Sur l'épaule d'une mère

par Hel

Ahlala, heureusement que Just My est là pour me rappeler à l’ordre ! Les jours filent et je ne m’en rends absolument pas compte ! Ce chapitre est un peu court et pas palpitant, je vous prie de m’en excuser, mais il formait un tout et je devais arrêter là.

J’en profite pour vous souhaiter à tous d’excellentes fêtes de fin d’année !

 

 

 

 

 

 

Une fraction de seconde plus tard Chichi était près de Gohan, à passer fébrilement sa main sur son visage, son torse, son crâne, à la recherche d’une blessure, d’une trace de sang. Elle s’écria :

 

-          Mon dieu Gohan que se passe-t-il ?

 

Il hoqueta de plus bel et posa son front sur l’épaule maternelle. Chichi, stupéfaite, glissa ses doigts dans les mèches brunes de son fils et lui caressa lentement la tête. Elle demanda à nouveau, plus doucement :

 

-          Je t’en prie, parle-moi. Dis-moi ce qui t’arrive.

 

Il ne répondit rien, enfouissant un peu plus son visage dans la chaleur du cou de Chichi, dans l’odeur rassurante de son kimono. Sa mère écarquilla les yeux, bouleversée : elle ne se souvenait plus quand Gohan s’était ainsi blotti contre elle pour la dernière fois. Elle n’était pas sûre qu’il l’ait jamais fait depuis…. depuis ses quatre ans. Depuis qu’il avait été propulsé de force dans cette vie de guerrier où les sentiments étaient avant tout une faiblesse. Il était resté adorable, prévenant, très proche d’elle…. Mais pas ainsi. Il était arrivé quelque chose de grave. Chichi avala difficilement sa salive et murmura à l’oreille de Gohan :

 

-          Est-ce qu’il est arrivé malheur à un de nos amis ? À Piccolo ? Est-ce que…. Est-ce que quelque chose nous menace ?

 

Il se recula enfin, les yeux hagards, les joues humides de larmes. Il secoua la tête et bredouilla :

 

-          Non… Il n’y a rien…. Ils vont tous bien…

 

Chichi saisit le visage de son fils entre ses mains avec délicatesse et plongea ses yeux dans les siens :

 

-          Alors dis-moi. Dis-moi ce qui met mon enfant dans cet état.

 

Il baissa la tête, le regard dans le vague. Chichi le prit par l’épaule et le conduisit vers le canapé. Il s’y laissa tomber et elle s’assit près de lui, passant une main dans son dos, le caressant d’un mouvement calme et rassurant. Elle le sentit se détendre petit à petit alors qu’il gardait ses yeux fixés sur un point invisible devant lui. Il murmura enfin :

 

-          Pardonne-moi, tu as du t’inquiéter ce soir, je….

 

Chichi sourit tristement : c’était son fils tout craché. Elle le coupa :

 

-          Ce n’est pas important, Gohan. Goten m’a dit qu’il sentait que tu allais bien, c’est tout ce qui m’importait. Manifestement, tu as eu… des choses à faire, quelles qu’elles soient.

 

Le saiyen leva vers sa mère un regard brillant de gratitude et se laissa aller contre le dossier du canapé. Chichi prit la main de son fils dans la sienne et la serra :

 

-          Gohan, tu sais que tu peux tout me dire. Absolument tout. Car s’il y a bien une seule chose au monde que je ne supporte pas, c’est de voir l’un de mes enfants dans cet état-là.

 

Il secoua la tête et gémit :

 

-          Je ne peux pas…. C’est… C’est un secret. C’est son secret.

 

Sa mère sourit amèrement :

 

-          Mon chéri, tu portes déjà le poids de tellement de secrets, comment as-tu pu en accepter un de plus ?

 

Les épaules de Gohan s’affaissèrent un peu plus et il murmura enfin :

 

-          Je…. Elle a eu confiance en moi. Alors que… que tout est de ma faute, encore….

 

Il se tut à nouveau et se mordit la lèvre pour empêcher les larmes de revenir.

 

-          Elle ? répéta Chichi en fronçant les sourcils.

 

Elle sembla réfléchir une minute, puis s’écria :

 

-          Oh mon dieu tu as mis une jeune fille enceinte ! Oh non mais dites-moi que ce n’est pas vrai !

 

Gohan releva la tête, les yeux comme des soucoupes :

 

-          Hein ?

 

Sa mère l’attrapa par son t-shirt et le plaqua rudement contre le dossier du canapé, son visage à quelques centimètres de celui, terrorisé, de Gohan. Elle grinça :

 

-          Ah non. Les monstres, les batailles, la fin du monde, je veux bien. Mais pas ça, tu m’entends. Pas ça ! Pas après l’éducation que je t’ai donnée ! Pas ça !

