Chapitre 3

par Hel

Merci beaucoup de vos commentaires ! Cela me fait extrêmement plaisir que vous aimiez un peu !

 

 

 

 

Quand elle arriva devant la salle de gravité, Végéta faisait quelques exercices devant l’entrée. Il n’accorda pas un regard à la jeune femme, qui murmura :

 

-                 Merci pour le café.

-                 Garde tes remerciements et répare les cibles.

 

Bulma sentit à nouveau l’agacement la gagner ; elle répondit sèchement :

 

-                 Alors aide moi à transporter celles que tu as soigneusement détruites au labo, tu pourras en prendre d’autres, mon père en garde toujours une ou deux de côté.

 

Végéta leva les yeux vers elle et articula lentement :

 

-                 Tu vas arrêter de me donner des ordres, femme.

-                 Tu veux ces cibles, oui ou non ? demanda-t-elle en croisant les bras.

 

Il ne répondit rien, les mâchoires serrées. Un horripilant sourire supérieur passa sur les lèvres de Bulma :

 

-                 C’est bien ce que je pensais… Alors, si sa Majesté Végéta veut bien se donner la peine…

 

Elle finit sa phrase avec une révérence ridicule et tourna les talons, laissant planté là un Prince au bord de l’explosion.

 

Cette femme était insupportable, stupide, odieuse, irrespectueuse, prétentieuse… Il la haïssait. Il la haïssait comme il n’avait jamais haï quelqu’un.

 

Il la suivit.

 

Quelques heures plus tard, Végéta revint chercher au labo les cibles à nouveau en parfait état de marche. Bulma, assise sur son siège, mordillant un tournevis, le regarda saisir sans un mot les précieuses machines sur lesquelles il s’acharnerait dans quelques instants.

Il l’intriguait. Son attitude du matin, même si elle avait entre temps refait place à la plus grande froideur, avait totalement déstabilisé la jeune femme. Car, si elle le savait prêt à beaucoup de choses pour pouvoir s’entraîner, elle ne l’aurait jamais pensé prêt à ça. A être poli, aimable. Même deux minutes. Elle aurait été persuadée que son ego démesuré n’y aurait pas survécu dix secondes ; alors de là à lui préparer un café… Un doute la saisit et elle fronça les sourcils.

Alors que, sans un remerciement, Végéta se dirigeait vers la porte, il fut arrêté par la voix de la jeune femme :

 

-                 Végéta !

-                 Quoi encore ? grogna-t-il sans se retourner.

-                 Je peux te poser une question ? Juste pour savoir un truc.

-                 Dépêche-toi, tu m’ennuies, j’ai du travail, moi.

-                 Quand est-ce que j’ai changé de coiffure ?

 

Pour le coup, il tourna la tête vers elle, stupéfait.

 

-                 Non mais tu te fous de moi ?

 

Elle hésita un instant, freinée par la pleine conscience qu’elle serait totalement ridicule. Mais elle devait savoir. Alors elle mentit effrontément :

 

-                 Je dois prendre rendez-vous chez le coiffeur, et j’ai oublié quand j’y suis allée la dernière fois.

 

Il hocha la tête : les habitants de cette planète étaient vraiment pitoyables. Sans cervelle et pitoyables. Comment pouvait-on perdre du temps à s’occuper de son apparence autrement que par un entraînement physique acharné ? Quelle stupidité sans borne que de gâcher de précieuses heures à s’occuper de ses … poils.

Il adressa à la jeune femme un sourire de mépris :

 

-                 Vous êtes tous si pathétiques ici. Et en plus tu n’as aucune mémoire : c’était il y a trois semaines.

-                 Ah… balbutia-t-elle. Et… Tu trouves ça mieux maintenant ?

 

Il jeta un coup d’œil au carré léger qui avait remplacé la coupe ébouriffée qu’elle affectionnait auparavant. Il eut un petit rire hautain :

 

-                 ça ne pouvait de toutes façons pas être pire.

 

Sans un mot de plus, les bras chargés des cibles, il quitta le laboratoire.

 

Bulma resta là, immobile, à regarder la porte close de longues minutes après son départ. Elle tâchait d’intégrer le fait que Végéta savait parfaitement qu’elle avait changé de coiffure, et quand.

Une de ses dernières querelles avec Yamsha avait justement eu pour motif cette nouvelle coiffure, que son bien aimé petit ami n’avait même pas remarqué en trois jours de temps.

Et Végéta, lui, si.

 

*****

 

-                 Vous avez vu Monsieur Végéta ? Ils ont encore écrit pleins d’articles sur ma Bulma chérie ! Vous voulez le lire avec une tasse de thé ?

-                 Non.

 

Passant devant Madame Brief, il jeta un bref coup d’œil au magazine qu’elle brandissait fièrement. Il reconnut vaguement sur la première page une photo de Bulma, mais n’y prêta d’abord pas davantage attention.

 

Ce ne fut que la nuit venue, quand il redescendit manger un morceau comme son estomac de sayian l’exigeait souvent, qu’il retrouva le journal rageusement froissé dans la poubelle. Intrigué, il se saisit de l’objet, et le déplia devant lui.

 

Sur la couverture, une photo de Bulma, prise certainement à l’une des ennuyeuses soirées où il savait qu’elle se rendait régulièrement, en tant qu’unique héritière de Capsule Corp.

Elle était vêtue d’une longue robe bleu foncé, une étole crème flottant sur ses épaules. Elle s’apprêtait à entrer dans un immeuble illuminé, ses escarpins s’enfonçant dans un épais tapis rouge. Autour d’elle, on devinait la foule des photographes. L’un d’eux avait du réussir à capter son attention, car elle s’était légèrement tournée vers lui, un sourire aimable sur son visage de porcelaine. L’image même de la gentillesse.

