When I walk alone

par Linksys

VIII. When I walk alone

Uryû, littéralement possédé par une fiche de révisions, faillit projeter son téléphone portable contre le mur quand celui-ci sonna. Furieux, il s'assura de la raison de la sonnerie. Orihime venait de lui envoyer un message. Tout de suite, les divers sentiments de haine envers l'électronique et d'agacement disparurent au profit d'autres, beaucoup plus profonds.

"Qu'est-ce que tu veux, pour le bentô de demain ?" Était-il écrit sur l'écran de l'appareil. Le jeune homme fit courir ses doigts sur le clavier.

"S'il te plaît, ne te fatigue pas à me faire des bentô, toi aussi tu dois travailler"

La réponse ne se fit pas attendre. Orihime écrivait vite.

"Je te forcerai à les manger alors. Tu veux quoi ?"

Sachant que ce genre de menaces étaient tout à fait sérieux de sa part, il préféra accepter.

"Quelque chose avec du riz et un peu de poisson, merci"

Orihime, depuis quelques mois maintenant, venait lui apporter presque tout les jours un bentô pour le midi. De ce fait, elle avait dû inventer la boîte à bentô pour boîtes à lettres, car au début, Uryû n'en voulait pas, ayant toujours à l'esprit la cuisine expérimentale de la jeune femme. Cependant, elle avait prit des cours de cuisine, de manière à préparer honorablement un bentô, et abandonner ses mixtures culinaires souvent trop originales.

Orihime mettait une heure pour aller de Karakura à Tôdai, par le métro. Elle déposait le bentô soit dans la boîte à lettres, soit directement chez le destinataire, quand il était là.

Uryû occupait une petite chambrette universitaire dans le premier campus de l'établissement, une modeste pièce d'une dizaine de mètres carrés louée au rabais. Sur son bureau, on trouvait en fouillis des cahiers, des aiguilles, des feuilles de cours, des bouts de tissu, des stylos ... En parallèle de ses études, il faisait, à ses heures perdues, de la couture. La plupart du temps, il se contentait de retouches simples sur des habits qu'on lui apportait. Mais il lui arrivait parfois de créer entièrement un habit de toutes pièces, généralement pour Orihime. Il retourna à son bureau, se plongeant dans les révisions.

Le lendemain, il fut réveillé à six heures du matin par la sonnette de son studio. Il s'habilla en hâte et vint ouvrir, ayant une idée sur l'identité de la personne.

- Orihime ? S'étonna-t-il.

- Oui ! Je t'apporte ton bentô, tiens !

Elle tendit une petite boîte en bois noir laqué.

- Merci. Mais c'était pas la peine de venir si tôt ! Tu pouvais le mettre dans la boîte à lettres.

- Non, je voulais te l'apporter moi-même.

- Ben ... Merci. Je vais bientôt partir à Tôdai, je peux t'accompagner jusqu'au métro si tu veux.

- Je veux bien !

Le mois de juin en était au commencement, et la chaleur de mai se perpétuait en s'accentuant. Les rues de Tôkyô étaient douces, même le matin.

- T'es jolie, aujourd'hui, commenta distraitement Uryû, en arrivant sur le trottoir.

Il se rattrapa immédiatement, comme Orihime semblait gênée.

- Enfin je veux dire, tu as changé, tu fais vraiment adulte !

- Vraiment ?

En réalité, elle n'avait pas tant changé que ça, sinon quelques nouveaux centimètres sur ses formes et sur sa taille en général. Elle avait aussi gagné un quelque chose d'indéfinissable dans ses traits, qui avait fait fondre comme une guimauve au-dessus d'un feu le coeur d'Uryû quand enfin, il y avait prêté attention. Il n'avait d'ailleurs pas prêté attention qu'à son visage.

- M ... Merci ... Minauda-t-elle en se tordant les mains, très gênée.

Apparament, cela lui avait fait plaisir.

Malheureusement, la station de métro qu'Orihime devait rejoindre présenta bien trop vite ses entrées au couple de marcheurs.

La jeune femme glissa bien vite dans l'imaginaire. Elle se fit un film assez convaincant. Lors de l'accomplissement, elle releva la tête vers Uryû, lui présentant ses lèvres.

