"Voudrais-tu sortir de cet endroit ?"

par Skyneïlan

Chapitre 4 : « Voudrais-tu sortir de cet endroit ? »

 

 

« Alors il est là-dedans n’est-ce pas ? »

La personne qui venait de parler était adossée contre un mur dans l’ombre d’une impasse qui faisait face au Central. A ses côtés le golem doré tremblait, visiblement intimidé.

L’Ordre n’avait pas été très discret au moment de la conception de cette bâtisse, immense bloc de pierre richement décoré en forme de croix latine aux hautes colonnes blanches. Un bâtiment typiquement religieux en apparence mais où, étrangement, très peu de personne sont admises et contrôlées minutieusement avant d’entrer.

A l’entrée, des patrouilles en uniforme se relayaient par groupe de deux à l’abri derrière une barrière magique invisible de l’extérieur.

Invisible oui, mais seulement pour les humains normaux…

Dans l’ombre de l’impasse, l’étrange personnage souriait devant tant de naïveté.

« Si peu ? Ils sont bien confiants… Allez viens ! Ne reste pas là. Ajouta l’inconnu à l’adresse du petit golem. »

 

 

 

 

 

Allen sortit de son demi-sommeil totalement engourdi ; ses poignets et ses chevilles le brûlaient et le faisait horriblement souffrir. Il s’agita pour trouver une meilleure position et sentit un liquide chaud couler sur ses bras pendant que la morsure du métal froid se renforçait.

Il retint un faible gémissement. Depuis combien de temps l’avait-on enfermé ici ? Deux jours ? Trois ? Il n’aurait su le dire…

Allen ouvrit lentement les yeux et croisa l’ombre narquoise du Quatorzième dans son reflet ; il serra les dents, le voir une fois lui était déjà assez désagréable alors le voir dix fois !

Il aurait même préféré entendre à nouveau les Crow approcher pour un interrogatoire…

Ce qui ne devrait d’ailleurs plus tarder maintenant qu’il sentait que sa volonté commençait vaciller.

Il referma les yeux et attendit bougeant de temps à autre pour éviter que ses mains ne s’engourdissent à nouveau, rouvrant cruellement les plaies sur ses poignets. La douleur s’intensifiait à chaque nouveau mouvement.

Il s’en mordit les lèvres mais aucun son ne les franchit.

Intérieurement, Allen se raccrochait désespérément à ses souvenirs en compagnie de ses amis. Il revoyait défiler les missions où ils luttaient côte à côte, les soirées passaient autour d’un feu de camp où dans les salons de la Congrégation, la sympathie de l’équipe scientifique, les repas monumentaux que Jerry lui préparait, même ses querelles fréquentes avec Kanda lui paraissaient agréables…

Il s’abandonna alors totalement à ses réminiscences pour ne pas voir à quel point sa situation avait empirée.

Mais y avait-il encore une personne hors de cette prison glacée qui songeait encore à Allen Walker ?

Timcampy était-il vraiment venu le trouver ?

Allen en doutait à présent, ses souvenirs se déformaient et se mélangeaient au point qu’il ne savait plus distinguer le vrai du faux.

Avait-il rêvé quand il avait vu le golem se glisser entre les barreaux de sa cage ?

N’avait-il pas tout simplement imaginé son contact froid contre son coup pour essayer de se rassurer ?

Et puis il avait beau penser à eux, ces amis ne lui seraient d’aucune aide. Il leur avait dit de le laisser et ils l’avaient tous fait.

Il n’avait pas à leur en vouloir pour ça et pourtant il ressentait un pincement au cœur devant leur apparente passivité…

A leurs yeux il devait maintenant être un traître, Luberier leur avait surement servit une histoire dans laquelle il avait cédé au Quatorzième et où, bien sur, l’Ordre avait tout tenté pour l’empêcher de nuire…

Allen laissa son esprit dériver lentement d’une idée vers l’autre, suivant les longs fils sinueux de ses pensées.

