Contre nature

par Hel

Pour ce chapitre, un gros bisou à Wence, qui a brillamment débloqué mon manque total d’inspiration face à l’écriture de la scène d’action de la fic.

 

 

 

Videl acquiesça faiblement et tomba à genoux au sol, les yeux fixés à nouveau sur la jeune femme qui, terrifiée, recula d’un pas. Machinalement, celle-ci sembla chercher un soutien quelconque parmi tous ces visages mais ne rencontra que des regards froids. Elle gémit quand elle distingua les yeux clairs de Trunks qui la fixaient avec… dégoût.

 

Pan tourna son attention vers son grand-père mais, s’il n’y avait pas de haine dans son regard à lui, ce qu’elle y lut lui fit presque encore plus mal : la déception. Son Goku, bras croisés, ne semblait pas disposé à faire un mouvement.

 

Ce fut la voix de Yamcha qui brisa le silence, dans un étrange mélange de regret et d’impatience :

 

-           Il va… Il va la massacrer.

-           Ça va enfin devenir intéressant, murmura Végéta avec un sourire.

 

Krilin intervint soudain et s’exclama :

 

-           Mais… Et son premier vœu ? Quel était son premier vœu ? Et pourquoi fait-elle cela ? Il faudrait savoir, quand même…

-           Si tu as envie d’interrompre Son Gohan pour obtenir des réponses, vas-y, on ne te retient pas, l’interrompit sa femme qui se tenait bras croisés, à l’écart, Marron à ses côtés.

 

Krilin se tut et, avalant difficilement sa salive, reporta ses yeux vers le fils aîné de Goku : tenter de l’arrêter semblait totalement suicidaire, en effet.

Son Gohan avançait toujours vers la jeune fille qui, un bref instant, songea à se laisser tuer là, tout de suite, par celui qui, après tout, était le seul à avoir le droit de lui ôter la vie, comme il la lui avait donnée. Mais l’instinct de survie, l’instinct de saiyen, et, tout bonnement, ce stupide espoir de voir son premier vœu réalisé, réveilla en elle la guerrière et elle se mit en garde.

 

Son adversaire ne sembla même pas s’en apercevoir quand, pour la première fois, il lança le poing en avant. Elle esquiva d’un mouvement souple et rapide. Gohan fronça les sourcils et doubla son attaque d’un coup de coude puissant que, cette fois, elle bloqua.

 

-           Quoi… Mais… Comment elle a fait ça ? balbutia Yamcha, exprimant tout haut ce que presque tout le monde pensait tout bas.

 

Gohan tomba alors en garde et grinça :

 

-           Je ne sais pas qui tu es, mais cela ne change rien au fait que tu vas mourir.

 

Elle déglutit et attendit l’attaque suivante, qui vint quasiment immédiatement. Les coups se mirent à pleuvoir, d’une puissance et d’une précision impressionnantes, encore décuplées par la haine qui animait le saiyen. Pan parait, bloquait, repoussait chacune des attaques, anticipant presque chaque mouvement, réagissant à l’instinct à la technique de ce guerrier qu’elle connaissait si bien. Tous suivaient le combat, ébahis, subjugués par la vitesse des mouvements et, surtout, par la technique insoupçonnée de la jeune inconnue. Piccolo balbutia :

 

-           Mais… C’est impossible, impossible !

 

S’il avait tourné la tête il aurait vu, derrière lui, un fin sourire fier se dessiner sur les traits de Son Goku.

 

Pan reculait, encaissait, mais ne rendait aucun coup, tout son amour pour cet homme lui interdisant de porter la main sur lui, de quelque façon que ce soit, pour quelque raison que ce soit. Elle retenait sa puissance, son énergie, son instinct qui lui aurait ordonné de se jeter contre son adversaire et de répondre à ses attaques, mais elle ne pouvait pas s’y résoudre. Cette retenue, que Gohan percevait parfaitement, avait pour conséquence d’augmenter encore la rage du saiyen qui redoubla soudain de vitesse. Prise un instant au dépourvu, Pan reçut à pleine volée le genou de Gohan dans l’estomac et alla s’écraser, des mètres en arrière, contre un arbre qui vacilla dangereusement sous le choc.

 

Trunks, soudain, sentit son cœur se serrer et, machinalement, fit un pas en avant. Une main se posa sur son épaule : Son Goku lui sourit doucement et tourna à nouveau son attention vers le combat. Le fils de Bulma, stupéfait, suivit le regard de Goku.

