Chapitre 9

par Hel

La première fois que Végéta sentit sa présence, ce fut extrêmement fugitif. Une impression plus qu’une réelle sensation. Il arrêta son entraînement et ferma les yeux, concentrant son ki. Plus rien. Il devait avoir rêvé, il avait forcément rêvé.

 

Mais cela se reproduisit, plusieurs fois, en l’espace de quelques mois. Une énergie si faible qu’il la sentait à peine, et perdait sa trace dès qu’il essayait de se concentrer dessus.

 

Ce n’était pas Goku, ni Gohan, ni ce mystérieux jeune guerrier : leurs énergies étaient des milliers de fois plus puissantes que celle-ci. Mais c’était pourtant un sayian. Il y avait, quelque part sur cette misérable planète, un autre sayian.

 

Il guettait maintenant cette énergie, si faible, si fragile qu’elle lui échappait au bout de quelques secondes. Il s’interrompait en plein entraînement pour essayer de l’identifier, de la situer. Il était lui-même loin de tout, dans une zone aride et désertique. Il s’était cru tranquille, jusque là. Il avait pu s’entraîner quasiment nuit et jour, et à sa plus grande satisfaction ses efforts portaient leurs fruits, il s’était remis à progresser. Sa force augmentait, encore, de jour en jour. Il la puisait dans sa solitude, dans sa rage, dans sa jalousie. Dans son manque, aussi.

Mais la carapace qui s’était craquelée ces deux dernières années était revenue, plus rigide et impénétrable que jamais.

 

Il fallait cependant qu’il sache à qui appartenait cette énergie, qui se faisait chaque jour plus puissante, même s’il avait encore le plus grand mal à l’isoler.

Un jour, enfin, il y  parvint. Bloquant sa concentration sur cette flamme vacillante, il partit sur le champ.

 

Il la perdit en chemin, et faillit plusieurs fois faire demi-tour, furieux. Mais, à mesure qu’il avançait, il la perçut enfin de mieux en mieux. A sa plus grande stupéfaction, il réalisa qu’il venait d’atteindre la ville où se trouvait Capsule Corp.

 

Il perdit à nouveau le signal, trop faible au milieu de la foule de la grande cité.

Elle devait savoir, cette femme devait savoir. S’il y avait un sayian dans cette cité, elle serait forcément au courant.

 

Végéta ne se posa même pas la question de savoir s’il serait le bienvenue à Capsule Corp : il s’en moquait éperdument. Il atterrit au milieu de la propriété peu après le coucher du soleil et, avisant immédiatement la lumière allumée dans le laboratoire, entra sans frapper.

 

Monsieur Brief leva la tête de ses recherches, écarquilla les yeux, et balbutia :

 

-             .. Végéta !

-             Où est-elle ? Où est la fille ?

 

Le père de Bulma soupira : le Prince était redevenu aussi désagréable qu’aux premiers jours de son arrivée sur Terre. Il se contenta de répondre :

 

-             Bulma n’est pas ici ce soir, elle donne une conférence de presse, sa première depuis des mois, pour l’ouverture d’une de nos filiales.

-             Je dois la voir, maintenant.

-             Je vais vous indiquer l’endroit, mais s’il vous plait, changez-vous au moins, pour essayer de… passer un peu inaperçu.

 

Le prince baissa les yeux vers sa combinaison de combat, pleine de poussière. Il grinça des dents :

 

-             D’accord. Maintenant dites moi où elle est.

-             Je crois que vos anciens vêtements n’ont pas bougé de votre ancienne chambre. Et voici un carton d’invitation, qui vous permettra d’entrer sans avoir à … frapper quelqu’un.

 

Le prince lui arracha le carton des doigts et partit sans un mot. Monsieur Brief se leva, soudain fatigué. Il éteignit le laboratoire et retourna dans la maison principale ; sa femme était sur le seuil :

 

-             Mais… C’est ce cher Végéta que je viens de voir passer, non ??