Végéta, lui, avait immédiatement reconnu dans ses grands yeux pâles cette pointe d’ennui et de fatigue qu’elle voulait pourtant dissimuler quand elle partait pour un dîner, une conférence, des réunions d’affaire.

 

Le journal titrait : « Le mystère Bulma Brief ».

 

Le Prince fronça les sourcils : il n’avait jamais remarqué qu’elle était vraiment connue, en fait. Bien sûr, la propriété était très protégée… enfin, protégée comme pouvaient le faire les ridicules guerriers terriens. Mais lui, qui ne sortait pour ainsi dire jamais, n’avait pas eu à faire face à l’agitation qui régnait autour de la famille Brief. A l’intérieur de l’enceinte, ce petit monde vivait luxueusement, mais simplement.

 

Il posa le magasine sur la table, alla se remplir une assiette dans le frigo, et tout en mangeant commença sa lecture. Après tout, il vivait là, et apparemment il était le moins renseigné de toute cette foutue planète.

 

L’ensemble du numéro semblait exclusivement consacré à la jeune femme. On saluait son génie technologique, son immense générosité pour un grand nombre d’œuvres caritatives, sa capacité à mener d’une main de fer la gestion de l’Empire Brief… et surtout son étonnant désir de rester parfaitement à l’écart de la jet set.

Le magasine se faisait l’écho des rumeurs les plus farfelues : elle était dépressive depuis toujours, elle était agoraphobe, voire elle était un robot inventé par son père (trop parfaite) ! Les soi-disant journalistes notaient qu’elle pouvait sembler disparaître des mois de la surface de la Terre ; la remarque arracha un sourire à Végéta :

 

-                 Crétins, elle était sur Namek !

 

On remarquait son intérêt pour les arts martiaux, elle avait été photographiée à son insu lors de plusieurs tournois. Le journaliste s’étonnait de sa discrétion lors des compétitions, qu’elle passait au milieu des spectateurs populaires… à hurler des encouragements à la limite de la décence.

 

Végéta manqua de s’étouffer en tournant la page suivante : une sublime photo de Bulma en deux pièces bleu pâle s’étalait sur une double page, avec pour unique légende : « Qui s’appropriera ce trésor ? »

La photo était floue, elle avait certainement été prise de très loin par un paparazzi qui le regretterait rapidement. Mais le Prince ne put s’empêcher de laisser glisser son regard sur le corps sculptural de celle qui dormait à l’étage au-dessus.

A priori, sur sa planète, on la trouvait ravissante : une perfide journaliste prétendait qu’un corps aussi parfait ne devait certainement pas avoir été obtenu naturellement… Le Prince Sayian haussa un sourcil méprisant : cette imbécile racontait n’importe quoi. Bulma était jeune, en plein santé, et passait beaucoup d’heures à s’entretenir.

Malgré lui, l’image de la jeune femme endormie dans la lumière du matin s’imposa à nouveau à son esprit : il était EVIDENT que son corps n’avait nul besoin des appâts ridiculement refaits des femmes vulgaires que Végéta avait pu apercevoir sur les affiches ou publicités en ville.

 

Il tourna la page machinalement. Là encore, les rumeurs allaient bon train : elle était secrètement fiancée, voire mariée avec 3 enfants, voire homosexuelle… voire ne fréquentait là encore qu’un robot créé par son père !! Nulle part on ne mentionnait la relation de la jeune femme avec Yamsha ; ce crétin avait au moins eu le tact de rester discret. Végéta recracha un morceau de pain avalé de travers quand il lut une interview d’Hercule qui se vantait d’avoir repoussé les avances de la jeune milliardaire éperdument folle de lui.

 

Les photos s’enchaînaient : Bulma en décapotable avec ses lunettes de soleil, Bulma entrant d’un pas pressé dans le bâtiment principal de la Corp, Bulma en robe de soirée, Bulma en tailleur pantalon visitant une usine… Végéta ne jetait qu’un bref coup d’œil à chaque fois. Ces images de papier glacé, volées, impersonnelles, n’évoquaient rien pour lui. Ce n’était tellement pas elle.

 

Le dernier article s’ouvrait sur le futur possible de la jeune femme : Capsule Corp continuerait-elle indéfiniment cette croissance exceptionnelle ? Les Brief vivraient-ils toujours ainsi, à l’écart des médias ?

Et surtout, qui aurait un jour la chance de partager la vie de cette sublime jeune femme ? Son cœur était-il pris ? Voulait-elle des enfants ?

 

Le journal se terminait sur cette interrogation : « un seul être sur cette planète aura-t-il, un jour, le bonheur de contempler le sourire de cette femme au petit matin ? »

 

Il referma le magasine d’un geste sec, le souffle court.

Il venait de réaliser quelque chose : cette femme insupportable était l’un des êtres les plus importants de cette planète. Et des milliers – des millions ? – de personnes enviaient ce que lui vivait au jour le jour.

Elle était belle, riche, intelligente, généreuse, adulée et respectée.

 

Et elle lui avait ouvert sa porte, elle l’avait accueilli sous son toit. Elle était à sa disposition, et malgré leurs querelles perpétuelles et son caractère bien trempé, elle faisait toujours en sorte qu’il puisse s’entraîner comme il l’entendait. Elle avait fait de lui sa priorité.

 

Végéta aurait du être fier, très fier. Son orgueil sayian aurait du se rengorger à cette pensée. Et pourtant, quand le visage de Bulma et son sourire taquin s’imposèrent à son esprit, il ne sentit pas en lui la satisfaction méprisante du tyran.

 

Non. Pour la première fois, le Prince Végéta la perçut… comme son égal.

Et cette pensée le terrifia.