Savoir prendre de la hauteur

par Hel

Hurlement.

 

Videl, immédiatement, s’enfonça le visage dans l’oreiller.

 

Nouveau hurlement.

 

Relevant vaguement la tête, elle souleva un bout de couette et jeta un regard incertain vers le réveil. 2h35. Avec un gémissement elle disparut à nouveau dans le lit.

 

Nouveau hurlement. Sanglots.

 

Elle ne bougea pas, tentant de se persuader que cela allait cesser. Bientôt. Très bientôt.

 

Et en effet, cela cessa soudain et la maison devint étrangement silencieuse. Presque trop. Videl rejeta la couette et, le visage levé, écouta.

 

Partagée tout à coup entre bonheur et inquiétude, elle attendit quelques brefs instants, les sens en éveil.

 

Un long hurlement perçant résonna à nouveau dans l’habitation.

 

À côté d’elle, Gohan se redressa et demanda d’une voix agacée et endormie :

 

-           Ben alors, t’y vas pas ?

-           Non, répondit-elle froidement. Je la laisse pleurer.

 

Avec un soupir, le saiyen se laissa à nouveau tomber sur le matelas, sur le dos. Il observa quelques secondes le plafond de la chambre plongée dans l’obscurité.

 

Le silence fut à nouveau brisé par tout une série de sanglots à fendre l’âme. Gohan serra les mâchoires et grinça :

 

-           Parce que tu crois vraiment qu’elle va se rendormir, là ?

 

Videl ne répondit pas, ses poings crispés sur la housse de couette, les tympans vrillés par les cris perçants. La réponse était navrante d’évidence.

 

-           Videl, si elle chouinait, elle se serait déjà rendormie ! Elle a faim là !

-           Je sais ! s’écria sa femme en se redressant sur son séant. Mais elle a huit mois ! Huit mois Gohan ! Un bébé est censé faire ses nuits à huit mois ! Et ses parents aussi !

 

Gohan se passa une main fatiguée sur le visage et répondit avec un calme relatif, sa voix lasse couvrant avec peine les hurlements dans la chambre d’à côté :

 

-           Je sais… Mais bon, on doit s’y faire, elle a bon appétit et…

 

La lumière vive du plafonnier l’interrompit et il plissa les yeux avant de découvrir Videl écarlate, assise dans le lit, les cheveux en bataille, les paupières gonflés, manifestement furieuse.

 

-           Elle a un appétit de saiyen ! Je suis certaine que ton père ne mangeait pas autant au même âge.

-           Videl…

-           Quinze biberons ou purées par jour ! Quinze ! hurla la jeune femme. Un bébé de huit mois prend quatre repas ! Et encore, ta mère m’aide et je restreins les quantités !

 

Gohan s’assit à son tour et se massa l’arrête du nez :

 

-           Je sais, mais qu’est-ce que tu veux que je te dise ? On se doutait que ce genre de chose pouvait arriver.

Les épaules de Videl s’affaissèrent :

 

-           Oui, mais entre se douter et le vivre… Et puis elle va bien finir par faire ses nuits quand même ! Il y a bien un jour où même ton père a arrêté de manger la nuit !

-           Euh… Il se relève encore parfois pour grignoter. Deux ou trois fois par semaine, je crois.

 

La jeune femme ferma les yeux et refusa de répondre.

 

Une série de cris perçants vint briser le fugitif instant de silence, et Gohan se laissa retomber allongé sur le matelas. Videl respira profondément et annonça :

 

-           Non, je n’irai pas.

 

Son mari, pour le coup, se redressa à nouveau et la toisa avec des yeux ronds :

 

-           Hein ? Comment ça tu n’iras pas ?

-           Je n’irai pas, point. Il faut qu’elle s’y fasse. Je ne vais pas la nourrir toutes les nuits jusqu’à son entrée en fac. C’est terminé, moi j’arrête. Si tu veux y aller, libre à toi.

 

Les époux se toisèrent, le regard plein de défi. Gohan articula lentement :

 

-           Videl, je te rappelle, que je me lève, demain matin. Je travaille, moi.

 

À l’instant où ces mots passèrent ses lèvres, le saiyen sut qu’il venait de commettre une grave erreur. Il ouvrit la bouche pour corriger, trop tard. Les yeux bleus de Videl se chargèrent d’une rage totale et elle s’écria, hors d’elle :

 

-           Pardon ? Tu travailles toi ? Parce que moi je ne fais rien peut-être ? Parce que je passe mes journées à bronzer dans le jardin pendant que Pan prépare à manger et fait les lessives ? Parce que mon congé parental c’est des vacances peut-être ? Tu me trouves fraîche et reposée peut-être ?

-           Videl, pardon, je…

-           Je me fous de tes excuses ! Monsieur passe ses journées tranquille derrière son bureau à la fac pendant que moi je me tape les biberons, les couches, le vomi, les courses, les lessives, les pleurs, les…

-           Videl ! s’écria Gohan. Je suis désolé ! Ce n’est pas ce que je voulais dire, je suis crevé, c’est tout, et toi aussi, je sais !