-             Oui, il a besoin de voir Bulma, je lui ai indiqué où il la trouverait.

-             Il est au courant ?

-             Je ne crois pas, je ne sais pas.

-             Ah. Il va être surpris alors.

 

Monsieur Brief murmura :

 

-             Oui. Beaucoup de monde va être surpris. Mais elle a choisi.

 

******

 

Végéta avait profité du confort de son ancienne chambre pour prendre une douche rapide, puis il s’envola vers la salle de réception où devait avoir lieu la conférence de presse. Il atterrit à quelques dizaines de mètres, et fit le reste en marchant d’un pas rapide. Il savait qu’il touchait au but : le ki augmentait au fur et à mesure qu’il approchait. Il tendit son carton d’un geste agacé, furieux d’avoir à attendre pour interroger Bulma. La personne qui gérait les entrées et les cartes de presse le détailla, surpris : qui était donc cet inconnu en jean sombre, t-shirt noir et veste de cuir, au milieu de tous ces journalistes sur leur 31 ??

Végéta grinça des dents :

 

-             Quoi ? Un problème ?

 

Sous l’intensité de son regard, l’homme recula d’un pas :

 

-             Non non Monsieur, votre invitation est en règle, je vous en prie, entrez ! La conférence est sur le point de commencer.

 

Végéta suivit les retardataires jusque dans la salle de presse du siège financier de la Corp. L’endroit était comble, et il renonça à aller chercher Bulma dès maintenant : il aurait certainement du dans ce cas régler leur compte à un bon nombre de personnes pour parvenir jusqu’à elle, et tout ce qu’il espérait, c’était avoir une explication discrète le plus tôt possible et pouvoir repartir s’entraîner. Tous les journalistes se pressaient vers l’estrade sur laquelle se trouvait le pupitre où l’héritière de la Corp répondrait tout à l’heure aux questions.

 

Le Prince s’adossa au mur du fond de la salle, croisa les bras, et se mit lui aussi à attendre, doutant de pouvoir patienter plus de quelques minutes dans cet environnement détestable. Il tendit l’oreille à une conversation près de lui :

 

-             … in extremis à avoir l’autorisation.

-             Ben tu m’étonnes, une conférence de Bulma Brief, ça vaut de l’or. Ça fait des mois qu’elle n’est plus apparue en public.

-             Ouai, enfin bon, ce n’est pas la première fois qu’elle fait ce coup-là.

-             Moi, personnellement, je m’en fous complètement de la création de leur super filiale.

-             Ah bon ? Tu vas faire quoi alors ?

-             Je branche le magnéto… et je me rince l’œil sur la fille !!!

 

Les trois journalistes rirent grassement de la bonne blague de leur collègue.

Végéta ressentit, l’espace d’un instant, le désir impérieux de leur broyer le visage entre ses poings. Il haussa les épaules : ridicule, il s’en moquait complètement de cette terrienne.

 

Un attaché de presse apparut sur l’estrade et demanda le silence, qui se fit :

 

-             Mademoiselle Brief va répondre à vos questions. Vous disposez de trente minutes.

 

Végéta soupira : il devrait attendre encore trente minutes pour savoir !!!!

 

A cet instant, Bulma parut sur le côté de l’estrade, qu’elle traversa d’un pas tranquille.

 

Les quelques murmures qui persistaient disparurent dans la seconde. Toute la salle, immobile dans un silence de mort, avait les yeux braqués sur la robe noire moulante de la jeune femme, qui ne cachait rien de ses six mois de grossesse.

 

Le Prince resta parfaitement figé, pétrifié.

Bulma, souriante et parfaitement à l’aise, déclara :

 

-             Mesdames et Messieurs, bonsoir. Je suis prête à répondre à vos questions.

