Chapitre 13

par Hel

 

Trunk, assis en tailleur, observait son père de loin. Celui-ci n’avait bougé, toujours immobile sur ces rochers, les yeux perdus dans le lointain.

Végéta avait été battu par C18. Le combat avait été rapide, bien trop rapide, et le Prince sayian n’avait pu que constater son infériorité devant cette… femme robot. Il ne semblait pas s’en remettre.

Toutes les tentatives de Trunk pour essayer de lui parler, de reprendre l’entraînement, s’étaient soldées par des échecs. Végéta ne daignait même pas lui répondre, atteint au plus profond sa fierté. Le jeune homme ne savait plus que faire pour l’atteindre, et lui en voulait : ils perdaient leur temps, tous les deux, alors que chaque minute était si précieuse depuis l’arrivée des cyborgs.

 

Son Goku et Son Gohan se matérialisèrent soudain près de Trunk qui se tourna vers eux :

 

-             Son Goku ! Toi !

-             Alors, comment se déroule ta formation Trunk ?

 

Le jeune homme se leva en soupirant :

 

-             Mal. Mon père fait comme si je n’existais pas. Il ne fait pas attention à moi. Il agit comme si j’étais un inconnu ou comme si j’étais l’homme invisible. Quand je lui parle, il ne me répond pas. Ça fait trois jours qu’il ne fait plus rien, il est prostré, je ne sais pas ce qu’il a. Il ne veut rien me dire, je n’en peux plus !

 

Le sourire de Goku s’était effacé de son visage. Il ne voyait que trop bien ce dont Trunk parlait, il sentait la frustration, le tristesse du jeune sayian. Il murmura :

 

-             Je vais te dire ce qu’il a : il est en train de réaliser qu’il n’est pas facile de devenir un grand guerrier de l’espace.

 

Trunk et Son Gohan, surpris par ces paroles, virent ensuite Goku s’élever lentement dans les airs et rejoindre Végéta. Les fils des deux guerriers les regardèrent discuter quelques minutes. Trunk n’en revenait pas : pour la première fois depuis sa défaite, Végéta semblait soudain fort intéressé par ce qui se passait autour de lui.

En quelques paroles de celui qui était censé être son pire ennemi, un sourire revint sur les lèvres du Prince. Quelques instants plus tard, ils revinrent tous deux vers les garçons, et Végéta déclara froidement :

 

-             Trunk, tu viens avec nous, on va aller s’entraîner.

-             Bien Père, balbutia le garçon.

 

Effaré, il croisa le regard de Son Goku, qui lui fit un clin d’œil en souriant.

 

Une seconde plus tard, ils se matérialisèrent tous les quatre dans la demeure du Très Haut. Popo leur expliqua en quoi consistait l’entraînement ; plus la tâche semblait ardue, et plus le sourire de Végéta s’élargissait. Mais ce n’est vraiment que lorsque la porte se referma sur eux que Trunk réalisa enfin en quoi cette année allait vraiment être une épreuve : il la passerait seul, avec Végéta.

 

Ils travaillèrent près de seize heures par jour, sans relâche.

Les premiers temps, sans presque échanger une parole.

Trunk était infiniment mal à l’aise. Car si passer du temps avec son père avait été son souhait le plus cher avant de le connaître… maintenant il n’était plus très sûr d’y parvenir. Alors le jeune homme passait toute sa haine, toute sa frustration dans son entraînement. Jour après jour, semaine après semaine, il sentait ses forces augmenter, son énergie décupler.

 

Celles de Végéta aussi, bien entendu, mais… moins rapidement. Trunk s’aperçut assez vite qu’il progressait davantage que son père ; heureusement, celui-ci, uniquement concentré sur sa petite personne, ne semblait pas en avoir conscience. Il aurait été fou de rage.

 

Ils se battaient des jours entiers. Les seuls mots qui fusaient étaient les railleries de Végéta, les marques de son mépris. Trunk encaissait sans rien dire, contenant sa rage et sa rancœur.

 

Un soir qu’ils dînaient face à face, des mois après leur entrée dans la salle spéciale, Végéta jeta un regard mauvais à Trunk qui, distraitement, jouait avec une de ses mèches de cheveux mauves. Le Prince murmura avec mépris :

 

-             Des cheveux qui poussent… Tu n’es vraiment pas digne des supers guerriers.

-             Pardon ? demanda Trunk, surpris.

-             Les cheveux des Super Guerriers ne poussent pas, mais il est vrai que tu n’es qu’un bâtard après tout.

 

Trunk eut l’impression qu’on venait de lui enfoncer une lame acérée dans la poitrine. Le souffle court, il balbutia :

 

-             Comment… Mais… Que veux-tu dire…

-             Tu n’es que le fils d’une misérable terrienne, tu ne pourras jamais prétendre au titre de véritable Super Guerrier.

 

« Misérable terrienne »… les mots résonnèrent quelques secondes dans l’esprit de Trunk, qui se laissa submerger par la rage qu’il contenait depuis trop longtemps. Il se leva d’un bond et hurla :

 

-             Ne parle JAMAIS de ma mère comme cela ! Tu m’entends Végéta, JAMAIS !

-             Quel pathétique attachement, soupira le Prince avec un sourire méprisant.

 

Trunk, les poings serrés, semblait irradier de colère. Végéta, fronçant à son tour les sourcils,  réalisa soudain que la puissance de son fils avait beaucoup augmenté… Le jeune homme déclara :

 

-             Ce n’est pas pathétique du tout, c’est même ce qui m’a gardé en vie toutes ces années. C’est ce qui te manque, en fait. C’est ce qui te manquera toujours, ce qui fera que tu seras toujours inférieur à Son Goku.

