Tombé du ciel

par Heibi

Aoko s'était toujours imaginée mourir très heureuse, et très tard, dans la sérénité et entourée de ses enfants adultes et de son mari. Bref, une fin dont tout le monde aurait rêvé. C'était mille fois mieux que de mourir sur le sol sableux d'un parc en pleine nuit avec une jambe pleine de sang et un ventre affreusement douloureux. C'était mille fois mieux d'attendre tranquillement la mort que de voir quelqu'un vous pointer un revolver sur la tête.

 

Et pourtant, c'était comme ça qu'Aoko allait mourir. Elle pensa à tout ce qu'elle avait vécu: ses parents, ses amis, le lycée...et Kaito. Elle pensa à tout ce qu'elle n'aurait jamais l'occasion de goûter, à ce qu'elle ne verrait jamais. Non...tout était fini maintenant. Bientôt, tout cela n'aurait plus d'importance. Voilà...Fumiko allait la tuer. Elle voyait à travers ses larmes de douleur son doigt s'appuyer de plus en plus sur la détente.

 

Soudain un bruit sec se fit entendre.

 

_ Qu...quoi ?! s'écria Fumiko, stupéfaite.

 

Elle regarda, incrédule, son revolver par terre. Quelque chose avait heurté sa main, et lui avait fait lâcher son arme. Aoko regarda la chose qui avait repoussé la date de sa mort à un temps encore incertain. C'était une carte plantée dans le sol. Un As de Trèfle, pour être plus précis. Une carte si banale, mais qui fut familière pour les deux jeunes femmes. Il n'y avait qu'une seule personne pour avoir des cartes aussi spéciales.

 

_ Ce n'est pas possible ! brailla la meurtrière. 

_ K...Kai..., balbutia Aoko.

 

Oui, il était là, debout, en haut de la fontaine au milieu du jardin. Ses cheveux flottant au vent, sa main gauche gantée sur le revers de son chapeau. La cordelette de son monocle s'élevait et s'abaissait au rythme de la brise, avec une synchronisation parfaite avec sa cape blanche. Sa main droite, quant à elle, tenait un pistolet à cartes, pointé sur Fumiko. Celle-ci avait l'air stupéfaite.

 

_ Kaitô Kid !

_ Je vois que votre folie enragée vous permet encore de me reconnaître, déclara le Kid en s'interposant entre Aoko et Fumiko.

 

Fumiko poussa un hurlement de rage et tenta de récupérer son revolver. Mais Kaito tira une nouvelle carte pour l'immobiliser. Peine perdue, la meurtrière avait récupéré son arme. Elle le pointa vers le Kid et grinça entre ses dents:

 

_ Mais qu'est ce que tu as à te mêler de cette histoire ? Elle ne te concerne pas, cette fille !

_ Oh que si, ça me concerne, répliqua Kaito d'un ton froid.

 

Aoko regarda son sauveur sans comprendre. Que pouvait-elle avoir qui concernait ce voleur qu'elle détestait tant ? A part le fait que son père cherchait toujours à l'attraper, il n'y en avait aucun. Mais la jeune femme n'eut pas le temps de réfléchir plus longtemps. Car tout à coup, une douleur infernale lui envahit l'être. Elle cracha du sang, sa tête lui tourna, et elle s'évanouit.

 

Le sang répandu par terre donna des sueurs froides à Kaito qui lui jeta un coup d'oeil. Ca allait mal: s'il ne transportait pas Aoko au plus vite à l'hôpital, elle risquait d'y rester. Il fallait en finir au plus vite. Il se retourna vers Fumiko et dit:

 

_ Le spectacle est terminé.

_ Jamais ! hurla la jeune femme.

 

Le voleur lança un fumigène qui le masqua à la vue de l'actrice. Celle-ci, désorientée, tira en l'air au hasard. Elle sentit une présence derrière elle et se retourna d'un bloc. Trop tard.

 

Un gaz pénétra dans ses poumons, et lui faire lâcher son arme. Elle s'écroula, endormie. Kaito ne prit même pas la précaution de la ligoter. Il s'était déjà précipité vers Aoko. Celle-ci respirait à peine, et sa blessure saignait encore plus qu'avant. Son teint était transparent, et son visage était crispé par la douleur. Etait-il déjà trop tard ?