Chapitre 8

par Hel

-                 Un problème, Son Gohan ?

-                 Non Monsieur ! répondit le jeune homme au professeur.

 

Il reporta son attention sur le plafond, pour ne pas croiser le regard déçu de Videl. Toute la salle de spectacle du lycée, dans laquelle ils répétaient à présent, fourmillait de monde. Les uns répétaient leurs scènes, les autres s’affairaient sur les décors… Tous partageaient le même stress, en cette veille de la représentation.

Le professeur soupira :

 

-                 Ecoutez… Je ne sais pas… Vous qui étiez si… motivé il y a encore quinze jours, depuis votre jeu s’est complètement détérioré, il n’y a plus rien, plus aucun sentiment !

-                 Désolé, se contenta de répondre le lycéen.

-                 Bon… on fait une pause, soupira l’enseignant.

 

Gohan sauta au bas de l’estrade et se dirigea vers la sortie. La voix de Videl retentit :

 

-                 Gohan, attends !

 

Il se raidit un instant, et se retourna malgré lui. Elle le rejoignit rapidement, sans prêter la moindre attention aux regards braqués sur eux :

 

-                 Je peux te parler une minute ?

-                 Si tu veux, répondit-il d’un ton désespérément neutre.

-                 Viens, on va en profiter pour aller chercher un truc à grignoter.

 

Gohan ne put s’empêcher de sourire : si elle le prenait par les sentiments…

Quelques instants plus tard, ils étaient assis sur les marches près de la cafétéria, Videl finissant une barre chocolatée pendant que Gohan engloutissait un second sandwich.

Elle leva vers lui ses yeux clairs, sourcils froncés :

 

-                 Qu’est-ce qu’il y a ?

Il déglutit difficilement, et répondit d’un air surpris :

-                 Ben rien ! C’est toi qui voulais me parler.

-                 Toi tu n’as rien à me dire ??

 

Il avala une autre bouchée :

-                 Ben non.

-                 Donc tout va bien ?

-                 Ben oui.

-                 TU TE FOUS DE MOI ???

 

Gohan manqua de tomber, et toussa pour évacuer le bout de sandwich qui était resté coincé dans sa gorge :

 

-                 Mais ça ne va pas de crier comme ça ! Et puis je ne vois pas du tout de quoi tu parles.

 

Videl avait bondi sur ses pieds et, mains sur les hanches en face de lui, le toisa méchamment :

 

-                 Alors laisse moi te rafraîchir la mémoire. Il y a encore quinze jours, tout allait bien, tu m’as appris à voler, c’était extra, on a bien révisé, on s’est…

 

Elle pensa aux baisers… Mais préféra ne pas rappeler ces « incidents » :

 

-                 … on s’est bien entendus, le prof était content des répétitions, et maintenant plus rien ! Tu me parles à peine, on ne se voit plus du tout à l’extérieur des cours…

-                 Mais tu sais voler, et tu sais ton texte maintenant !

-                 .. et ne m’interromps pas !!!!!!! s’écria-t-elle.

 

Gohan se tassa sur son siège. C’est fou comme cette fille lui rappelait sa mère, parfois… Videl enchaîna :

 

-                 Tu rentre chez toi dès la fin des cours…

-                 Je m’entraîne beaucoup, murmura-t-il.

-                 … et, pour clore le tout, nos répétitions sont une catastrophe, tu récites ton texte comme le botin des super-héros !!

-                 Il y a un botin des super-héros ??

 

La pensée qu’il était beaucoup plus fort qu’elle empêcha Videl de lui coller une baffe. Elle serra les poings et préféra ne pas répondre. Elle respira un grand coup, et regarda à nouveau Gohan :

 

-                 Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?

 

Mal à l’aise, il se passa la main sur la nuque et bafouilla :

 

-                 Mais rien ! Je t’assure ! Je m’entraîne beaucoup avec un ami, et…

-                 Moi aussi je m’entraîne figure toi ! Mais quand même…

 

Elle se tut et soupira. Gohan cligna des yeux : la colère de Videl semblait soudain évanouie, et la jeune fille paraissait… triste.

Le jeune homme sentit une étrange boule se former dans sa gorge. La vision de Videl ainsi abattue lui était… douloureuse. Après tout, elle avait droit à une explication… C’était étrange, il avait pensé qu’elle se moquerait de ne plus le voir.. Manifestement non.

