Partie 2 - Toshiro Hitsugaya

par LucyHime

Partie 2 : Toshiro Hitsugaya



Seul dans son bureau, Toshiro n'avait pas la tête à son travail. Depuis un certain temps, il n'avait plus goût à rien et il ne savait pas d'où cela pouvait venir. Il se leva et se dirigea vers le canapé qui le narguait depuis un moment. Il s'allongea confortablement et ferma les yeux, laissant Hyorinmaru par terre près de lui.

_ Capitaine ! cria Matsumoto en entrant sans frapper.

Une veine sur la tempe, le shinigami se redressa vivement et foudroya sa subordonnée du regard. Son regard malicieux ne laissait rien présager de bon, il appréhendait d'avance ce qu'elle allait lui dire.

_ Matsumoto, ce n'est pas un moulin, grinça-t-il en retournant à son bureau.

_ Mais enfin, Capitaine...

_ Dépêche-toi de me dire ce que tu veux sinon Hyorinmaru va se charger de ton cas.

La vice-capitaine de la Dixième Division savait qu'elle avait mis le capitaine Hitsugaya en colère mais ce n'était pas ce qu'elle voulait. Elle le trouvait vraiment étrange, ces derniers temps. Il était souvent dans la lune avec une expression rêveuse sur son visage. Et il était aussi beaucoup plus soupe-au-lait, il prenait la mouche très vite.

Qu'avait-il bien pu se passer pour qu'il soit comme ça ? Elle se promit d'y réfléchir plus tard car elle devait lui annoncer une nouvelle.

_ Matsumoto !

_ Voilà, voilà, Capitaine ! En fait, on m'a chargée de vous dire que nous allons dans le monde des humains et que le départ est prévu dans deux jours.

Toshiro sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine en entendant cette nouvelle. Pourquoi était-il aussi fébrile à l'idée de retourner dans le monde des humains ? Et surtout, pour quelle raison l'envoyait-on là-bas ?

_ Pourquoi nous envoie-t-on chez les humains ? l'interrogea le jeune homme aux cheveux de neige.

_ Je ne sais pas, Capitaine, répondit innocemment sa vice-capitaine.

Trop innocemment... Qu'est-ce qu'elle manigançait encore, à la fin ? Il n'avait pas hâte de le savoir. Pour la peine, il allait se reposer un peu tandis qu'il lui laisserait tout le travail qui restait.

_ Je vais me balader, lui annonça-t-il, l'air de rien. Finis de remplir tous ces documents, d'accord ?

Sans attendre de réponse, le capitaine Hitsugaya s'éclipsa en un shunpo mais entendit les protestations animées de la rousse. Un léger sourire aux lèvres, le shinigami savourait sa vengeance. Ça, c'était pour toutes les fois où il s'était retrouvé obligé de faire son boulot à sa place.

Dans le bureau du capitaine, Rangiku affichait une mine sombre. Elle s'était bien faite avoir sur ce coup-là, songea-t-elle amèrement en fixant la pile impressionnante de documents qui avait l'air de la narguer.

_ Capitaine ! C'est pas juste !

Elle savait qu'il ne l'entendrait pas mais ça la soulageait. Et dire qu'elle devait rejoindre Kira et Hisagi... Mais elle était coincée dans le bureau. Elle fit contre mauvaise fortune bon cœur et s'installa confortablement afin de commencer à trier tous ces papiers.

Au bout d'une heure, Rangiku avait besoin d'une pause. Elle prit donc une bouteille de saké qu'elle avait bien caché dans la pièce et se mit à le siroter tranquillement allongée sur le canapé.

_ Rien de tel qu'un petit verre de saké pour se sentir bien, soupira-t-elle d'aise.

Pendant ce temps, Toshiro se trouvait allongé sous un arbre et réfléchissait, les yeux fermés. Pourquoi cette impatience ? Rien de spécial ne l'attendait dans le monde des humains... « Tu es sûr ? » demanda la voix narquoise de sa conscience. « Il n'y aurait pas quelqu'un que tu meurs d'envie de revoir ? »

Le capitaine se redressa brutalement à cette pensée. Quatre ans qu'il ne l'avait pas vue... Il se demandait ce qu'elle devenait et si elle était avec quelqu'un. Son cœur se serra dans sa poitrine sans qu'il en comprenne la raison. Elle devait avoir grandi depuis la dernière fois qu'il l'avait vue.

_ N'importe quoi, arrête de penser à ça, crétin, se morigéna-t-il durement. Si ça se trouve, elle t'a oublié.