Uryû regarda, désapointté, Orihime lui offrir ses lèvres. Il décida de jouer la carte de l'incompréhension et se rabattit sur la bise amicale. Puis il prit le chemin de Tôdai, sans oublier de garder quelques souvenirs visuels pour la journée. La jeune femme avait vraiment un corps magnifique.

En descendant les marches menant aux quais du métro, Orihime s'administra une gifle. Quelques passants surpris la regardèrent, mais elle n'y fit pas attention.

"J'ai vraiment été bête de croire qu'il me ferait un bisou sur la bouche ! Reviens dans la réalité, sors de ton film !" Pensa-t-elle.

Puis, en entrant dans la rame de métro, elle replongea dans ses pensées intimes, jusqu'à ce qu'elle ne sente une pointe d'humidité sur le tissu de sa culotte.

VIII. Stray

Uryû, littéralement possédé par une fiche de révisions, faillit projeter son téléphone portable contre le mur quand celui-ci sonna. Furieux, il s'assura de la raison de la sonnerie. Orihime venait de lui envoyer un message. Tout de suite, les divers sentiments de haine envers l'électronique et d'agacement disparurent au profit d'autres, beaucoup plus profonds.

"Qu'est-ce que tu veux, pour le bentô de demain ?" Était-il écrit sur l'écran de l'appareil. Le jeune homme fit courir ses doigts sur le clavier.

"S'il te plaît, ne te fatigue pas à me faire des bentô, toi aussi tu dois travailler"

La réponse ne se fit pas attendre. Orihime écrivait vite.

"Je te forcerai à les manger alors. Tu veux quoi ?"

Sachant que ce genre de menaces étaient tout à fait sérieux de sa part, il préféra accepter.

"Quelque chose avec du riz et un peu de poisson, merci"

Orihime, depuis quelques mois maintenant, venait lui apporter presque tout les jours un bentô pour le midi. De ce fait, elle avait dû inventer la boîte à bentô pour boîtes à lettres, car au début, Uryû n'en voulait pas, ayant toujours à l'esprit la cuisine expérimentale de la jeune femme. Cependant, elle avait prit des cours de cuisine, de manière à préparer honorablement un bentô, et abandonner ses mixtures culinaires souvent trop originales.

Orihime mettait une heure pour aller de Karakura à Tôdai, par le métro. Elle déposait le bentô soit dans la boîte à lettres, soit directement chez le destinataire, quand il était là.

Uryû occupait une petite chambrette universitaire dans le premier campus de l'établissement, une modeste pièce d'une dizaine de mètres carrés louée au rabais. Sur son bureau, on trouvait en fouillis des cahiers, des aiguilles, des feuilles de cours, des bouts de tissu, des stylos ... En parallèle de ses études, il faisait, à ses heures perdues, de la couture. La plupart du temps, il se contentait de retouches simples sur des habits qu'on lui apportait. Mais il lui arrivait parfois de créer entièrement un habit de toutes pièces, généralement pour Orihime. Il retourna à son bureau, se plongeant dans les révisions.

Le lendemain, il fut réveillé à six heures du matin par la sonnette de son studio. Il s'habilla en hâte et vint ouvrir, ayant une idée sur l'identité de la personne.

- Orihime ? S'étonna-t-il.

- Oui ! Je t'apporte ton bentô, tiens !

Elle tendit une petite boîte en bois noir laqué.

- Merci. Mais c'était pas la peine de venir si tôt ! Tu pouvais le mettre dans la boîte à lettres.

- Non, je voulais te l'apporter moi-même.

- Ben ... Merci. Je vais bientôt partir à Tôdai, je peux t'accompagner jusqu'au métro si tu veux.

- Je veux bien !

Le mois de juin en était au commencement, et la chaleur de mai se perpétuait en s'accentuant. Les rues de Tôkyô étaient douces, même le matin.

- T'es jolie, aujourd'hui, commenta distraitement Uryû, en arrivant sur le trottoir.

Il se rattrapa immédiatement, comme Orihime semblait gênée.