 

Une forêt de bras tendus se leva immédiatement. Bulma en désigna un. La journaliste en question hésita un instant, puis se lança :

 

-             Mademoiselle Brief, permettez-nous tout d’abord de vous transmettre toutes nos félicitations pour… cet heureux évènement à venir.

-             Merci.

 

La jeune milliardaire n’était absolument pas déstabilisée ; elle savait parfaitement comment se déroulerait la conférence, elle l’avait elle-même programmée, pour ne pas risquer que les journaux people soient une fois de plus les premiers à annoncer les pires bêtises.

 

-             Saurons-nous qui est l’heureux futur père ?

 

L’heureux futur père… Le cœur de Bulma se serra légèrement, mais rien dans son visage ou sa voix ne trahit son amertume :

 

-             Non. De toutes façons il est parfaitement inconnu de vous, et souhaite le rester. Ma vie privée restera, comme avant, du domaine du confidentiel.

-             Est-ce un employé de la Corp ?

-             Un ami d’enfance ?

 

Les questions commençaient à fuser, Bulma les arrêta en levant la main.

Végéta remarqua malgré lui que, sur un simple geste de la jeune femme, tous s’étaient à nouveau tu.

Elle annonça calmement :

 

-             Je ne répondrai plus qu’à des questions sur l’entreprise de mon père. Continuons la conférence.

 

Un murmure de déception parcourut l’assemblée, mais personne n’osa la contredire. Les mains se levèrent à nouveau, et  la conférence reprit.

 

Alors que vingt minutes s’étaient déjà écoulées, Végéta n’avait toujours pas bougé. Son cœur battait à tout rompre. Il n’entendait plus rien, ne percevait plus le brouhaha de la pièce. Il regardait, hypnotisé, le ventre rond de la jeune femme.

Il ferma les yeux un instant et se concentra sur l’énergie qui émergeait d’elle ; il pouvait percevoir une résonance entre celle-ci et son propre ki, comme une harmonie. Elle était enceinte de lui, cela ne faisait aucun doute.

 

Sur l’estrade, Bulma fronça soudain les sourcils. Interrompant les questions sous le prétexte de boire un peu d’eau, elle tenta de se concentrer sur cette sensation étrange qui émanait soudain de l’enfant qu’elle portait. Mue par une intuition, elle leva les yeux vers l’assemblée.

 

Et elle le vit. Malgré la lumière braquée sur l’estrade, malgré la foule de journalistes pressée devant elle, elle reconnut immédiatement cette silhouette tout en force et en puissance, adossée seule, à l’écart, au fond de la salle.

 

Instinctivement, elle porta la main sur son ventre, d’où rayonnait une douce et chaude énergie.

 

Le temps sembla un instant suspendu alors que leurs yeux se rencontraient enfin.

 

Lui dans l’ombre, elle dans la lumière.

 

Puis Bulma se pencha vers le micro et annonça d’un ton sans appel :

 

-             La conférence de presse est terminée, bonsoir à tous.

 

L’instant d’après, elle avait disparu et l’attaché de presse la remplaçait au pied levé.

 

-             Que s’est-il passé ??

-             Mademoiselle Brief a-t-elle fait un malaise ??

-             Le bébé va bien ??

 

Végéta ne savait pas exactement quoi faire. Un homme apparut alors près de lui :

 

-             Mademoiselle Brief vous attend, si vous voulez bien me suivre.

 

Le prince, surpris, acquiesça. En passant devant les quatre hommes de toute à l’heure, il entendit les propos de l’un d’entre eux qui rangeait son appareil photo :

 

-             La vache, j’aimerais quand même bien avoir qui a eu le bol de se taper un canon pareil…

 

L’instant d’après, l’homme en question se retrouva plaqué contre le mur, soulevé de terre, l’avant bras du sayian dangereusement pressé sur sa gorge :

 

-             Tu reparles d’elle comme ça une seule fois, tu repenses à elle comme ça une seule fois, et je te tue. Très douloureusement.