 

- Ecoute… Je ne veux pas nous poser de problèmes, c’est tout.

 

Elle redressa la tête et écarquilla les yeux :

 

-                 Des problèmes ? Mais quels problèmes ?

-                 Ma mère déjà, elle…

-                 Elle ne m’aime pas du tout, je sais., soupira-t-elle.

-                 Non, attends, ce n’est pas ça, elle a.. une fausse image de toi.

 

Il se passa nerveusement la main dans les cheveux et pria Dendé de lui venir en aide. Ce qu’il ne fit pas, évidemment… Videl demanda :

 

-                 Ecoute… Mon père non plus ne semble pas enchanté que je joue avec toi, en fait.

-                 Oh ?

-                 Non. Je ne sais pas pourquoi, vraiment… Quand je lui ai parlé de toi il a eu une réaction très bizarre...

-                 Ah, murmura Gohan, écarlate.

 

Le jeune saiyan pouvait parfaitement imaginer pourquoi... Il grimaça :

 

-                 Tu vois, c’est trop compliqué tout ça… Ma mère, ton père, Shapner

-                 Shapner ? Qu’est-ce qu’il vient faire là celui-là ?? demanda Videl, intriguée.

 

Gohan hésita un instant. Mais il voulait être sincère avec elle, au moins cette fois :

 

-                 Ecoute Videl, c’est la première fois que je vais au lycée. La première fois que je suis avec des gens de mon âge. Et j’adore ça, vraiment, je ne veux pas le perdre. Mais vous, vous vous connaissiez tous avant que j’arrive, et je n’ai pas à m’imposer parmi vous. Je ne veux blesser personne, tu comprends. Je ne veux pas perdre les premiers amis que j’arrive à me faire… enfin, amis de mon âge.

 

Elle resta un instant immobile, pétrifiée. Elle ne comprenait rien :

 

-                 Mais… Quel rapport avec Shapner ??

-                 Ben, il m’a prévenu pour vous deux, et je ne veux pas…

-                 Pardon ?????

 

Gohan et Videl se regardèrent avec de grands yeux étonnés. Il expliqua :

 

-                 Il m’a dit que tu es amoureuse de lui, tout ça, que vous seriez bientôt ensemble et…

 

Il s’arrêta subitement :

 

-                 Euh… Videl ça va ?

 

La jeune fille tremblait de fureur, toujours debout face à lui. Elle grinça des dents :

 

-                 Très bien. Ça va TRES BIEN.

 

Gohan sentait l’énergie de Videl bouillir à un point qu’il n’aurait pensé possible chez sa camarade. Elle déclara d’un ton sans appel :

 

-                 Gohan, suis moi.

-                 Mais…

 

Il hésita un instant quand elle lui tourna le dos pour retourner à grandes enjambées vers le théâtre. Mais il lui sembla soudain plus prudent de la suivre : il ignorait ce qu’elle avait en tête, mais dans cet état il était le seul à pouvoir l’arrêter…

 

Il s'immobilisa en entrant dans la salle. Il regarda Videl dévaler les gradins, bondir sur la scène au milieu de laquelle elle se planta, sans même un regard pour ceux qui répétaient alors et qui reculèrent, apeurés.

Elle hurla :

 

-                 Shapner !!!!!

 

Le jeune homme se leva du fauteuil où il discutait avec Erasa. Légèrement inquiet, il sourit maladroitement :

 

-                 Euh… Oui ma très chère Videl ?

 

Elle retint son envie de lui bondir dessus, et se contenta d’énoncer froidement devant toute l’assemblée :

 

-                 Je ne le dirai qu’une fois : tu ne m’intéresses pas, tu ne m’as jamais intéressée. Je n’ai jamais éprouvé le moindre sentiment pour toi. Si tu refais courir ce genre de bruit sur mon compte une seule fois, je te massacre.

 

Un silence de mort suivit sa déclaration. Tous les yeux se tournèrent vers Shapner, qui, terrorisé, acquiesça fébrilement. Alors Videl sourit et leva les yeux.

 

Elle croisa le regard de Gohan, toujours immobile dans la pénombre, au fond de la salle.

Il sembla un instant pétrifié… puis se retourna vivement et quitta la salle.

 

Mais cela n’avait pas d’importance. Car, une fraction de seconde, elle l’avait vu sourire