 

La jeune femme se renfrogna, repoussant sans conviction la main que son époux passa autour de son épaule. Elle le laissa finalement l’attirer contre lui et se pelotonna contre la large poitrine du saiyen.

Ils restèrent une seconde blottis l’un contre l’autre, également épuisés, avant que ne retentissent à nouveau les hurlements du bébé, cris à présents suraigus entrecoupés de hoquets déchirants. Videl soupira, se détacha à regret de Gohan et grommela :

 

-           C’est bon, j’y vais.

-           Ecoute, si tu veux je peux…

-            Non, non, essaye de te rendormir, moi je ferai la sieste en même temps qu’elle demain.

 

Le saiyen sourit et embrassa doucement sa femme qui se leva avec un gémissement. Il la regarda quitter la chambre et, avec un soupir d’extase, se rallongea sur le matelas, rabattant sur lui l’épaisse couette.

 

Videl se dirigea au jugé vers la cuisine où l’attendait le biberon plein d’eau. Elle y versa les mesures de lait alors que les pleurs redoublaient. Elle grommela :

 

-           C’est bon, j’arrive…

 

Elle attrapa un bavoir, secoua le biberon tout en baillant à s’en décrocher la mâchoire, et gagna la chambre d’enfant, se contentant d’allumer le couloir. Elle fit quelques pas avant de s’arrêter, mue par un pressentiment. Se frottant les yeux d’un revers de main, elle toisa quelques instants le petit lit à barreaux, avant de réaliser l’impensable.

 

Vide. Le lit était vide.

 

Instantanément parfaitement réveillée, Videl bondit vers l’interrupteur, faisant jaillir la lumière dans la chambre, cherchant fébrilement du regard la source des hurlements de Pan.

 

Les yeux de la jeune femme faillirent sortir de leurs orbites. Pendant un instant, le temps sembla suspendu. Puis Videl hurla :

 

-           Gohan ! Viens vite !

 

********************

 

-           Non, sérieusement, je trouve cela génial.

 

Gohan ne répondit rien, trop occupé à tenter de dissimuler son sourire fier et stupide. Goku continua :

 

-           Allez, Végéta, avoue le, même toi tu es impressionné !

 

Le Prince se contenta de hausser les épaules avec un grognement rageur. Mais il ne pouvait s’empêcher de la suivre du regard avec une certaine admiration.

 

Piccolo lui-même observait la scène avec la plus grande attention, appuyé contre le chambranle de la porte de la petite chambre. Son ancien élève se tourna vers lui :

 

-           Et toi, qu’est-ce que tu en penses ?

 

Le namek regarda Gohan avec un fin sourire :

 

-           C’est pas mal, en effet. Intéressant.

 

Le saiyen remonta ses lunettes, un peu vexé que son ancien sensei ne s’extasie pas davantage. Un peu déçu que tout le monde ne s’extasie pas davantage, en fait. Son regard passa sur Goten et Trunks qui, eux, regardaient la scène bouche bée, leurs prunelles suivant parfaitement ses mouvements déjà souples.

 

Piccolo, percevant un ki, s’écarta in extremis de la porte qui s’ouvrit pour découvrir Videl. La jeune femme était plutôt pâle, en jean et pull trop large, les yeux cernés, ses cheveux sombres relevés dans un chignon plus qu’approximatif. Elle toisa sévèrement tous ceux qui se trouvaient là, leva les yeux à son tour et poussa un profond soupir. Gohan lui lança un regard désolé qu’elle préféra ignorer. Goten balbutia :

 

-           Sérieusement, c’est… c’est vraiment extra.

-           Extra… répéta Videl sur un ton des plus agacés.

 

Goku regarda sa belle-fille en souriant :

 

-           Allez Videl, tu ne vas pas dire que tu n’es pas fière d’elle !

 

Elle hésita un instant avant de répondre. Si, bien sûr qu’elle était fière… très fière… tellement fière… mais aussi tellement, tellement fatiguée. Elle répondit d’un air las :

 

-           Si, évidemment. Mais je pensais que certaines choses attendraient un peu plus de huit mois…

 

Gohan jeta un regard désolé à son épouse avant de reporter à nouveau son attention vers Pan qui, depuis maintenant un bon quart d’heure, volait tranquillement en souriant sous le plafond de sa chambre, uniquement vêtue d’une couche culotte.

 

Videl soupira à nouveau et grommela :

 

-           On voit que ce n’est pas vous qui êtes obligé de poursuivre votre fille à deux mètres au-dessus du sol quand elle est censée dormir !

-           Pourquoi la poursuivre ? demanda naïvement Goku.

-           Pour qu’elle daigne enfin redescendre et cesser de mâcher consciencieusement le plafonnier !

-           Mais il suffit de l’appeler !