 

Pan redressa la tête et se releva sans, manifestement, une seule égratignure. Gohan fronça davantage les sourcils et se remit en garde. Elle murmura :

 

-           Arrête… Je t’en supplie, arrête…

 

Le saiyen sourit avec méchanceté et répondit d’un ton froid :

 

-           Oui. Quand tu seras morte.

 

Il se jeta à nouveau sur elle et le combat reprit de plus belle. Alors qu’elle esquivait à nouveau ses attaques, il hurla, hors de lui :

 

-           Mais bats-toi, si tu sais le faire !

 

Elle ne répondit pas, concentrée sur sa défense et, justement, sur la nécessité de ne pas rendre les coups. Furieux, avec un cri de rage, Gohan concentra son énergie et la boule de feu quitta sa paume, dirigée directement vers la poitrine de Pan. D’un revers de main elle détourna la décharge d’énergie qui fila vers le ciel. Gohan resta un instant interdit, comme presque tous ceux qui étaient présents. Bulma balbutia :

 

-           Mais… C’est qui cette fille ?

 

Végéta, près d’elle, lui jeta un regard méprisant :

 

-           Tu es vraiment stupide parfois.

-           Papa, intervint Bra en se cramponnant à la main du Prince, tu dois faire quelque chose, je ne veux pas que Gohan tue Asuka, même si elle a tué Pan !

-           Il ne la tuera pas, et tu reverras Pan, répondit calmement Végéta.

-           Mais maman a dit…

-           Ta mère a parfois tort. Pas moi.

 

Bra cligna des yeux, étonnée, mais sembla rassurée par le calme de son père. Bulma, elle, jeta à son compagnon un regard plein d’incompréhension, trop abasourdie pour songer même à rétorquer quoi que ce soit. Végéta suivait toujours le combat d’un œil amusé.

 

Les décharges d’énergie pleuvaient à présent sur la jeune fille qui avait de plus en plus de mal à les bloquer toutes sans riposter. Ses mains et ses avant-bras la brûlaient ; elle reculait toujours, ses pieds s’enfonçant petit à petit dans le sol, alors qu’elle tentait de maîtriser ses gestes, sa propre énergie. Avec un cri de colère, Gohan tendit vers elle ses deux mains, envoyant une boule de feu plus puissante que les autres. Pan ne parvint pas à l’encaisser et la force de l’attaque s’écrasa contre ses bras, la faisant finalement basculer en arrière. Elle tomba sur le dos et resta au sol, haletante, alors que Gohan avançait un peu plus, son bras droit tendu devant lui.

 

À cet instant, quelque chose se brisa dans le cœur de Trunks. Il pensait, jusque là, que c’était ce qu’il voulait, lui aussi. Que si Gohan ne la tuait pas, il s’en chargerait. Qu’elle s’était jouée de lui, de sa famille, de leurs sentiments, de ce qu’il éprouvait encore pour elle, envers et contre tout… Mais soudain il réalisait que non, la regarder se faire massacrer devant lui n’avait aucun sens, et que cela ne pourrait en rien guérir le mal que lui avait causé la trahison de la jeune fille. Il réalisa soudain que, si elle mourrait, cela deviendrait pire encore, bien pire. Alors il voulut s’élancer vers elle, pour tenter… quoi, il ne le savait pas vraiment. S’opposer à Son Gohan en cet instant semblait de la folie pure, mais ne rien faire du tout n’était plus une option.

Une main puissante se referma sur son bras, l’empêchant de bouger, et à nouveau il tourna la tête vers Goku. Celui-ci plongea ses yeux dans ceux du jeune homme et murmura :

 

-           N’y va pas. Laisse-les régler ça.

-           Mais... Il va la tuer ! Elle va se faire massacrer ! balbutia-t-il.

 

Son Goku sourit doucement :

 

-           Non, sûrement pas.

-           Comment ? Mais pourquoi ?

-           Parce qu’il n’en sera pas capable.

 

Trunks resta parfaitement stupéfait, ses yeux bleus écarquillés fixés sur le guerrier calme et souriant qui venait d’énoncer tranquillement ce qui semblait une totale aberration. Goku hocha la tête calmement :

 

-           Crois-moi Trunks. Elle ne risque rien.

