Quand tout recommence...

par Skyneïlan

Chapitre 8 : Quand tout recommence…

 

Il sentait vaguement le poids rassurant de Tim sur sa tête.

Allen reprit doucement connaissant dans le noir, il commençait à peine à bouger qu’une main s’abattit sur son dos, l’empêchant de se redresser. 

« Ha ! Tu es réveillé ! Ne bouges pas gamin nous ne somme pas encore arrivé. Penses donc à tes petits protégés. »

Ils n’étaient pas…

Allen rassembla ses derniers souvenirs, il prit soudainement conscience qu’ils lui avaient bandé les yeux, comme lors de son trajet vers central, mais qu’on lui avait laissé les mains libres.

L’idée folle de s’enfuir lui vint, il pouvait encore s’en sortir en utilisant son Innocence !

Mais le visage des jeunes orphelins s’imposa alors dans son esprit. Non… Non il ne pouvait pas…

A moins qu’ils aient déjà été…

Sa gorge se serra quand il comprit à quel point son choix avait été idiot. Il avait fait confiance à des Noah ! Ils n’avaient surement pas tenus leur promesse !

Les larmes lui montèrent aux yeux, c’était de sa faute ! Il s’avait qu’il aurait dû partir une fois guéri !

 

« Nous ne leur avons rien fait ils sont en vie. Annonça une voix en chantonnant dans sa tête. Restes donc tranquille. »

 

Allen eut un léger sursaut, il ne s’habituerait jamais à ces incursions dans son esprit. Il s’installa en position assise et attendit avec angoisse. Que lui avait-il réservé ?

Au bout d’un long moment qui lui sembla une éternité la voiture s’arrêta enfin. Tyki le fit se lever et le guida une fois à l’extérieur.

Allen tituba et manqua de s’étaler de tout son long sur le gravier, ses jambes s’étaient engourdies durant le voyage et sa position inconfortable n’avait pas arrangé les choses.

Alors que le Noah du Plaisir lui indiquait où aller, il tentait de se représenter l’endroit où ils l’avaient emmené. Une longue allée bordée de fleur, des roses d’après son odorat, il entendait plus loin le bruit de la ville et des fiacres. Il serait donc dans l’enceinte d’une demeure surement à Londres puisqu’il n’avait pas le souvenir d’avoir traversé l’Arche et donc que la grande ville la plus proche était toujours la capitale britannique.

Il fronça les sourcils, ça n’avait pas de sens… A quoi cella rimait-il ? Pourquoi prenaient-ils se genre de précautions ?

« Allez gamin on n’a pas toute la journée tu sais. Le Prince t’attend. »

Allen ne répondit pas et se laissa emmener.

Il savait avoir toutes les raisons d’être terrifié et honnêtement l’envie de hurler l’avait tenaillé durant tout le trajet. Mais maintenant qu’il allait de nouveau se retrouver face à son ennemi la peur et la panique qu’il avait ressenti jusque là avait laissé la place à un calme surprenant. Ce que ses trois gardiens devaient surement interpréter comme de la résignation.

L’ex-exorciste nota dans un dédale de couloir qu’ils avaient tourné deux fois à droites et une fois à gauche. Espérait-il encore pouvoir s’échapper au fond de lui-même pour relever minutieusement chaque petit détail ?

Enfin ils le firent entrer dans une pièce et asseoir sur une chaise.

« Bonjour Allen Walker. Salua une voix qu’il ne connaissait que trop bien. Je sui ravi de voir que cette fois, et contrairement à d’habitude, tu ne nous as pas posé trop de soucis. »

Allen ne releva pas. C’était vrai, il n’avait pas agis comme l’ancien Allen Walker l’aurait fait… mais cet Allen là se battait alors pour l’humanité aux côtés des personnes les plus chères à son cœur. Aujourd’hui il n’était plus qu’une ombre de cet Allen là, fatigué de prendre sur lui le fardeau des autres, abandonné de ceux qui avaient constitué son univers et affligé d’une blessure plus profonde que le Comte devant lui et les Noah qui l’entouraient ne pourraient jamais lui infliger…

Son propre comportement lui inspiré un dégoût profond, il n’avait pas su tenir, il n’avait pas su résister et surtout : il n’avait pas su tenir la promesse qu’il avait faites à son père, à Mana. Il avait arrêté de marcher, ses jambes l’avaient lâché et il s’était effondré au pied de son adversaire.

