Où on s'ennuie ferme le jour de son propre sacre

par Hel

Alors… je crois bien que des excuses s’imposent. De ma part, hein. Vous, enfin ceux qui restent, êtes plutôt à canoniser pour votre patience. J’ai des raisons, à vous de juger si elles sont valables. À votre place, je trouverais que non. Ma principale « raison » a appris à marcher et depuis fait encore plus sa loi dans la maison, ce qui réduit d’autant mon temps devant mon écran d’ordinateur. Mais pour ma seconde raison, vous risquez de m’écharper : j’ai commencé une autre fic en parallèle…

Oui, je sais, il ne faut pas. Mais elle me trottait dans la tête depuis longtemps et parasitait totalement ma fic actuelle, je m’embrouillais. Alors j’ai décidé d’écrire l’autre, pour me la sortir du crâne et pouvoir – relativement – sereinement me remettre à celle-là. Cette autre fic est –encore !- une bluette Gohan-Videl, je la posterai un de ces quatre, elle n’est pas encore achevée mais cela ne saurait tarder.

 

Bref, j’avoue que je n’ai même pas été voir le délai entre mon dernier chapitre et celui-ci, j’aurais trop honte. En plus je n’aime pas du tout ce chapitre (« tout ça pour ça ! »), il ne se passe rien, je piaffe pour arriver à ce qui m’intéresse enfin mais cela traîne en longueur de façon calamiteuse. Je ne pouvais cependant vraiment pas faire l’impasse sur la description de cette journée, enfin je crois. Ne vous inquiétez pas, cela va s’accélérer, je ne vais pas écrire un chapitre par journée passée sur la planète Végéta, à ma retraite j’y serais encore à ce rythme !

 

Voilà. En résumé, suis consciente que vous avez patienté des mois pour un truc médiocre, et vous prie d’accepter toutes mes plus humbles excuses. Je la finirai cette fic. Si si.

 

Enormes bisous à Wence, qui a trouvé le temps de corriger cette chose en un temps record malgré son emploi du temps de ministre. ;-)

 

 

 

 

 

 

 

Asparagus, assis en bout de table, appuya sur l’écran de son dispositif pour cesser le déroulement de l’enregistrement. Tous firent de même et demeurèrent un long moment silencieux. Puis l’Intendant releva la tête et croisa le regard de Leeka, auquel il s’adressa posément :

 

-             Et vous y avez assisté, général ?

-             Oui. J’étais dans la salle de contrôle, avec trois des leurs.

 

Un autre saiyen intervint :

 

-             Je l’ai entendu par ailleurs, ceux qui y ont assisté ne parlent plus que de cela. La nouvelle s’est répandue dans la cité comme une traînée de poudre.

-             C’est hallucinant, murmura un troisième.

 

Machinalement, comme pour se convaincre une fois de plus qu’il n’avait pas rêvé, Asparagus réenclencha le dispositif. Sur l’écran translucide qui lui couvrait l’œil apparurent à nouveau Goten et Trunks, lors de leur entraînement de l’après-midi. Le compteur d’énergie, en bas, se contentait de clignoter sur zéro. L’Intendant éteignit et se recala contre le dossier de son siège en croisant les bras.

 

Un général demanda :

 

-             Comment est-ce possible ? Où ces deux… terriens ont-ils acquis une telle puissance ?

-             Ils ne sont pas les seuls, coupa Leeka. Nos dispositifs nous montrent bien que tous les hommes qui ont accompagné le roi ont une puissance extraordinaire.

-             C’est impossible, rétorqua un autre. Nos dispositifs étaient même capables de prendre en compte la puissance de Freezer. Vous n’allez pas nous faire croire que… que ceux-là sont supérieurs à ce qu’était Freezer ?!

-             Je pense qu’ils ont vaincu Freezer, dit posément Asparagus.

 

Tous les regards se tournèrent vers lui. Il continua :

 

-             Le roi n’a rien voulu en dire, je ne sais pour quelle raison. Mais il était au courant de la mort de Freezer. D’après ce que m’a dit Leeka de son séjour sur Terre, ils étaient tous au courant.

-             Oui, acquiesça celui-ci. La mort de Freezer était pour eux une évidence, ils y sont manifestement pour quelque chose.

-             Serait-il possible… murmura Asparagus, perdu dans ses pensées.

 

Tous attendirent qu’il continue mais, sourcils froncés, plongé dans ses réflexions, l’Intendant ne sembla pas s’en rendre compte. Leeka hésita puis enchaîna :

 

-             Serait-il possible que l’un d’eux soit le guerrier légendaire ? Le super saiyen ? C’est bien ce que vous vous demandez, Intendant ?

 

Tous les généraux présents écarquillèrent les yeux, leurs regards stupéfaits allant de l’un à l’autre. Un saiyen s’exclama :

 

-             Ridicule ! C’est une légende ! Un mythe ! Ce guerrier n’existe pas !

 

Asparagus se contenta de répondre calmement :

 

-             Jetez à nouveau un coup d’œil à l’enregistrement, si vous avez un doute.

-             Vous croyez vraiment… ?

-             Je ne sais pas. Je n’imaginais pas le guerrier légendaire… comme ça. Je n’imaginais pas…

 

Il se tut un instant, puis soupira :

 

-             Je n’imaginais pas qu’il serait terrien.

-             Non, c’est impossible ! clama un autre. Les Terriens n’ont aucune force de combat, ce n’est pas un peuple de guerriers, à peine des cultivateurs primitifs !

-             Et pourtant, tous les hommes qui sont arrivés de cette planète ont une force de combat hallucinante. C’est un fait.

 

Personne ne répondit. Leeka reprit la parole :

 

-             Lorsque j’étais sur Terre, je n’ai cependant relevé cette force de combat chez aucun autre être que les descendants de notre roi et du troisième classe qui est avec lui, son maître d’arme. Les autres terriens semblaient avoir la force de combat à laquelle nous nous attendions, à savoir quasi nulle.

-             Intéressant, murmura Asparagus.

