Chapitre 26

par Hel

Végéta appréhendait le retour, les retrouvailles. Les derniers jours les avaient tous infiniment éprouvés, mais lui avait perdu tous ses repères, il avait vécu un changement définitif qui le terrifiait.

Instinctivement, il se renferma cependant dès la mort de Bu dans cette carapace de froideur qu’il connaissait si bien, ne sachant comment agir autrement. Il avait besoin de temps, de beaucoup de temps, bien plus qu’après Cell même.

 

La remarque de Goku l’avait pétrifié : Végéta était revenu à la vie, lui aussi. Il n’était pas inscrit au registre des criminels, il faisait partie des Justes. Il avait, vraiment, une seconde chance. Les dieux l’avaient pardonné… en serait-il de même pour les siens ? Il n’avait revu personne depuis le championnat du monde, et redoutait l’accueil qui ne manquerait pas de lui être réservé à juste titre.

 

Quand ils apparurent sur le perron du palais de Dendé, il sentit immédiatement les kis de tous ceux qui les attendaient avec tant d’impatience depuis de trop longues heures. Suivant Goku et Dendé, la gorge étrangement serrée, il s’avança vers l’entrée de l’édifice… et se détourna dès qu’il les aperçut, incapable de leur faire face, croisant les bras pour se donner son éternel air buté.

 

Les cris de joie retentirent, accompagnant l’élan de tous vers leurs sauveurs.

 

Une main agrippa soudain son bras, celle de Trunk.

Végéta n’eut pas la force de le repousser, et l’enfant leva vers son père un visage bouleversé de bonheur, se cramponnant à cette main que le sayen sentit trembler malgré lui. Le Prince lui jeta à peine un regard, mais Trunk n’en prit pas ombrage, connaissant trop bien son père.

Végéta sentit sa présence, alors qu’elle avait avancé de quelques pas, s’arrêtant à une distance respectable. Bulma aussi connaissait bien son Prince…

 

Quelques instants plus tard, Bu parut derrière Hercule, et il y eu quelques secondes de panique totale, que Son Goku désamorça immédiatement sans que Végéta éprouve le besoin de lever le petit doigt. Le Prince ne bougeait toujours pas, concentré sur la sensation soudaine des mains de Bulma qui s’étaient d’instinct agrippée à lui quand le monstre avait réapparu. L’instant d’après, elle s’était éloignée à nouveau, rassurée. Mais restait sur la peau du Prince l’empreinte brûlante du contact de celle qu’il avait cru avoir perdue à tout jamais.

 

La voix de Krilin retentit :

 

-           Tu nous a sauvés encore une fois, Son Goku !

-           Je n’ai été qu’un pion, c’est Végéta le stratège, c’est lui qui a eu l’idée du Genkidama et de faire appel au Dragon et aux terriens !

 

Un silence suivit cette déclaration inattendue et tous se tournèrent vers Végéta qui se sentit étrangement mal à l’aise. Il grinça sans jeter un regard vers la petite assemblée :

 

-           ça va hein ! Garde tes flatteries !

 

Mais Goku enchaîna avec un immense sourire, ses yeux noirs rieurs posés sur le Prince :

 

-           En plus, Végéta a pu revenir parmi nous car il n’était plus inscrit dans le registre des criminels ! Il a été ressuscité en même temps que tout le monde.

 

Soudain, le fardeau  de l’héroïsme sembla à Végéta bien plus lourd à porter que celui de la culpabilité. Il aboya méchamment, levant un regard furieux pour en foudroyer Goku :

 

-           Toutes ces histoires sont ridicules !

-           Ne sois pas modeste Végéta…

-           Ça suffit ! Il fallait en finir, c’est tout !

 

Il réalisa alors que, pour la première fois, tous les visages qui étaient posés sur lui… étaient des visages souriants, emprunts de fierté et de gratitude. Rouge de honte, il balbutia :

 

-           Mais arrêtez de me regarder comme ça !

 

Un éclat de rire général lui répondit, alors qu’il se détournait à nouveau, tremblant de rage… et de gêne.

 

Bulma, bras croisés à ses côtés, observait son Prince avec des yeux brillants.

 

******************

 

Ils mangèrent ensemble au palais, mais tous étaient épuisés, et n’attendaient plus que le moment d’enfin rentrer chez eux. Les au revoir furent en fait assez rapides, la plupart s’étant promis de se retrouver chez Chichi et Goku le dimanche suivant.