 

En face de lui le Comte savait également tout cela. Et il comptait bien en profiter…

 

Allen sentit qu’on défaisait le bandeau et il du plisser les yeux devant la clarté trop vive du soleil qui filtrait des fenêtres. Une fois ses yeux accoutumés à la luminosité il avait une vue imprenable sur un magnifique jardin entretenu de la taille d’un parc.

C’est à peine s’il y prêta attention, préférant tourner son regard argenté vers son ennemi. Nul doute qu’il devait savourer l’abandon du jeune maudit.

« Surpris ? demanda Road s’installant sur les genoux du Comte tranquillement installé sur un fauteuil.

-        Un peu, j’ignorais que vous occupiez des postes important à Londres. Répondit-il avec réticence en les dévisageant tous à tour de rôles. »

A voir les têtes de Tyki et de l’homme qui les avait accompagné à l’orphelinat, Sheryl, il avait visé juste. Dommage, l’Ordre ne le saurait jamais.

« Intéressante déduction ! Applaudit le Faiseur. Mais comme tu le sais ce n’est pas pour ça que je voulais m’entretenir avec toi... »

Allen se raidit, devinant la suite.

« Le Quatorzième est une nuisance qui doit être éliminé. Continua-t-il en le fixant avec insistance. 

-        Pourquoi ? demanda Allen.

-        Pourquoi l’éliminer ?

-        Non pourquoi a-t-il tenté de vous tuer ? »

Allen vit que sa question avait laissé le Comte pensif, ils allaient surement le tuer alors autant connaître la vérité avant de mourir. Lui n’avait plus grand-chose à perdre. Il regretterait juste de ne pas avoir pu donner ces informations à ses anciens amis avant…

Finalement son vis-à-vis s’extirpa de ses pensées :

« Il ne te l’a pas dis ?

-        Non… dit-il. 

« Et j’aimerais savoir pourquoi j’ai été enfermé, torturé et interrogé par l’Ordre… pensa-t-il. »

-        Tu n’as pas besoin de le savoir dans ce cas. Réplica-t-il avec une certaine froideur sous son éternel sourire. »

Si tu le savais ça ne t’avancerait guère. Le Quatorzième lui avait dit la même chose…

Allen serra les dents, il mourait donc en ignorant pourquoi on le tuait.

« Nous nous occuperons de ton cas dés demain matin Allen Walker. Dit-il en ce levant tandis qu’une porte apparaissait derrière Road. En attendant j’espère que cette pièce te conviendra. »

Il se leva tandis que les trois autre Noah franchissaient la porte derrière lui. Avant de disparaître à son tour il se tourna une dernière fois vers Allen :

« Inutile d’essayer de t’enfuir, même si tu ne la pas fait avant, je pense que tu as déjà deviné : cette pièce et dés à présent exclu du monde extérieur par une barrière. »

Allen ne dit rien et regarda le gros bonhomme partir à son tour. La porte se referma et disparue. Il était de nouveau seul et piégé.

Il se leva profondément abattu et s’installa devant la fenêtre. Finalement sa situation était similaire à celle qu’il avait vécue à Central. Peut-être allaient-il s’amuser avec lui avant d’en finir, ils étaient assez sadiques pour ça. Mais cette fois personne ne viendrait le chercher, il en avait la certitude.

Il n’y aurait pas de mystérieux inconnu venant le sortir de là.  Il n’aurait personne à qui se raccrocher avec espoir.