 

L’Intendant réfléchit à nouveau quelques instants, puis se redressa dans son siège :

 

-             Nous tâcherons d’éclaircir tous ces points lors du Grand Conseil de demain, après le sacre.

-             Le sacre… grommela un général.

 

Asparagus lui jeta un regard noir :

 

-             Cela vous pose un problème ?

 

Le saiyen se renfrogna :

 

-             De voir monter sur le trône de Végéta des terriens, oui, je le reconnais, car…

-             Celui qui monte sur le trône, coupa froidement Asparagus, c’est notre roi légitime, l’héritier du défunt Végéta. Et celui qui est notre prince, si vous avez encore des doutes sur sa légitimité, repassez-vous l’enregistrement. Si l’idée ne m’était, comme à vous, pas agréable il y a encore quelques heures, je ne trouve personnellement plus rien à redire. Donc vous non plus. Est-ce clair, saiyens ?

-             Très clair ! répondirent-ils tous d’une seule voix.

 

Asparagus acquiesça et se leva, imité par toute l’assemblée :

 

-             Bien. Alors nous nous retrouverons demain au sacre, puis au Grand Conseil.

 

******************************

 

-             Il est hors de question que je porte cela.

 

D’un geste méprisant, Bra jeta à terre la combinaison bleu foncé. Les deux saiyennes qui étaient venues la lui porter échangèrent un regard effaré. L’une des deux respira profondément et, tachant de garder son calme, dit une fois de plus :

 

-             Altesse, l’armure saiyenne est…

 

La toute jeune fille la coupa d’une voix tranchante :

 

-             L’armure saiyenne est hideuse. Il est exclu que je la porte. Je suis votre princesse, vous vous taisez, et vous obéissez. Si vous voulez vous rendre utiles, passez-moi mes vêtements pendant que je m’habille. Sinon, disparaissez.

 

Les deux femmes, manifestement à contre-cœur, acquiescèrent :

 

-             Bien, Altesse.

 

Un léger rire se fit entendre et toutes trois tournèrent la tête vers l’entrée de la magnifique chambre de Bra : Bulma se tenait dans l’embrasure de la porte, bras croisés, manifestement franchement amusée. Elle était vêtue d’une longue robe de velours incarnat qui dessinait parfaitement le haut de son corps. Le bustier laissait dégagées ses épaules et sa gorge sur laquelle resplendissait un fin collier parsemé de diamants. Avec un naturel confondant elle ramena sur son bras la lourde traîne du vêtement et s’avança dans la chambre :

 

-             Comme vous pouvez le voir, je ne porterai pas non plus votre… armure. Et le roi n’y voit aucune objection. Je vais m’occuper de la tenue de ma fille, vous pouvez disposer.

 

Les saiyennes s’inclinèrent et quittèrent la pièce. Bra les suivit d’un regard froid et soupira :

 

-             C’est fatigant d’avoir à parlementer avec le personnel.

 

Sa mère haussa un sourcil :

 

-             Bra, tu ressembles beaucoup trop à ton père et moi. C’est inquiétant.

 

Sa fille lui sourit fièrement et rejeta en arrière sa chevelure :

 

-             Bon, que vais-je bien pouvoir mettre pour le sacre de papa ?

 

*************************

 

Trunks sourit en voyant sa sœur arriver dans la grande salle du palais, escortée par deux saiyennnes manifestement consternées. Bra portait finalement une robe rouge sombre, dont le bustier croisé était resserré sous la poitrine pour s’épanouir ensuite dans un nuage de mousseline pourpre qui dansait autour de ses jambes fines à chacun de ses pas. Les pieds menus de Bra étaient glissés dans des sandales plates qui remontaient sur ses mollets dans un savant entrelacs de rubans de satin. Ses cheveux, comme d’habitude, flottaient autour de son visage.

 

Le prince esquissa une fausse révérence :

 

-             Ma chère sœur, vous êtes divine.

-             Je sais, se contenta-t-elle de répondre.

 

Trunks leva les yeux au ciel. Bra demanda :

 

-             Papa et maman sont déjà là-bas ?

-             Oui, ils ont rejoint le palais il y a quelques minutes, avec tous les autres. Je t’attendais, mais nous ne sommes pas en retard. Tu veux que je te porte ?

-             Non, cela va me décoiffer de voler, et tu vas froisser ma robe. Je préfère y aller par le tapis roulant, tu m’aideras juste à y monter.

-             Bien, alors allons-y.

 

Les deux jeunes héritiers quittèrent donc l’ancien palais avec leur escorte inutile, pour rejoindre la cité. Les soleils étaient hauts dans le ciel, le sacre devait avoir lieu dans moins d’une heure. Trunks aida comme prévu sa sœur à monter sur le ruban métallique qui les entraîna à vive allure dans le cœur de la capitale. Les parois translucides leur firent prendre conscience de l’importance de cette journée pour les saiyens : une multitude de guerriers volait dans la cité, surplombant notamment leur sinueux chemin, suivant des yeux avec intérêt et curiosité les deux héritiers qui glissaient en dessous d’eux vers le nouveau palais. Bra se tendit légèrement mais ne bougea pas, relevant même dignement le menton, jetant un regard fier vers tous ceux qui les observaient, Trunks et elle, alors qu’ils poursuivaient leur course immobile dans la cité.

 

Alors elle croisa son regard, un instant, un bref instant. Trop fugitivement pour que ce fût davantage qu’une brève impression, qu’une image qui n’eut même pas le temps de s’imprimer réellement dans son esprit. Elle tourna vivement la tête, mais le chemin venait de plonger dans les profondeurs du palais et la cité disparut à ses yeux. Trunks la souleva avec douceur quand ils arrivèrent sur la plate-forme et elle resta un instant interdite, sourcils froncés.

 

-             Qu’y a-t-il Bra ?

-             Je… Non, rien. Allons-y.

 

**************************

 

Il resta suspendu dans l’air, figé.

 

Elle avait croisé son regard et, l’espace d’un très bref instant, il en était certain, elle semblait l’avoir… reconnu.

 

Il le savait. Il avait cru reconnaître la reine, mais en fait c’était cette toute jeune fille qui hantait ses jours et ses nuits depuis des années.

