Chapitre 22

par Hel

Végéta s’était remis à s’entraîner. Autant qu’auparavant, davantage même. Bulma lui avait reconstruit une salle d’entraînement dans la maison cette fois, espérant peut-être que par là il se montrerait un peu plus respectueux du matériel…

 

Un matin, alors qu’il répétait un kata dans le jardin, il avait senti une présence derrière lui, et s’était retourné. Trunk, âgé à présent de quatre ans, à quelques pas derrière lui, était immobile, dans la pause exacte de son père. Il n’avait pas bougé quand le regard de Végéta s’était posé sur lui. Le sayen était resté quelques instants immobile, regardant son fils sans laisser paraître aucune émotion ; puis il avait grommelé :

 

-                     Ta main gauche : les doigts ne sont pas assez serrés.

 

L’enfant avait immédiatement corrigé sa position. Son père l’avait à nouveau longuement observé… puis avait déclaré sèchement :

 

-                     Si tu veux te battre, fais le bien. Viens ici.

 

L’enfant s’était approché sans un mot, sans laisser paraître l’immense joie qu’il ressentait en cet instant. Son inquiétude aussi : il savait qu’il n’avait pas le droit de décevoir ce combattant exceptionnel… et si intransigeant. Son père.

 

Végéta passait des journées entières à exercer son corps, à renforcer sa puissance, à lutter contre un ennemi invisible. Il partait encore s’isoler des semaines entières, mais de plus en plus rarement ; ce n’était qu’en dernier recours, lorsque ses entraînements nécessitaient une violence que sa salle de gravité n’aurait pu contenir. Lorsqu’il sentait monter en lui la nécessité impérieuse de se battre vraiment, pour relâcher la pression qui montait, inexorablement, du plus profond de lui. Il était toujours là, cet appel de sa nature première qui souffrait de ne pouvoir trouver de véritable adversaire, de ne pouvoir retrouver son éternel adversaire : Carot.

 

Pourtant Végéta s’était remis à s’entraîner. Pourquoi, pour qui… Il ne le savait pas lui-même.

Carot était mort.

Et lui, Végéta, avait trouvé un certain équilibre auprès de ceux qu’il s’était surpris à aimer.

 

Il n’y avait aucune raison que cela change. Aucune.

 

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Bulma, depuis la terrasse, accoudée à la balustrade, laissait le vent caresser sa nuque à présent dégagée, et regardait Végéta et Trunk s’entraîner côte à côte.

 

Elle avait tout.

 

Sa vie professionnelle la satisfaisait pleinement, la mettant face chaque jour à de nouveaux défis technologiques qu’elle relevait brillamment.

 

Sa vie personnelle était un enchantement : Trunk était un enfant merveilleux, beau, doux, souriant, épanoui.

Un jour, quand il avait trois ans, Bulma l’avait emmené une après-midi chez Chichi. Les deux amies avaient laissé Trunk et Goten jouer sur l’herbe à l’extérieur et prenaient le thé tranquillement… quand des cris avaient retenti. Les deux femmes s’étaient précipitées, et avaient découvert les deux garnements en train de se taper dessus allègrement. Goten, qui n’avait pas tout à fait deux ans, avait le dessous, mais se débattait comme un beau diable.

Chichi et Bulma, dans un même élan, s’apprêtaient à séparer les combattants… quand ces derniers explosèrent de rire simultanément.

 

Les yeux écarquillés, les deux mères avaient regardé Trunk et Goten continuer de se rouler par terre, entre éclats de rire et coups de poings dans le nez.

Depuis ce jour, l’amitié entre les deux garçons était indéfectible, et chaque visite chez l’un ou l’autre était un moment de joie intense.

 

Végéta avait assisté à la naissance de cette amitié… mais n’avait rien trouvé à y redire. De toutes façons, il fuyait les après-midi bruyantes que les deux femmes et les deux enfants passaient ensemble.

 

Bulma soupira : oui, elle était une mère heureuse.

