Chapitre 23

par Hel

Les années passèrent, calmes et paisibles en apparence. Chichi et Bulma faisaient en sorte que Goten et Trunk se voient régulièrement, mais sinon chacun vivait de son côté. Le dernier grand événement à avoir réuni toute la fine équipe fut la naissance de Marron, la fille de Krilin et C18.

 

Végéta, Bulma et Chichi savaient, au fond d’eux, sans pouvoir se l’expliquer, que quelque chose se préparait, quelque chose de terrible. Et pourtant, aucun d’eux ne le reconnut quand le premier signe de la catastrophe arriva. Il faut dire aussi qu’il vint sous la forme dela voix la plus gaie et la plus innocente qui soit : celle de Son Goku.

 

Quand ils apprirent que leur adversaire, ami et mari revenait parmi eux pour participer au championnat du monde, tous s’en réjouirent pour diverses raisons. Végéta, car il pourrait enfin prendre sa revanche, une bonne fois ; parce que toutes ses années d’entraînement trouveraient enfin leur accomplissement. Bulma, car elle reverrait celui qui était, après tout, son meilleur ami depuis qu’elle avait seize ans et parce qu’elle ressentait la joie du Prince. Chichi… parce que, tout bonnement, elle retrouverait celui qu’elle aimait, et qu’elle pourrait enfin présenter Goten à son père.

 

Bref, ce championnat commença pour tous dans une joie totale. Et une surprise non moins grande, quand Gohan et Végéta, qui supervisaient chacun l’entraînement de Goten et Trunk, réalisèrent la véritable puissance des enfants.

 

Végéta était resté sidéré : Trunk pouvait, à huit ans, se transformer en Super Guerrier avec une facilité déconcertante. Et Goten également.

 

En réalité, cela faisait déjà des mois que les deux amis y étaient parvenus. Mais, vue la première réaction de Chichi, son fils catastrophé avait pendant un temps renoncé à recommencer. Dès qu’il avait revu Trunk, il avait pris son meilleur ami à part :

 

-             Trunk, tu t’es déjà transformé en super guerrier ?

-             Comment tu le sais ? avait demandé le fils de Végéta, les yeux écarquillés.

-             Je l’ai fait aussi, avec maman.

-             Trop cool ! On va se battre encore mieux qu’avant !

-             Attends ! Tu l’as dit à tes parents ?

 

Trunk s’était arrêté, surpris :

 

-             Ben… non en fait, je voulais faire la surprise à mon père.

-             Et bien surtout ne dis rien !

-             Quoi ? Mais pourquoi ? Mon père le fait tout le temps !

 

Son Goten avait secoué la tête :

 

-             Quand me mère m’a vu, elle s’est mise à crier, elle était vraiment très triste, elle a dit que j’était un monstre.

-             Oh !

 

Trunk s’était assis à côté de son ami, ennuyé. Il n’avait jamais réfléchi au fait que cela pourrait inquiéter ses parents… Son père le faisait constamment… Mais bon, c’était Végéta, peut-être qui lui, Trunk, n’avait pas le droit…. C’était ce que laissait penser la réaction de la mère de Goten… Et s’il y avait bien une chose que Trunk redoutait plus que tout, c’était les colères de ses parents. Il avait soupiré :

 

-             Tu dois avoir raison. Si ta mère n’a pas aimé, mes parents n’aimeront sûrement pas non plus. Je ne vais pas le faire.

 

Goten avait acquiescé… et souri :

 

-             Mais bon, il n’empêche que c’est trop bien.

-             Ah ça ouai !

-             On le refera quand on sera tous les deux ?

-             Bien sûr ! On va commencer tout de suite tiens !

 

Et les deux garnements s’étaient mis en garde en souriant, laissant éclater leur puissance, leurs chevelures blondes resplendissant autour de leurs visages enfantins.

 

La surprise fut donc totale pour Gohan et Végéta.

Le prince réalisa en une fraction de seconde que son fils avait bien plus progressé qu’il ne le laissait paraître quand ils s’entraînaient tous les deux. Il avait commis une erreur, il l’avait sous-estimé. Il avait tellement considéré Trunk comme un simple terrien qu’il n’avait pas su exploiter l’immense potentiel du jeune garçon. Il l’avait ménagé, lui avait appris les arts martiaux de façon mesurée et ludique… et, soudain, Végéta découvrait que Trunk pouvait se transformer en super guerrier, était capable de le frapper, et, surtout, que le fils de Carot en était presque au même point.