 

Les épaules du jeune homme s’affaissèrent, et même si cela lui semblait totalement stupide et impossible, il renonça à intervenir. Ils avaient appris, tous, depuis longtemps, à faire aveuglément confiance à Goku, et il s’en remettait à lui une fois de plus. En priant pour que ce ne soit pas la fois de trop.

Piccolo, un peu plus loin, les regarda en fronçant les sourcils et tourna à nouveau son attention vers le combat. En effet, l’affirmation  de Goku semblait au premier abord totalement insensée, et pourtant… Pourtant le Namek pressentait en elle bien plus de force, bien plus d’énergie que ce qu’elle mettait à encaisser les coups de Gohan. Tout comme ce dernier retenait la sienne, pour l’instant du moins : Gohan semblait de plus en plus agacé par la résistance de cette jeune fille qui le poussait dans ses retranchements. Piccolo connaissait son ancien élève par cœur, et celui-ci n’allait pas tarder à…

 

Gohan, dans un cri de rage face à la jeune femme qui se relevait encore, toujours, concentra son énergie et son aura explosa autour de lui. Il sourit, auréolé de puissance, entouré d’éclairs, ses yeux noirs paraissant encore plus froids qu’auparavant.

 

Pan essuya un mince filet de sang qui coulait de sa lèvre et se remit en garde. Elle tentait de réfléchir, de trouver une issue, une solution, mais les attaques permanentes de Gohan ne lui en laissaient pas le temps. Hurler qui elle était ? Prendre la place de celle qui venait de disparaître ? Elle n’en avait pas le droit, et puis c’était impossible, ils ne la croiraient pas, et même si Goku

 

Elle s’éleva à toute allure dans les airs pour éviter la décharge d’énergie mais Gohan la suivit immédiatement et la rua de coups redoutables qu’elle peinait de plus en plus à encaisser. Son corps était endolori, tétanisé par les attaques de son père et par ses efforts pour contenir sa propre puissance. Pourquoi ne parvenait-elle pas à se laisser frapper, à se laisser tuer ? Se serait si facile… si rapide… si évident…

Gohan, profitant de cette fraction de seconde d’inattention, envoya à nouveau son genou dans l’estomac de Pan qui, le souffle coupé, se plia en deux. Alors,  réunissant ses poings, il frappa à pleine puissance le dos de la jeune femme. Elle alla s’écraser à terre dans un bruit sourd et le sol explosa autour d’elle, la laissant immobile au milieu d’un cratère de plusieurs mètres.

 

Le cœur de Goku se serra dans sa poitrine et sa main se crispa sur l’épaule de Trunks. Le père de Gohan eut un bref instant d’hésitation, où il se demanda s’il ne devait pas, en fin de compte, intervenir ; si Pan n’allait pas se laisser tuer par son propre père. Mais une certitude le retint ; celle qu’il devait, pourtant, s’en remettre à sa petite fille. Celle que tout ceci devait avoir un sens, quelque part : Shenron, la disparition du corps, ce combat  contre nature… La signification de tout cela lui échappait, mais un étrange pressentiment lui dictait de ne pas bouger, quel qu’insupportable que fût ce spectacle.

 

Son Gohan resta immobile, flottant dans l’air, ses yeux sombres posés sur son adversaire étendu dans le cratère. De là, il avait une vue globale de la scène : la fille à ses pieds, grimaçante de douleur, haletante. Un peu plus loin, leurs yeux levés pour la plupart vers lui, se trouvaient tous ceux qu’il chérissait tant et qui observaient toujours la scène sans bouger.

Un éclat métallique un peu à l’écart attira le regard du saiyen : le caisson. Le caisson vide, le caisson qui à cette heure n’aurait du être qu’un horrible souvenir, alors qu’il aurait du enfin serrer sa fille dans ses bras…

Cette vision, comme un coup de poignard, rouvrit la terrible blessure de son cœur et la colère, qui un instant auparavant s’épuisait petit à petit dans ce combat contre la jeune inconnue, submergea tout à coup son être, plus dévastatrice que jamais. Son esprit pourtant si brillant ne distinguait plus soudain que deux choses : sa fille ne reviendrait plus, et cette inconnue en était la cause. Aveuglé par cette insupportable souffrance, sa légendaire douceur annihilée par un besoin impérieux de vengeance, Gohan oublia tout le reste et se décala légèrement de côté. Réunissant ses deux mains dans lesquelles enflait déjà l’énergie visible de toute sa rage, il cria :

 

-           Kame

 

Piccolo poussa un cri d’horreur et Végéta écarquilla les yeux, saisissant Bra contre lui :

 

-           Mais qu’est-ce qu’il fait ? Il veut tous nous tuer ou quoi ?

