Duels

par Hel

Un gros bisou à Wence pour sa relecture et ses précieux conseils.

Je mets à jour moins souvent, et j’en suis navrée. Mais je dispose de bien moins de temps pour écrire, et j’arrive en plus dans des scènes que je maîtrise beaucoup, mais alors beaucoup moins ! Merci d’avance de votre patience.

Et surtout, merci de vos commentaires, qui sont absolument adorables, et me donnent à chaque fois un sourire stupide. Vraiment, je ne m’en lasse pas.

 

 

 

 

 

 

 

Pan y avait réfléchi, longuement. Cette situation n’était plus possible.

La jeune fille avait attendu, trop attendu ; attendu quoi d’ailleurs ? Un miracle ? Non, la réalisation de son premier vœu. Elle avait espéré, inconsciemment, que la situation se rétablirait d’elle-même. Que les coeurs se cicatriseraient comme de vulgaires blessures physiques. Elle réalisait à présent son erreur, alors que Shenron lui-même l’avait pourtant prévenue :

 

«  Je ne peux exaucer ton souhait. J’aurais pu leur faire oublier, mais ce n’est pas ce que tu demandes. Il n’est pas de mon ressort qu’un jour, peut-être, tu sois pardonnée. Ce vœu, il t’appartient en grande partie de le réaliser par toi-même.»

 

Les semaines étaient devenues des mois, et rien n’avait vraiment changé chez les Sons. Chichi, et surtout Videl, faisaient tout pour maintenir un semblant d’unité familiale, mais dès que Gohan et sa fille se trouvaient dans la même pièce la tension devenait quasiment insoutenable pour tout le monde. Le saiyen restait parfaitement calme, mesuré, doux même. Mais pour qui le connaissait bien, c'est-à-dire tout le monde chez lui, il continuait de souffrir intérieurement de cette blessure qui ne se cicatrisait pas. Le lien était brisé, à jamais peut-être, avait fini par réaliser Pan. Il n’y avait aucune chaleur entre eux, aucune affection manifeste. Ils se tournaient autour, s’épiant, se jaugeant sans cesse et mesurant la moindre des paroles qu’ils échangeaient, parfois. Rarement.

Les quelques fois où, au début, Chichi avait tenté de coincer son fils en particulier pour lui ordonner de rétablir la situation, il lui avait fait remarquer doucement qu’il ne voyait pas le problème : il avait accepté Pan sous son toit, elle vivait chez eux, elle avait retrouvé sa famille, et personne ne pouvait lui reprocher, à lui, la moindre animosité à l’égard de la jeune fille. Même la femme de Goku n’avait rien trouvé à répliquer de vraiment convaincant.

 

La situation avec Trunks paraissait encore plus désespérée. Si là encore Pan ne pouvait empêcher son cœur de se serrer à chaque mention du jeune homme, si elle ne pouvait l’empêcher de hanter ses rêves, elle savait que lui, de son côté, avait tiré sur leur relation un trait définitif. Ils se croisaient rarement, et ne se parlaient jamais. Trunks lui accordait à peine un regard et, elle l’avait compris, la considérait vraiment à nouveau comme une simple amie de sa sœur. Une amie qu’il fuyait désespérément, cependant. Finies, les après-midi à quatre dans le parc de la Corp ; finies les sorties avec son oncle et Trunks, les ballades, les éclats de rire. Fini.

Pour Trunks, Pan faisait partie du passé. Il était désormais tourné vers une autre vie, vers d’autres conquêtes, même si tout le monde dans l’entourage de Pan prenait bien soin de ne pas parler devant elle du séduisant héritier.

Il fallait juste qu’elle se donne du temps pour faire, à son tour, le deuil de ce premier amour. Du temps…

 

Elle respira profondément, assise sur un rocher en bordure du lac. Après tout, elle avait déjà la chance inouïe de pouvoir vivre, comme avant, dans cet environnement paisible et aimant. Elle se trouvait elle-même bien égoïste de ne pouvoir s’en satisfaire, d’avoir toujours ce nœud à l’estomac, cette amertume.

 

Mais en ce qui concernait Gohan, le temps était écoulé. Il fallait agir, il fallait que cela change, d’une façon ou d’une autre. Que sa mère et toute leur famille souffrent de cet état de fait devenait insupportable.

Pan avait beaucoup réfléchi… et s’était décidée.

 

Elle se redressa, s’étira et, debout sur la roche, sourit tristement à son reflet. Elle devait essayer.

 

*******************

 

Gohan acheva son dernier kata, dans un mouvement souple et d’une infinie précision. Le soleil était encore haut dans le ciel et, bien que ce fût l’hiver, réchauffait les flancs de la montagne. Au loin, derrière le rideau d’arbres, on devinait les volutes de fumée qui s’échappaient des cheminées de deux maisons. Videl et Chichi devaient être en train de préparer à manger pour le repas du soir.

Le saiyen se massa doucement l’arrière de la nuque, un mince sourire sur le visage. Il aimait ce calme, cette sérénité que ne lui offrait que le silence de la nature. C’est pour retrouver cette  tranquillité que, régulièrement, il déclinait les propositions de son père ou de son frère de se joindre à eux pour l’entraînement. C’était étrange comme, avec l’âge, il avait finalement compris ce besoin de Goku de s’isoler de temps à autre et de se ressourcer au contact des éléments.

