Sur le bois d'un parquet

par Hel

Bon, ce que je fais est totalement suicidaire, sachant que bien que j’aie pas mal de chapitres d’avance, cette fic n’est cependant pas achevée. Je risque de me retrouver en panne, et vous avec. Mais je me dis –sûrement stupidement- que cela va me motiver pour écrire plus rapidement, me forcer à trouver du temps. Si quelqu’un sait comment rajouter deux heures à une journée de vingt-quatre, je suis preneuse.

 

Cette fic est, encore, la rencontre Gohan et Videl. Eh oui, on reprend les mêmes et on recommence, 532797ème variation sur un même thème… Là par contre, cela ne s’annonce pas très fleur bleue, enfin un peu parce qu’on ne me refera pas (malheureusement, car j’avais des idées de correction, au niveau des mensurations notamment…). Mais l’idée de base est assez dure.

Je vous préviens, un des personnages est TOTALEMENT « OOC » (Out Of Character, pour les ignares, c'est-à-dire très différent niveau caractère de l’original). Je sais, moi non plus je n’aime pas trop cela dans les fics, mais toute mon intrigue repose là-dessus, alors c’était difficile de faire l’impasse. Et elle me trottait vraiment trop dans la tête, il fallait qu’elle en sorte, alors voilà. Elle ne sera pas longue, une dizaine de chapitres je pense.

 

Un gros bisou à Tamia, ma bêta.

 

Et maintenant bonne lecture, j’espère !

 

 

 

 

 

 

 

 

Videl l’avait à peine regardé. Un nouvel élève, la belle affaire. Elle profita de sa pathétique présentation pour relire sa leçon, encore, même si elle la savait déjà parfaitement. Evidemment il avait fallu que cette imbécile d’Erasa poussât des cris perçants pour attirer l’attention de ce… Gohan et lui faire signe de venir s’asseoir près d’elle. Il se glissa derrière Videl et alla s’installer entre la jeune fille blonde et Shapner. Videl n’écoutait pas ce qu’ils se disaient, mais quelque chose attira néanmoins son attention : sa voix. Elle avait déjà entendu cette voix.

Elle releva la tête et, sourcils froncés, observa celui qui venait de s’installer à un mètre d’elle : il était grand, brun, le teint plutôt halé et habillé de façon ridicule.

 

Voilà, elle avait trouvé. Elle coupa sèchement la parole à Erasa et s’adressa à Gohan :

 

-          Dis, tu étais bien sur les lieux lors du braquage ce matin ?

-          Euh… oui, en effet, balbutia le jeune homme qui s’était tournée vers elle et la regardait, surpris.

 

Erasa jeta un regard agressif vers Videl mais celle-ci n’y prêta même pas attention et continua :

 

-          Que faisais-tu là-bas ?

-          Je…. J’allais au lycée, c’est tout.

-          C’est loin du lycée.

-          Oui, j’habite loin.

 

Videl plissa les yeux et dévisagea sans vergogne Gohan d’un air suspicieux. Mal à l’aise, il détourna le regard.

 

L’homme qu’elle avait interrogé sur le combattant doré lui avait fait une description qui ressemblait étrangement à ce garçon. Mais il semblait insignifiant, et n’avait ni les yeux bleus ni les cheveux blonds. Videl haussa les épaules, se détourna et, sans plus un mot, se concentra sur ses cours. Après tout, quelle importance.

 

Gohan cligna des yeux, décontenancé par l’attitude agressive de cette fille qu’il ne connaissait même pas. À côté de lui, Erasa murmura sèchement :

 

-          Elle c’est Videl. Videl Satan.

-          Videl Satan, répéta machinalement Gohan.

 

Il chercha pourquoi ce nom ne lui était pas totalement inconnu. Pourquoi….

 

-          C’est la fille unique de Satan, notre sauveur, celui qui a vaincu Cell.

 

Gohan en eut le souffle coupé et, yeux écarquillés, regarda la jeune fille qui était assise au bout de la rangée. Elle était petite, fine mais manifestement musclée. Son visage au teint blême, marqué d’un hématome sur la pommette, était encadré par deux couettes d’épais cheveux sombres. Gohan se fit la réflexion qu’elle aurait pu être jolie, si ses traits n’étaient pas figés dans cette expression sévère et glaciale. Si ses immenses yeux pâles ne brillaient pas de cette flamme qui trahissait une colère sourde et froide. Elle ne ressemblait en rien à l’homme pitoyable qu’il avait croisé au Cell Game, tant d’années plus tôt ; son père. La fille de Satan….

 

Erasa baissa encore le ton et siffla entre ses dents :

 

-          Un conseil, ne t’approche pas d’elle, elle mord. La notoriété lui est définitivement montée à la tête, depuis le Cell Game elle est odieuse avec tout le monde. Je suis bien placée pour le savoir, nous étions amies, avant.

-          Ah. Plus maintenant, alors ? demanda ingénument Gohan.

-          Non. J’en ai eu assez, il y a déjà longtemps, de subir l’agressivité de la demoiselle. Elle n’a aucun ami. Elle doit estimer que personne n’est assez bien pour elle.