 

La jeune mère, maintenant relativement agacée, allait répliquer quand Goku ouvrit les bras et s’écria :

 

-           Pan, ma chérie, viens voir ton grand-père !

 

La toute petite fille arrêta ses circonvolutions et, suivant la voix qui l’appelait, découvrit le visage souriant de Goku. Ses yeux noirs s’illuminèrent et son rire cristallin tinta dans la pièce. Elle esquissa de ses cuisses déjà potelées quelques mouvements plus ou moins coordonnés, ses petits poings battant l’air. Concentrant un instant son énergie, elle fronça les sourcils dans un effort manifeste pour gérer sa descente et se laissa glisser en quelques mouvements saccadés dans les bras du plus grand guerrier de l’univers. Elle se blottit contre lui en gloussant de plaisir alors que les larges mains de son grand-père l’enserraient avec tendresse.

 

Gohan sourit largement alors que Videl, une veine battant furieusement sur sa tempe, se mordait la lèvre pour refouler sa colère, ses doigts crispés sur le biberon qu’elle tenait à la main.

 

Goku leva à bout de bras l’enfant qui rit de plus belle en se tortillant dans les bras du saiyen :

 

-           C’est ma petite-fille, et ce sera une sacrée combattante ! Une vraie saiyenne !

 

Végéta grinça entre ses dents :

 

-           Pathétique. Ça suffit, j’en ai assez entendu. Trunks, on rentre !

-           Végéta, arrête de bougonner, dit Goku en souriant, tu es juste jaloux parce que Bra, elle, n’a montré aucune disposition particulière !

 

Le Prince, rouge de colère, serra les poings et aboya :

 

-           Ma fille n’a pas besoin de se montrer ainsi en spectacle ! Elle est de sang royal, elle n’a rien à prouver à personne ! Et surtout pas à un crétin de ton espèce !

 

Le saiyen ne répondit même pas et se contenta de rire en regardant Végéta sortir en trombe de la chambre d’enfant. Trunks échangea un regard navré avec Goten et soupira :

 

-           Bon, je suppose que je vais y aller… Salut à tous, à très bientôt !

 

Tous saluèrent le jeune garçon qui quitta à son tour la pièce. Piccolo se redressa lui aussi et dit :

 

-           Je vais également me retirer.

 

Gohan se tourna vers sa fille et lui demanda doucement :

 

-           Pan, ma chérie, tu dis au revoir à Piccolo ?

 

Le bébé regarda son père avec des yeux ronds. Goku se tourna légèrement et la tendit vers le namek qui ne fit pas un geste pour saisir la petite fille. Mais celle-ci, avec un nouvel effort, s’élança vers le guerrier et attrapa au vol sa cape blanche dans un geste encore peu assuré. Piccolo retint l’enfant de justesse, plaçant une main sous la couche culotte et esquissant par là même une grimace de dégoût. Le bébé leva vers le visage sévère un regard dénué de toute crainte et sourit largement au namek, ses yeux noirs plongés dans les siens. Un fin sourire passa sur les lèvres de Piccolo qui, saisissant l’enfant sous les aisselles, la déposa précautionneusement dans les bras de Videl qui s’était avancée.

 

Pan fit mine de vouloir à nouveau décoller mais Videl la ceintura et brandit devant son nez le biberon rempli à ras bord. Les yeux de Pan s’écarquillèrent et, après un instant de totale immobilité, elle lança les mains en avant pour saisir l’objet. Mais sa mère avait anticipé et recula le biberon, ôtant du pouce le bouchon qui protégeait la tétine tout en annonçant :

 

-           Pan, si tu veux ton biberon, il va falloir te calmer un peu ! Je refuse que tu vomisses tout depuis le plafond comme hier !

 

La petite fille tendait les bras désespéramment et déjà ses traits se crispaient dans une grimace mécontente. Désirant protéger leurs précieux tympans des hurlements qui allaient suivre, Piccolo et Goten disparurent dans la seconde. Goku, sans cesser de sourire, esquissa seulement une légère grimace quand le premier cri retentit, rapidement étouffé par la tétine que Videl enfourna dans la bouche de Pan. La jeune femme s’était assise dans le fauteuil de la chambre d’enfant et sourit enfin en regardant sa fille téter goulûment, ses grands yeux noirs fixés sur ceux de sa mère.

 

Goku posa la main sur l’épaule de Gohan et déclara d’un ton ravi :

 

-           Une vraie saiyenne, avec le caractère de sa mère. On ne va pas s’ennuyer avec elle !

 

Le jeune père se contenta de soupirer profondément.

 

 

FIN

 

 

Oui, désolée, cela m’est passé par la tête, j’avais envie, c’est tout. Ai écrit cela à toute allure, cela m’a défoulé le temps d’une sieste. Promis, je continue « le meilleur des mondes ? », pour ceux que ça intéresse encore !

 

 

Je dédie cette chose à un p’tit nouveau. Mon fils.