Il pouvait encore essayer de s’enfuir, mais, même si il y parvenait, il n’aurait aucun refuge où aller. Le monde extérieur grouillait d’Akuma et il ne pouvait plus compter sur la Congrégation. Une errance solitaire sans fin… Comme Mana l’avait fait avant lui. C’est tout ce qui l’attendait à l’extérieur.

A travers ses paupières closes, il sentit des larmes salés couler le long de ses joues claires. Il ne pouvait plus les refouler ; il n’arrivait plus à ce mentir à lui-même en affirmant que tout finirait par s’arranger, qu’il les verrait à nouveau lui sourire gentiment…

Les réflexions que le Quatorzième lui avez lancé quelques jours plus tôt avait porté les fruits ; il avait fini par craquer.

Il ne pouvait se fier qu’à lui-même désormais.

Il était seul.

 Tu en mets du temps pour comprendre mon garçon…

« Ne t’y met pas… Laisse-moi… »

 Ne soit pas si aigre. C’est toi qui as voulu ça après tout. Au moins auras-tu vu le vrai visage de l’Ordre Noir auquel tu appartenais… Tes chers amis n’auront pas cette chance… lança le Quatorzième.

« Que veux-tu dire ? Arrête de tourner autour du pot… »

Il entendit le Quatorzième rire puis il le sentit se retirer, le laissant seul avec ses sombres pensées. Cherchait-il encore à le manipuler ? A le faire douter davantage ? N’en avait-il pas encore assez fait ?

C’est alors que l’adolescent entendit de nouveaux bruits de pas dans le couloir, un murmure incompréhensible et la porte qui s’ouvrait.

Allen se raidit et ravala le reste de ses larmes qui ne demandaient qu’à échapper de ses yeux clos ; le nouveau venu n’aurait pas la satisfaction de le voir en train de pleurer comme un enfant.

Il l’entendit approcher doucement puis s’arrêter devant lui. Le jeune exorciste devina qu’il le dévisageait et refusa d’ouvrir les yeux pour le défier.

« Ils t’ont mis dans un sale état Allen Walker… »

Allen sursauta, il ne reconnaissait pas cette voix, grave, riche et pourtant douce. Il ne s’adressait pas à lui avec hostilité mais il semblait plutôt compatissant.

« Qui êtes-vous ? demanda l’exorciste. 

-        Ca n’a pas d’importance. Répondit l’inconnu. »

Allen attendit, nerveux, mais l’autre n’avait pas l’air de vouloir réengager la conversation. Cette personne n’était-elle pas de l’Ordre ? Où alors elle jouait la comédie pour l’amadouer…

« Que voulez-vous ?

-        Des réponses… Trois réponses. Y répondras-tu ? »

La gorge sèche le jeune garçon acquiesça.

« Bien merci c’était la première question. Continua l’inconnu. »

Même sans le voir Allen devinait qu’il souriait.

« Deuxième question : Voudrais-tu sortir de cet endroit ? »

Allen fit de nouveau oui d’un signe incertain de la tête.

« Allons, aurais-tu perdu ta langue Allen ? Tu es bien silencieux je trouve. Je repose ma question : voudrais-tu sortir de cet endroit ? »

Un petit « oui » rauque s’échappa des lèvres de l’exorciste maudit. 

« C’est mieux ! Et enfin dernière question veux-tu être débarrassé du Quatorzième ?

-        Pourquoi me posez-vous cette question ? Il est possible de s’en débarrasser ?

-        Oui et je suis le seul à pouvoir le faire, si tu viens avec moi. »

Allen hésitait devait-il lui faire confiance ou non…

« Je ne cherche pas à te piéger Allen Walker. Ajouta l’inconnu avec amusement. »

Allen baissa la tête s’attendant au pire et articula doucement :

« D’accord. »

Au même moment une sirène stridente retentit dans tout Central.

Un intrus était présent dans ses murs…