 

Cette toute jeune fille qui était sa princesse et qui n’avait jamais vécu que sur Terre.

 

Il grinça des dents : il fallait qu’il en ait le cœur net. Il fallait qu’il leur prouve, enfin, après toutes ces années, qu’il n’était pas fou.

 

Il hésita un instant : demander une audience maintenant n’aurait aucun sens, il fallait qu’il attende la fin du sacre. Le roi n’avait aucune vraie raison de le recevoir mais, d’une façon ou d’une autre, il faudrait qu’il sache. Il avait beaucoup de questions à poser à son souverain, et un moyen peut-être, de l’approcher pour obtenir enfin des réponses.

 

****************************

 

-             Vous auriez été bien mieux en smoking, grommela Chichi.

 

Elle passa un regard critique sur son époux et ses deux fils, tous trois vêtus de la combinaison saiyenne. Si cela semblait beaucoup amuser Goku et Goten, Gohan lui était définitivement mal à l’aise de porter à nouveau cette tenue qui n’évoquait pour lui que de pénibles souvenirs. Il soupira et les doigts de Videl se resserrèrent sur son bras. Tournant la tête, il sourit à son épouse : celle-ci, vêtue d’une discrète robe d’un bleu sombre, lui lança un regard encourageant. Chichi remonta sur ses bras nus son étole de soie mordorée ; elle avait passé un magnifique kimono noir, orné de dessins rouge et or. Elle releva la tête, altière, et jeta un coup d’œil désapprobateur à sa petite-fille :

 

-             Tu es ridicule.

-             Non. Je serai même la seule à ne pas avoir l’air ridicule aux yeux de tous les gens présents, répliqua Pan du tac au tac.

 

Elle posa crânement une main sur sa hanche, moulée dans la combinaison de combat. L’armure blanche épousait le haut de son corps, enserrant sa taille étroite. Elle n’avait pas d’épaulettes et les simples attaches laissaient libres ses bras finement musclés. Elle avait remonté ses cheveux noirs en une haute queue de cheval. Goten, qui se trouvait derrière elle, siffla entre ses dents :

 

-             Je suis certain que Trunks va adorer.

 

Pan lui jeta un regard noir par-dessus son épaule :

 

-             Tu parles de quoi là ? Tu peux aussi regarder autre chose que mes fesses, espèce de vicieux !

 

Goten faillit s’étrangler :

 

-             Non mais ça ne va pas ! Tu es ma nièce je te signale !

-             Oui, mais toi tu es avant tout un pervers. N’est-ce pas, grand-mère ?

-             Ne mêle pas ma mère à cela ! coupa Goten. Et puis tu te surestimes, tu n’es pas si bien que ça ! Tiens, en parlant de tes fesses…

 

Gohan grogna :

 

-             Si on pouvait parler d’autre chose que des fesses de ma fille, cela m’arrangerait.

 

Videl pouffa de rire, Goten et Pan se renfrognèrent. Goku cligna des yeux sans comprendre et Chichi poussa un soupir agacé. La petite troupe avançait dans le palais, conduite par Leeka qui semblait avoir définitivement abandonné toute velléité de suivre les insipides conversations terriennes. Ils parvinrent enfin à une haute porte métallique. Avant d’en enclencher le mécanisme, le général saiyen se tourna vers eux et expliqua :

 

-             Le sacre va avoir lieu d’un moment à l’autre, on m’a prévenu que sa majesté et sa famille allaient arriver. Par ici vous pénétrez sur un espace en hauteur ; vous pourrez ainsi assister à la cérémonie.

-             Merci, répondit simplement Goku avec un sourire.

 

Leeka se contenta d’un hochement de tête et enclencha le mécanisme d’ouverture de la porte.

 

*************************

 

Quand Trunks et Bra découvrirent leurs parents qui les attendaient devant la salle du trône, ils restèrent muets. Végéta avait revêtu une combinaison noire sur laquelle ressortaient les bottes, les gants et l’armure d’un blanc plus éclatant que tout autre. Une plaque seule au niveau de son ventre et les larges épaulettes étaient elles d’un rouge sombre et l’insigne de la famille royale resplendissait sur son poitrail. À chacun de ses gestes, l’ample cape d’un bleu profond doublée de pourpre se mouvait autour de sa silhouette.

Vu le regard fier que posait sur lui Bulma, elle aussi trouvait son royal époux absolument magnifique. Agacé par les regards admiratifs des siens, Végéta se détourna et ordonna aux saiyens présents :

 

-             Nous sommes tous là, allons-y.

-             Bien majesté.

 

Alors, dans un glissement, les majestueuses portes de métal s’effacèrent dans les parois, découvrant l’immense salle du trône de la planète Végéta.

Le roi avait levé sa main droite et, d’un geste naturel, Bulma y posa la sienne. Trunks cligna des yeux, se demandant un instant quoi faire… avant d’être rappelé à l’ordre par un raclement de gorge agacé à côté de lui : Bra, la main levée, attendait manifestement qu’il fasse de même. Le prince jeta un rapide coup d’œil à son père et, copiant sa posture, souleva avec délicatesse la petite main de sa sœur sur la sienne.

 

À cet instant, Végéta et Bulma s’engagèrent dans la salle et leurs enfants les suivirent. Ils avançaient sur un profond tapis pourpre, entre les deux majestueuses rangées de colonnes auxquelles étaient suspendus très en hauteur d’épais drapés immaculés. De chaque côté se tenait, dans un silence religieux, toute l’aristocratie saiyenne, dans leur armure d’apparat. Au fur et à mesure que Végéta et les siens passaient devant eux, ils posaient un genou à terre en signe d’allégeance. Trunks, si sa position de vice-président de Capsule Corporation l’avait plus ou moins habitué à de similaires démonstrations de respect, n’en était pas moins très impressionné par la solennité du moment. Il glissa un très rapide coup d’œil vers sa sœur : la toute jeune adolescente marchait d’un pas souple, le menton fièrement relevé, son visage de porcelaine ne trahissant pas la moindre agitation.