 

Le jeune homme bredouilla à toute allure :

 

-          Mais non ! Il n’est absolument pas question de cela ! Je n’ai…. Je n’ai même jamais eu de petite amie !

 

Chichi fronça les sourcils, ses yeux rivés à ceux de son fils pour tenter d’y déceler la preuve d’un mensonge ; évidemment, elle n’y lut que peur et stupéfaction. Alors elle relâcha le tissu à présent détendu du t-shirt et se rassit calmement, remettant derrière son oreille une mèche qui s’était échappée de son chignon. Elle reprit d’un ton posé :

 

-          Bon, alors à part cela, c’est bon, je peux tout entendre. Vas-y.

 

Gohan soupira profondément pour tenter de retrouver ses esprits. Il jeta un coup d’œil inquiet à sa mère, qui lui souriait à nouveau de la façon la plus engageante. Il se frotta nerveusement la nuque, déboussolé, puis les événements de la matinée lui revinrent à l’esprit et un voile de tristesse passa à nouveau dans ses yeux noirs.

 

-          C’est à cause du Cell Game.

 

Le cœur de Chichi manqua un battement et elle ferma les yeux un bref instant. Voilà. Elle y était. Elle était arrivée à ce jour fatidique où il lui en parlerait, enfin. Où il arrêterait de faire comme si tout allait bien. Où cette carapace de gentillesse et d’abnégation se fissurerait. La voix vibrante de Gohan s’éleva à nouveau :

 

-          Je sais qu’à cause de moi, tu as tout perdu ce jour-là.

-          Tu arrêtes cela tout de suite.

 

La voix de Chichi était douce, mais déterminée. Elle reprit la main de Gohan et la serra :

 

-          Je suis loin d’avoir tout perdu. Et ce que j’ai perdu, c’est Cell qui me l’a ôté. Tu n’y étais pour rien.

-          Non. Tu n’étais pas là, tu ne comprends pas, tu…

-          Je sais tout Gohan. Je l’ai toujours su.

 

Il releva la tête et, stupéfait, croisa le regard de sa mère. Elle sourit tristement et continua :

 

-          Je sais que tu penses avoir eu l’occasion de tuer Cell et que tu ne l’as pas fait. Que tu estimes que cet instant d’orgueil a été fatal à ton père.

-          Mais... balbutia Gohan. Comment…. ?

-          Piccolo est venu me parler, peu après la naissance de Goten.

 

Le jeune saiyen resta bouche bée. Jamais il n’aurait cru que son maître et sa mère puissent avoir, un jour, la moindre discussion, le moindre échange. Pour Piccolo, Chichi représentait un peu la faille chez son si brillant élève ; ce côté humain, maternel, qui le maintenait loin des combats pour lesquels tant de monde avait estimé qu’il était fait. Pour Chichi, Piccolo était l’extraterrestre qui lui avait arraché son fils de quatre ans pour le brutaliser, en faire un guerrier.

 

Chichi sembla lire dans les pensées de Gohan et eut un petit rire amer :

 

-          Oui, à moi aussi cela m’a semblé absurde. Tu étais parti emmener Goten se promener, et tout à coup Piccolo est apparu près de moi, devant la maison où j’étendais le linge. J’étais pétrifiée, j’avais…. un peu peur, je crois. Je ne serai jamais à l’aise avec lui. Il ne m’a quasiment pas regardée, lui non plus. Il a dit qu’il y avait des choses que je devais savoir, pour ton bien à toi. Que tu étais malheureux parce que tu pensais avoir tué Goku. Que tu t’étais laissé griser par ta puissance, qui était hallucinante et qui s’était alors vraiment révélée à toi. Et qu’alors l’impensable était arrivé, à nouveau, et qu’avant que quiconque ait pu faire quoi que ce soit, Goku s’était sacrifié pour que cela cesse. Pour nous sauver.

-          Cela n’a même pas suffit….murmura Gohan en baissant la tête.

-          Il me l’a dit, aussi. Il m’a raconté comment tu as sauvé Végéta, puis le monde entier. Au péril de ta vie, encore.

-          Non. Avant Cell n’était pas aussi puissant, grinça Gohan. Avant j’aurais pu, j’aurais du….

 

Chichi saisit à nouveau le visage de son fils entre ses mains et plongea ses yeux dans les siens :

 

-          Gohan. Tu n’étais pas responsable, de rien. Personne, tu m’entends, personne n’aurait du mettre une telle puissance et une telle responsabilité entre les mains d’un garçon de onze ans. C’est inhumain.