 

Il s’assit en tailleur dans l’herbe et, inspirant profondément, ferma ses paupières, vidant son esprit de tout ce qui n’était pas le bruissement des feuilles, le chant des oiseaux dans le ciel.

 

Il bloqua soudain sa respiration et ouvrit les yeux, concentré : elle venait vers lui. Il percevait son ki, puissant et pur. Il n’eut le temps que de lever les yeux pour la voir se poser devant lui, à quelques mètres.

 

Ils se regardèrent en silence, puis Gohan dit d’un ton neutre :

 

-             Bonjour, Pan.

-             Bonjour, répondit la jeune fille en avançant de quelques pas.

 

Il fronça légèrement les sourcils en voyant que la jeune fille tenait, entre ses doigts qui tremblaient légèrement, un petit paquet.

 

Une désagréable sensation de déjà-vu envahit Gohan qui, toujours assis, regarda Pan s’avancer vers lui et lui tendre l’objet. Il ne le prit pas, se contentant de lever les yeux vers elle et de demander plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu :

 

-             Qu’est-ce que c’est ?

 

Les doigts de Pan se crispèrent sur le papier et elle balbutia :

 

-             C’est… un cadeau.

 

Gohan haussa les sourcils :

 

-             Mais… Pourquoi ?

-             Aujourd’hui… C’est la fête des pères.

 

Il blêmit mais ne bougea pas. Ils restèrent immobiles, silencieux, de longues secondes. Pan était toujours debout, tenant le paquet devant elle, le cœur battant. Gohan finit par se lever et, non sans hésitation, le prit du bout des doigts. Un froid « merci » passa ses lèvres avant qu’il ne détourne le regard, souhaitant mettre fin au plus vite à une situation des plus désagréables.

 

C’était mal connaître la jeune femme : à peine les pieds du saiyen avaient-ils quitté le sol que la voix de Pan l’interpella :

 

-             Tu ne l’ouvres pas ?

 

Il croisa le regard sombre de Pan : il avait cet éclat décidé qui n’appartenait qu’à Videl et elle. Gohan se posa à nouveau au sol et soupira :

 

-             Si, si tu veux.

 

Qu’était-il censé faire ? Ouvrir le paquet ? S’extasier bêtement devant la cravate ou le presse papier qu’elle lui aurait acheté ? La gratifier d’un sourire et rentrer dîner ?

Il pouvait le faire, après tout. Il ne voulait pas la blesser, il voulait juste… rester seul. Loin.

 

Avec un sourire de circonstance, il déchira le papier. Ses doigts s’arrêtèrent un instant au contact rugueux d’une écorce, et Gohan découvrit deux bouts de bois rectangulaires, grossièrement taillés en arrondi à leurs extrémités. L’un, plus petit, s’emboîtait plus ou moins bien dans l’autre. Réunis, ils formaient une sorte de cylindre clos qui tenait dans la main. Détachant les deux parties, le saiyen découvrit que l’intérieur était tapissé de coton. Il écarquilla les yeux :

 

-             Mais… Qu’est-ce que c’est que ça ?

 

Pan rougit et balbutia :

 

-             C’est… un étui à lunettes. C’est moi qui l’ai fait !

 

Gohan cligna des yeux : elle semblait fière de… ça ? Comme voulait-elle qu’il mette ses lunettes dedans ? Au mieux elles seraient esquintées par le bois, c’était tout bonnement ridicule. Sans parler que l’objet était grossier, mal taillé, pas fini. Fuyant son regard, il esquissa cependant un sourire poli :

 

-             Ah oui… Je… Eh bien merci.

-             Tu ne comprends pas, murmura-t-elle.

 

Il releva la tête : Pan avait baissé les yeux et son visage était à présent emprunt d’une profonde tristesse. Gohan, fort mal à l’aise, se passa la main dans la nuque. Il répondit d’un ton faussement enjoué :

 

-             Si, si, tu m’as fait un… étui à lunettes. Merci beaucoup, vraiment.

-             Ce n’est pas n’importe quel étui à lunettes. C’est… le dernier cadeau que je t’ai fait, enfant.

 

Le saiyen releva les yeux et croisa ceux, brillants, de la jeune fille. Elle continua :

 

-             Je suis désolée, mais je ne me souviens pas du cadeau que je t’avais fait pour la fête des pères. Celui-ci c’était celui de ton anniversaire. C’est grand-père qui m’avait donné l’idée et il m’avait un peu aidée. J’ai essayé d’en réaliser un similaire, aussi… mal fait !

 

Un léger rire passa ses lèvres. Gohan la regardait toujours, interdit. Elle continua d’un ton amer :

 

-             Forcément, j’avais neuf ans. Mais j’y avais passé du temps, beaucoup de temps. J’avais pris le coton à la maison, sans que maman le sache, je voulais que personne à part grand-père ne soit au courant de mon idée, j’étais très fière. Et quand je te l’ai offert, devant toute la famille, tu étais si heureux ! Tu l’as montré à tout le monde, tout le monde s’est extasié, j’étais tellement contente. Tu n’as jamais mis tes lunettes dedans, bien sûr, mais cela n’avait aucune importance. Toutes les heures que j’avais passées à réaliser ce truc immonde avaient trouvé leur récompense dans ton sourire quand tu m’avais serrée contre toi.