 

Goten réalisant ce qui allait suivre, hurla le nom de son frère mais celui-ci n’entendit rien, son regard brillant tendu vers la source de sa haine, de sa douleur.

 

- … Hame

 

Végéta décolla à toute allure, arrachant Bra et Bulma du sol ; Goten s’éleva également dans les airs, attrapant sa mère par la taille alors que Yamcha avait saisi Videl par la main pour la forcer à s’éloigner. Krilin vérifia d’un coup d’œil que C18 avait soulevé Marron sans ménagement. Piccolo flottait également dans l’air. Goku, lui, fronça les sourcils et cessa de respirer un instant, mais ne bougea pas ; Trunks non plus.

 

-           …Ha !!!!

 

La vague d’énergie pure éclata des mains de Gohan, se précipitant vers sa cible à pleine puissance.

 

Pan l’avait vu armer son tir sans y croire, elle aussi soudain parfaitement consciente des possibles conséquences du geste de ce père fou de douleur. Elle eut juste le temps de se redresser et, un genou à terre, leva les bras vers le ciel.

 

La puissance de l’attaque s’écrasa entre ses mains et resta en suspend un court instant. Puis les bras de la jeune femme commencèrent à plier. Elle sentait ses pieds s’enfoncer dans la roche ; le crépitement brûlant de l’énergie dévastatrice contenue entre ses paumes lui vrillait les oreilles et couvrait ses propres gémissements. Elle n’avait pas le choix, elle ne pouvait pas fléchir, elle ne pouvait pas le laisser tout détruire à cause d’elle. Elle concentra toute son énergie à retenir celle, dévastatrice, de son père. Ses gémissements se fondirent en un cri, unique. Toute la douleur, le désespoir qu’elle refoulait depuis des mois, des années, jaillirent plus puissants que jamais et se mêlèrent en une rage totale qui submergea la jeune saiyen. Elle se redressa violemment et, dans un vacarme fabuleux de détonations et d’éclairs, libéra toute sa puissance, bien au-delà même de ce dont elle se croyait capable. Poussant un hurlement terrible, elle tendit les bras vers le firmament.

Le calme revint dès l’instant suivant. Presque assommée par la décharge incroyable d’énergie qu’elle venait de libérer, Pan suivit du regard le point lumineux qui disparaissait peu à peu de sa vue dans le firmament.

 

Haletante, ses genoux tremblants sous elle, elle resta là, debout dans le cratère.

Puis, très lentement, elle reprit conscience de l’endroit où elle se trouvait et baissa les yeux, regardant autour d’elle : ils étaient tous là, immobiles, tétanisés. Ils s’étaient rapprochés machinalement et la regardaient avec la même parfaite stupéfaction, les yeux écarquillés, bouches ouvertes, dans un silence total. Elle réalisa soudain que quelque chose n’allait pas, du tout. Quelque chose d’autre que le fait d’avoir repoussé l’attaque de Son Gohan. Quelque chose qui justifiait leur ahurissement, à tous, et qui faisait sourire Son Goku.

 

Pan sentait l’énergie qui continuait de vibrer autour d’elle, la chaleur et la puissance qui émanaient du plus profond de son être et l’entouraient d’une aura indestructible. Elle cessa de respirer et, mue par une intuition, glissa une main tremblante dans ses cheveux qui avaient depuis longtemps quitté son chignon.

 

Entre ses doigts sales, resplendissait une mèche d’un blond intense.

 

La voix de Piccolo retentit la première, brisant le silence absolu de la scène :

 

-           C’est impossible ! Il n’y a pas d’autre saiyen, aucun autre !

 

Pan ne l’entendit même pas. Guidée par une certitude soudaine, elle leva ses yeux bleus vers le ciel. Gohan était toujours au-dessus d’eux, immobile, pétrifié à la fois par ce qu’il avait failli faire et par ce qu’elle avait réussi. Mais quand elle rencontra son regard, c’est autre chose qu’elle y décela enfin.

 

La réalisation.

 

Écarquillant les yeux, entrouvrant les lèvres sans pour autant parvenir à parler, le saiyen fixait la jeune fille de ses yeux noirs où se lisait le mélange d’un espoir terrible et d’une peur panique.