 

Gohan jeta à nouveau un coup d’œil à Videl, qui faisait manifestement mine de ne pas entendre les propos d’Erasa. Il se fit la réflexion que cette fille n’avait pourtant pas vraiment l’attitude de quelqu’un d’orgueilleux : le cou rentré dans les épaules, vêtue d’un t-shirt trop grand et d’un short noir, la tête baissée sur son cahier, elle paraissait fort désagréable, oui. Mais pas hautaine, pas sûre d’elle. Il haussa les épaules : après tout, cela ne le concernait pas. Il reporta à nouveau son attention sur Erasa qui continua d’un ton enjoué :

-          Bref, ne t’occupe pas d’elle, et ne t’inquiète pas, on va s’occuper de toi mon petit Gohan !

 

Il sourit largement à sa camarade blonde et sortit ses affaires.

 

Videl, elle, l’avait quasiment oublié, totalement inconsciente que ce garçon allait faire de sa vie un enfer. Un enfer bien pire que celui qu’elle vivait déjà.

 

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Saiyaman fit son apparition quelques jours plus tard, à peine.

 

Gohan avait été très étonné d’apprendre par Erasa que Videl travaillait avec la police, qu’elle traquait les criminels. Pour le coup, il fut assez impressionné : elle n’avait aucun pouvoir, malgré un ki élevé, et elle réussissait à allier interventions dangereuses et brillantes études. Car Videl était, de loin, la meilleure élève du très prestigieux lycée Orange Star. Bien évidemment, les mauvaises langues murmuraient qu’en tant que fille de Satan, les professeurs la favorisaient, mais Gohan s’était très vite rendu compte qu’elle n’en avait nul besoin : en classe elle travaillait très sérieusement et participait très fréquemment et brillamment.

 

Tout naturellement, Saiyaman et Videl se retrouvèrent lors de la première intervention du nouveau super héros de Satan City. Il avait sauvé ce bus, et Videl par la même occasion. Mais loin, très loin de le remercier, la jeune fille lui décocha un regard assassin et fila sans un mot dans son Jetcopter. Pas un merci, rien. Gohan resta un instant totalement déconcerté, figé alors que les flashs des rescapés crépitaient autour de lui. Quand le lendemain, en classe, le nom de Saiyaman commença à fuser parmi les lycéens enthousiastes, Videl tapa du poing sur son pupitre, manquant de le rompre, et leur hurla de se taire afin qu’elle puisse travailler. Elle se rassit dans un silence de mort, ignorant les regards narquois braqués sur elle. Erasa murmura à Gohan :

 

-          Oula, je ne voudrais pas être à la place de notre nouveau super héros, la princesse Videl est jalouse !

 

Gohan l’entendit à peine, son regard stupéfait posé sur la fille de Satan qui s’était replongée dans son livre de cours. Quelque chose ne collait pas. Quelque chose ne collait définitivement pas.

 

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Il retint le réservoir d’une main.

À genoux près de lui, les mains tendues au-dessus d’elle dans un geste de protection dérisoire, Videl attendit un impact fatal qui ne vint jamais et releva lentement la tête. Ses yeux bleus s’agrandirent de surprise, elle ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Gohan lui trouva l’air d’une petite fille, apeurée et fragile. Il lut l’admiration dans ses prunelles levées vers lui et son cœur se serra dans sa poitrine. Alors il lui sourit et dit doucement :

 

-          Tu devrais sortir de là, je ne peux pas le retenir longtemps, je dois tenter de stopper l’incendie.

 

Videl acquiesça machinalement et se leva. Hagarde, elle regarda Saiyaman percer la citerne et l’eau se déverser sur les flammes, apaisant le brasier. Elle sembla reprendre ses esprits quand, la fumée se dissipant, elle le vit faire le V de la victoire devant ceux qu’il venait de sauver d’une mort certaine. Elle parmi eux.

Saiyaman se tourna à nouveau vers elle et son sourire disparut. La jeune fille, debout, bras le long du corps, tremblait d’une rage à peine contenue et dardait sur lui un regard haineux. Désemparé, il balbutia :

 

-          Ben… Qu’est-ce qu’il y a... ? Je viens quand même de te sauver la vie, et….

-          Je ne t’avais rien demandé ! Personne ne t’avait rien demandé ! Je me débrouillais très bien sans toi, alors disparais ! Retourne d’où tu viens et restes-y !

 

Gohan resta un instant muet d’étonnement, puis fronça les sourcils et rétorqua plus durement :

 

-          Je te signale que tu serais dans l’Autre Monde si je n’étais pas intervenu. Et tous ces innocents aussi. Tu pourrais au moins reconnaître cela, et me remercier !

-          Te remercier ? répéta-t-elle, stupéfaite.

Ils restèrent quelques secondes immobiles, face à face. Puis le visage de Videl se crispa encore davantage de colère, elle ouvrit la bouche, la referma, secoua la tête en signe de dénégation et, décapsulant son jetcopter, y sauta et fila vers l’horizon.