 

Trunk sourit méchamment, il avait fait mouche : Végéta leva de son assiette un regard encore plus noir que d’habitude. Il dévisagea le sourire hautain de son fils, qui, en fait, ne lui avait jamais tant ressemblé qu’à cet instant de haine pure.

 

-             Je ne serai plus jamais inférieur à cet imbécile. Quand nous sortirons d’ici, j’en finirai avec ces cyborgs, et ensuite je tuerai Goku.

-             Même si tu en étais capable, personne ne te laissera faire cela. Ni Gohan, Ni Piccolo, ni Krilin

-             Et comment ces insectes pourraient bien m’en empêcher ? railla le Prince.

-             … ni moi. Je ne te laisserai pas faire, Père. Je ne te laisserai jamais faire de mal à Son Goku, dusse-je y perdre la vie.

 

Le sourire de Végéta s’effaça :

 

-             Et pourquoi cela ??

-             Parce que cela tuerait ma mère. Elle admire Son Goku, c’est son meilleur ami, depuis toujours. Si toi, tu lui faisais du mal, cela la tuerait. Je ne laisserai jamais cela arriver.

 

Végéta, qui était à présent debout lui aussi, donna un coup de poing sur la table qui se brisa en deux. Le père et le fils n’y prêtèrent pas la moindre attention. Le Prince grogna entre ses dents :

 

-             Tous vos bons sentiments me donnent envie de vomir.

-             Tu mens. Tu as des sentiments, toi aussi.

-             Certainement pas !

-             Si, je le sais. Ma mère me l’a dit. Elle savait que tu tenais à elle, que tu as toujours tenu à elle, toutes ces années, malgré ta froideur et ta méchanceté.

-             Elle se trompait.

-             Non. Ma mère ne se trompe jamais.

-             Pitoyable… grogna Végéta.

 

Trunk fronça encore un peu plus les sourcils : il avait marqué un point. Il le lisait dans les traits du Prince, dans son sourire soudain très légèrement moins assuré, dans le fait qu’il avait détourné le regard. Le jeune homme avait enfin creusé une brèche, il s’y engouffra :

 

-             Elle n’a jamais cessé de t’aimer, toutes ses années, même après ta mort. Elle n’a jamais cessé de t’admirer, de croire en toi, et de croire dans les sentiments que tu avais pour elle. Alors tu peux dire tout ce que tu veux, mais moi je la connais, elle, et je sais que même si je te trouve odieux, arrogant, imbu de toi-même, elle ne t’aurait jamais choisi si tu n’étais que cela. Si Bulma t’aime, c’est que quelque part, tu es quelqu’un de bien, aussi aberrant que cela puisse sembler. Et Goku aussi t’apprécie, malgré toi, et cela aussi me suffit pour penser que tu n’es pas réellement ce que tu veux paraître.

-             ASSEZ !!!

 

Végéta semblait ivre de rage. Trunk ne baissa pas les yeux. La tension entre eux était quasiment palpable, leurs kis vibrant sous l’intensité de leur colère. Végéta serra les poings :

 

-             Tu ne comprends donc rien ! Je suis le Prince des Guerriers de l’espace, il est IMPENSABLE que je m’abaisse à des sentiments aussi pathétiques ! Ce n’est que de la faiblesse !

-             De la faiblesse ? Mais, et Son Goku, il…

-             Ne me parle pas de cet imbécile ! Il n’est pas Prince lui !

-             Qu’est-ce que cela change d’être Prince ou pas ?

-             Comment ??

 

Végéta, sidéré, resta parfaitement immobile une fraction de seconde. Puis d’un bond il rejoignit Trunk et, le soulevant d’une main autour de son cou, le plaqua, bras tendu, contre une des colonnes. Le jeune homme, trop bouleversé, ne fit pas un geste pour se défendre. Son père, le visage à quelques centimètres du sien, ses pupilles noires brillant de colère, articula lentement :

 

-             Mais cela change TOUT justement. Vous ne comprendrez jamais. Pour vous, l’honneur d’un peuple ne signifie RIEN. Vous avez grandi sans aucune valeur, sans aucun sens de l’honneur. Vous seriez prêts aux plus infâmes compromissions pour sauver vos misérables vies. Car vous n’êtes rien que d’abjectes terriens. Moi je suis le Prince Végéta !

-             Mais Goku aussi est un Guerrier de l’espace, parvint à articuler Trunk.

-             Il n’a jamais connu notre planète, il n’y était pas attaché, il n’a pas sur les épaules le poids de la disparition du plus grand peuple de l’univers !

 

Trunk écarquilla les yeux : c’était donc cela…

Il balbutia :

 

-             Mais Père…

-             Vous êtes tous là, à ne penser qu’à votre misérable vie, à votre plaisir personnel, comme si vous attendiez que cela se reproduise ! Au lieu de vous laisser distraire, vous feriez mieux de vous entraîner davantage ! Vos pathétiques sentiments ne feront que vous affaiblir ! Et nous n’avons pas droit à l’erreur encore une fois !

 

Végéta relâcha d’un coup la gorge de son fils et tourna les talons. Il murmura entre ses dents :

 

-             Je retourne m’entraîner.

 

Son fils le regarda s’éloigner vers l’horizon désespérément blanc.

 

Végéta, le Prince des Guerriers de l’espace, avait peur.

Peur de ne pas faire honneur à son rang, à son titre, à son peuple.

Peur de s’attacher, et donc de tout perdre, encore.

 

Le Père et le fils ne reparlèrent plus jamais de cela.

Mais ce n’était pas grave.

 

Car Trunk avait enfin compris.