 

Elle se tut, et se mordit la lèvre pour empêcher une larme de perler au coin de sa paupière. Le saiyen n’avait pas bougé, ses yeux noirs posés sur elle. Il articula lentement :

 

-             Je ne m’en souviens pas. Ce n’était pas moi.

-             Si c’était toi ! s’écria alors Pan.

-             Oui, corrigea Gohan d’un ton agacé, c’était moi, mais je voulais dire…

 

Il hésita, cherchant ses mots. Pan sourit amèrement :

 

-             Tu veux dire que c’était sûrement toi, mais que ce n’était pas moi. Que c’était ta fille, celle qui avait huit ans, celle que j’ai tuée.

 

Gohan ne bougea toujours pas mais elle sentit son ki s’élever dangereusement. Il demanda d’un ton affreusement calme :

 

-             Qu’est-ce que tu veux exactement ? Qu’est-ce que tu attends de moi, qu’est-ce que vous attendez tous de moi ?

-             Que tu arrêtes de me traiter avec cette indifférence qui me détruit !

 

Un éclat de colère brilla dans les yeux noirs de Gohan qui gronda :

 

-             N’inverse pas les rôles.

 

******************

 

Les baguettes de Goten restèrent suspendues dans l’air, à mi-chemin entre son bol et sa bouche. Il leva les yeux et rencontra, face à lui, le regard inquiet de Goku qui avait également cessé de manger. Le jeune homme demanda d’un ton inquiet :

 

-             Tu l’as senti, hein ?

-             Bien sûr. C’est ton frère…

-             .. et Pan. Elle est avec lui.

 

Ils reposèrent leurs baguettes et se levèrent dans un ensemble parfait, concentrés sur les deux kis qu’ils sentaient irradier, pas très loin, dans la montagne. Chichi, debout devant l’évier, se retourna et écarquilla les yeux :

 

-             Qu’est-ce qu’il y a ? Que se passe-t-il avec Gohan et Pan ?

-             Je ne sais pas, murmura Goku. Ils sont ensemble, et à priori cela ne se passe pas bien.

-             Tu crois qu’ils pourraient se battre à nouveau ? demanda Goten.

-             Je ne sais pas, je ne pense pas, mais dans le doute, on va aller…

-             Vous n’irez nulle part, coupa tranquillement Chichi.

 

Le père et le fils se tournèrent vers elle, stupéfaits. Chichi était debout, s’essuyant tranquillement les mains dans son tablier de cuisine. Elle semblait soudain très calme, presque sereine.

 

-             Mais maman…

-             Non, Goten. Il faut qu’ils s’expliquent, enfin. J’ai confiance en mon fils et en ma petite-fille. Laissez-les.

 

Son Goku resta quelques secondes immobile, ne sachant que décider. Sa femme releva alors les yeux vers lui et, doucement, lui sourit :

 

-             Il le faut. Tu le sais comme moi.

 

Le saiyen sourit à son tour et hocha la tête :

 

-             Tu as sûrement raison. Goten, rassieds-toi, et finissons de goûter.

 

Le jeune homme hésita un instant puis, à l’instar de ses parents, sourit à son tour et s’installa à nouveau devant son cinquième bol de riz.

 

**********************

 

En effet Gohan et Pan détournèrent les yeux au même instant et leur énergie retomba. Tout cela était vain, tellement vain. Cette situation, cette relation superficielle, ces efforts voués à l’échec. La moindre tentative de dialogue se soldait, encore une fois, par une joute stérile. À croire qu’ils n’étaient plus un père et une fille, mais uniquement deux saiyens éternellement sur la défensive. Ils demeurèrent immobiles quelques instants, murés dans leur silence.

 

Pan tremblait des larmes qu’elle parvenait encore à retenir. Elle gémit, autant pour Gohan que pour elle-même :

 

-             Je ne sais pas quoi faire… Je ne sais plus quoi faire…

 

Son père baissa la tête. La présence de la jeune fille le mettait, comme toujours, atrocement mal à l’aise. Quelque part, lui non plus ne savait pas quoi faire. Et lui aussi aurait tellement voulu mettre un terme à tout cela, à cette situation impossible dans laquelle ils se trouvaient tous, malgré eux. Il voyait Pan souffrir, il voyait Pan lutter. Il comprenait sa douleur, quelque part si semblable à la sienne.

Il avait accepté sa présence, son identité. C’était une saiyen, une Son. Elle ressemblait à Chichi, à Videl, elle avait retrouvé avec Goten la complicité qu’ils avaient toujours partagée. Elle possédait en elle cette gentillesse et cette franchise de ses deux grands-pères. Elle pouvait, dans le même geste, allier la grâce de Videl et la maladresse touchante de Goku.

Elle avait sa force, elle avait son regard.

Elle avait sauvé leur avenir, elle avait rendu le sourire à sa femme.