 

Pour tous, l’entraînement reprit donc d’arrache pied. Plus question pour le Prince de ménager Trunk, de se ménager : Son Goku était de retour, pour vingt-quatre heures. C’était maintenant où jamais.

 

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Comment tout cela avait-il pu dégénérer ? Comment était-ce possible ? Comment avait-elle pu se tromper à ce point ?

 

Ce n’était pas lui, cela ne pouvait pas être lui.

Les mains crispées sur la balustrade du stade, Bulma regardait l’homme qu’elle avait tant aimé et qui lui avait donné un fils.

 

Le monstre qui venait d’assassiner d’un geste des centaines d’innocents.

 

Cette journée aurait du être celle des retrouvailles, des victoires. Cette journée avait commencé par le retour de Goku, par le bonheur de sa famille, de ses proches. Cette journée était magnifique, superbe, inespérée pour eux tous qui avaient perdu il y a des années un ami, un mari, un père. Cette journée avait été celle de la victoire de Trunk et de Son Goten sous le regard bienveillant et fier de leurs pères enfin réunis pour un ultime combat dans les règles.

 

Cette journée avait sombré dans le chaos, dans l’horreur.

 

Cette courageuse jeune fille tout d’abord, massacrée par un monstre inhumain, sous le regard impuissant et désespéré de Gohan. Le départ inopiné de toute la bande, dont on n’avait plus aucune nouvelle, jusqu’à ce qu’ils réapparaissent soudain, au milieu de la surface de combat, quand plus personne ne les attendait et que Hercule fêtait son insupportable triomphe.

 

Végéta. Le regard de Végéta.

 

La joie de le revoir sain et sauf n’avait duré pour Bulma que quelques secondes, jusqu’à ce qu’elle distingue son regard, son sourire.

 

Ce n’était pas lui, cela ne pouvait pas être lui. Ce n’était pas l’homme qui la serrait contre lui dans son sommeil, qui lui faisait religieusement l’amour, qui élevait leur fils à ses côtés, qui partageait sa vie depuis de si longues années.

 

Ce n’était même plus le guerrier cruel qu’elle avait rencontré sur Namek ; c’était un monstre.

 

L’énergie qu’il dégageait était gigantesque, débordante de puissance et de haine. Son corps semblait plus fort que jamais, ses muscles saillaient sous sa peau tendue à l’extrême.

Son visage ne reflétait que la suffisance et la haine. Ses yeux bleus fixaient Goku avec une détermination glacée, avec la délectation du prédateur qui tient enfin sa proie après une chasse de plusieurs années.

Son sourire était d’une cruauté sans nom, sans limite.

 

Quand il leva la main vers Son Goku et qu’il envoya à bout portant une gigantesque décharge d’énergie, celui-ci ne put rien faire ; il parvint à retenir quelques instants le tir, faisant barrage de son corps, tentant désespérément de contenir la puissance phénoménale de l’attaque. Mais même lui, Son Goku, se retrouva projeté au-dessus de la surface de combat.

 

La décharge dévasta les gradins, laissant un trou béant dans les murs du stade, détruisant tout sur son passage sur plusieurs kilomètres.

 

Tuant des centaines de personnes.

 

Arrachant le cœur de Bulma.

 

Il arma son tir une seconde fois, détruisant à nouveau les gradins, jetant à terre les rares spectateurs qui n’avaient pas encore fui dans la panique générale.

Avec toujours sur son visage cette insoutenable satisfaction, cet air de défi alors qu’il ne cessait de fixer Goku.

 

Shin s’était interposé entre les deux sayens. Mais ce n’était pas sa place, ce n’était la place de personne. Il n’y avait plus, désormais, que Son Goku et Végéta. Que la haine du Prince et l’atroce déception de celui qui avait cru en lui, des années auparavant.

 

Son Goku avait commis une erreur, avait sauvé un assassin. Il réparerait sa faute, il donnerait à Végéta ce qu’il voulait : sa vengeance, ou sa mort.

 

Les deux sayens disparurent à nouveau de la surface de combat, définitivement.