 

Saiyaman cligna des yeux, totalement abasourdi par cet échange et par la réaction de la jeune fille. Mais déjà ceux qu’il avait secourus s’approchaient pour le féliciter et il se tourna vers eux en souriant.

 

*********************

 

Elle avait attendu la nuit, mais doutait que cela fût suffisant. Quand elle se glissa cependant dans l’immense demeure, tout lui sembla sombre et silencieux. Elle gagna à toute allure l’aile où se trouvait sa chambre et traversa le couloir comme une ombre. Elle avait l’impression que les battements de son cœur résonnaient dans le vide silencieux de la maison. Quand elle fit tourner sans un bruit la poignée de sa porte, alors seulement elle s’autorisa à espérer. Refermant le lourd battant, elle s’y adossa en poussant un soupir de soulagement.

 

Et se figea d’horreur.

 

La haute silhouette se découpait devant la fenêtre, sur le ciel nocturne éclairé des lumières de la ville.

 

Videl fut parcourue d’un tremblement terrible et se colla un peu plus à la porte, ses ongles grattant inconsciemment le bois du battant. Elle ferma les yeux, crispant ses paupières pour retenir les larmes qu’elle ne laisserait pas couler. Quand elle les rouvrit, il avait allumé et la chambre était baignée d’une lumière qui la fit cligner des yeux, rapidement, comme un animal apeuré par la lumière des phares de la voiture qui s’apprête à le broyer.

 

Et Satan avançait vers elle.

 

Quand elle vit ce qu’il avait à la main, ce qu’il levait vers elle pour le lui montrer, toutes ses craintes se confirmèrent et le sang dans ses veines se glaça encore un peu plus. Arrivé devant elle, il lui écrasa contre le visage la première page du journal. Celle où Saiyaman, souriant, posait pour les journalistes.  À l’arrière plan, on distinguait l’immeuble qu’il venait de sauver des flammes.

Satan leva un peu le journal et machinalement Videl distingua les gros titres : « La fille de Satan sauvée par notre nouveau justicier ! »

 

La jeune fille ferma les yeux et attendit. La voix s’éleva, vibrante de rage :

 

-          C’est tout ce que tu as trouvé pour m’humilier ? Pour me faire honte ?

 

Son haleine était lourde, il avait bu, mais pas assez pour s’enivrer vraiment. Elle ne pourrait pas y échapper. Quand il la frappa à toute volée à la joue avec le journal, elle encaissa sans bouger. Il grinça :

 

-          Je savais que tu allais rentrer ici comme une voleuse, comme l’espèce de lâche que tu es. Quand je pense que tu es ma fille. Quand je pense que c’est une moins que rien comme toi qui hériteras de tout ce que j’ai gagné. Quand je pense que tu vis de ma gloire, de ma force, alors que tu n’es rien.

 

Il la saisit par les cheveux sur le haut du crâne et lui frappa durement la tête contre le bois de la porte derrière elle. La douleur explosa et Videl gémit. Il hurla :

 

-          Et regarde-moi quand je te parle, petite conne !

 

Ses paupières frémirent et elle ouvrit lentement les yeux, découvrant le visage paternel déformé par la haine, à quelques centimètres du sien. Elle ne put s’empêcher de trembler, encore.

 

-          Mademoiselle joue les princesses en détresse ! Mademoiselle se fait sauver par ce héros de pacotille !

 

Elle ouvrit la bouche pour parler mais Satan lui cogna à nouveau le crâne contre le battant et elle se mordit la langue. Le goût métallique du sang lui emplit la bouche et elle retint un haut le cœur. Satan crispa ses doigts dans les mèches brunes et articula lentement :

 

-          Je suis Satan le sauveur du monde. Tous ces gens m’admirent car ils me doivent leur misérable existence. Alors tu as intérêt à te montrer digne de cet immense honneur que tu as d’être ma fille. Tu as intérêt à être la meilleure, à te montrer à la hauteur de ton héritage.

 

Videl le sentit venir mais ne bougea pas. Satan lui asséna un formidable coup de poing dans l’estomac et elle se plia en deux en avant, le souffle coupé, les yeux exorbités par la souffrance. Il se recula et la regarda glisser au sol dans un gémissement inarticulé. Il secoua lentement la tête et toisa la jeune fille avec mépris :

 

-          Tu es pitoyable. Faire la première page des journaux comme victime alors que tu es la fille du sauveur du monde. J’ai honte, j’ai tellement honte de toi. Tu me dégoûtes. Qu’ai-je fait pour mériter une raclure pareille comme enfant.

 

Elle tenta de se pelotonner à terre mais il lui envoya son pied en plein visage. Elle encaissa sans broncher cette fois. Un voile rouge passa devant son œil gauche et elle sut que son arcade sourcilière était ouverte, encore une fois. Elle le sentit prendre son élan et resta au sol, en position fœtale, pendant qu’il la ruait de coups de pieds.

 

Videl n’avait plus qu’à attendre que, épuisé, son père l’abandonne une fois de plus, seule, sur le magnifique parquet de sa chambre.