 

Elle marqua une pause, puis acheva :

 

-          Cela, c’est aussi Piccolo qui me l’a dit ce jour-là. Et je suis entièrement d’accord avec lui. Je ne t’en ai jamais voulu après avoir appris cela, jamais, tu m’entends. J’ai juste été plus…. triste que ce soit toi qui aies eu cette responsabilité à porter. Que tu doives vivre avec cette culpabilité que, je m’en rends compte, personne ne t’ôtera jamais. Cependant je te le répète Gohan : j’ai perdu l’homme que j’aime ce jour-là, et celui qui me l’a enlevé, c’est Cell, c’est le monstre. Mais il m’a ôté quelque chose d’autre, quelque chose d’également très précieux : ton innocence, ton insouciance. Et je le hais pour cela, pour tout cet enchaînement d’événements qui nous amène ici ce soir. Mais toi, jamais personne ne te tiendra responsable de quoi que ce soit. Le monde te doit la vie, Gohan. Ne l’oublie pas.

 

Chichi ferma les yeux pour s’empêcher de pleurer. Puis, très doucement, elle passa sa main dans le cou de Gohan et l’attira à elle. Il se laissa faire et vint se blottir contre sa mère, son visage dans son cou. Elle sentit les larmes de Gohan glisser contre sa peau, mouiller le col de son kimono. Mais, alors qu’elle espérait qu’il se calme, il gémit à nouveau :

 

-          Non. Tu ne sais pas tout. Piccolo ne sait pas tout. Vous ne savez pas que j’ai brisé une vie ce jour-là, qu’elle paye depuis toutes ces années ce qui est arrivé.

 

Elle, à nouveau…. Chichi murmura :

 

-          Qui cela Gohan ? De qui parles-tu ?

 

Il retint un instant son souffle, hésitant une ultime fois, puis avoua :

 

-          De Videl.

-          Videl ? répéta sa mère, à qui ce prénom n’était pas inconnu.

-          Videl Satan. Sa fille.

 

Chichi écarquilla les yeux :

 

-          La fille du soi-disant champion ? La fille de ta classe, celle dont tu m’avais parlé ? Qui est odieuse, mais qui aide la police, et que tu as déjà croisée lors de tes interventions ?

 

Gohan ne trouva que la force d’acquiescer. Sa mère se décala légèrement de lui et le regarda, surprise. Elle ajouta :

 

-          Mais…. Comment aurais-tu pu briser sa vie !? Elle vit dans la gloire, elle est fortunée, elle est la fille de l’homme le plus connu du monde, du sauveur de l’humanité ! Nous lui avons tout abandonné, alors comment peux-tu dire….

 

Chichi se tut : Gohan s’était détaché d’elle, se rasseyant convenablement sur le canapé, passant une main tremblante sur son visage aux traits creusés. Tentant en vain d’essuyer les larmes qui s’étaient remises à couler, encore. Sa mère fronça les sourcils :

 

-          Que se passe-t-il ? Qu’est-il arrivé à cette jeune fille ?

 

Le jeune saiyen respira profondément et répondit d’une voix à peine audible :

 

-          J’ai laissé Satan endosser cette victoire. Je n’ai pas cherché à savoir…. qui il était. J’ai profité de ce que quelqu’un voulait de cette gloire, sans me demander ce qu’il en ferait, ce qu’il deviendrait. Et depuis….

 

Il ferma les yeux, ses paupières se crispant sur ses larmes. Chichi serra la main de Gohan et attendit qu’il continue.

 

-          Il la bat, gémit le jeune homme. Il… Il semble s’être véritablement persuadé qu’il avait…. sauvé le monde. Et il exige d’elle qu’elle…. qu’elle soit la meilleure, partout, tout le temps. Sinon…. Il la frappe, encore et encore.

 

Il éclata à nouveau en sanglots.

Chichi était livide, pétrifiée par ce que venait de lui apprendre Gohan. Les yeux dans le vide, elle continua machinalement de caresser la main de son fils d’un mouvement circulaire rassurant. Elle avait soudain l’impression d’avoir froid, très froid. Elle murmura :

 

-          Mon Dieu…

 

Elle reprit ses esprits et demanda à Gohan d’une voix vibrante d’anxiété :

 

-          Mais qui t’a appris cela ? En es-tu sûr ?

 

Gohan sourit amèrement :

 

-          Certain, hélas. Voilà un moment que je me suis aperçu que quelque chose n’allait pas. Qu’elle était couverte de marques de coups, alors qu’elle n’en recevait quasiment aucun lors de nos interventions en ville. Qu’elle haïssait Saiyaman, parce qu’il lui avait volé la première place dans sa lutte contre les criminels. Qu’elle me haïssait, moi, Gohan, juste…. parce que j’avais de meilleurs résultats qu’elle en cours. Elle était toujours la première, avant, en tout.