Bra n’était pas forte, avait l’énergie d’une terrienne, ne s’intéressait nullement au fait de pouvoir se battre, voler… Mais son aîné ne pouvait s’empêcher, quelque part, de souvent admirer cette alliance parfaite, dans un corps si frêle, d’un génie et d’un prince de la guerre. Il ne pouvait s’empêcher, aussi, de plaindre à l’avance le pauvre être sur qui cette dangereuse créature jetterait un jour son dévolu.

 

Végéta et Bulma gravirent d’un pas égal les quelques marches qui menaient aux trônes et s’y assirent. D’un regard, le roi indiqua à son fils celui qui lui était destiné, à sa gauche. Trunks lâcha doucement la main de Bra et celle-ci rejoignit tranquillement sa propre place, à la droite de sa mère.

Très en hauteur, depuis l’un des balcons, la famille Son les avait suivis du regard, les yeux écarquillés. On était bien loin, à présent, de la jeune fille qui cherchait les Dragon Balls ; du soldat solitaire et sanguinaire ; du gamin chahuteur et espiègle ; de la petite fille gâtée qui sortait à peine de l’enfance. Les quatre personnes qui s’avançaient dignement devant cette multitude respectueuse était la famille royale de la planète Végéta.

Chichi sentit sa gorge se serrer à la réalisation qu’ils étaient, en fait, bien loin de la Terre. Goku observait lui-même la scène avec attention : il ne parvenait décidément pas à ressentir la moindre appartenance à tout cela ; tout lui semblait étranger, froid, pompeux. Il avait conscience d’avoir appartenu, un jour, à ce monde ; il avait conscience d’en être issu. Mais toute cette grandeur, cette magnificence, ce trône sublime surmonté de l’emblème royal n’évoquaient rien en lui. Il éprouvait pour Végéta un immense respect. Un respect de guerrier, de compagnon d’arme et, finalement, le lien très profond d’une sincère amitié. Mais il n’éprouvait pas pour lui le respect dû à un souverain.

Si cet endroit était son royaume, lui ne serait jamais un sujet.

 

************************

 

La fin de la cérémonie fut étonnamment courte : les saiyens présents, issus de l’élite aristocratique, clamèrent dans un ensemble parfait leur allégeance à la famille royale, puis quittèrent la salle du trône dans un ordre militaire. Asparagus, qui était resté pendant toute la cérémonie debout en retrait par rapport au trône, s’avança et posa un genou à terre devant Végéta :

 

-             Majesté, avec votre accord, nous sommes prêts pour commencer le Grand Conseil.

-             Bien. La reine et le prince m’y accompagneront.

 

Asparagus sembla un instant surpris puis acquiesça. Végéta leva alors la tête et appela :

 

-             Kakarot !

 

Goku enjamba la balustrade et vola sans cérémonie jusque devant le trône royal :

 

-             Oui Végéta ?

-             Emmène Bra avec vous. J’ai à faire avec Bulma et Trunks.

-             Avec plaisir ! répondit Goku avec un grand sourire.

 

Il tendit la main à la princesse qui sauta au bas de son trône et glissa naturellement ses bras autour du cou de Goku. Elle glapit quand ils décollèrent :

 

-             Ne froisse pas ma robe, hein !

 

Bulma les regarda s’élever vers le balcon où se trouvaient tous les autres. Chichi lui fit un petit signe de la main, auquel la reine répondit, puis Goku et les siens disparurent de la plateforme. Mais déjà Végéta quittait la pièce avec Asparagus ; sa femme et son fils lui emboîtèrent le pas rapidement. Trunks glissa à sa mère :

 

-             Euh… Tu sais où on va, là ?

-             Au Grand Conseil, d’après ce que j’ai compris.

-             Ah. Donc tu n’en sais pas plus que moi, je suppose ?

-             Parce que tu penses peut-être que ton cher père me tient informée de notre emploi du temps ? grinça Bulma.

 

Le cher père en question, qui avait parfaitement suivi l’échange, leur jeta un regard noir par-dessus son épaule et grommela :

 

-             Le Grand Conseil est l’équivalent de ce que vous appelez un conseil d’administration.

-             Ah, bon, au moins c’est plus clair, soupira Bulma.

-             Super… Cela me manquait… grommela Trunks et rentrant la tête dans les épaules.

 

Ils pénétrèrent enfin dans une salle parfaitement cubique uniquement meublée d’une immense table carrée, métallique, entourée d’un nombre important de sièges. Derrière chacun se tenait un haut dignitaire saiyen, et tous se raidirent à leur entrée. Asparagus glissa un ordre à un soldat et, dans la seconde qui suivit, deux magnifiques sièges supplémentaires furent installés côte à côte, face à ce qui était manifestement la place du roi. Végéta contourna la table et alla s’installer, à côté de son Intendant. Bulma et Trunks s’assirent donc en même temps que tous les autres aux places qui leur avaient été assignées, et attendirent la suite. Un saiyen se leva et commença un long laïus parfaitement inintéressant sur la gloire du peuple saiyen et ses nombreuses conquêtes par les siècles. Bulma glissa discrètement à son fils :

 

-             J’ai hâte de voir ton père gérer un conseil d’administration… Lui qui refuse de s’occuper de la moindre paperasse.

-             Oui, moi aussi, murmura Trunks.

 

De l’autre côté de la table, Végéta ne feignait même plus d’écouter le discours et, manifestement, s’ennuyait ferme, comme en témoignait le mouvement nerveux de son pied gauche. Bulma et Trunks échangèrent un regard amusé.

Quand, enfin, le discours de glorification tira à sa fin, on apporta deux dispositifs aux terriens. Bulma le glissa rapidement sur son œil et aida son fils à installer le sien. Elle murmura :

 

-             Il y a une sorte de bouton sur le côté pour faire défiler les informations.

-             Ah, merci, répondit le jeune homme en ajustant maladroitement l’écran devant son œil.

 

Un saiyen annonça, à l’adresse du roi :

 

-             Majesté, nous vous avons préparé les données économiques actuelles. Nous aurions besoin de votre approbation sur certaines questions telles l’exploitation des mines de Givarch et une éventuelle colonisation de Telatenosa. Les informations nécessaires vous sont immédiatement disponibles.

