Chapitre Douze; Promenade.

par Kiwi-Lollypop

Promenade; Chapitre Douze.

Karin lança un regard à sa gauche; Jinta la regardait toujours, pantois, sa mâchoire se décrochant presque de surprise sous le choc de son annonce. C'était bien la première fois qu'elle se décidait à annuler un entraînement! Karin savait bien qu'elle aurait agis de la même manière à la place son vieil ami, mais si Toshiro prenait la peine de revenir alors qu'il était partit tôt ce matin, c'était que ça devait être très important.

La brune porta alors un regard à sa droite. Yuzu, accompagnée d'Ururu, la fixait d'un regard étonné. Karin retint de justesse un soupir de franchir ses lèvres. Yuzu avait bien deviné qu'il se passait quelque chose avec son promis et la Kurosaki savait que sa sœur entreprendrait tout pour découvrir ce qui l'avait tant poussé à annuler un entraînement de soccer.

Karin prit brusquement le poignet de son promis et tourna les talons pour partir à grands pas vers le manoir.

Elle calma légèrement son pas (sans toute fois marcher tranquillement) et enroula son bras à celui de son promis. Il fallait toujours convaincre le reste du monde qu'ils s'entendaient bien tous les deux et qu'ils ne souhaitaient pas en réalité détruire leur mariage.

Ne sachant plus trop où aller pour être toute fois en paix pour parler de ce genre de chose (ils n'allaient tout de même pas aller dans les cuisines ou dans le bureau de son père — avec son père à l'intérieur, bien entendu — pour parler.

Elle sentit la panique montée dans ses entrailles, sans vraiment savoir pourquoi. En fait, elle avait lancée un regard aux jardins qui encerclaient le manoir. Un frisson de terreur lui parcouru la colonne vertébrale. Pour la première fois de sa vie, songer à pénétrer dans ce dédale de haies la rendait presque malade. Effectivement, elle avait horreur de cet endroit, depuis que sa mère avait mystérieusement été assassinée. Depuis, à chaque fois qu'elle devait les traverser, elle avait l'impression de revenir à ce malheureux moment où elle s'était réveillée en sursaut en entendant des bruits devant sa porte. Des bruits de pas, des chuchotements paniqués et puis quelques sanglots étouffés.

Karin secoua la tête en se remémorant la scène. Juste en y repensant, une envie de vomir lui monta à la gorge, bien que se ne fût qu'une envie. Elle devait d'abord écouter ce que son promis avait découvert d'intéressant, puis après elle se préoccuperait de ses fantômes du passé.

Elle se décida d'une inspiration à prendre, à son plus grand désespoir, la direction des jardins. Décidément, elle l'avait bien trop pris ses derniers temps. Avant se franchir le premier pas pour pénétrer enfin dans cet endroit maudit, elle se dit ironiquement qu'il faisait aussi chaud que ce jour-là.

Et puis, même si ça lui donnait une frousse sans nom, au moins les domestiques et sa famille ne prendrait même pas le temps de s'y arrêter, car ils tenaient eux aussi en horreur ce lieu.

Karin tourna à plusieurs reprises dans ce labyrinthe parfait d'arbustes puis s'arrêta. Sans lâcher le bras de l'héritier de la noble famille Hitsugaya, elle marcha d'un pas de promenade.

- Bon, fit-elle, le souffle saccadé, prenant la parole pour la première fois depuis qu'ils avaient quitté le terrain de sport, qu'elle est donc ta découverte?

Toshiro resta silencieux un moment, son regard perdu dans le vague.

- En effectuant des recherches dans ma propre bibliothèque pour briser les liens de notre mariage, je me suis dirigé vers la section historique. Mais lorsque j'ai voulu tirer sur l'un des livres qui serait potentiellement intéressant pour notre recherche, il est... resté bloquer... Et lorsque j'ai tenté de tirer plus fort... (Le jeune homme aux cheveux argentés prit une pause, comme s'il ne revenait toujours pas de sa découverte) une sorte de... porte c'est ouverte devant moi et j'y ait découvert des escaliers menant seul où Dieu le savait.

Karin se figea dans sa marche, puis se planta devant son futur mari. Elle plaqua ses mains sur ses épaules et plongea dans le turquoise de ses yeux.

- Es-tu entré dans le passage secret?! S'exclama-t-elle, d'un coup toute excitée. Qu'as-tu trouvé? Des livres, d'anciens trésors appartenant à tes ancêtres ou encore des-

Karin cessa de parler lorsqu'elle vit Toshiro secouer négativement de la tête.

- Qu'est-ce tu as trouvé, alors?

- Kurosaki, je n'y suis pas entré, lui confia-t-il, j'ai directement refermé la porte, puis j'ai noté le tire du livre qui avait permis l'ouverture du passage.

Karin ouvrit la bouche sous le coup de la surprise.

- M-mais pourquoi n'y es-tu pas entré? Balbutia la jeune fille. Tu-On aurait découvert des tas de trucs intéressants! Peut-être même un moyen super rapide d'annuler notre mariage! Te rends-tu compte Toshiro, tu aurais pu être aux côté de la jeune fille du bal le plus rapidement possible!

- Oui mais on ne sait pas ce qui aurait pu s'y trouvé, lui fit-il remarquer d'une voix calme. On se sait jamais, peut-être était simplement un moyen pour s'enfuir en cas d'attaque. Et puis... qu'aurais-je fais si la porte s'était refermé sur moi même?

L'excitation de Karin retomba immédiatement, comme si ses ardeurs avaient reçu un seau d'eau sur elles.

- Tu as probablement raison... Mais il faudra que tu y retourne la plus rapidement possible, et bien préparé!

Toshiro se contenta d'hocher la tête en signe d'approbation.

