chapitre VI

par scarain

Manoir Kuchiki – Chambre de l'héritier – Vingt deux heures

 

Outré d'avoir appris ce qu’Ichigo avait dit, Senbonzakura faisait les cent pas autour du noble qui savourait son thé dans le calme le plus olympien.

-          Je n'en reviens pas Maître ! Il a osé dire que vous aviez des écailles de dragon et des pattes griffues ! Quelle infamie ! Si seulement vous m'aviez écouté, tout ceci serait réglé depuis longtemps.

Un sourcil arqué, Byakuya suivit du regard les vas et viens incessants de son zanpakuto, jusqu'à ce qu'il s'immobilise devant lui.

-          Nous devons le réduire au silence sans plus attendre ! déclara-t-il en serrant les poings.

-          Impossible. Ichigo est en ce moment même en cellule de dégrisement et qui plus est, sous la garde Renji.

-          Quoi ? Mais les libérations ne se font qu'à neuf heures du matin !

-          C'est exact.

-          Mais cela veut dire qu’il ne pourra pas venir demain à son exécution !

-          Et nous n'irons pas non plus, déclara-t-il.

Estomaqué, le zanpakuto ôta rageusement son masque et le fusilla du regard.

-          Je vous demande pardon ?

-          Tu m'as bien entendu.

-          Qui a signé son incarcération ?

-          C'est moi.

-          Sachant que ceci m'empêcherait de le tuer ?!

-          En effet.

Abasourdi, Senbonzakura se laissa choir à genoux, et considéra son maître avec une expression d'intense désarroi.

-          Vous m'aviez promis que je pourrais laver votre honneur, et je m'en faisais une joie. Alors puis-je connaître les raisons d'un tel retournement de situation ?

-          Naturellement. J'ai bien réfléchi à cette exécution et je dois t'avouer qu'elle ne me satisfait plus vraiment. Sa mort ne changera rien à l'affront qu'il m'a fait. Je pense également à Rukia qui en serait très affectée, et à l’incompréhension qui en résulterait au sein du Seireitei. J'ai donc décidé de lui laisser la vie sauve.

-          Alors si je comprends bien, il peut assouvir ses vices en toute impunité. C'est insensé !

-          C'est très sensé au contraire, car j'ai une bien meilleure idée.

Senbonzakura lui accorda une œillade inquisitrice.

-          Je vais donner suite à ce projet que nous devions concrétiser avec lui avant cette impardonnable offense.

-          Le nommer Lieutenant de la Sixième ? Vous n'y pensez pas ! s'exclama-t-il en abattant les poings sur la table basse.

-          Oh que si, sourit-il presque.

-          Mais enfin Maître, c'est un honneur que vous lui feriez !

-          Non point, car cet honneur va devenir son pire cauchemar, tu peux me faire confiance. Je crois que ceci sera pour toi et moi beaucoup plus jouissif que de répandre son sang.

-          Parlez pour vous ! Moi, je veux sa tête !

-          Senbonzakura, baisse d'un ton je te prie.

-          Vous savez à quel point je vous vénère, mais vous m'aviez promis Maître ! Vous m'aviez promis et vous m'avez menti…

-          Je ne t'ai pas menti. J'ai simplement changé d'avis.

-          C'est pareil.

-          N'oublie pas que c'est moi qui décide ici.

Comprenant enfin que jamais il n'aurait gain de cause, le beau samouraï s'enferma aussitôt dans une bouderie digne de celle d'un enfant gâté, ce qui arracha un sourire au ténébreux seigneur. Il but alors une dernière gorgée de thé et vint pauser une main réconfortante sur son épaule.

-          Je suis navré de te causer une telle déception, vraiment… Cependant je t'assure qu'une telle vengeance serait insipide. Puis-je faire quelque chose pour chasser ta contrariété ?

Senbonzakura leva les yeux vers lui. Ses joues se colorent légèrement :

-          Oui...

 

 

 

°°°°°°

 

 

Le lendemain matin - Prison de la Sixième Division

 

 

Je me réveille dans une cellule de dégrisement. Par les grilles, j'entends les petits oiseaux chanter et je me demande si c'est bien réel ou si c'est juste la baffe de Renji qui continue de me faire cet effet. Je me repasse alors ma triste prestation et renifle nerveusement de regret. C'est à ce moment là que mon geôlier arrive, j'ai nommé Abarai Renji, sexy en diable depuis qu'il porte son uniforme de façon un peu plus ouverte sur son torse. Je lui demanderai bien s'il a eu cette idée tout seul ou s'il s'agit d'une requête spéciale de son Capitaine, mais je crois que je vais arrêter là les frais.

-          Bien cuvé ? grogne-t-il en m'ouvrant les grilles.