Mais quelque chose, en lui, une morsure douloureuse, persistait. Il n’arrivait pas à faire le lien entre elle et l’enfant qu’il avait perdu. Elles restaient deux êtres distincts, et l’une avait pris la place de l’autre. Il se savait injuste de lui reprocher… d’exister, tout simplement. Il s’en voulait, mais se sentait impuissant. Tous les autres étaient parvenus, instinctivement ou petit à petit,  à tisser ce lien précieux entre l’enfant et la jeune femme, à transmettre à ce qu’elle était devenue l’affection qu’ils avaient pour l’enfant qu’elle avait été.

 

Pas lui. Il se sentait totalement démuni devant quelque chose que, pour une fois, il ne maîtriserait jamais.

 

Il secoua doucement la tête et murmura avec une tragique sincérité :

 

-             Je suis… désolé.

 

Pan émit un gémissement et, soudain pâle comme un linge, porta la main à sa bouche, comme si elle venait de recevoir un choc immense. Elle tomba à genoux et Gohan fronça les sourcils :

 

-             Qu’est-ce que…

-             Ne dis jamais cela, ne dis plus jamais cela. Pas devant moi, pas comme ça.

-             Quoi ? balbutia-t-il, les yeux écarquillés.

 

La jeune fille, qui semblait lutter pour retrouver sa respiration, ferma les yeux un instant. Sa voix s’éleva dans un murmure vibrant d’une douleur sans nom :

 

-             C’est ça. C’est la dernière chose que tu as dite quand tu es… quand tu es mort. C’est Goten qui t’a ramené là où nous étions tous, il pleurait comme un enfant, il n’arrivait plus à parler. Il a juste regardé maman et elle s’est précipitée vers toi. Elle me faisait peur, elle criait. Tu étais allongé sur un matelas, grand-mère essayait de me traîner hors de la pièce, avec Bulma, mais… elles n’y arrivaient pas, je crois. Je ne sais plus. Je voyais juste maman, qui était penchée sur toi, qui t’ordonnait de ne pas mourir, de ne pas nous laisser, que tu étais un saiyen, que tu étais Son Gohan, que tu ne pouvais pas…

 

Elle s’arrêta un bref instant, comme perdue dans sa morbide contemplation d’une scène qui n’arriverait pourtant jamais. Elle continua :

 

-             Elle était rouge, tout était rouge autour de toi. Tout ce sang, tous ces cris… Je tapais, je hurlais… Je voulais aller te voir, je voulais que maman arrête de crier. Et puis, soudain, elle a arrêté. Il y a eu un silence terrible, et elle s’est penchée sur toi, elle a posé sa tête sur ton torse et c’est alors qu’on a entendu, qu’on a tous entendu. Tu as juste dit ça. Tu as juste dit… que tu étais désolé.

 

Pan se mit à trembler, son corps secoué par l’intensité de ce souvenir enfoui depuis toujours. Gohan la regardait sans bouger, incapable de détacher son regard de cet être si puissant qui, en cet instant, semblait brisé par sa mort à lui. La voix de Pan s’éleva à nouveau ; elle ne s’adressait pas vraiment à quelqu’un, elle semblait seulement incapable soudain de retenir plus longtemps la souffrance qu’elle avait gardée pour elle toutes ces années :

 

-             Moi aussi, ma vie s’est arrêtée ce jour-là. Notre vie à tous. Notre situation est identique, en fait. Moi aussi, j’ai vécu dans le souvenir des huit premières années de ma vie. Tout était alors… si parfait.

 

Elle sourit, ses yeux embués de larmes perdus dans des souvenirs qu’elle pensait être seule à connaître.

 

-             Je me souviens de plein de choses en fait. J’ai passé tellement d’heures, de journées, uniquement à me replonger dans cette époque, quand tu étais là. Quand le dimanche c’est toi qui venais me chercher dans ma chambre à mon réveil. Quand tu me tenais à peine entre tes doigts pour voler, mais je savais que jamais je ne pourrais tomber. Quand maman disait que j’avais assez mangé, que j’étais trop petite, et que tu me refilais alors en douce la fin de ton riz au lait avec un clin d’œil, alors qu’elle faisait semblant de ne pas voir. Quand tu passais des journées avec moi en forêt, à me montrer la moindre fleur, le plus petit insecte, comme s’ils étaient les plus fabuleux des trésors. Quand tu me laissais me mettre sur tes genoux pendant que tu travaillais à ton bureau, et que tu me caressais alors doucement le front pendant des heures.

 

Pan leva un visage emprunt d’une totale sérénité malgré les larmes qui striaient ses joues. Offrant au ciel un sourire radieux, elle continua :

 

-             Et le soir, parfois, c’est à toi que je demandais une histoire, et à chaque fois tu voulais me lire les mêmes livres que maman, et moi tout ce que je désirais c’était que tu me racontes, encore, tout ce qui était arrivé quand tu étais petit. Je parvenais toujours à mes fins. Quand tu te mettais à raconter, alors tout devenait magique : il y avait grand-père Goku qui arrivait à vaincre tous les méchants, il y avait Bulma et Végéta qui se criaient dessus du matin au soir, il y avait grand-mère qui voulait te faire travailler tout le temps avec des machines bizarres pour apprendre la nuit, il y avait Krilin qui sauvait C18, toi avec ton casque et ta cape rouge, et maman qui voulait voler et qui était tellement belle le jour où elle avait coupé ses cheveux. Et dans ta bouche tout était si merveilleux : il n’y avait pas de mort, il n’y avait pas de souffrance. Quand Bra venait dormir, tu nous racontais Végéta avec sa chemise rose, et la tête de Bulma quand vous avez appris qui était Trunks, et la victoire de ce dernier, enfant, au championnat d’arts martiaux.