Sur ces mots, il se remit en marche et se dirigea vers la rivière qui bordait le Rukongai. Karin lui manquait, il ne pouvait le nier. Une amie comme elle, il n'en avait pas connu des masses. Son caractère emporté le faisait souvent sourire, ses yeux sombres comme un ciel étoilé pleins de malice le faisait rêver. Et sa façon bien à elle de le taquiner lui manquait.

À chaque fois qu'il voyait Ichigo Kurosaki, Toshiro se retenait de lui demander comment elle allait. Il ne voulait pas apprendre qu'elle avait rencontré quelqu'un, cette idée lui broyait le cœur. Pourquoi cette souffrance à cette pensée ? Et surtout, pourquoi lui manquait-elle autant ? En sa présence, il était apaisé et enfin lui-même – chose qu'il ne se permettait pas avec beaucoup de personnes.

Sentant une présence à ses côtés, le capitaine se retourna et constata qu'il s'agissait d'Hinamori, celle qui considérait comme sa sœur.

_ Bonjour, Shiro, fit-elle d'une voix douce. Je peux m'installer à côté de toi ?

Hitsugaya soupira en acquiesçant silencieusement.

_ De toute façon, tu avais déjà pris place avant de me demander la permission, fit-il remarquer sur un ton légèrement moqueur.

Hinamori sourit avec une lueur de malice dans ses prunelles. La même expression que sa vice-capitaine, songea distraitement Toshiro. Elles étaient de mèche ou quoi ? Rien de bon ne sortirait de ces deux-là, il le savait. Mais il ne pouvait rien faire pour les empêcher de conspirer derrière son dos.

En laissant ça de côté, il laissa errer ses prunelles de glace sur le cours d'eau et une expression de souffrance sur son visage alerta la jeune fille qui ne le lâchait pas des yeux.

_ Que se passe-t-il ?

Le capitaine Hitsugaya tourna vivement la tête vers elle en entendant cette question. Un frisson de mauvais augure lui parcourra la colonne vertébrale mais il fit semblant de rien.

_ De quoi tu parles ?

S'il pensait s'en tirer par une pirouette, il allait en être pour ses frais, songea la vice-capitaine de la Cinquième Division. Un léger sourire amusé naquit sur ses lèvres sans que Toshiro ne le remarque.

_ Ne fais pas l'innocent avec moi, Shiro-chan, ça ne marche pas, le taquina-t-elle en tirant sur ses joues.

_ Oh mais arrête ça et arrête de m'appeler comme ça, c'est capitaine Hitsugaya pour toi ! s'écria-t-il en repoussant brutalement ses mains.

_ A chaque fois, c'est pareil avec toi, soupira la jeune femme. Arrête de souffrir en solo, tu crois que je ne vois rien ou quoi ?

Et mince ! Sa presque sœur l'avait percé à jour mais hors de question de l'admettre devant elle, il en allait de sa fierté quand même.

_ Je ne vois pas de quoi tu parles, nia Toshiro en se levant, sa quiétude l'ayant quitté. Si c'est pour m'ennuyer avec tes questions sans queue ni tête, je préfère encore partir.

Sans attendre de répondre, le capitaine de la Dixième Division commença à marcher en direction de ses quartiers mais c'était sans compter l'obstination d'Hinamori qui se mit à le suivre.

_ Qu'est-ce que tu veux ?

L'impatience contenue dans la voix du jeune homme ravit la vice-capitaine. Elle savait qu'elle tenait quelque chose et elle n'allait pas laisser tomber de sitôt. Son regard glacial n'y changerait rien.

_ Pourquoi tu ne dis rien ? murmura tristement Hinamori en marchant à ses côtés. Je ne te reconnais plus, Toshiro.

La brune garda le silence pendant un bref instant puis se mit devant lui pour l'empêcher d'aller plus loin. Une lueur résolue dans ses prunelles convainquit le jeune capitaine qu'elle n'allait pas en rester là.

_ Que s'est-il passé pour tu changes à ce point ?

La question d'Hinamori fit remuer quelque chose au plus profond de ses entrailles. Toshiro ne niait pas avoir changé depuis ce jour où il l'avait quittée pour la dernière fois. La sœur d'Ichigo était trop ancrée en lui et il ne savait comment faire pour se débarrasser de cette souffrance qui menaçait de l'étouffer.

_ Rien d'important, fit-il néanmoins.

_ Si tu savais à quel point tu m'énerves quand tu mens de cette manière ! s'exclama Hinamori à bout de patience. Si tu te confiais, ne serait-ce qu'un peu, ça te ferait du bien, reprit-elle plus calmement en posant sa main sur son épaule.