Je préfère ne pas répondre et me laisse empoigner comme une chiffe molle avant de le suivre dans les couloirs. Mes habits sont tout froissés et je fais peur à voir. J'espère qu'il ne me conduit pas à la potence... J'ai quand même un doute puisque nous sortons dans la cour d'entraînement où sont rassemblés tous les types avec qui j'ai déconné hier.

-          Kurosaki Ichigo ! dit-il alors haut et fort, présente tes excuses publiques !

Je les regarde tous et manque de tourner de l’œil tellement j’ai soif et honte, pourtant c'est bien la moindre des choses que je puisse faire. Je me redresse alors de mon mieux et essaie de me montrer un peu plus digne.

-          Je vous prie de m'excuser Messieurs ! Ce que j'ai dit hier est inadmissible et je l'ai dit sous l'emprise de l'alcool. Je vous prie de me pardonner, car Byakuya Kuchiki est assurément le plus beau et le plus puissant des Capitaines ! Jamais il n'a eu d’écailles de dragon sur les jambes et jamais il ne... Jamais il n'a voulu mettre fin à mes jours !

Je proclame ceci avec tant de conviction et de gravité que je vois leurs visages se détendre. Renji m'approuve du regard et me laisse alors seul devant eux, si bien que je ne sais pas trop quoi faire. Mais ce qui vaut pour moi ne vaut pas pour eux, car ils connaissent la suite du programme. Ils m'encerclent et s'inclinent respectueusement avant de me tabasser dans les règles de l'art. Si je m'y attendais ! Même si je l'ai bien mérité, je passe un sale quart d'heure. Quand mes assaillants en ont enfin fini avec moi, ils s'inclinent une nouvelle fois respectueusement et m'abandonnent comme un vieux sac de riz au milieu de la cour. Je pisse le sang, mais au moins ça réveille. Bon sang, ils n'y ont pas été de main morte les enfoirés ! Tandis que je me relève péniblement, je me demande bien quelle heure il est. Je traîne des pieds jusqu'au bureau de Renji en me tenant le nez pour ne pas en foutre partout et pousse la porte restée ouverte. Occupé à faire du tri dans ses affaires, il me regarde d'un œil noir et me balance un paquet de mouchoirs en papier que je vide de son contenu pour me le fourrer dans les narines.

-          Guelle heure il est ? lui demande-je.

-          Dix heures !

-          Guoi ? Du vas bas be dire gue j'ai dorbi dou ze demps !

-          J'y ai peut-être été un peu trop fort, dit-il en rangeant quelques dossiers.

-          Berde ! Où est Byaguya ? Il devait be duer à l'aube. Il a du êdre surbris de bas be drouver !

-          T'inquiète. C'est lui-même qui a signé ton admission en cellule de dégrisement. Ichigo, me dit-il alors avec gravité, qu'est-ce qui se passe avec lui ? C'est quoi ton problème ? Il avait accepté de faire de toi son Lieutenant, et avait même prévu un programme afin de te faire retrouver tes pouvoirs. Il t’a accueilli chez lui pendant deux semaines, et toi, tu t'es barré sans un merci. Pas rancunier pour une fois, il t'a invité à la plus belle réception qu'il organise de l'année, et toi, qu'est-ce que tu fais ? Tu picoles et tu divagues sur lui devant ses hommes ! C'est quoi le délire ?

L'accusation est tellement bien menée que je ne trouve rien de mieux que de me laisser choir dans un fauteuil.

-          Renji... Il y avait du vrai dans ze gue j'ai ragondé aux audres. J'ai vraibent un condenzieux avec Byaguya. Je beux bas de dire bourguoi bais dorbalebent, je devrais êdre bort à l'heure qu'il est.

Il pousse alors un soupir à fendre une pierre.

-          Tu as découvert sa peluche ?

-          Guoi ?

-          Laisse tomber. Si ce n'est pas ça, c'est que tu as été mettre ton nez dans ses souvenirs.

-          Bas du tout ! Le truc, c’est gu’il z’agit d’ude histoire d'algôves.

-          Hein ! Tu peux répéter ça ?

-          Renji... ton gabidaine à de dombreux abants. Rien gue guand j'y étais, j'en d'ai vu deux.

Difficile de savoir l'effet que ça lui fait puisqu'il me tourne le dos, mais je sens la pression de son réiatsu augmenter dangereusement. Apparemment, il n'était pas au courant.

-          Renji...

-          Ta gueule !

-          Bais z'est quand bêbe bas ba faute tout de bêbe !

-          Kuchiki Taicho fait ce qu'il veut de sa vie. Ça ne te regarde en rien Ichigo !