 Un traitre pour les deux camps…

C’était vrai en fin de compte, partout où il était allé il avait été traqué, les uns voulaient se servir de lui et les autre le tuer.

Timcampy se frotta à la joue de son maître comme pour le consoler. Lui, il ne l’avait jamais laissé tomber.

L’ex-exorciste posa le front sur la vitre glacée, une migraine montrait de nouveau le bout de son nez. Il ferma les yeux, bien sur il savait que le Quatorzième s’agitait en lui et que sa colère grimpait. Mais étrangement, il savait que le traître ne réussirait pas à prendre l’ascendant sur lui. Allen s’était enfermé dans ses retranchements, une sorte état second qui excluait catégoriquement le Noah de son esprit aussi enragé soit-il.

Dehors le jour déclinait peu à peu. Machinalement, Allen remarqua qu’un Akuma lui avait apporté à manger. Il n’y toucha pas, trop préoccupé par son exécution au petit matin. Il caressait doucement le bout des ailes de Tim. Sentir son ami métallique sous ses doigts l’avait toujours détendu mais aujourd’hui cela ressemblait plutôt à des adieux.

Puis la nuit tomba, le soleil céda sa place à la Lune et à des myriades de petites étoiles.

Allen ne bougeais toujours pas, il n’avait même pas pris la peine d’éclairer les lieux. La tête dans les bras il attendait que le temps passe. Son mal de tête avait engourdis ses pensées.

Il sentait plus qu’il n’entendait le Quatorzième hurler de rage en lui.

Allen  ne pu s’empêcher de compatir, après tout lui aussi avait voulu défier le Comte. Même s’il ignorait toujours la raison de la rébellion du Noah contre leur Prince il pouvait imaginer se qu’il ressentait maintenant. Lui qui avait tout fait pour survivre et perdu son grand frère était maintenant à la merci de son ancienne famille à cause d’un gamin faiblard. Allen les avait condamné tout les deux pour sauver des innocents.

 

 Garde ta foutue compassion pour toi gamin. Tu as beau avoir longtemps rejeté la faute de ta situation sur moi c’est tes choix qui nous ont mené ici. J’aurais du trouver un autre gamin moins naïf que toi ! lança le Quatorzième d’un ton venimeux.

Allen ne répondit pas, il aurait été injuste de lui répliquer qu’il n’avait qu’à choisir un autre. Il aurait été malade que quelqu’un d’autre subisse ça à sa place.

Il releva la tête et passa la main dans ses cheveux blancs, repoussant vers l’arrière les mèches qui lui tombaient sur les yeux. Ses cheveux avaient bien poussé depuis qu’il avait été désigné comme un hérétique puis un prisonnier en fuite...

Les premières lueurs de l’aube pointèrent à l’horizon et éclairaient son visage encore plus pâle que d’habitude, il n’avait pas fermé l’œil de la nuit.

Pour la première fois depuis son arrivée il observa les lieux. Ses yeux gris s’arrêtèrent sur un coin sombre de la pièce, le plus éloigné de la fenêtre où il s’était assis.

Là, à demi-caché dans la pénombre se trouvait un piano à queue noir. Sans vraiment savoir pourquoi il faisait ça il se leva et alla s’asseoir devant, à la place du musicien, le dos tourné à la porte. Il ramena ses genoux contre lui et entoura ses jambes de ses bras. Il ne pas toucha l’instrument, se contentant de l’observer.

Allen ne réagit même pas quand la porte s’ouvrit derrière lui, pensant qu’il devait s’agir de l’Akuma qui était venue lui apporté à manger la veille. Il entendit la porte se refermé mais savait que la personne était encore là.

« Tu n’en joues pas ? »

Allen frémit et ouvrit grand les yeux comme si on lui avait jeté un sceau d’eau froide  la figure. Il reconnaissait cette voix ! C’était celle de l’inconnu qui était venu le chercher à Central !