 

La réponse vint d’ailleurs. La réponse vint de la voix brisée de Videl qui, s’étant posée au sol, balbutia :

 

-           Pan ? Pan, c’est toi ?

 

La jeune fille baissa ses yeux bleus embués de larmes de son père vers sa mère ; elle était incapable de répondre, transpercée par le regard de celle qui avançait vers elle. Mais Videl n’avait pas besoin de réponse. Tout ce qu’elle avait besoin de savoir était soudain là, devant elle, dans la personne même de cette jeune saiyen dont les lèvres se mirent à trembler doucement.

 

Tous les autres s’étaient également posés et une petite voix les ramena à la réalité :

 

-           Alors Asuka… C’était Pan ?

 

Goku se retourna un instant et lança un clin d’œil à l’enfant toujours blottie dans les bras de Végéta :

 

-           Oui Bra. Mais c’était un secret.

-           J’aurais du le savoir… Elle connaissait toutes mes cachettes à la maison, répondit calmement la petite fille.

 

Tous les regards se tournèrent à nouveau vers Videl qui, lentement, avait rejoint Pan. Cette dernière se mordit la lèvre, tremblant d’impatience et de crainte. Videl leva doucement la main, passa ses doigts sur la joue de Pan et murmura :

 

-           C’est toi… C’est bien toi… Comment n’ai-je pas… Comment ai-je pu…

 

À ce contact si calme, si plein de délicatesse, Pan sentit soudain tout son être se détendre et ses cheveux reprirent leur teinte naturelle, alors que de ses yeux à nouveau sombres coulaient les premières larmes. Au prix d’un ultime effort, elle forma le mot dont elle rêvait depuis si longtemps :

 

-           Maman…

 

Un sourire d’une extrême douceur se dessina sur les traits de Videl et elle ouvrit les bras. Pan s’y précipita, enfouissant son visage dans le creux de l’épaule de sa mère, alors que tout son corps était secoué de sanglots terribles, retenus depuis si longtemps. Videl caressait lentement la chevelure de sa fille, la serrant contre elle. Elle paraissait soudain d’un calme total, d’une sérénité parfaite.

 

Bulma murmura :

 

-           Alors… Pendant tout ce temps… Asuka c’était Pan et on n’a rien vu, rien !

-           Parle pour toi, répondit Végéta avec un sourire.

-           Quoi ? glapit sa compagne. Tu savais et tu n’as rien dit ?

-           Je ne savais pas qui elle était avant aujourd’hui. Mais il était assez évident qu’il y avait en elle… quelque chose de spécial.

-           Je me doutais que tu le sentirais, dit Goku à Végéta avec un sourire.

-           Et toi tu étais au courant ? s’exclama Chichi qui se remettait du choc avec difficulté.

-           Oui. Je l’ai su dès que je l’ai vue, chez nous, cet hiver. Mais elle m’a fait promettre de ne rien dire.

 

Sa femme secoua la tête, désespérée, et fit enfin un pas vers sa petite fille… Quand une voix retentit :

 

-           Ce n’est pas notre fille, Videl.

 

Son Gohan s’était posé et regardait la jeune fille d’un air sombre. Pan sentit son cœur s’affoler alors que Videl se détachait lentement d’elle. Mais sa mère fixa froidement son mari :

 

-           Si Gohan. C’est elle. Tu le sais aussi bien que moi.

-           Non, ma fille a huit ans, d’où que vienne celle-ci ce n’est pas notre Pan. Cette fille vient de nous voler plus de dix ans de la vie de notre Pan pour prendre sa place.

 

Le ton de sa voix glaça toute l’assemblée et Pan gémit :

 

-           Je t’en prie… Je peux expliquer, je n’avais pas le choix, je…

-           Ne dis rien, je m’en charge, l’interrompit Videl avec douceur, avant de se tourner à nouveau vers Gohan.

 

Mains sur les hanches, ses yeux bleus brillants d’une froide détermination, Videl toisa son époux et articula lentement :

 

-           J’en ai assez maintenant. Ça suffit. Si tu comptes lever à nouveau la main sur celle que, moi, je considère comme ma fille, alors il va falloir me tuer d’abord, Son Gohan. Me suis-je bien fait comprendre ?