 

Végéta jeta un coup d’œil blasé sur ce qui défilait sur son écran, et Bulma et Trunks s’empressèrent de l’imiter. Ils furent soulagés de constater que les données avaient été traduites, même succinctement. Au bout de quelques secondes, le prince se mit à tenter d’appuyer fébrilement sur son dispositif, mais rien ne sembla se passer. Il se tourna vers sa mère, qui faisait la même chose, sourcils froncés. Trunks murmura :

 

-             C’est tout ce qu’on a comme données ? On est censés gérer… une planète, et on n’a que cela ?!

-             J’en ai bien peur, grommela sa mère.

 

Elle ôta le dispositif et regarda son mari, de l’autre côté de la table. Celui-ci semblait presque… amusé. Alors, comme s’il attendait pour cela d’avoir les yeux de Bulma fixés dans les siens, il ordonna calmement :

 

-             Pour les questions administratives, voyez cela avec votre reine et votre prince héritier. Vous vous en remettrez à leur jugement comme s’il était le mien.

 

Un murmure consterné s’éleva dans la pièce. Bulma fixait toujours Végéta, à présent furieuse. Elle entendit à peine le grincement de Trunks à côté d’elle :

 

-             L’enfoiré…

 

Le roi, un petit sourire sur les lèvres, toisait sa compagne avec délectation. Bulma respira profondément pour s’empêcher d’exploser de colère.

 

À ce moment le saiyen qui avait précédemment pris la parole, un moment décontenancé, se tourna finalement vers la reine et demanda :

 

-             Bien. Dans ce cas, quelle est votre décision concernant les mines et Telatenosa ?

 

Bulma ne bougea d’abord pas.

Face à elle, l’expression de Végéta avait changé. Il n’avait plus son petit sourire. Elle réalisa alors que, comme tous les présents…. Il attendait. Que son regard noir, au-delà de son ironie glaciale, était confiant.

Après tout, n’était-elle pas la Présidente de Capsule Corporation ?

 

Alors elle sourit à son tour et, posant ses deux mains sur la table, annonça d’une voix claire :

 

-             Messieurs, je suis au regret de vous dire qu’il est hors de question que nous prenions la moindre décision sans disposer pour cela de données complètes sur la situation et les besoins réels de la planète Végéta.

 

Un silence de mort suivit, alors que tous regardaient la reine avec des yeux ronds. L’un des présents balbutia :

 

-             Mais… Les données qui vous ont été fournies sont…

-             Totalement insuffisantes, coupa Trunks. Ces quelques chiffres ne nous permettent en rien d’intervenir dans la gestion d’un royaume tel que celui de mon père.

 

Les saiyens s’entre-regardèrent, consternés et stupéfaits. L’un d’eux demanda :

 

-             Mais de quelles données… ?

-             De toutes les données, répondit calmement Bulma.

 

Son fils posa à son tour son dispositif sur la table et enchaîna :

 

-             Relevés démographiques précis. Situation économique détaillée : ressources, importations, exportations, état des stocks, répartition et gestion de ces stocks…

 

La reine enchaîna :

 

-             Point sur les relations internation… intergalactiques : alliées, ennemis, échanges commerciaux, colonies.

-             Situation énergétique : principales ressources, taux de dépendance.

-             Répartition du budget : natures des recettes du royaume, des dépenses, évolution sur… mettons depuis la renaissance de la planète.

 

La liste continuait, énoncée tranquillement par la mère et le fils qui se complétaient parfaitement. Plusieurs des saiyens présents enregistraient les demandes afin de pouvoir les satisfaire de leur mieux. Bulma s’interrompit soudain, et ordonna :

 

-             Ah, je vous prierai de nous fournir ces informations sur un autre support que vos dispositifs, dont l’écran trop exigu est peu pratique. Il faudra aussi que nous discutions d’un emplacement pour quelque chose dont j’ai préparé les plans, je vais avoir besoin de vos meilleurs techniciens. Mais nous pourrons voir cela à la fin du Conseil.

 

De l’autre côté de la table, Asparagus observait ces deux humains avec la plus grande attention. À côté de lui, Végéta… souriait. Puis le roi se leva et tous l’imitèrent. Il annonça calmement :

 

-             Bien. Ma présence ici n’étant plus nécessaire, je vous laisse.

 

Les saiyens s’inclinèrent brièvement alors que Végéta traversait à nouveau la salle de conseil. Passant près de Bulma et Trunks, il les gratifia d’un rapide regard auquel Bulma répondit par un clin d’œil et Trunks par un froncement de sourcil envieux. Les lourdes portes se refermèrent sur lui.

 

**********************

 

Le souverain traversa les couloirs avec rapidité, presque avec urgence. Quand une voix insistante résonna derrière lui, il suspendit son pas, agacé, et se retourna vers l’importun. Le soldat s’approcha au pas de course et mit un genou à terre :

 

-              Majesté, pardonnez-moi, mais le général Leeka a insisté pour que je vous fasse parvenir une information qu’il estime de la plus haute importance.

-             Parle, dépêche-toi, grogna Végéta dont la patience touchait déjà à sa fin.

-             Un soldat a insisté pour vous voir. Un troisième classe. Il prétend… Il prétend connaître votre fille, sire.

 

Le roi fronça les sourcils :

 

-             Continue.

-             Il est parvenu à voir le général Leeka, et celui-ci a jugé sa requête recevable. Le général voudrait savoir quand il vous saura gré de recevoir cet homme. Je ne me souviens plus bien de son nom, pardonnez-moi. Je crois que…

-             Inutile, coupa Végéta. Je sais qui il est. Dis à Leeka de venir ce soir, après le banquet, à l’ancien palais avec Asparagus et cet homme.