 

Les yeux de Pan se voilèrent à nouveau et sa voix trembla :

 

-             Je t’ai encore plus admiré, ensuite, quand j’ai su la vérité. Quand j’ai su que, pour moi, tu transformais tes pires souvenirs en une épopée lumineuse et colorée, avec des monstres stupides et des gentils surpuissants qui gagnaient toujours. Quand pour moi tu avais réussi à dépasser ta souffrance, ton passé. Moi… Je ne suis pas sûre d’avoir cette force. Chaque journée est un combat, et je ne sais pas si j’arriverais un jour à accepter mon propre passé, à aller au-delà de toute cette souffrance, comme tu avais su le faire.

-             Mais c’est grâce à toi que j’y suis parvenu, Pan.

 

La jeune femme cessa de respirer, transpercée au plus profond d’elle-même par cette voix grave et douce auprès d’elle. Lentement, terrifiée à l’idée de voir s’évanouir l’espoir que cette voix avait fait naître, elle tourna la tête.

 

Son Gohan s’était doucement approché et avait baissé ses yeux sombres vers Pan. Le visage du saiyen semblait emprunt d’un grand calme et d’une immense tristesse. Il mit un genou à terre et plongea dans le regard voilé de sa fille. Il sembla, un instant, chercher ses mots, et murmura finalement :

 

-             C’est en toi que j’ai puisé cette force. C’est à ta naissance et à celle de Bra que tout a changé, enfin. C’est à ce moment-là que, tous, nous avons osé espérer. Nous avons cru que plus rien n’arriverait, que c’était fini. Que, toutes les deux, vous ne connaîtriez jamais ce que, tous, nous avions vécu. Que les monstres avaient réellement été vaincus, que les gentils avaient vraiment gagné.  Et que pour elle et toi tout cela… resterait des contes pour enfant.

 

Il baissa les yeux et, instinctivement, serra les poings :

 

-             J’ai échoué, nous avons échoué. Je lis chaque jour dans tes yeux cette souffrance que, moi aussi, j’ai ressentie jadis. J’aurais donné ma vie pour que jamais, jamais tu ne connaisses cela. J’ai manifestement échoué et j’en suis en effet…. tellement désolé.

 

Pan ferma les yeux, quand soudain la chaleur d’une main sur la sienne lui fit relever la tête. Gohan, presque craintivement, avait posé sa large main sur celle de la jeune fille :

 

-             Mais je crois… que nous pleurons tous deux la mort de l’autre depuis trop longtemps. Alors qu’en fait… nous sommes tous les deux là, non ?

 

Et, penchant légèrement la tête sur le côté, le saiyen sourit. Son visage s’illumina de ce sourire si doux, si franc, si plein d’espoir et de sincérité. Le sourire de l’innocence retrouvée, le sourire de Son Gohan.

 

Pan sentit ses lèvres trembler, son cœur se gonflant d’une émotion en laquelle elle ne croyait plus. Deux bras puissants l’entourèrent alors avec une infinie délicatesse et Gohan attira sa fille contre lui. Elle se blottit dans sa chaleur, dans l’énergie puissante et douce qui irradiait de lui, dans son parfum et, cramponnant ses doigts au tissu du kimono orange de son père, elle éclata en sanglots.

Ils restèrent longtemps immobiles, serrés l’un contre l’autre, à genoux dans l’herbe, Gohan berçant contre lui sa fille qui, pour la première fois depuis ses neufs ans, versait des larmes de joie.

 

*********************************

 

Videl, qui s’inquiétait depuis des heures pour son mari comme pour sa fille, était fermement décidée à les incendier purement et simplement.

Pourtant elle ne dit rien quand ils arrivèrent. Rien. Elle sentit instantanément que quelque chose avait changé, que tout avait changé. C’était une intime évidence, une fragile et puissante alchimie entre des êtres qui semblaient cependant toujours les mêmes.

La soirée se passa comme toutes les autres, sans explications, sans effusions. Sans rien de vraiment tangible mais dans une harmonie naturelle et limpide.

 

Gohan suivit des yeux sa fille alors qu’elle montait se coucher. Ce ne fut que lorsque la porte de Pan se referma sur elle que le saiyen sentit deux bras entourer doucement sa taille. Il baissa la tête et rencontra le regard bleu de Videl qui s’était blottie contre lui. Craignant que sa voix ne se brise sous l’émotion, son épouse ne put que demander dans un murmure :

 

-             Que s’est-il passé ?

 

Gohan sourit et caressa du bout des doigts la joue de Videl :

 

-             On s’est… On s’est raconté une histoire. Qui finit bien.

 

**************************

 

-             Tu es consciente de ce que je risque ?

-             Allons allons, tu es un grand garçon ! Ce n’est pas mon frère qui va te faire peur quand même !

-             Si, justement.

-             Tu me déçois Goten.

-             Tu peux parler ! Ce n’est pas toi qui risques de te retrouver face à un saiyen furieux de s’être fait avoir par son meilleur ami !