Plus obstinée qu'elle, Toshiro ne connaissait qu'une seule personne. Quoi qu'il dise, il se rendait compte qu'elle ne laisserait pas tomber, à son grand agacement. Mais en même temps, elle n'avait pas tort, songea-t-il tristement. Se confier ne pourrait que l'apaiser et sans y verrait-il plus clair après.

Pourtant ce n'était pas dans ses habitudes de parler de lui ainsi mais il avait besoin d'aide pour faire le point. Et qui de mieux que sa sœur pour ça ?

_ Je ne le dirai qu'une fois, Hinamori, alors écoute-moi sans m'interrompre, céda-t-il non sans penser qu'il était tombé dans un piège.

_ Promis, je ne dirai rien.

L'homme aux cheveux de neige soupira de soulagement et alla s'adosser à un arbre, suivi d'Hinamori. Il prit le temps de bien s'installer et commença son récit en espérant que cela ne ferait pas remonter les souffrances passées de la jeune femme.

_ Je t'écoute, lui assura-t-elle sérieusement.

_ Très bien alors voilà : te rappelles-tu de la première visite des Arrancars dans le monde des humains ?

Ne sachant pas trop où il voulait en venir, la vice-capitaine hocha simplement la tête en signe d'acquiescement. On lui en avait parlé après qu'elle ait repris connaissance.

_ J'y ai été envoyé avec Matsumoto, Ayasegawa, Madarame, Abarai et Rukia Kuchiki afin de prêter main forte à Ichigo Kurosaki.

_ Oui je me souviens, même que Rangiku est venue me voir à l'hôpital pour me le dire, se rappela la shinigami, les yeux dans le vague.

Toshiro sourit légèrement à ces paroles. Cela ne l'étonnait pas vraiment de Matsumoto.. Bon passons ! Ce n'était pas ça dont il devait parler.

_ Pendant mon séjour chez les humains, j'ai fait la connaissance de la famille de Kurosaki, avoua-t-il en posant ses prunelles de glace sur le cours d'eau en face de lui. Et j'ai, dirons-nous, sympathisé avec la plus jeune de ses sœurs, Karin.

Il vit Hinamori sourire devant sa confession. Quelle étrange réaction, tout de même... Le capitaine ne se posa pas plus de questions et continua de raconter ce qui s'était passé.

_ Vous êtes devenus amis, c'est ça ? supposa justement la brune.

_ En effet, et c'est comme ça que tout a commencé...

Toshiro sentit plus qu'il ne vit le regard plein d'intérêt de sa sœur. Elle était incorrigible...

_ A chaque que je me rendais dans le monde des humains, je passais toujours sur le terrain de football où elle s'entraîne avec son équipe pour lui dire bonjour.

Les souvenirs que le capitaine Hitsugaya évoquait firent naître un sourire plein de nostalgie sur ses lèvres.

_ Et je la raccompagnais chez elle, à la fin, continua-t-il dans un soupir. Plus je passais de temps avec elle, moins je voulais rentrer à la Soul Society...

L'image de Karin s'afficha devant ses yeux et il sentit son cœur se serrer dans sa poitrine.

_ Je ne comprends pas ce qui m'arrive ! s'énerva-t-il tout à coup. Pourquoi ne pas la voir me rend triste ? Pourquoi je ne fais que penser à elle ?

Hinamori restait silencieuse tandis que son ami perdait patience devant elle. Ainsi donc, c'était ça qu'il cachait... Elle comprenait mieux pour quelle raison son comportement n'était plus le même, depuis quelques temps.

_ Ça fait combien de temps que tu ne l'as pas revue ? demanda doucement la jeune femme.

_ Quatre ans, révéla Toshiro qui s'était calmé.

_ Elle te manque et tu veux la voir... Pourquoi ne te rends-tu pas sur Terre pour aller la voir et mettre tout ça au clair ?

Le capitaine aux cheveux de neige soupira profondément. Bien sûr, il y avait pensé mais il avait peur de ne plus être capable de repartir ensuite. Il devait y aller dans deux jours, c'était le moment d'en profiter pour aller lui parler. Mais il craignait sa réaction en le voyant : Karin n'avait pas la langue dans sa poche et elle pourrait refuser de le voir. Après tout, il l'avait délaissée pendant quatre ans... Un ami ne ferait pas une chose pareille.

_ Je ne sais pas si elle voudra me voir...

La vice-capitaine comprit alors ce qui se passait dans le cœur de Toshiro. Sa souffrance ne laissait aucune place au doute.

_ Tu es amoureux d'elle, Shiro-chan, soupira-t-elle avec un doux sourire.