Voilà que c'est moi qui vais passer pour un fouille-merde maintenant ! De toute façon j'ai tellement de mal à m'exprimer que je préfère me taire que de continuer comme ça. Nous nous regardons alors en chiens de faïence quand la porte s'ouvre d'un coup, laissant apparaître le principal concerné de notre pathétique échange. Sublime dans son nouvel uniforme de Capitaine – je dois dire que je n'en n'avais encore vu aucun – et nullement surpris de me voir ici, il plisse les yeux en me voyant, et saisit mon menton entre ses jolis doigts pour admirer ma tête au carré. Il semble assez satisfait de voir que j'ai un pif qui a triplé de volume, un œil poché et une oreille à moitié arrachée.

-          Kuchiki Taicho, dit aussitôt Renji en se mettant au garde à vous, Ichigo a présenté ses excuses à nos hommes et il a été corrigé comme il se doit.

-          C'est ce que je constate, dit-il pensivement en plongeant son regard dans le mien. Mais qu'en est-il des excuses qu'il doit me présenter ?

Je ravale ma salive et essaie de bien articuler, mais j'ai le nez tellement en patate que je sens que ça va être pathétique.

-          Bardon Byaguya. Je regrede de...

-          Kuchiki Byakuya.

-          Gujigi Byaguya.

-          Inaudible et inintelligible ! Tu viendras me présenter tes excuses quand ce qui te sert de nez aura dégonflé, dit-il en laissant retomber ma tête en avant. Renji ? déclare-t-il alors en accordant à son Lieutenant un regard de fierté.

-          Hai Taicho !

-          Je dois te parler.

-          Je vous suis Taicho.

Je le vois qui lui emboîte le pas comme un brave petit toutou et me retrouve seul dans leur bureau. Que peut-il bien lui dire ? J'ai pas trop le temps de réfléchir qu'ils reviennent déjà. Renji me lance un regard appuyé que je ne sais pas trop comment interpréter, toujours est-il que Byakuya m'invite à présent à le suivre dans son bureau privé. Je claudique jusqu'au fauteuil qui lui fait face et m’assoit avant lui. Grossière erreur si j'en crois la lueur assassine qui vient de briller dans son regard ! J'aurai du attendre qu'il s'asseye avant de m'avachir là-dedans, mais c’est un peu tard…

-          Kurosaki Ichigo. Je veux bien croire que tu es tout à fait maladroit dans ta façon d'agir, mais j'ai plutôt tendance à penser que tu souffres avant tout d'un manque d'éducation flagrant.

Je soutiens son regard et préfère ne pas répondre. Ce serait une erreur de plus. J'ai pourtant bien envie de lui demander s'il n'est pas trop déçu de ne pas m'avoir eu sous sa lame ce matin. Et tandis que je le regarde, je réalise que depuis le début je me fais du mal tout seul.

Tout ce que j'ai fais jusqu'ici, ma fuite pour échapper à sa folie meurtrière, puis mon retour pour tenter de m'expliquer, tout ce que j'ai entrepris s'est soldé par un échec. Le reste n'est que broutilles. Il y a une incompréhension monumentale de part et d'autre, quelque chose qui nous sépare irrémédiablement. Nous avons failli préserver cette discrète amitié qui nous liait, mais je devine dans ses yeux qu'il n'en reste plus rien. Il croise alors ses longues mains et dirige son regard vers la fenêtre comme admirer la course des nuages.

-          Je ne te pardonnerai jamais cette intrusion dans ma vie privée, dit-il d'un air las. Ceci pour que tu ne perdes plus de temps à t'excuser. Je ne veux tout simplement plus t'entendre.

J'avoue que ça a le mérite d'être clair. D'un autre côté, ça me désole de ne pouvoir lui faire comprendre à quel point je regrette de m'être trouvé là cette fameuse nuit. Enfin, je crois que ce que j'ai de mieux à faire, c'est d'écouter bien sagement ce qu'il va me dire. Car un Byakuya qui parle, ça se savoure.

-          Je voulais que tu saches que lorsque tu es arrivé ici, j'avais déjà levé mon ordre d'exécution auprès de mes hommes, pour la simple et bonne raison que je voulais mettre moi-même un terme à ton existence. La raison de mon invitation pour Hanami n'avait que ce but. Si tu n'avais pas été ivre, je suis d'ailleurs certain que tu serais allé ce matin à la colline où je t'avais donné rendez-vous.

-          C'est vrai. Je be serai bas défilé.

-          Le fait est que tu ne m'y aurais pas trouvé.

J'écarquille le seul œil qui soit encore ouvert et me redresse dans mon fauteuil bien malgré moi. Qu'essaie-t-il de me dire ? Qu'il avait renoncé à me tuer ?

-          Tu m'as bien compris. Ne me demande surtout pas pourquoi je t'épargne. Je n'en sais rien moi-même.