-             Eh, oh, je vis avec lui, je risque moi aussi des représailles je te signale.

-             C’est ça  ! Trunks sait parfaitement que s’il touche à un seul de tes précieux cheveux, il a Végéta sur le dos pour des semaines !

-             Ce n’est pas faux, gloussa la petite fille dans le combiné. Que veux-tu, c’est le privilège d’être une princesse saiyenne, mon cher Goten.

-             Une petite peste gâtée oui ! Je te jure…

-             Bon, revenons-en à nos affaires : tu t’es chargé de Pan ?

-             Oui, c’est bon, je nous inscris tous les deux. Elle n’a accepté que lorsque je lui ai promis que Trunks ne voulait pas y participer. Je déteste mentir à ma nièce.

-             Allons allons, tu ne mens pas vraiment : mon frère ne veut pas participer au tournoi. Mais papa l’y oblige, c’est toute la nuance.

-             Pourquoi j’ai l’impression que tu as récupéré ce qu’il y avait de pire chez ton père et ta mère ?

-             Je suis flattée, Son Goten, roucoula Bra.

-             Il n’y a pas de quoi. Bon, et s’ils apprennent d’ici le début du tournoi que l’autre va y participer ?

-             Réfléchis un peu, comment veux-tu que cela se produise ? Satan t’a promis qu’il ne divulguerait pas l’identité des participants avant le tournoi.

-             Mais s’ils l’apprennent par tes parents, ou les miens ?

-             Pfff… C’est dans à peine une semaine, nos familles se voient tous les trente-six du mois, cela m’étonnerait qu’ils décident de se rendre visite alors qu’ils savent qu’ils se verront tous au tournoi.

-             Mouai. Bref, les seuls qui peuvent gaffer, c’est toi et moi, en fait.

-             Oui. C'est-à-dire surtout toi.

-             Tu as vraiment de la chance d’être la sœur de Trunks et, surtout, la fille de Végéta.

-             C’est surtout eux qui ont de la chance de m’avoir.

-             Bon, mais qu’attends-tu exactement de ce tournoi ? Juste qu’ils se revoient avec tout le monde, qu’ils discutent ? Ou autre chose ?

-             Pas du tout. J’en attends bien plus. Il est évident que vous vous retrouverez en phase finale, et alors Pan se battra contre Boo, et il gagnera.

-             Hein ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? Qu’est-ce que tu en sais ?

-             Pan m’a raconté que Boo a des pouvoirs magiques, tu vas lui demander d’influer sur le tirage au sort. Je vois d’ici la scène : elle est blessée, Trunks est furieux, il vole à son secours, lui fait une grande déclaration et voilà !

-             Bra… tu es sûre que tu parles de Pan et Trunk, là ? Parce que ça, c’était Gohan et Videl, je te rappelle.

-             Justement, tu vois, ça a déjà marché, et c’était follement romantique ! Je veux tellement assister à cela ! Voir l’autre se battre leur fera réaliser leurs sentiments. Ce sera ma-gni-fi-que !

-             C’est complètement stupide ! Cela n’arrivera jamais.

-             Tu n’y connais rien, c’est tout. Tu n’es qu’un garçon.

-             Tu rêves ! En plus on sait tous que Boo n’est plus dangereux.

-             Il n’empêche que le combat sera forcément violent, et que Pan souffrira. Cela suffira. Après, ils se débrouillent, on aura fait tout notre possible. Mais je suis sûre de moi.

-             Si tu le dis… Bon eh bien on se revoit au tournoi avec tous les autres alors. Je me charge de Boo au moment du tirage au sort. À samedi.

-             Parfait ! Et un conseil, Goten : dis-lui aussi de ne pas te faire tomber contre mon frère, sinon tu risques de passer un mauvais quart d’heure ! Allez, gros bisous !

 

Bra éclata de rire et Goten soupira. Comment lutter contre une gamine de dix ans qui, en plus, était la fille de Bulma Brief et du Prince Végéta ?

 

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Cette dernière semaine passa à toute allure, chez les Brief comme chez les Son. L’intensité de l’entraînement des trois jeunes saiyens redoubla : Goten et Pan se battaient fréquemment avec Goku, mais la jeune fille passait aussi de précieuses heures avec Gohan et Piccolo. Le Namek était, après tout, celui qui l’avait entraînée intensément avant qu’il ne meure à son tour et qu’elle ne fuie la Terre de son époque. Gohan n’aurait pu trouvé meilleur sensei pour sa fille unique et se réjouissait qu’elle suive ses traces avec une telle ferveur. Trunks, de son côté, passait ses journées enfermé avec Végéta dans la salle de gravité qui était à présent poussée au maximum de sa puissance. Bulma et son père travaillaient déjà sur un nouveau modèle qui puisse pour un temps satisfaire l’avidité des deux saiyens.

 

Les jeunes gens arrivèrent séparément au grand stade, chacun en famille. Végéta accompagnait Bulma et Bra et, surtout, voulait vérifier que son fils ne leur fausserait pas compagnie au dernier moment. Pan et Goten discutaient gaiement, sous les regards complices de Gohan et Goku alors que Videl et Chichi suivaient tranquillement. À l’entrée des vestiaires Pan abandonna les siens et partit rejoindre les quelques autres femmes qui se risquaient à concourir. Alors qu’elle finissait de nouer sa ceinture orange sur son ample pantalon noir, une voix lui fit relever la tête :

 

-             Tiens, mais c’est ma copine de fac !