 

Puis Végéta disparut à la suite du garde du corps de Bulma. Le journaliste, blanc comme un linge, s’effondra au sol en se tenant la gorge sans parvenir à reprendre sa respiration. La scène n’avait pas duré plus de trois secondes. Son collègue balbutia :

 

-             Mais… c’était qui ce mec ??

-             Aucune idée…

 

*****

 

Végéta, les mains enfoncées dans ses poches, suivit l’homme à l’extérieur de l’immeuble par une porte arrière. Une luxueuse berline noire attendait. On lui ouvrit la porte arrière et, après une hésitation, le sayian pénétra à l’intérieur. Deux banquettes se faisaient face, séparées du chauffeur par une vitre teintée. Sur l’une d’elle, Bulma était installée et elle regarda le prince s’asseoir face à elle.

 

La porte se referma, et la voiture décolla, glissant doucement vers Capsule Corp.

 

Les deux anciens amants échangèrent un regard glacial.

Le prince désigna le ventre de la jeune femme d’un mouvement du menton méprisant :

 

-             Comment as-tu osé faire cela ?

-             Nous avons fait cela tous les deux, je te rappelle.

-             Tu m’as piégé, grinça-t-il entre ses dents.

-             Ne dis pas n’importe quoi Végéta. Je n’avais rien prémédité, et tu aurais pu également y songer.

 

Le sayian se renfrogna, furieux. Il n’aurait jamais du faire confiance à cette femme, jamais.

 

-             Pourquoi étais-tu ici ce soir ? demanda Bulma.

-             Je cherchais la source de son ki, je me demandais ce qui se passait. Maintenant je sais, je n’ai plus rien à faire ici.

 

Bulma se mordit la lèvre :

 

-             C’est ton enfant aussi, tu peux être là pour lui ou elle, si tu le souhaites.

-             C’est un garçon.

 

Elle écarquilla les yeux :

 

-             Mais comment… ?

-             Je le sens, c’est tout, à son ki.

 

Les lèvres de la jeune femme tremblèrent de rage :

 

-             Merci, je voulais avoir la surprise, tu viens encore une fois de tout gâcher.

-             Je me moque totalement de toi et de vos coutumes ridicules.

 

Elle le regarda plus attentivement et son cœur se serra : il disait vrai. Il s’en moquait. D’elle, du bébé. Cela ne l’atteignait plus, il était à nouveau celui qu’elle avait rencontré et détesté des années auparavant.

Mais le visage de la jeune femme ne trahit pas le désespoir qui commençait à l’envahir et elle annonça d’une voix calme :

 

-             Très bien. Je te dis juste que je suis prête à te laisser une place dans sa vie, si tu le souhaites.

 

Il haussa un sourcil surpris :

 

-             Et pourquoi voudrais-je avoir quelque chose à faire avec ce… bâtard ?

 

Elle reçut la réplique comme une gifle mais ne cilla pas. Elle articula le plus calmement qu’elle put :

 

-             Parce que c’est sûrement le seul enfant que tu auras jamais. Et il n’est certainement pas un bâtard. Il est mon fils, je l’élèverai comme tel, il héritera du nom et de la fortune des Brief. Si tu veux le voir, tu le pourras, sauf si tu lui fais le moindre mal, et j’en serai seul juge. Maintenant, va-t-en.

 

Elle avait posé une main protectrice sur son ventre rond. Elle appuya de l’autre sur un bouton de la voiture :

 

-             Arrêtez-vous.

 

La voiture stoppa. Bulma détourna les yeux pour ne plus croiser le regard glacé de Végéta, qui sortit sans un mot. On referma la porte et la berline repartit.

 

Le Prince la regarda à peine, et s’envola dans la nuit.

 

A l’intérieur de la voiture, alors que les premières larmes coulaient sur ses joues pâles, Bulma murmura pour elle-même, ses deux mains sur son ventre :

 

-             J’avais tort Végéta, quand je disais que tu ne me ferais jamais de mal.