Rendez vous mortel

par Heibi

 

_ On est bientôt arrivé ? demanda Aoko au chauffeur de taxi.

 

Celui-ci hocha la tête en signe d'affirmation, et la jeune fille cala son dos contre le siège du taxi en contemplant son portable, les yeux larmoyants. Elle essuya ses yeux avant de lâcher un petit sourire plein de tristesse. Elle avait enfin pu le lui dire, les sentiments qu'elle avait sur le coeur. Tout cet amour qu'elle avait gardé au plus profond d'elle-même.

 

Il faut dire que son plan avait de grandes chances d'échouer, c'était sûrement ça qui l'avait poussé à lui déclarer sa flamme. Ca y est... après tout ce temps...elle le lui avait dit...

 

Minuit moins dix. Le taxi s'arrêta devant l'entrée du jardin.

 

Aoko paya le chauffeur et sortit en tremblant de la voiture. Le jardin avait toujours été un endroit accueillant pour elle, avec ces arbres, ces fleurs... Mais aujourd'hui, il lui semblait aussi terrifiant qu'un cimetière. Et pourtant, oui, elle le savait, ce jardin allait être son cimetière. C'était effrayant, et elle pouvait même sentir le vent glacial de la froid s'engouffrer dans ses veines.

 

Les mains tremblantes, elle poussa le portail qui grinça, faisant paniquer son coeur encore plus. Elle porta la main à sa bouche pour étouffer un cri de douleur. Son ventre lui faisait un mal de chien. Les larmes recommençèrent à couler en abondance. Elle avança jusqu'à la fontaine au milieu du jardin. Il n'y avait personne, pas un bruit. Sauf le vent sifflait et donnait une désagréable impression. Les minutes passèrent...Minuit moins dix...minuit moins cinq...et enfin...

 

_ Je peux constater que tu n'as pas été suivie, fit une voix dans la pénombre.

 

Sursautant, Aoko se retourna, le visage pâle. A deux pas d'elle, se tenait la personne qui avait tué Michiko Hasegawa. Celle-ci s'avança dans le clair d'un vieux réverbère et ajouta:

 

_ Tu as bien suivie mes instructions...c'est bien. J'en regrette presque d'avoir à te tuer.

_ Pourquoi ? demanda Aoko, en essayant vainement de faire durer la discussion. Michiko Hasegawa avait l'air d'être une gentille personne.

_ Une gentille personne, s'esclaffa l'assassin. Pour avoir tué Naoko Yoshida en lui infligeant une dose trop forte de morphine...oui, on pouvait dire que c'était quelqu'un de bien.

 

Ce ton hypocrite...Fumiko Hasegawa était épouvantable dans la lumière du réverbère. Aoko, apeurée, recula, et tenta de protester:

 

_ Mais je ne vous voyais pas. Pourquoi vous êtes-vous retournée pour m'attaquer ? Je ne pouvais pas voir votre visage...

_ Oui, je t'ai vue te figer comme une statue. J'ai vraiment voulu m'enfuir sans te tuer. Mais après ce que tu as dit sur Naoko, je ne pouvais pas te laisser faire !

 

Le visage déformé par la haine, elle tira dans la poitrine de la jeune  fille. Aoko tomba à genoux, avant de s'étendre sur le sol. La coupable s'avança...et reçut une giclée de sable qui l'aveugla. Pourtant, Fumiko avait beaucoup de chance. Elle tira à l'aveuglette sans réfléchir, et la balle alla se loger dans la jambe de la pauvre Aoko qui tomba par terre, une fois de plus.

 

La fille de l'inspecteur Nakamori avait apparemment emprunté un gilet pare-balles avant de venir. Chose très facile pour elle, vu que son père était dans la police.

 

_ C'était bien pensé, murmura Fumiko, mais ça ne sera pas assez à présent...

 

Aoko gémit de douleur, la main crispée sur sa cuisse. Elle sentit de nouvau du sang couler sur ses mains et sa vue se brouiller légèrement. Sa respiration s'accéléra et ses yeux bleus s'injectèrent de sang. Fumiko semblait pleine de rage, et avait de toute évidence perdu son sang-froid !

 

_ Ne faites...pas ça..., souffla-t-elle.

_ Naoko n'est peut être plus là, mais je ne pourrais jamais pardonner Michiko ! Je continuerais à protéger Naoko même dans la mort... je ne laisserais personne lui faire de mal, ou même l'insulter ! Et toi, tu l'as insultée en insinuant qu'une débutante pourrait la surpasser, toi qui ne l'a jamais vu jouer!

 

Aoko ne put répondre, terrassée par la douleur. Il n'y avait aucun doute, la jeune femme était devenue complètement folle, une folie meurtrière qui n'envisageait rien de bon pour elle... Elle ne put que regarder, impuissante, Fumiko sortir un revolver de sa poche pour le pointer sur la blessée allongée par terre. Elle dit:

 

_ Maintenant, c'est trop tard, je ne peux pas te laisser en vie...Tu as eu le malheur d'être là quand je l'ai tuée. Je ne peux laisser personne m'arrêter, et surtout pas une gamine comme toi !

 

Et elle mit son doigt sur la détente.