 

Devant elle, mains sur les hanches, un sourire méprisant sur les traits, se tenait une fille d’à peu près son âge, athlétique et musclée. Pan fronça les sourcils : elle était sûre de l’avoir déjà rencontrée quelque part. L’autre continua :

 

-             Waou, tu oses te battre même sans tes chevaliers servants ? Alors, t’as finalement réussi à te le faire, ce fameux Goten ?

 

Pan écarquilla les yeux… et se souvint. Elle répondit, d’un ton parfaitement calme :

 

-             Ah oui, je me rappelle. Tu es celle qui a insulté Son Gohan, avec tes amies.

-             Parfaitement ! Je suis Kim Isirga, élève à l’école de Satan ! Et ça me fait bien plaisir de te voir ici, je vais pouvoir te filer une bonne correction… enfin si tu passes les éliminatoires, bien sûr !

 

Elle partit d’un grand rire. Pan baissa les yeux et vérifia que ses bottes de combat étaient parfaitement en place. Manifestement agacée par le peu d’intérêt que la jeune fille lui accordait, Kim revint à la charge :

 

-             Alors, tu as perdu ta langue ? Tu n’es plus très rassurée tout à coup ?

-             Je préfère rester calme et concentrée, si tu veux bien.

 

À ce moment la porte du vestiaire s’ouvrit à pleine volée et Satan fit une entrée triomphale, mains sur les hanches. Pénétrer dans le vestiaire des femmes ne semblait pas lui poser le moindre problème, et il passa un regard appréciateur sur toutes les demoiselles présentes qui, subjuguées par la présence du grand champion, ne songèrent même pas à réagir. Pan leva les yeux au ciel en soupirant, mais déjà Satan venait de l’apercevoir et avançait vers elle. Kim s’inclina profondément, rouge de plaisir :

 

-             Maître, c’est très aimable à vous de venir m’encourag

 

Satan la dépassa sans la voir, se précipitant sur Pan qu’il serra à toutes forces dans ses bras. La jeune fille grimaça en riant :

 

-             Mais arrête, tu vas m’étouffer !

 

Il se recula, la saisissant par les épaules, les yeux brillants de fierté :

 

-             Ma chérie ! Ma poussinette ! Comme je suis heureux ! Ils sont tous dans la loge présidentielle, hein, je les ai bien installés !

-             Merci grand-père, répondit Pan en souriant largement.

-             Bon, je suis passé te souhaiter bonne chance, même si je sais que…

 

Il s’interrompit et partit de son grand éclat de rire habituel, aux intonations ridiculement outrancières. Puis, se rapprochant soudain, il murmura à l’oreille de la jeune fille d’une voix inquiète :

 

-             Dis, si on se retrouve en finale, tu me laisseras gagner, hein ? Tu feras ça pour ton vieux grand-père ?

-             Mais bien sûr, ne t’en fais pas ! répondit-elle tout aussi doucement.

 

Il se recula, souriant de plus belle, et serra une dernière fois la jeune fille dans ses bras.

 

-             Parfait, parfait ! Ah ah ! Alors à toute à l’heure ma chérie, je suis si fier de toi !

-             Attends un peu, tu ne sais pas si…

 

Satan balaya la remarque d’un geste, riant de plus belle. Il sembla soudain reprendre conscience de la présence des autres femmes, et s’exclama :

 

-             Je vous souhaite bonne chance à toutes ! Vous allez en avoir besoin ! Mais comme on dit, l’important c’est de participer !

 

Puis il rejoignit la porte, se retournant vers Pan une dernière fois :

 

-             À tout à l’heure ma poussinette ! lui lança-t-il avec un clin d’œil.

-             À tout à l’heure grand-père ! répondit la jeune fille en souriant.

 

La porte se referma sur le champion et Pan s’apprêtait à faire quelques étirements… quand elle réalisa que tous les regards étaient braqués sur elle. Bouches bées, toutes les femmes présentes la dévisageaient avec stupéfaction. Gênée, Pan se demanda si elle devait dire quelque chose, mais à cet instant une annonce retentit dans les haut-parleurs du stade :

 

« Tous les concurrents sont priés de rejoindre la cour latérale pour les éliminatoires, merci. »

 

En passant devant Kim qui, les yeux écarquillés, semblait s’être décroché la mâchoire, Pan lui dit joyeusement :

 

-             À tout à l’heure, pour cette fameuse « correction ». Enfin, si je passe les éliminatoires bien sûr !

 

Elle quitta les vestiaires dans un silence total.

 

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La gaîté de Pan fut de courte durée. Elle sortit pour se retrouver dans la foule compacte des compétiteurs, qui attendaient dans le brouhaha le début des éliminatoires. Munie d’un numéro, elle allait prendre sa place dans la file d’attente quand le tissu orange d’un kimono attira son regard. Elle sourit, reconnaissant la coupe hirsute de Goten et s’avança pour le rejoindre. Elle n’était plus qu’à deux mètres quand, un impressionnant sumo se décalant, elle découvrit soudain qui accompagnait son oncle.