Son Goku, qui venait de téléporter Hercule, Videl, et le gentil Bu, se tourna vers Végéta et proposa :

 

-           Tu veux que je vous renvoie à Capsule Corp ?

-           Hors de question, on n’a pas besoin de toi, grogna Végéta.

-           Bien,comme tu voudras.

 

Bulma se tourna vers son compagnon, surprise. Celui-ci, sans lui accorder un regard, ordonna à Trunk :

 

-           Vas-y, on te rejoint.

 

L’enfant sourit largement, acquiesça et décolla dans l’instant, filant vers Capsule Corp où l’attendaient ses grands-parents. Sans ajouter un mot, Végéta rejoignit Bulma en deux pas, la souleva dans ses bras, et décolla à son tour. Goku les regarda en souriant s’éloigner vers l’horizon.

 

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C’était la première fois qu’elle volait avec lui. Bulma n’avait rien eu le temps de dire, soulevée par ses bras puissants puis projetée avec lui dans l’immensité céleste. Instinctivement elle avait passé ses mains autour de son cou et s’était blottie contre lui, apeurée.

Ils volaient depuis quelques instants quand elle se détendit légèrement, apaisée par l’étrange sensation de sécurité que dégageait le corps du sayen. Elle tenta de tourner la tête vers l’extérieur, mais le vent lui fouettait le visage et elle frissonna malgré elle. Sans dire un mot, les yeux fixés vers l’horizon, Végéta augmenta légèrement son ki, les entourant d’une bulle de chaleur et de calme. Elle murmura :

 

-           Merci.

 

Un grognement lui répondit. Elle se mordit la lèvre, hésita… puis se lança, le visage toujours blotti dans le cou du sayen :

 

-           Je savais que tu réussirais, je savais que tu le vaincrais, que savais que tu me reviendrais, et que tu me ramènerais Trunk. Je l’ai toujours su.

 

Il ne répondit rien, mais elle crut que les bras du sayen s’étaient soudain très légèrement resserrés autour d’elle. Bulma leva les yeux vers son profil fin, sa mâchoire serrée, ses prunelles noires qui fixaient toujours un point loin devant eux. Elle sourit et ferma les yeux, se laissant aller contre lui alors qu’ils filaient toujours vers Capsule Corp.

Elle ne lui parlerait pas de ce que Trunk en larmes lui avait raconté, de cet élan d’amour inespéré du Prince pour leur fils et elle avant qu’il ne sacrifie sa vie pour les sauver. Elle savait qu’elle ne devait pas lui en parler, jamais. L’important, après tout, c’était que Trunk et elle savaient.

 

******************

 

Quand Végéta déposa doucement Bulma au sol dans le jardin de Capsule Corp, Trunk était déjà arrivé depuis quelques minutes et attendait avec les Briefs. L’enfant se jeta à nouveau dans les bras de sa mère qui retrouva ensuite ses parents avec bonheur. Elle suivit du coin de l’œil la silhouette de Végéta qui entrait dans l’aile des invités, mais décida de le laisser seul.

 

Bulma, ses parents et Trunk avaient vite décidé d’aller se coucher, la joie des retrouvailles laissant rapidement place à un grand besoin de calme et de repos. Alors qu’elle conduisait son fils vers sa chambre d’enfant, Trunk leva vers Bulma des yeux soudain graves :

 

-           Maman… Je peux aller voir papa s’il te plaît ?

-           Ecoute, je ne sais pas si c’est une bonne idée. Tu connais ton père, et aujourd’hui en plus, je crois qu’il vaut mieux le laisser seul.

-           Mais je dois vraiment le voir !

 

L’accent désespéré de la voix de Trunk, l’urgence dans ses immenses yeux bleus, fléchirent Bulma. Elle ne saurait après tout jamais ce qui s’était passé entre le père et le fils, mais elle avait parfaitement consience que cela avait été terrible, et qu’ils avaient tous deux du faire face à sa mort, à elle. C’était deux guerriers, du même sang, de puissance comparable, un lien les unissait qu’elle ne pourrait jamais comprendre, sans pour autant en éprouver bien sûr la moindre jalousie. C’était leur relation de père et de fils, si étrange fût-elle, et elle devait respecter cela. Elle sourit :

 

-           Bien, vas-y, je t’attends dans ta chambre. Mais fais vite, il doit être très fatigué, et il doit vouloir être seul.

