si tout allait bien. La jeune fille aux cheveux verts guida le pauvre garçon vers un coin plus tranquille. Pendant ce temps, Grey n'avait pas l'air de vouloir s'arrêter même si ses amis le priait de rester tranquille quelques minutes. L'alcool peut causer bien des choses...




Grey serra son poing. Natsu avait le don de s'attirer les ennuis au mauvais moment, au mauvais endroit...



Natsu le défia du regard mais Grey s'alluma un mégot tout en ignorant royalement Natsu. Il ricanait et adressait des regards supérieurs à Natsu qui ne bronchait pas. C'est alors que Sting s'approcha de Grey en souriant de toutes ses dents.



Sting... Espèce de... Derrière ces airs de charmeurs, ce type était le pire de tous. Dire que je me suis fais embarquée par un con pareil. J'allais lui faire comprendre ma façon de penser mais Natsu m'adressa un regard dur dès qu'il me vit approcher. Il me fit comprendre qu'il «  gérait  » la situation. Je reculai de quelques mètres tout en regardant Natsu.



Cette phrase ne fit qu'un quart de tour dans le cerveau de Natsu qui asséna un coup de genou dans le ventre de Sting qui se plia en deux à cause de la douleur. Grey se jeta sur Natsu qui lui mit un coup de coude directement sur le nez. Cette réflexion qu'il lui avait fait... Natsu était énervé au plus haut point. Sting et Grey se levèrent et se jetèrent sur lui, ils le ruèrent de coups tous plus lourds les uns que les autres. La tête de Natsu vacillait à chaque impacts. Malgré cette scène, personne n'intervenait.


Tout le monde regardait Natsu se faire frapper par deux connards... Je ne réfléchis pas et m'élança sur eux en attrapant une bouteille vide au passage. Je frappai la tête de Sting avec la bouteille qui se brisa sous la violence du coup. Sting ne fut pas sonné et me poussa à terre avec force. Mon regard croisa celui de Natsu, un filet de sang s'échappait de sa bouche et certains hématomes étaient apparus sur ses joues. Mes larmes commencèrent à perler. Natsu me vit alors dans cet état. Sa pupille se dilata avant de se fendre verticalement à l'intérieur de son globe oculaire. Il se retourna vers ses assaillants et envoya un coup de tête à Grey qui l'envoya paître quelques mètres plus loin. Natsu se leva et envoya une série de coup de poing vers Sting qui se protégeait à l'aide de ses bras.


Natsu était terrifiant, certaines veines jaillissaient de ses bras et ses pupilles... Il frappait ardemment Sting qui se défendait comme il le pouvait. Natsu envoya alors son poing dans le ventre du blond qui se plia pour la deuxième fois et enchaîna avec un uppercut qui l'envoya valser. Natsu était incontrôlable... Il croisa mon regard et je vis. Cette apparence surhumaine, ses gestes désordonnés et puissants, ses veines filantes le long de son corps, ses muscles sculptés de façon si particulière et ses yeux sauvages... C'était donc ça cette maladie...


* * *


La fête était terminée depuis quelques minutes, Natsu était épuisé, sûrement dû aux effets secondaires de la maladie. Nous marchions dans les rues sans dire un mot. D'un côté, c'était normal... Dîtes vous que Natsu vient de voir son espérance de vie divisée par deux suite à cette altercation entre Grey et Sting... Rien que d'y penser, ça me donne la chair de poule. J'allais héberger Natsu pour la soirée, mon père était parti en voyage d'affaire et ne reviendra que dans quelques jours. Natsu avait le regard vide, dénué de toute émotion. Il semblait anéanti. On marchait lentement en direction de la maison. Après quelques minutes, nous arrivâmes à la maison, je déverrouillai la porte et laissai entrer Natsu.


Il était étonné de la superficie de la maison et le faisait comprendre avec son regard qui scrutait les salles une par une. Je montai à l'étage en lui disant de me suivre, nous arrivâmes à la chambre d'ami, il me donna ses affaires que je mis dans la salle de bain. Il était minuit passé, je souhaitai une bonne nuit à Natsu en me dirigeant vers ma chambre. Je me changeai et m'enroulai dans la couverture de mon lit deux places. Je me retournais sans cesse, me plaçant sur le dos, le ventre, le côté. Aucune chance que je puisse m'endormir après les événements récents. Je sortis de ma chambre, je mourrais d'envie de voir si Natsu arrivait à dormir. Se fichait-il vraiment de sa maladie ? N'avait-il vraiment aucune foi en lui ? Aucune pitié pour lui et son entourage ? Ça me dégoûtait du plus profond de mon être.


Je ne le laisserai pas sombrer une nouvelle fois. Je vais le soutenir, c'est le rôle d'une amie. J'ouvris d'un seul coup la porte de la chambre avant de pénétrer dans la pièce. Natsu était affalé au rebord de la fenêtre et avait le regard lointain. Je m'approchai avant de poser une main réconfortante sur son épaule, elle était brûlante, il était torse nu et portait juste un short. Il m'adressa un sourire compatissant avant de se retourner vers la fenêtre. Il était temps de savoir...






Je n'y croyais pas. C'est horrible. Comment peut-on vivre avec cela... C'est... Inhumain. Je restais avec lui quelques instants le temps de me remettre de tout ceci. Il vivait, certes, mais pour une durée bien limitée à celle d'un humain normal. Et puis, on ne sait pas quand les effets mortels de la maladie l'atteindront. Cela peut-être demain ou dans quelques mois voire des années avec de la chance.