Cette haute stature, cet ample pantalon noir serré aux chevilles dans les bottes jaunes, la ceinture assortie, le débardeur noir sur cette parfaite musculature, ce carré court de cheveux mauves… Trunks.

 

Mais déjà Goten avait aperçu sa nièce et tenta de cacher son malaise soudain derrière une joyeuse exclamation qui sonnait totalement faux :

 

-             Enfin ! Je te cherchais partout ! Je me demandais quand tu allais sortir des vestiaires !

 

Trunks se tourna et se figea également, un éclair passant dans ses yeux bleus. Pan et lui restèrent parfaitement immobiles, pétrifiés, se dévisageant d’un regard glacial. Puis, sans pour autant quitter la jeune femme des yeux, il articula lentement :

 

-             Goten, tu m’avais dit qu’elle ne serait pas là.

 

Son meilleur ami se gratta l’arrière de la nuque, manifestement gêné :

 

-             Ah oui ? Oh ? J’ai dit cela ?

 

Pan foudroya son oncle du regard :

 

-             Tu m’as menti également, Goten.

 

Le fils de Goku avala difficilement sa salive, incapable de répondre. Il sentait la fureur de Pan et de son meilleur ami, et maudit Bra intérieurement. Un sourire narquois passa sur les lèvres de Trunks :

 

-             Cela ne fait rien, je n’ai que faire de la présence de ta nièce. Je suis surprise qu’elle se batte encore, je pensais qu’elle était trop occupée à profiter de la petite vie paisible qu’elle avait volée. Mais c’est vrai qu’elle a eu tout le temps de s’entraîner avant d’abandonner lâchement les siens pour venir s’incruster ici.

 

Quelque chose, à cet instant, se rompit au plus profond de la jeune fille. Assez. Elle avait assez payé, assez souffert. Tous le lui avaient dit, même son père qui avait enfin cessé de se battre contre ses propres sentiments. Bulma et Bra avaient pardonné, si elles lui en avaient jamais voulu d’ailleurs. Mais Trunks, non. Il restait toujours aussi froid, méchant, hautain. Combien de temps cela allait-il durer ? Combien de temps allait-elle encaisser, le cœur gros, les remarques acerbes du jeune héritier ? L’orgueil de saiyen… Il n’était pas le seul saiyen ! Goku et Goten n’en avaient jamais voulu à Pan. Gohan avait pardonné, et Bra, avec son caractère bien trempé, adorait toujours autant celle qui restait sa meilleure amie.

La jeune fille décida que cela suffisait. L’orgueil de Trunks était blessé, soit ; le sien aussi. On n’insultait pas impunément Pan Son. Encaisser sans riposter, c’était terminé. Elle était une saiyenne, elle aussi, et elle allait le lui rappeler.

 

Goten avait ouvert la bouche pour répondre mais Pan le devança, toisant Trunks avec un sourire dédaigneux :

 

-             Monsieur Brief nous fait donc l’honneur de sa présence ? Il n’est pas en train de dilapider l’argent que sa mère et son grand-père ont gagné, eux ?

 

Les kis des deux jeunes gens s’étant dangereusement élevés, Goten s’interposa rapidement, légèrement inquiet :

 

-             On se calme ! Bon, ok, je savais que vous alliez tous les deux participer, et je vous ai menti. Mais j’en ai marre de tout ça, j’aimais bien les moments qu’on passait tous les trois, avant !

-             Ce temps est révolu, répliqua sèchement Pan.

-             Ça c’est bon, je suis au courant, merci, grogna Goten. Vous pourriez quand même faire un effort, aujourd’hui, juste aujourd’hui ! Nos familles, nos amis sont là pour nous voir nous battre et gagner, et…

-             Je vais gagner, coupa Trunks avec un sourire supérieur, en croisant les bras.

-             Hors de question, rétorqua Pan. Tu as eu ta petite heure de gloire quand tu avais huit ans, maintenant t’es gentil, tu laisses faire les grandes personnes.

 

Un éclair de colère passa à nouveau dans les yeux clairs du jeune saiyen qui reprit d’un ton mielleux :

 

-             Les « grandes personnes » ? Ce n’est pas parce que tu as assassiné une enfant pour prendre sa place dans nos familles que tu peux jouer à la « grande personne ». Tu n'as aucune légitimité ici.

-             Mais arrêtez ! hurla Goten que le ki vibrant de ses deux compagnons commençait à effrayer sérieusement.

 

Autour d’eux, un cercle inquiet de concurrents s’était formé à bonne distance. Pan et Trunks se dévisageaient avec mépris et colère et Goten se demanda soudain si la jeune fille n’avait pas, en fait, de sérieuses chances de l’emporter contre Boo lui-même…

 

Trunks détourna enfin son regard vers Goten et grinça :

 

-             Je vous laisse. Vous faites bien la paire, aussi menteurs l’un que l’autre.

 

Il s’éloigna, fendant la foule des concurrents qui s’ouvrait devant lui. Goten soupira et se retourna vers Pan… pour la voir à son tour partir de son côté. Seul au milieu de la cour, il gémit :

 

-             Bra, je vais te tuer.