 

Chichi sentit sa gorge se serrer en repensant à sa joie orgueilleuse devant les résultats de son fils. Joie qu’une jeune fille inconnue avait, elle, du payer très cher.

 

-          Hier soir, continua Gohan, tu te souviens maman, j’ai du travailler tard pour apprendre une leçon. Videl, elle, épuisée, a du s’endormir. Elle a été interrogée…. et ne savait pas. Alors elle s’est enfuie, et je l’ai suivie.

 

Il jeta un coup d’œil inquiet à sa mère et murmura d’un ton apeuré :

 

-          Euh…. Oui, d’ailleurs j’ai séché les cours aujourd’hui. Tu vas sûrement recevoir un courrier.

 

Chichi balaya la remarque d’un geste de la main et dit :

 

-          Ne t’inquiète pas, je te ferai un mot.

-          Merci. Bref, j’ai passé la journée avec Videl, pour essayer de savoir, de comprendre. Et elle a fini par tout me raconter.

 

Il crispa ses doigts sur le tissu de son pantalon et continua d’une voix brisée :

 

-          Comment sa vie a été bouleversée ce jour-là, le jour du Cell Game. Comment c’est cette gloire qui a changé son père, et qui a marqué le début de son calvaire. Son père n’était pas le même, avant. C’est parce que je n’ai pas voulu endosser….

-          Tu avais onze ans Gohan ! le coupa Chichi. Aucun de nos amis ne voulait de cette gloire, et personne n’a songé que cela pourrait avoir de telles conséquences ! Mais toi, en plus, tu n’étais qu’un enfant !

-          Elle aussi n’était qu’une enfant, rétorqua douloureusement Gohan.

 

Sa mère soupira et serra encore la main de son fils dans la sienne. Il continua, comme pour lui-même :

 

-          Je suis allé chez elle. J’y suis passé, il y a environ quinze jours, pour vérifier si mes doutes étaient fondés. Si tu l’avais vue…. Elle est si forte, maman. Elle se bat bien, vraiment. Elle a une très bonne technique, elle ne ménage pas sa peine, jamais. Elle est toujours prête à venir en aide aux autres ! Mais là…. Devant son père, elle semblait éteinte. Apeurée, faible. Et il n’arrêtait pas de la critiquer, de la rabaisser.

 

Chichi regardait Gohan avec la plus grande attention. Elle avait vu son visage s’animer d’un mince sourire quand il parlait de Videl, quand il vantait ses mérites. Elle avait aussi vu ses poings se crisper de colère à l’évocation de Satan. Les vitres teintèrent très légèrement et Chichi caressa la joue de son fils dans un geste apaisant. Il leva la tête et lui sourit faiblement. Le tintement cessa. Chichi demanda avec douceur :

 

-          Mais si elle est forte… Pourquoi ne se défend-elle pas ? D’après mes souvenirs, ce Satan était vraiment pitoyable, non ? Alors pourquoi ne réagit-elle pas ?

 

Un nouveau sanglot souleva Gohan et Chichi se mordit la lèvre. Il gémit douloureusement :

 

-          Elle est plus forte que lui, bien plus forte. Mais….

 

Il se tut, les lèvres tremblantes, les larmes se remettant à perler sous ses paupières closes. Chichi répéta doucement :

 

-          Mais… ?

-          Mais elle a peur de lui. Car elle est persuadée qu’il retient ses coups, qu’il la ménage…. Elle est persuadée que si elle se rebelle, il serait capable de la tuer.

-          Quoi ? Mais comment… ?

 

Gohan tourna vers Chichi un visage baigné de larmes :

 

-          Elle est persuadée, comme tout le monde, que son père est bien plus puissant qu’il ne le laisse paraître. Car, après tout, c’est celui qui a vaincu Cell.

 

Chichi resta pétrifiée quelques secondes puis, lentement, porta une main à sa bouche alors que ses yeux s’agrandissaient d’horreur. Gohan se cacha le visage dans les mains et gémit :

 

-          Et moi…. et moi je n’ai rien dit. Je n’ai pas été capable de lui avouer que tout cela…. Qu’elle endure cela depuis tant d’années pour rien, et…. à cause de moi. Je ne sais plus quoi faire maman. Je ne sais plus du tout.

 

Il se remit à sangloter bruyamment, sans même se rendre compte des bras tremblants de Chichi qui l’attiraient à nouveau contre elle. Il ne se rendit pas compte non plus que les larmes de sa mère se mêlaient aux siennes.