-           Je sais, je n’en ai pas pour longtemps, répondit l’enfant en souriant à son tour.

 

Bulma, immobile dans le couloir, regarda Trunk partir en courant vers la chambre de Végéta.

 

*******************

 

-           Papa ?

 

Il avait frappé, mais personne ne lui avait répondu. Après avoir hésité, il entra, pour trouver la chambre sombre et vide. Mais il sentit le ki de son père, et avança vers le balcon : le sayen, vêtu à présent d’un pantalon léger et d’une simple chemise, assis sur la balustrade, les traits impénétrables, observait le ciel nocturne. Trunk, intimidé, s’avança prudemment et s’immobilisa à son tour dans l’encadrement de la porte-fenêtre.

 

Végéta baissa lentement les yeux vers lui, et demanda :

 

-           Qu’est-ce que tu veux ?

 

L’enfant sentit son cœur battre à tout rompre, et lutta contre la boule qui se formait dans sa gorge pour répondre :

 

-           Je… Je voulais te présenter mes excuses.

 

Il baissa la tête, refusant de laisser son père voir les larmes qu’il refoulait de toutes ses forces. Végéta fronça les sourcils, se laissa glisser de la balustrade et se planta devant son fils. Il demanda sèchement :

 

-           Tes excuses ? Pourquoi donc ?

-           Je n’ai pas… Je n’ai pas été à la hauteur. Tu m’avais demandé de veiller sur maman, et je n’en ai pas été capable. J’ai laissé Bu la tuer, je l’ai laissé me battre. Je suis désolé.

 

Le Prince écarquilla les yeux, stupéfait. Il regarda un instant sans rien dire l’enfant qui, dents serrées, tête humblement baissée, luttait contre les larmes de colère de n’avoir pas su vaincre.

 

C’était tellement lui-même qu’il reconnaissait en cet instant, cette rage devant sa propre impuissance, cette exigence vis-à-vis de soi-même.

Et soudain Végéta réalisa la stupidité sans borne dont lui-même avait été victime dans son enfance : comment pouvait-on exiger une telle abnégation d’un être si frêle et innocent ? Comment osait-on mettre sur les épaules d’un enfant la responsabilité de la vie de ceux qui lui étaient si chers ?

Végéta se revit au même âge, supportant sans broncher l’entraînement, les brimades, les coups, les humiliations. On lui avait appris le goût du sang, de la victoire.

 

Et il réalisait soudain toute la monstruosité de ce qu’il avait cru jusque là être la seule, l’unique façon de faire d’un enfant, un homme.

Il avait méprisé Goku d’être si humain. Il s’était désintéressé de Trunk car il n’était qu’un demi sayen, un être de sang impur, et qu’après tout il ne pouvait attendre d’un.. bâtard ce qu’on avait attendu d’un Prince.

Mais c’est bien lui, Végéta, qu’il retrouvait dans ce jeune guerrier puissant et exigeant.

 

Or il comprenait à présent que la meilleure partie de Trunk, c’était celle qui lui avait léguée Bulma, c’était son humanité.

 

Il fallait la préserver, la choyer, éviter à cet être si parfait de connaître à nouveau la mort et le poids de la culpabilité.

 

Au prix d’un immense effort, le Prince posa la main sur l’épaule du jeune garçon, qui releva la tête vers lui. Il plongea dans le regard de son fils, et dit calmement :

 

-           Je ne peux t’en vouloir Trunk. Je suis ton père, et moi-même je n’ai pu vous protéger, ta mère et toi. Tu as fait tout ton possible, et cela seul importe. Je suis extrêmement fier de toi.

 

Il vit briller un bonheur si intense dans les yeux brillants de Trunk qu’il sentit son propre cœur de serrer étrangement dans sa poitrine. L’enfant se mordit la lèvre… le geste même que faisait souvent sa mère à laquelle il ressemblait tellement. Il observa son père avec un visage rayonnant d’amour et de gratitude.

 

Et Végéta sourit.

 

La scène dura un instant, une éternité.

 

Puis le Prince détourna le regard et grommela :

 

-           Bon, rejoins ta mère maintenant, tu dois dormir.

 

Trunk acquiesça fébrilement et quitta la chambre en courant, plus heureux qu’il ne l’avait jamais été de toute sa jeune vie.