Mais Natsu avait bien dit qu'il était allé à l'hôpital pour voir combien de temps il lui restait. Cette question me brûlait les lèvres depuis déjà un long moment et je ne veux toujours pas la poser. Je serai une sans-cœur rien qu'en posant cette question. Je ne pouvais pas et c'est comme ça. Je sortis de la chambre en adressant un rapide «  bonne nuit  » à Natsu.

* * *


Je suis dans le noir complet, marchant sans ciller, sans détourner mon regard. J'avance le regard vide, regardant le fossé entre lui et moi. De l'autre côté, Natsu. Natsu à terre en train d'agoniser lâchement, se tenant le torse avec force. Des gouttes de sueur tombaient lentement dans un bruit aiguë. Ses membres se contractaient et se relâchaient chaque secondes avant qu'ils ne se crispent pendant un instant. Il tomba à terre, roulant sur quelques centimètres. Je me précipita à ses côtés.


Je plaçai mes mains sur son torse et poussai de toutes mes forces. Ceci n'eut aucun effet, au contraire. Plus j'essayais de le sauver, plus il se rapprochait de la mort. Comme-ci les personnes atteintes par ce phénomène indésirable étaient des personnes ne méritant pas de vivre. Plus tu essayais de leur apporter la vie, plus la mort les guettaient. Je n'abandonnai pas, la mort de ma mère m'avait suffi. Je me penchai vers sa tête pour lui administrer un transfert d'oxygène mais il me prit la main. Il avait un sourire triste accroché aux lèvres. Il me poussa avec tendresse avant d'expirer sa dernière volonté.



Sa tête tomba, son teint se referma, ses yeux se plissèrent, son souffle se calma. Voilà ce qu'était la mort.


* * *


Je me réveillai en sursaut en inspirant et expirant à la vitesse de la lumière. Ce cauchemar était tellement terrifiant mais irrémédiablement réel en même temps. Je tiltai et fonçai en direction de la chambre d'ami. Je montais les escaliers avec agilité avant d'ouvrir la porte de la chambre d'ami.


Il n'était pas là. Mince... Où s'était-il encore fourré ? Je fouillais la maison de fond en comble sans succès. Je revenais dans le salon avant d'entendre un éternuement. Je vis Natsu en train de lire... Mais ? Mais ?!



Natsu me regarda avec un regard désapprobateur, je lui soutirai le livre d'un coup. Il arqua un sourcil avant de soupirer. Il se leva avec un air supérieur et me fixa.



Je regardais ma tenue disons... Très légère. Et depuis quand Natsu prend des initiatives ?! C'est chez moi ici ! Non mais... Lui, bien sûr, était déjà prêt. Il portait un polo bordeaux, un pantalon beige et des chaussures montantes de la même couleur. Je me dépêchai de m'habiller dans ma chambre, choisissant mes affaires rapidement, à la «  All Again  » comme j'aime dire.


Je me pointai devant la porte quelques secondes avant de la déverrouiller. Je me demande où Natsu va m'emmener, surtout que je voulais faire la grasse matinée... On marchait dans les rues, il y avait une légère brise chaude, c'était agréable. Natsu prenait la direction du parc. Une fois arrivés, il m'expliqua qu'il venait souvent ici étant petit. Il me disait qu'il devait vivre dans un milieu assez restreint pour éviter les personnes qui étaient sensibles d'activer les effets de sa maladie. Il expliqua d'ailleurs que c'était très risqué d'être entré dans le lycée. Il suivait des cours par correspondance depuis petit et dans des circonstances pas toujours joyeuses.


Malgré cela, il avait quand même réussi à s'en sortir même son niveau en cours était désastreux et désolant. Nous étions assis sur un banc depuis quelques instants, Natsu semblait attendre quelque chose. Je le questionnai et il me répondit que, depuis petit, un chat venait lui rendre visite. Il ne fallut pas plus de temps pour expliquer qu'une boule de poils arriva vers nous. Cependant, c'était assez spécial. La couleur de son pelage était bleu, ce n'était pas du tout commun. Je me demandais même si cela était normal. Natsu commença à le caresser tout en expliquant qu'il connaissait ce chat depuis longtemps et qu'il lui avait même donné le nom de «  Happy  » car il n'arrêtait pas de ronronner à tout bout de champs. Nous restâmes plusieurs instants jusqu'à ce que Natsu se leva.


Cette sortie n'avait absolument rien de spécial et pourtant, je prenais du bon temps. Il commençait à faire de plus en plus chaud. La canicule, vous savez... Nous rentrâmes finalement après quelques heures, du fait de la chaleur et de l'ennui qui commençait à régner. Pourtant, c'était plutôt sympa et puis Natsu avait l'air content donc ça me suffisait.


* * *


Je me levai tranquillement de mon lit. L'anxiété s'empara de moi aussitôt. Aujourd'hui, Natsu devait se rendre à l'hôpital une nouvelle fois. Il me l'avait annoncé hier, à la toute fin de notre sortie. Sur le coup, on peut dire que ça avait gâché un peu le rendez-vous. Et si il m'avait fait venir à ce rendez-vous juste pour finir sa vie sur une bonne note ? Et si il savait qu'il allait mourir là, aujourd'hui ? Je regardais mon réveil qui affichait «  10h21  », Natsu devrait se rendre à l'hôpital dans une demie-heure. J'enfilais mes habits avant de sortir de chez moi à la demie. Je courrais presque dans les rues en suivant le chemin de l'hôpital.



J'arrivais à l'hôpital en haletant fortement. Je fonce à la chambre numéro 777. Cette porte, ce numéro me hantait chaque jours. Je restai devant la porte. Encore une fois, je n'avais pas assez de force pour l'ouvrir. Seulement, la porte était entrouverte. Je regardai à travers le champs visible, constatant la scène.