Il ne songea même pas à la reprendre tellement le choc l'avait sonné. Lui, le glaçon insensible serait amoureux... d'une humaine ? Ridicule ! « Ne te voilà pas la face, tu sais qu'elle a raison. Tu ne penses qu'à elle, tu ne rêves que d'elle, admets-le au lieu de te torturer ! »

_ Que je le sois ou pas ne change rien, murmura-t-il en baissant la tête. L'amour entre un humain et un shinigami est sévèrement puni, tu le sais aussi bien que moi.

_ Oui, je le sais mais tout n'est pas perdu, Toshiro, l'encouragea Hinamori en posant une main sur son épaule. N'abandonne pas sans te battre, ça ne te ressemble pas.

Sur ces mots, la vice-capitaine se leva et lui adressa un signe de main avant de se fondre parmi les habitants du Rukongai. Resté seul, le shinigami réfléchit à ce que la brune lui avait dit. Au fond, cela expliquerait pas mal de choses, se dit-il amèrement. Le visage sombre, Toshiro se leva et repartit en direction des quartiers de la Dixième Division d'un pas lent et morne.


Quelques heures plus tard, le voilà dans son bureau à pester contre sa vice-capitaine. Il aurait dû s'en douter, pensa-t-il en regardant d'un œil mauvais la pile de documents qui n'avait presque pas baissé. Le jour où Matsumoto se mettrait sérieusement au travail n'était pas près d'arriver. Bien évidemment, elle avait disparu il ne savait où, sans doute à se gaver de saké.

En soupirant d'énervement, Toshiro s'installa et reprit le tri des papiers laissés en plan par sa subordonnée. Un papier attira soudain son attention. Une lettre officielle des plus importantes... Pourquoi ce changement ?

_ Tout va de travers, en ce moment, bougonna-t-il en se levant. Bon, je vais me coucher, je verrai ça demain.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le jeune capitaine quitta la pièce et se rendit dans son appartement, pour oublier tous ses soucis. Fermant le battant derrière lui, il poussa un énorme soupir. Quelle journée ! Toshiro posa Hyorinmaru sous la fenêtre et regarda le ciel nocturne d'un œil triste. Cette nuit étoilée lui rappelait les prunelles de Karin...

Le shinigami aux cheveux de neige secoua la tête et détourna les yeux de la voûte céleste. Un rien lui faisait penser à elle, il fallait vraiment qu'il se reprenne.

Du plus loin qu'il se souvienne, il avait toujours été un insensible et ne se liait avec personne par peur de souffrir. Puis un jour, un sentiment doux envahit son cœur qui se réchauffa. L'amitié. Il s'était lié d'amitié avec une jeune humaine qui ne mâchait pas ses mots et qui avait le cœur sur la main.

Et de fil en aiguille, ce sentiment avait pris plus d'ampleur et une souffrance comme il n'en avait jamais connu l'envahit. C'était à partir de là qu'il n'était plus retourné dans le monde des humains. La peur que cette émotion le contrôle et lui fasse perdre pied.

Il posa son haori de capitaine sur une chaise, suivi de son shihakusho noir. Toshiro se faufila ensuite dans son futon et tenta de fermer les yeux, espérant trouver le sommeil. Mais celui-ci le fuyait impitoyablement.

_ Je deviens fou...

Le capitaine se retourna et cacha son visage dans l'oreiller. Il avait l'impression de revoir son sourire et rien que cette vision le faisait fondre. Il était vraiment dans de sales draps ! Il fallait vraiment qu'il aille la voir pour lui parler, et comprendre la souffrance qui l'habitait continuellement depuis quatre ans. « Et voir si tu lui manques autant qu'elle te manque » lança la voix malicieuse de sa conscience.

Toshiro ferma de nouveau ses yeux et les souvenirs affluèrent. Leur première rencontre, le premier match qu'ils avaient joué ensemble, et tous ces petits riens qui étaient tellement importants pour lui. Leur première discussion sérieuse, là où elle lui avait dit pour la première fois qu'il était son meilleur ami, six ans auparavant...

Il se dit soudain qu'il devait peut-être dormir sinon il n'allait pas être en forme pour supporter son énervante vice-capitaine. Sur cette résolution, il s'allongea complètement et se laissa emporter dans un sommeil peuplé de rêves heureux.


Deux jours plus tard, le voilà devant le Senkaimon avec sa subalterne et Abarai. Rangiku ne cessait de blablater et de casser les oreilles de son capitaine. Celui-ci avait d'ailleurs un mal de tête épouvantable. Il se tenait les tempes, espérant atténuer sa douleur mais la voix énervante de la rousse lui vrillait le crâne.