 

********************

 

Bulma, au comble de la surprise, vit revenir dans la chambre un Trunk radieux qui se jeta dans les bras de sa mère avec émotion. Elle ne demanda rien, l’enfant ne raconta rien, mais Bulma sut instinctivement que Végéta avait changé, vraiment, pour être à présent capable de rendre les gens si heureux.

 

Elle passa un long moment dans la chambre de son fils, à le serrer contre elle avant de le regarder s’endormir paisiblement, un sourire aux lèvres.

 

Finalement, après avoir passé une dernière fois la main dans les cheveux mauves de Trunk, elle quitta la chambre pour rejoindre la sienne. Elle se rendit directement dans sa salle de bain, jetant au sol les habits qu’elle portait depuis si longtemps. Elle passa un long moment assise sur le carrelage de la cabine de douche, laissant son corps et son esprit se détendre enfin sous le jet d’eau brûlante. Puis elle enfila un pyjama léger et, renonçant à se sécher les cheveux avant d’aller dormir, elle se les ébouriffa avec une serviette en entrant dans sa chambre.

 

Bulma jeta la serviette sur une chaise… et s’immobilisa.

 

Végéta, appuyé sur le mur près de la porte, bras croisés, la regardait en silence.

 

Elle sentit son cœur s’emballer, mais dit d’une voix pourtant parfaitement posée :

 

-           Tu m’as déçue Végéta.

 

Il éclair de colère et d’incompréhension passa dans les prunelles noires du Prince… mais le sourire doux de Bulma l’incita à ne pas répondre. Elle continua :

 

-           Je te l’avais dit après Cell. Je t’avais dit que je ne voulais plus jamais revivre ça, je t’avais dit que je ne voulais plus jamais vous perdre, Trunk et toi.

 

Elle resta immobile, luttant sans savoir pourquoi contre cette envie dévorante de se jeter dans ses bras. Mais à l’instant même où Bulma se sentit incapable de résister plus longtemps à ce que son cœur lui hurlait, ce fut Végéta qui franchit en un instant l’espace qui les séparait encore et prit Bulma dans ses bras, serrant contre lui le corps de sa compagne, scellant leurs lèvres dans un baiser dévorant, passionné.

 

Elle gémit contre sa bouche, tout son être répondant à cet élan du Prince, se collant à lui comme pour se fondre dans ce corps qu’elle adorait tant, se cramponnant à ses larges épaules.

Végéta se sentait tomber dans un gouffre d’émotions bouleversantes alors qu’il parcourait de baisers le corps de Bulma, alors qu’ils arrachaient tous deux fébrilement les vêtements qui les couvraient, impatients de réunir enfin leurs deux êtres qui n’auraient jamais du être séparés. Chaque effleurement, chaque caresse, chaque regard les perçaient jusqu’à l’âme.

 

Quand ils retombèrent enfin harassés, haletants et heureux sur le matelas, Bulma se blottit contre son Prince qui entoura de ses bras protecteurs celle qu’il aimait pour l’éternité. Il ordonna doucement :

 

-           Dors.

 

Elle se souleva légèrement, plongeant ses yeux bleus dans ceux du Prince, et demanda :

 

-           Avant, Végéta, j’ai besoin de savoir quelque chose, mais je comprendrais que tu ne puisses pas répondre maintenant : vas-tu repartir ?

 

Il resta un instant à regarder le plafond, caressant du bout des doigts le dos nu de la jeune femme, puis répondit :

 

-           Je ne pourrai jamais totalement changer, c’est trop tard.

 

Elle murmura :

 

-           Mais je te l’ai déjà dit : je ne veux pas que tu changes. Je veux que tu restes le même, aussi froid, solitaire, arrogant et odieux que toujours. Mais je veux que tu sois près de nous, c’est tout.

 

Un sourire passa sur les lèvres serrées de Végéta, qui ajouta après un temps :

 

-           Oui, je resterai.

 

Bulma ne répondit rien, trop heureuse pour pouvoir l’exprimer. Elle se contenta de se lover contre lui et s’endormit.

 

Végéta, le Prince des Guerriers de l’Espace, venait de faire l’ultime choix qui déciderait de sa vie et, étrangement, de tous, ce choix fut le plus simple.

 

 

 

 

Désolée du retard ! Pas eu le temps de le finir hier…

Je préfère vous prévenir : le prochain chapitre sera court… et sera le dernier.

Vos commentaires sont un vrai bonheur, je ne sais comment vous remercier !! J