Sans même avoir le besoin de le suggérer, ils reprirent beaucoup plus tranquillement le chemin pour sortir des jardins.

Seulement, quelques tournants avant qu'ils puissent enfin déboucher à la fin de ces fichues jardins — au plus grand bonheur de Karin —, Toshiro prit la parole.

- J'aurais une question à te poser, si ce n'est pas trop impoli.

Karin se retourna vers lui et le fixa un moment.

- Qu'elle est ta question?

Toshiro préféra garder le silence, cherchant un moyen de formuler sa question.

- Pourquoi tiens-tu en horreur ces jardins?

Les yeux de Karin s'écarquillèrent malgré eux. Elle ne s'attendait pas à cette question.

- Pourquoi penses-tu que je les tient en horreur?

- Je ne suis pas idiot, déclara-t-il simplement. J'ai remarqué que tu frissonnais à chaque fois que nous allions ici. De plus... (Il n'hésita qu'un bref instant) tu ne cesses de me serrer le bras depuis que nous sommes ici.

Karin baissa son regard vers leur bras enlacé. Effectivement, elle le lui serrait. Elle ne l'avait même pas remarqué. Lentement, elle desserra sa prise sur le bras de son promis puis décida finalement de le retourner à sa place. C'était-à-dire, sur le long de son corps.

Le vent se leva, ramenant les cheveux noirs de Karin sur son visage. Malgré cela, elle n'avait pas cessé de fixer le jeune homme devant elle.

- Alors... Pourquoi n'aimes-tu pas cet endroit?

Une terrible image de cette nuit fatidique lui revint en mémoire.

Elle avait voulu fuir ces foutus fantômes de son passé en présence de son promis, mais il semblait que ces fantômes en question ne soient pas de cet avis là.

Karin laissa un moment son regard se perdre dans celui du garçon.

- ... Ma mère est morte assassinée dans ces jardins, avoua-t-elle d'une voix absente.

Un léger malaise s'installa entre eux, puis sous le conseil de la benjamine des Kurosaki, ils sortirent des jardins. Ils se rendirent ensuite aux écuries dans un silence de mort puis au bout de plusieurs minutes, Tohiro partit du manoir dans son carrosse.

Karin, quant à elle, resta sur place, fixant son promis disparaître tranquillement sur la route. Une fois qu'il ne fut plus qu'un point au loin, Karin, sans savoir pour quelle raison, se mît à courir du plus vite qu'elle le pouvait en direction de la forêt. Lorsqu'elle fut un peu plus loin que la lisière des bois, elle se laissa glisser sur le tapis de feuilles mortes et de mousses, avec comme seul appui un tronc d'arbre à proximité.

La brune sentit un haut-le-cœur lui venir et Karin plaça une main sur son cœur, comme si elle pouvait tout guérir de cette façon.

La Kurosaki suffoqua puis se mît à tousser, tousser et encore tousser.

Exténuée, elle se laissa tomber sur le sol. Difficilement, elle parvint cependant à ouvrir les yeux et remarqua ironiquement qu'elle n'avait pas laissé son déjeuner sortir de son estomac.

Librement, son esprit laissa retourner plusieurs années en arrière...



Du haut de ses quatre ans, Karin ne manquait pas d'intelligence. Aussi silencieuse qu'un félin en chasse, elle se glissa hors de ses draps de soie. Avant de faire quoi que se soit, elle lança un regard par la fenêtre. Dehors, il y avait beaucoup de lanternes qui tanguaient. Elle se détourna de la vitre et marcha sur la pointe des pieds pour suivre les discussions désordonnées des domestiques. La petite fille colla son oreille à la porte pour s'assurer que plus personne ne se trouvait dans les environs.

Une fois rassurée, elle tourna délicatement la poignée de porte de sa chambre et se glissa telle une voleuse hors de sa chambre. À pas de velours, elle se mît à courir dans les couloirs de cet énorme manoir à ses yeux. En tout cas, elle courrait du plus vite que ces petites jambes le lui permettait. Karin dévala les escaliers sans croiser personne et se dirigea vers l'entrée principale. Comme avec la porte de sa chambre, elle l'ouvrit avec délicatesse.

Dehors, elle se mît à courir vers les jardins. Elle suivit les lumières qu'elle avait aperçus du haut de sa fenêtre. Lorsqu'elle se rendit près de l'endroit où les lumières se rencontraient en masse et où les discussions s'animaient, elle calma sa course. Elle fronça les sourcils. Karin n'appréciait pas beaucoup cette odeur. C'était une odeur... de rouillé.

Elle reprit sa démarche de voleur et quand elle ne se retrouva qu'à quelques centimètres du tumulte, elle se colla au mur de haie taillé à la perfection des jardins. Une fois qu'elle eut prit son courage à deux mains (et que sa curiosité avait gagné le débat dans son esprit de petite fille), elle osa regarder ce qui se passait.

Elle n'eut besoin que d'une fraction de seconde pour retirer immédiatement sa tête et de se remettre à courir. Mais au bout de quelques couloirs de haie, elle tomba au sol — s'écorchant les genoux au passage — et laissa son estomac rejeter tout ce qu'il avait avalé aujourd'hui.

Du sang, du sang partout. Partout, partout. Et dans une marre de ce liquide écarlate et d'organes à moitié dévoré s'était retrouvée sa mère.

Un frisson de quelque chose que Karin n'aurait pas pu décrire lui parcouru le corps en entier. Il faisait pourtant une chaleur dehors...

Tout tremblotante, elle avait regagné sa chambre et s'était glissée une autre fois dans ses draps.



Et maintenant, pour la première fois de sa vie, Karin faisait une crise d'angoisse. C'est donc ainsi qu'elle perdit connaissance dans les bois.