Je suppose que ceci se veut rassurant et je vais bien me garder de le questionner sur les raisons d'un tel changement d'avis. J'espère simplement que ce n'est pas par pitié qu'il me laisse en vie car au fond de moi, je ne peux m'empêcher d'espérer qu'il reste encore entre nous un lien, même minuscule. Moi qui venait de faire une croix sur notre amitié, je me surprends à espérer que tout redevienne comme avant.

-          Kurosaki Ichigo, dit-alors en plongeant son regard glacial dans le mien. Bien avant ton comportement inqualifiable, j'avais une proposition à te faire. Je l'ai suspendue compte tenu de la nature de ton offense, mais en vérité, et bien que ceci m'insupporte, elle tient toujours…

Là, autant vous dire que j'ai le cœur qui s'emballe. J'ai froid, j'ai chaud, je me sens moche et amoché, pourtant je bois chacune de ses paroles comme si elles agissaient en moi comme un baume apaisant.

-          En vertu des pouvoirs qui me sont conférés, et avec l'assentiment de Renji qui comme tu le sais, est appelé à devenir bientôt Capitaine de la Cinquième Division, je te propose de faire tes classes en tant que Lieutenant sous mon commandement.

Je ne peux réprimer un léger tremblement des lèvres. Mes mains s'ouvrent et se serrent nerveusement tant je suis paralysé par ce que je viens d'entendre. Le fait que j'étais au courant depuis le jour où j’ai croisé Renji à la Taverne de ce qu’il avait l’intention de me dire ne change rien à l'émotion que je ressens en cet instant. Hé les mecs, c'est quand même pas rien ! Byakuya Kuchiki, qui hier encore voulait m'étriper, et qui me propose aujourd'hui de travailler avec lui, c’est quand même fort de café !

-          Tu es en droit de refuser, je n'en n'ai cure, dit-il en évitant mon regard. Mais si toutefois tu acceptes, saches que j'ai fait le serment auprès du Conseil de t'aider à retrouver tes pouvoirs. Je ne pourrais pas le faire seul bien sûr, mais chaque Capitaine a accepté de collaborer pour que tu puisses atteindre cet objectif.

Là, j'avoue qu'il frappe fort. Savoir que tous sont unanimes pour m'aider et qu'ils me font confiance me touche plus que je ne saurai le dire, même si je sais bien qu'au fond de lui, il ne tient pas vraiment à m'avoir pour subordonné.

-          La balle est dans ton camp, achève-t-il d'une voix grave. Tu as une semaine pour réfléchir. A présent, tu peux disposer.

Je suis littéralement abasourdi. Je me relève et me dirige comme un zombie vers la porte de sortie. J'appuie sur la clenche avant de finalement me retourner, parce que quand même, le nez en chou fleur ou pas, il faut que je lui dise qu'au risque de le décevoir, j'accepte sa proposition. Je renifle un bon coup pour pouvoir articuler :

-          Merci Byakuya. Merci infiniment. Tu seras pas déçu !

Il m'adresse alors un regard qui me fait pâlir et je me hâte de prendre congé de lui avant de lui sauter dans les bras. Je prendrai le temps plus tard d'éclaircir le curieux effet qu'il me fait car je crois que ce serait me détourner de l'objectif qu'il me propose. Dès que j'ai refermé la porte, je laisse exploser ma joie devant Renji et constate à son sourire que malgré tout ce qui s’est passé, il est de tout cœur avec moi.

-          Je suis content pour toi Ichigo. Ça va pas être facile, mais tu peux compter sur nous ! Aller, va te soigner maintenant parce que t'es franchement pas beau à voir, me dit-il en rangeant un dernier dossier dans un carton.

J’acquiesce sans vergogne et me rue hors de la Sixième Division, celle à qui j'appartiendrai tout bientôt, tout comme je ferai tout ce qu'il est possible afin de satisfaire Byakuya !

Quoi ? J'ai dit tout ? Oh la, arrêtez avec vos idées mal placées ! C'est dingue ça ! Comme si Byakuya me recrutait pour autre chose que... Vous êtes sérieusement attaqués quand même ! Vous savez combien d'amants il a en réserve dans son placard ? Moi non plus, mais tout ce que je veux, c'est oublier les fantasmes qu'il m'a mis en tête, finir mes études, retrouver mes pouvoirs et devenir un excellent Lieutenant. Je ferai tout pour y arriver et pour qu'il soit fier de moi.

Quoi ? J'ai dis tout ? . . . . . . . . . . . .

Sortez !

 

 

Fin.

 

 

C'est déjà fini ?

 

Ichigoooo, n'oublie pas mes cent mille yens où je te jure que tu vas goûter à Benhime !