 

Le soldat, surpris, releva la tête et écarquilla les yeux : Végéta souriait, manifestement amusé. Puis le roi se détourna et, sans plus parlementer, reprit son chemin. Sur l’esplanade il congédia d’un revers de main agacé l’escorte qui s’apprêtait à le suivre et s’envola à toute allure dans le ciel. Quelques secondes plus tard, il se posait devant l’ancien palais. Il prit un instant pour repérer le ki et pénétra dans le bâtiment. Au milieu de l’immense salle, à quatre pattes par terre, se trouvaient côte à côte Goten et Bra qui suivaient avec attention ce qui se passait sous la surface translucide du sol. Le jeune homme désignait à Bra les ombres d’immenses bestioles aquatiques qui glissaient sans bruit dans l’eau et l’enfant suivait avec attention. Ils levèrent les yeux vers Végéta qui les gratifia à peine d’un hochement de tête avant de poursuivre sa route vers son but. Il le trouva, comme de très naturel, dans la salle à manger : Goku s’était manifestement installé devant un petit encas que Chichi lui avait fait servir pour « tenir » jusqu’au banquet. Le saiyen cligna des yeux en reposant devant lui un bol vide :

 

-             Tiens, Végéta, déjà là ?

-             Viens avec moi, je veux m’entraîner.

 

Les yeux de Goku brillèrent d’excitation et il se leva d’un bond :

 

-             Parfait, je commençais à m’ennuyer !

-             Sortons. Ce vieux palais n’est pas adapté, nous serons plus à l’aise à l’extérieur, en attendant mieux.

-             Je te suis !

 

****************************

-             Je ferai parvenir les plans nécessaires aux techniciens. La structure en elle-même ne devrait pas poser de problème vu votre technologie. Par contre je réaliserai personnellement le générateur de gravité ; en effet… Non mais vous m’écoutez ?!

 

Bulma avait hurlé la fin car, relevant les yeux de ses notes, elle venait de réaliser l’impensable : plus personne ne semblait prêter attention aux propos de Bulma Brief, Présidente de Capsule Corporation et, depuis peu, reine de la planète Végéta. Tous les saiyens, yeux écarquillés, semblaient concentrés sur bien autre chose que ce qui se passait dans la salle de conseil. Ils ne parurent même pas réagir à la question de leur souveraine qui, exaspérée, s’apprêtait à rugir de plus belle quand la voix de son fils s’éleva près d’elle :

 

-             C’est inutile, ils ne t’écouteront plus.

-             Hein ? Mais pourquoi ?

 

Trunks sourit et répondit simplement :

 

-             Ils perçoivent leurs énergies ; père et Goku sont en train de se battre.

 

Bulma soupira et se rejeta dans son fauteuil :

 

-             D’accord… Bon, le conseil est fini, je suppose.

 

Seul Trunks se leva, les autres semblant toujours tétanisés. Le prince hésita, puis clama d’une voix forte :

 

-             La séance est levée !

 

Asparagus retrouva le premier ses esprits et se leva à son tour brusquement. Il balbutia :

 

-             Que se passe-t-il ? Nous percevons…

-             Oui, mon père s’entraîne. Si vous voulez y aller, je peux vous y conduire.

 

Asparagus acquiesça fébrilement, rapidement imité par toute l’assemblée qui réagissait à nouveau. C’est suivis par tous les saiyens, manifestement surexcités, que Trunks et sa mère quittèrent la pièce, un sourire amusé aux lèvres. Le prince prit Bulma dans ses bras et s’éleva dans les airs, la petite troupe derrière eux, rapidement grossie d’autres dignitaires qui accouraient sur les terrasses du palais. Ils filèrent au travers de la cité, croisant une foule compacte qui, presque hypnotisée, se concentrait sur les hallucinantes décharges d’énergie qui émanaient de l’ancien palais. Seuls les dignitaires pouvant approcher des demeures royales, Trunks fendit la foule pour attendre le promontoire rocheux. Suivi par ceux qui y étaient autorisés, il gagna l’entrée, y déposa sa mère, puis se dirigea en volant à nouveau vers l’esplanade qui, derrière les arbres, surplombait la mer sur le côté du bâtiment.

 

Goku et Végéta contenaient manifestement leur puissance : seuls quelques arbres carbonisés attestaient des coups échangés et un unique rocher s’était effondré quelques minutes plus tôt dans la mer. Quand la troupe menée par Trunks s’immobilisa au-dessus d’eux, Végéta était déjà plus qu’agacé et Goku riait :

 

-             Non non non, moi je dis que tu ne tiens plus la forme. Tu te fais vieux, après tout !

-             Ne dis pas n’importe quoi ! rugit le roi. Je n’ai juste pas l’intention de réduire à nouveau cette planète en cendres !

-             Un bon guerrier doit savoir garder la mesure de sa puissance. Or là, tu es juste fatigué.

-             Kakarott tais-toi !

 

Végéta se rua sur Goku et les coups se remirent à pleuvoir. Les deux adversaires disparurent, ne laissant place qu’à des éclats de lumière qui résonnaient des chocs de leurs attaques. Trunks vit jaillir une décharge d’énergie qui risquait d’atteindre les « spectateurs » et, se déplaçant en super vitesse, il la dévia d’un puissant revers de main. Ceux qui l’entouraient le regardèrent avec consternation, sans vraiment réaliser ce qui venait de se produire, avant de reporter leur attention sur l’entraînement hallucinant de leur souverain.

Ce fut Goku qui, le premier, bloqua une attaque de Végéta et releva la tête. Il sourit et s’exclama :

 

-             Salut Trunks ! Tu nous as amené des invités ?

 

Son adversaire retint le coup qu’il s’apprêtait à lancer et se retourna également, sourcils froncés. Il toisa sans bouger son fils et la foule qui se trouvait derrière lui. Trunks se posa près d’eux et répondit tranquillement :

 

-             Oui, il faut dire que votre entraînement ne passe pas inaperçu. J’ai pensé que cela les intéresserait, et que vous n’y verriez pas d’inconvénient.

-             Je m’en moque totalement, dit Végéta, tant qu’ils se tiennent à bonne distance et qu’ils ne nous gênent pas.

-             Bien. Allez-vous passer… ? Enfin, vous savez quoi. Je ne voudrais pas rater leurs têtes.