Cependant sa surprise retomba bien vite. Si il avait été tenté de se retourner avec espoir vers cet homme, et si cette voix était bien celle de l’étrange personnage qui avait mis fin à son calvaire, il était certainement un allié du Comte…

« Je ne sais pas en jouer… répondit-il malgré tout, la gorge serrée.

-        J’aurais pensé le contraire.

-        Je ne suis pas musicien, je n’ai jamais appris. Affirma Allen.

-        Il n’est jamais trop tard pour apprendre. Dit l’autre avec douceur. 

-        Pour moi si. Ajouta le maudit après un bref silence.

-        Pourquoi donc ?

-        Et bien… N’êtes-vous pas là pour vous débarrasser du Quatorzième ?

-        Si mais je ne vois pas le rapport avec toi Allen Walker. »

Allen tourna la tête vers lui, l’homme aux cheveux noirs portait un haut-de-forme qui dissimulait ses yeux et étrangement il ne lui était pas totalement étranger, comme s’il l’avait déjà vue il y a longtemps. Il c’était installé sur la chaise qu’il avait lui-même occupée la veille pendant son bref entretient avec le Comte.

Il dévisagea le jeune garçon avec intérêt et Allen détourna vite les yeux, il avait l’impression que son regard dissimulé dans l’ombre le transperçait de part en part et lisait en lui comme dans un livre. Tapis au fond de son être le Quatorzième s’était figé, arrêtant même de fulminer contre Allen, comme paralysé par la présence de l’homme.

« Tu sembles perdu…

-        Je le suis je pense. Sinon ne serait jamais venu ici. »

Un nouveau silence s’installa entre les deux interlocuteurs. L’homme ne semblait pas pressé le moins du monde, comme la première fois qu’Allen l’avait rencontré, il prenait son temps.

Allen patienta et tourna la tête vers la fenêtre, à l’extérieur l’herbe brillait sous la rosée matinale. Il se sentait presque en sécurité, le calme de son vis-à-vis avait quelque chose de communicatif.

En face de lui l’homme continuait son observation détaillée, le garçon était fatigué, il avait de larges cernes sous les yeux et était aussi pâle qu’un cadavre. Il ne retrouvait plus l’éclat qu’avait le jeune exorciste plein de vie au fond des yeux, seulement une tristesse inconsolable. Ses propres alliés et amis l’avaient poussé au fond d’un vertigineux gouffre de désespoir.

« Tu n’as rien avalé. Remarqua-t-il.

-        Je n’ai pas faim.

-        Comment comptes-tu repousser le Quatorzième si tu n’as pas de force ?

-        Hein ? »

Allen se retourna vers lui sans comprendre.

« Tu ne croyais tout de même pas que je devrais le retirer seul, si tu veux survivre il va falloir y mettre du tien aussi. »

L’ancien exorciste en resta bouche bée.

« Mais… vous n’allez pas me tuer ?! demanda-t-il.

-        Mais non voyons ! D’où t’es-tu mis cette idée dans la tête mon garçon ? Rit l’autre en comprenant soudainement d’où venait la mine déconfite du plus jeune.

-        Ne vous moquez pas de moi ! cria Allen en se relevant d’un bond tandis que son tabouret se renversait en arrière. Je suis un compatible ! Quelles raisons auriez-vous de me garder en vie ?! »

L’homme redressa la tête, surprit par sa réaction, et fixa le garçon dans les yeux.

« Je ne te mens pas Allen Walker. Dit-il tandis que ce dernier se figeait. »

Sa colère retomba aussi vite qu’elle était montée, Allen se rassit les bras tremblant, ce qu’il avait lu au fond des yeux de son vis-à-vis l’avait incité à garder son calme. Il y avait quelque chose d’inhumain tapi dans ce regard.

« Bien… maintenant si tu es prêt avale quelque chose et suis-moi. »