 

Le saiyen resta parfaitement immobile, pétrifié par l’assurance qu’il lisait dans les yeux de Videl, dans son attitude qui le projetait des années en arrière, face à la jeune lycéenne têtue et combative dont il était tombé amoureux. Elle ne bougerait pas, c’était l’évidence même. Il connaissait par cœur ce regard, cette dureté sur ses traits si fins, cette détermination dans sa voix.

Il détourna les yeux, les posant sur la jeune fille éperdue qui se tenait près de Videl. C’était bien elle… Elle ressemblait tant à sa mère, son corps mince et athlétique, sa grâce naturelle, son visage aux traits à la fois doux et décidés. Pourtant c’était lui-même qu’il retrouvait dans la puissance qui émanait d’elle, dans la profondeur de son regard sombre sous ses longs cils épais. C’était Pan… C’était… une autre Pan.

 

Il cessa de respirer un instant, déchiré entre les sentiments qui l’assaillaient : la joie, le fierté, l’affection… et la trahison, la déception, la colère, encore et toujours. Car, quelle que magnifique que fût cette jeune femme, elle n’était pas celle qu’il espérait depuis des mois, elle n’était pas la petite fille enjouée qui lui avait été enlevée.

 

Qu’elle leur avait enlevée.

 

Incapable de supporter plus longtemps les regards posés sur lui et, surtout, la présence de Pan, il poussa un cri de rage et décolla à pleine vitesse.

 

La jeune fille le suivit du regard, se mordant la lèvre pour ne pas pleurer à nouveau. Mais une main sur sa joue lui fit baisser les yeux et Videl lui sourit :

 

-           Il reviendra. Ne t’en fais pas.

 

Pan acquiesça avec un sourire triste, puis s’immobilisa quand elle sentit une main sur son bras. Se retournant, elle découvrit devant elle une Chichi au bord des larmes qui, après l’avoir longuement observée, la serra contre elle en éclatant en sanglots.

 

Trunks observait la scène, incrédule, sans sembler comprendre vraiment ce qui venait de se passer. Il baissa machinalement les yeux quand une petite main lui tapota gentiment le bras. Sa sœur l’observait avec un grand sourire :

 

-           T’as vu, c’est trop bien hein ? En fait, t’es amoureux de ma meilleure copine !

 

Le jeune homme ne répondit rien, fixant de ses yeux pâles la petite fille de dix ans qui venait d’énoncer tranquillement la plus horrible vérité.

 

Asuka… Son Asuka… n’existait pas. Elle n’avait jamais existé. C’était Pan. C’était la nièce de Goten et la meilleure amie de sa petite sœur. Des images terribles se mêlaient dans sa tête : celles de l’enfant espiègle qu’il connaissait depuis toujours, qui passait des heures entières à les faire tourner en bourrique, Goten et lui, à la Corp… et celles de la jeune femme dont il était désespérément amoureux depuis des mois. La douceur de ses lèvres, la chaleur de sa peau, ses courbes délicieuses, ses gémissements alors qu’elle s’arquait contre lui, épousant à la perfection son propre corps…

 

Trunks recula d’un pas et écarquilla les yeux d’horreur. Bra balbutia :

 

-           Quoi ? Qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce que j’ai dit ?

 

Il releva la tête : elle était là, blottie dans les bras de Chichi, alors que tous se rapprochaient petit à petit d’elle, hésitants, pour l’embrasser, lui poser mille questions…

Elle était là, et pourtant, elle ne serait plus jamais la même. Il avait perdu Asuka, pour toujours.

 

-           Trunks

 

Il tourna la tête, croisant le regard inquiet de Bulma qui murmura :

 

-           Trunks, attends, laisse-la nous expliquer, laisse…

 

Elle s’interrompit, bouleversée par la peine et la colère sur les traits soudain si pâles de son fils. Il ouvrit les lèvres pour parler, mais aucun son ne sortit. Il recula à nouveau, secouant la tête comme pour se sortir d’un mauvais rêve puis, tel Son Gohan quelques instants plus tôt, disparut soudain à l’horizon.

 

Bulma, navrée,  tourna les yeux vers Pan.

 

Celle-ci, bien que toujours entourée de ceux qu’elle venait de retrouver, ne souriait plus. Son regard noir était levé vers le ciel, là où Trunks venait de disparaître.

Elle avait aussi compris. Et, si elle retrouvait avec un bonheur immense tous ceux qui lui manquaient depuis si longtemps, son cœur n’en était pas moins déchiré à l’idée que les deux hommes qui comptaient le plus pour elle venaient de la rejeter.