_ Matsumoto ! Tais-toi un peu, tu veux ?

_ Mon Capitaine, vous avez l'air de mauvaise humeur, fit-elle avec un sourire.

_ Rangiku, arrête un peu d'embêter le capitaine Hitsugaya, soupira Renji avec un regard désolé pour Toshiro.

Une veine apparut sur la tempe du shinigami aux yeux de glace et il foudroya Matsumoto de ses prunelles qui la fit se ratatiner sur elle-même. Enfin la paix pour quelques temps au moins, songea-t-il en réprimant un soupir d'impuissance. Ce moment de calme n'allait pas durer longtemps, il le craignait fort.

Le passage ouvert, les trois shinigamis se faufilèrent à l'intérieur et se mirent à courir. Hors de question de traîner dans le Dangai. Soudain un bruit sourd fit son apparition et une expression d'horreur naquit sur le visage de Rangiku.

_ Le Nettoyeur ! Courrez !

Les deux autres ne se le firent pas dire deux fois. Ainsi au bout de quelques minutes seulement, ils arrivèrent complètement essoufflés dans le monde réel.

_ Capitaine Hitsugaya, vice-capitaine Matsumoto et vice-capitaine Abarai ! Quel bonne surprise !

Les trois shinigamis avaient atterri dans le sous-sol de la boutique de Kisuke Urahara. Celui-ci souriait d'ailleurs bêtement derrière son éventail.

_ Urahara, ce n'est pas le moment, gronda le capitaine en se relevant. On sait très bien que tu nous attendais.

L'ancien capitaine de la Douzième Division étouffa un rire et conduisit les shinigamis dans la boutique afin de leur fournir un gigai, pour la durée de leur visite sur Terre. Le vendeur fixa pendant un bref instant le capitaine de la Dixième Division et tourna la tête avant que celui-ci ne s'aperçoive de quelque chose.

_ J'ai quelque chose à faire, je vous rejoindrai plus tard, murmura Toshiro avant de s'éclipser sans mettre son gigai.

_ Capitaine ! l'appela Matsumoto en vain. Il est de plus en plus bizarre, dit-elle le visage inquiet aux deux hommes.

À plusieurs mètres de là, Toshiro se trouvait dans le quartier où habitait Karin et sa famille, s'ils n'avaient pas déménagé. Le jeune capitaine constata avec soulagement que ce n'était pas le cas. Il monta sur le toit de la clinique Kurosaki et posa ses prunelles sur le ciel bleu. Il n'entendait aucun bruit, la maison devait être vide.

Secouant la tête, le shinigami aux yeux turquoises fixa son attention sur une fenêtre ouverte. C'était la chambre d'Ichigo, il profita donc de cette occasion pour pénétrer dans la maison silencieuse. Lors d'un moment d'inattention, Toshiro fit tomber son zanpakuto par terre dans un bruit sourd.

Des bruits de pas l'alertèrent soudain. Ainsi, la maison n'était pas déserte comme il l'avait cru. Le jeune homme sortit alors en catimini de la pièce et se faufila dans celle d'à côté, dont la fenêtre était elle aussi ouverte. Regardant autour de lui, il reconnut aussitôt la chambre que Karin partageait avec sa sœur jumelle. Sans qu'il ne puisse le prévoir, la porte s'ouvrit brutalement et la vision de la personne qui entrait fit battre son cœur de manière frénétique.

Alors qu'elle se retournait pour sans doute aller dans son lit, Toshiro vit Karin se figer instantanément. Ses yeux sombres étaient écarquillés et elle avait les traits tirés, signe qu'elle ne dormait pas beaucoup. Il la vit vaciller pendant un cours instant mais ses prunelles ne le quittaient pas une seconde.

Un léger sourire involontaire naquit sur ses lèvres tandis qu'il s'approchait d'elle doucement. Il ne savait pas quoi lui dire mais il n'eut pas besoin d'y réfléchir car la jeune fille prit la parole d'une voix où perçait la surprise et la colère :

_ Toshiro ! Mais que fais-tu ici ?

Karin semblait sous le choc, il y avait de quoi après tout. Voilà qu'il réapparaissait au bout de quatre ans sans nouvelle, ce n'était pas anodin. Le son de sa voix lui avait manqué, toujours aussi mordante.

_ Bonjour Kurosaki, dit enfin Toshiro en posant Hyorinmaru dans le coin du lit. Tu ne changeras donc jamais : c'est ainsi que tu accueilles un ami après une longue absence ?