 

Goku et Végéta s’entre regardèrent et le premier haussa les épaules. Le roi répondit finalement :

 

-             Non, pas tant que ta mère n’a pas fini la salle de gravité. Ici ce serait trop risqué.

-             Quoi ? s’écria Goku. Bulma prépare une salle de gravité ?

-             Oui, une gigantesque. Alors on pourra passer aux choses sérieuses.

 

Goku hurla de joie en faisant un bond sur place et seul le regard noir et exaspéré de Végéta le retint de lui sauter au cou. Il se contenta finalement de s’étirer et de se remettre en position, son immense sourire aux lèvres. Trunks souriait également comme un gamin :

 

-             Génial ! Je vais annoncer la bonne nouvelle à Goten et Pan, on commençait nous aussi à s’ennuyer. Je vous laisse avec vos admirateurs.

-             À plus tard ! répondit Goku qui évita de justesse le poing que Végéta comptait lui écraser sur la figure.

 

***************************

 

Les deux saiyens n’interrompirent leur entraînement que lorsque Bra vint les prévenir que le banquet allait avoir lieu au nouveau palais ; Chichi se trouvait en cuisines depuis la fin du sacre, avec Pan pour veiller sur l’intégrité physique de sa grand-mère et du personnel qui avait été mis à la disposition de celle-ci.

 

La nuée des saiyens n’avait pas bougé de tout le combat, un même air de totale stupéfaction également peint sur tous les visages. Asparagus se posa près de son souverain et balbutia :

 

-             Majesté… Je ne comprends pas… Comment est-il possible… Atteindre un tel niveau….

-             L’entraînement, répondit sèchement l’intéressé.

-             Je vous avoue avoir certaines questions à ce sujet. Nous sera-t-il possible d’en discuter au moment qu’il vous conviendra ?

 

Végéta suspendit son pas un instant et sonda le regard d’Asparagus qui ne baissa pas les yeux. Puis le souverain répondit :

 

-             Je me doute de vos questions. J’y répondrai, plus tard. Et en comité restreint.

-             Je suis à votre disposition majesté.

 

Le roi hocha vivement la tête et partit rejoindre Goku qui s’éloignait déjà vers le palais pour se changer.

 

**********************

 

Le banquet se déroula à merveille, sous l’œil néanmoins inquiet de Chichi. Celle-ci passa ce début de soirée à regarder des dizaines de hauts dignitaires saiyens engloutir avec délectation tous les mets dont elle avait supervisé avec tant de soin la préparation. Elle fut rapidement rassurée par les mines réjouies des convives et, surtout, par les chaleureux remerciements de sa famille qui, seuls, savaient quel rôle elle avait joué dans l’élaboration du dîner. Tous avaient d’abord commencé par trouver totalement démente la quantité de nourriture qui s’élevait sur plusieurs mètres de hauteur dans la salle de réception, mais il n’en resta en fait pas une miette et, si chacun avait largement mangé à sa faim, la gourmandise, elle, fit lécher à Goku le dernier plat de boulettes de viandes. Ce qui lui valut de la part de sa tendre épouse une monumentale tape sur le haut du crâne censée lui rappeler les bonnes manières qu’il n’avait pourtant jamais apprises. Cela eut au moins, de l’avis des terriens, l’avantage d’égayer un peu ce banquet triste à mourir. Les saiyens restaient à bonne distance, préférant de loin la cuisine des terriens à leur présence. Ils parlèrent à peine, entre eux. Seul Végéta était sollicité régulièrement, ce dont il se serait manifestement bien passé. Goten aurait bien tenté d’aller discuter avec les quelques jeunes femmes présentes, mais les regards meurtriers qu’il reçut en échange de ses sourires le dissuadèrent de tenter plus avant l’expérience. Il resta donc au buffet avec Pan et Trunks. Gohan et Videl avaient carrément décliné l’invitation et passaient la soirée à l’ancien palais où Chichi leur avait fait servir une part substantielle du festin. Bra et sa mère demeurèrent avec Chichi et Goku, dont la présence aux côtés de la famille royale ne cessait de scandaliser les saiyens, ce dont la reine et sa fille se moquaient éperdument. Bref, dès que les plats furent vidés, ils rentrèrent tous à l’ancien palais, satisfaits de quitter cette ambiance glaciale.

 

Ils se retrouvèrent donc, tôt dans la soirée, après s’être changés, tous réunis dans le vaste hall encore illuminé par la lumière rasante du coucher de l’un des soleils. Même Gohan et Videl s’étaient à nouveau joints à eux. Bulma mit alors ses mains sur les hanches et s’exclama :

 

-             Bon, on ne va tout de même pas se coucher comme ça, le soir où je suis sacrée reine !?

-             Faisons la fête ! s’écria Goten.

 

L’idée sembla enthousiasmer l’assemblée, à part Végéta évidemment, qui se cala néanmoins en soupirant contre l’une des immenses colonnes de pierre. Trunks disparut et revint quelques secondes plus tard avec cinq minuscules dispositifs sphériques que Goten et lui-même s’empressèrent d’aller déposer aux coins supérieurs de la pièce ainsi qu’au centre du plafond. Le prince glissa son doigt sur un bouton invisible et, immédiatement, la gigantesque salle du palais se trouva plongée dans un chatoiement de lumières vives qui glissaient sur les parois, nimbant ses occupants de mille nuances changeantes. La musique s’éleva peu à peu, semblant sourdre des murs eux-mêmes, électrisant l’espace du rythme des basses. Goku et Chichi ouvrirent des yeux comme des soucoupes et Gohan leva les siens au ciel. Ou plutôt au plafond, d’où glissèrent les deux jeunes saiyens, ravis. Mais déjà Bra avait bondi au centre de la pièce et se lançait dans une danse effrénée, vite rejointe par son frère et Goten. Le frère de ce dernier n’eut à son tour d’autre choix que celui de suivre Videl quand, le prenant énergiquement par la main, elle l’entraîna sur la piste improvisée. Il balbutia :

 

-             Mais, Videl, le bébé…

-             Le bébé s’ennuie, comme sa mère !