 

… et une compagne comblée : elle avait réussi à apporter à son prince la stabilité, une certaine forme de sérénité. Il restait le même, froid et distant devant toute tierce personne, mais Bulma avait appris, toutes ces années, à repérer les regards, les gestes si rares qui montraient les profonds sentiments du sayen à l’égard de sa famille.

 

Il entraînait Trunk. Avec calme, mesure… et une surprenante patience. L’enfant était un élève exemplaire, acceptant toutes les remarques, encaissant toutes les critiques. Il travaillait avec acharnement à combler les immenses attentes de son père… et y parvenait, en fait. Bulma assistait, jour après jour, heureuse et émue, au progrès de Trunk et, surtout, au tissage d’un lien unique entre le père et le fils.

 

Bulma baissa les yeux vers l’objet qui se trouvait posé sur la balustrade : un paquet de cigarettes. Elle avait déjà fumé, très peu, jadis, pour essayer, se donner un « genre », une contenance.

 

Mais là, chez le marchand de journaux, c’était autre chose qui lui avait fait désigner du doigt la petite boite rectangulaire sur l’étagère. Un nœud dans l’estomac, une angoisse latente, une peur tapie au creux de son être.

 

Une scientifique extraordinaire, une mère heureuse, une femme comblée.

 

Alors pourquoi ? Il n’y avait aucune raison, aucune.

 

Sa main trembla quand elle alluma la première cigarette.

 

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Chichi avait trouvé un équilibre, même si le manque ne la quittait jamais.

 

Gohan comblait toutes ses espérances de mère : c’était un enfant exemplaire, qui l’aidait de son mieux, et qui était extrêmement appliqué dans son travail. L’acharnement de sa mère à le faire travailler avait porté ses fruits, et maintenant l’adolescent qu’il était devenu appréciait ses études, se montrait curieux, intelligent et persévérant.

Son père lui manquait énormément, il passait de longues heures seul à observer un ciel qui restait malheureusement bien silencieux. Il avait cependant accepté cette perte avec sagesse, et restait gai et épanoui, s’entendant à merveille avec son petit frère. Les deux garçons se vouaient une adoration touchante, et soutenaient tous deux leur mère du mieux qu’ils le pouvaient.

 

Gohan s’entraînait encore parfois, rarement. C’était plus par désir de se maintenir en forme, de se défouler après de longues heures d’études, que par réel plaisir. Il avait appris tôt le prix de la guerre, il y avait perdu un père, et la violence n’avait pour lui qu’un arrière goût amer.

 

Chichi aurait du s’en réjouir, c’était en fait ce qu’elle avait toujours voulu pour son fils bien-aimé : qu’il n’hérite pas de ce goût immodéré pour les arts martiaux, que sa vie ne tourne pas autour de quêtes sans fin semées de combats terribles.

 

Son Goku n’était plus là. Son Goten grandissait sans son père, sans son influence de guerrier. Chichi aurait pu, comme pour Gohan, lui apprendre tôt à lire, à écrire, le faire étudier dès son plus jeune âge.

 

Chichi était en paix avec elle-même, elle n’avait plus personne à combattre pour mener comme elle le souhaitait sa vie et celle de ses enfants, plus personne pour les entraîner sur le chemin tragique que Goku avait suivi.

 

Alors pourquoi, soudain, ne pouvait-elle pas se résoudre à suivre le chemin qu’elle, elle avait tracé pour ses enfants ?

Pourquoi avait-elle, au contraire, décidé d’entraîner elle-même son fils à se battre, à pratiquer les arts martiaux ? Elle s’était dit que c’était en hommage à son mari, à leur père : Son Goten se devait de connaître les arts martiaux.

 

Mais, au plus profond d’elle-même, elle savait que ce n’était pas pour une raison si futile.

Elle savait que Goten devait lui aussi être prêt, au cas où, un jour…. C’était ridicule.

 

Car il n’y avait aucune raison à cela, aucune.