 

Et ils se calèrent à leur tour sur le rythme de la musique. Bulma jeta un regard à Végéta, qui se contenta de hausser les épaules, et elle soupira. Goku se tourna vers Chichi qui s’était assise non loin du roi et lui sourit :

 

-             Vas-y, moi je suis absolument exténuée par la préparation du banquet.

 

Son mari acquiesça et alla se planter devant sa meilleure amie :

 

-             Bulma ?

-             Avec plaisir ! lui répondit-elle en lui offrant sa main.

 

Ils rejoignirent les autres et se lancèrent dans un rock improvisé. Pan, qui était venue de placer entre sa grand-mère et Végéta, les observa un moment, éberluée, puis murmura :

 

-             Ah bah ça… Je ne savais pas que grand-père dansait aussi bien… Et parfaitement en rythme… je suis épatée…

-             Goku a toujours très bien dansé, ajouta Chichi non sans une fierté manifeste.

-             C’est d’une pathétique simplicité, grogna Végéta.

 

Les deux femmes tournèrent leur regard surpris vers le roi qui, toujours calé contre la colonne, bras croisés, observait la piste d’un air absent. Pan remarqua :

 

-             Quand même… J’ignorais qu’il avait appris les pas, est-ce toi grand-mère qui… ?

-             Ne sois pas ridicule. Cela me surprend que mon imbécile de fils n’ait jamais essayé de t’impressionner avec ses risibles connaissances en la matière. C’est sûrement parce qu’il sait que tu trouverais cela toi aussi d’une simplicité révoltante et d’une totale inutilité.

-             Hein ? C’est simple ?

-             Regarde-les. Les katas que nous sommes capables d’effectuer sont d’une infinie complexité en comparaison.

 

Pan cligna des yeux, puis reporta son attention sur Goku. Il était vrai que les déplacements revenaient régulièrement, que la chorégraphie était plutôt simple et devait se résumer à une trentaine d’enchaînements différents tout au plus… Une bagatelle. Chichi, vexée d’entendre ainsi dénigrer les rares compétences artistiques de son époux, rétorqua :

 

-             Mais quand même, il faut guider et suivre son partenaire, et tout cela en rythme !

 

Végéta lui lança un regard méprisant et siffla :

 

-             Qu’est-ce que combattre, si ce n’est être capable d’anticiper et de suivre le rythme de son adversaire ?

 

Pan sourit et Chichi grommela quelque chose d’inaudible. Elle reporta son attention sur Gohan qui revenait vers eux ; Trunks faisait à présent danser Bra alors que Goten s’amusait comme un fou avec une Videl qui riait aux éclats. Le fils aîné de Goku allait ouvrir la bouche pour parler, mais soudain son regard fut attiré par quelque chose derrière Végéta, Pan et Chichi et il se figea. Sa fille et sa mère froncèrent les sourcils et se retournèrent à leur tour ; la première resta bouche bée alors que la seconde, heureusement déjà assise, manqua de défaillir. Le roi se contenta de jeter un coup d’œil par-dessus son épaule et sourit, amusé.

 

Bulma riait aux éclats, suivant Goku sur un rythme endiablé, enchaînant les passes, glissant entre ses bras, profitant de la précision de chacun de ses gestes et de la chaleur de son sourire. Elle adorait danser avec lui, quand Chichi le lui laissait. Les occasions étaient fort rares, hélas, et décider le saiyen à sortir de ses montagnes pour participer à une soirée n’était pas chose aisée. Elle avait toujours adoré danser, mais le total désintérêt de Végéta pour ce qu’il trouvait si vain ne lui laissait que peu d’occasions de pratiquer. Heureusement Trunks dansait également à la perfection, mais il préférait souvent, hélas, exercer ses talents avec de jeunes top models dans des clubs huppés plutôt qu’avec sa mère sur le parquet du salon. Alors, quand une occasion comme celle-ci se présentait, Bulma ne boudait pas son plaisir. Et Goku non plus, qui appréciait toujours autant de passer du temps avec celle qui était, depuis pratiquement toujours, sa meilleure amie.

Ils mirent donc tout un moment à réaliser qu’ils étaient les deux seuls à continuer de danser et que tous, autour d’eux, semblaient figés dans la cire. Goku s’arrêta brutalement, rattrapant machinalement par la taille Bulma qui avait failli continuer sans lui. Ils clignèrent des yeux, reprenant leurs esprits, et suivirent les regards ébahis de tous les autres.

 

Trois personnes se trouvaient devant la porte monumentale et s’étaient, également, immobilisées. Leeka et Asparagus se tenaient un peu en retrait mais le troisième homme avait machinalement fait quelques pas en avant et dévisageait Son Goku. Bulma écarquilla les yeux et murmura :

 

-             Oh mon dieu…

 

Goku relâcha doucement la taille de Bulma sans quitter des yeux le saiyen. Il était pratiquement de sa taille, vêtu d’une armure verte. Ses cheveux indisciplinés étaient retenus par le bandeau écarlate qui lui ceignait le front. Ses traits tendus à l’extrême étaient le vivant reflet de ceux de Goku, mise à part la balafre sur sa joue gauche.

 

Goku ne souriait plus. Il toisait le nouveau venu, ses poings serrés le long des hanches et son visage ne reflétait soudain plus que de la méfiance.

 

Plus personne ne prêtait attention à la musique étourdissante, aux jeux de lumière qui, eux, continuaient de danser sur les parois de la salle. Finalement, la voix étrangement grave de Goku s’éleva :

 

-             Alors j’ai encore un frère.

 

Végéta, toujours appuyé sur la colonne, sourit et répondit d’un ton amusé :

 

-             Non. Kakarot, voici Baddack. Ton père.

 

Pan retint in extremis Chichi qui, cette fois, s’évanouit pour de bon.

 

 

 

 

 

 

 

 

Bon, voilà. Pour le nom de Baddack, j’ai trouvé des orthographes diverses (Bardock, Bradack…) j’ai pris celle-là, na.

Euh… n’hésitez pas à me faire signe, si vous lisez encore, hein…

Le prochain chapitre ? Oula…………………………………….