- Enfin je veux dire, tu as changé, tu fais vraiment adulte !

- Vraiment ?

En réalité, elle n'avait pas tant changé que ça, sinon quelques nouveaux centimètres sur ses formes et sur sa taille en général. Elle avait aussi gagné un quelque chose d'indéfinissable dans ses traits, qui avait fait fondre comme une guimauve au-dessus d'un feu le coeur d'Uryû quand enfin, il y avait prêté attention. Il n'avait d'ailleurs pas prêté attention qu'à son visage.

- M ... Merci ... Minauda-t-elle en se tordant les mains, très gênée.

Apparament, cela lui avait fait plaisir.

Malheureusement, la station de métro qu'Orihime devait rejoindre présenta bien trop vite ses entrées au couple de marcheurs.

La jeune femme glissa bien vite dans l'imaginaire. Elle se fit un film assez convaincant. Lors de l'accomplissement, elle releva la tête vers Uryû, lui présentant ses lèvres.

Uryû regarda, désapointté, Orihime lui offrir ses lèvres. Il décida de jouer la carte de l'incompréhension et se rabattit sur la bise amicale. Puis il prit le chemin de Tôdai, sans oublier de garder quelques souvenirs visuels pour la journée. La jeune femme avait vraiment un corps magnifique.

En descendant les marches menant aux quais du métro, Orihime s'administra une gifle. Quelques passants surpris la regardèrent, mais elle n'y fit pas attention.

"J'ai vraiment été bête de croire qu'il me ferait un bisou sur la bouche ! Reviens dans la réalité, sors de ton film !" Pensa-t-elle.

Le flot d'étudiants entrant et sortant dans le bâtiment principal de l'université était simplement phénoménal. Le premier cours de la matinée pour Uryû était philosophie. Cela s'annonçait largement en-dessous du terme "ennuyeux", aussi se félicita-t-il d'avoir emporté dans sa mémoire visuelle quelques souvenirs d'Orihime et de ses formes.


~

~ ~


Les concours étaient terminés depuis une semaine, et Uryû avait maintenant à charge de tenir sa promesse, ce qu'Orihime ne manquait pas de lui rappeller à la première occasion. Il était à la recherche d'un bon restaurant.

Bon restaurant il cherchait, bon restaurant il trouva, grâce au guide gastronomique de Tôkyô. Au coeur de Suginami. Un restaurant japonais, tenue traditionnelle exigée. L'établissement était peu cher en contrepartie des échos qui en revenaient. On disait leur cuisine, entre autres, succulente. Pensant avoir fait mouche, Uryû appela Orihime.

- Ça y est, j'ai trouvé un bon restaurant ! S'exclama-t-il, sans préambule.

- Bonjour, Uryû, rétorqua la jeune femme, d'un ton froid.

- Ah, pardon ... Bonjour.

- Alors, ce restaurant ?

Il lui expliqua tout ce qu'il savait.

- J'ai réservé pour demain soir, c'est bon ?

- Je pense !

Elle semblait toute joyeuse, et pour cause.

- À demain, alors ?

- À demain Uryû !

"Je me demande quel genre de kimono elle va mettre ... Peut-être un yukata1 ..." pensa Uryû.

Pour sa part, il avait son kimono noir qu'il avait porté lors de la cérémonie de remise des diplômes à Tôdai.


Ils se retrouvèrent devant le restaurant en question, chacun avec son kimono dans un sac de sport. Il n'était que dix-neuf heures trente, le restaurant était encore peu rempli. Quand ils entrèrent, un employé posté derrière la porte les redirigea vers les vestiaires. Il fallait se changer pour avoir accès à la salle.

Uryû fut le premier sorti. Il attendit une dizaine de minutes après Orihime. Elle portait un yukata indigo. De petites mouchetures blanches symbolisaient les étoiles. Mêmes les constellations étaient reproduites. Mais le mieux dans tout ça, enfin, du point de vue d'Uryû, c'était la coiffure de la jeune femme. Un savant chignon retenait sa chevelure ondoyante. Il ouvrit la bouche pour dire un compliment, mais aucun son ne s'échappa. Il resta ainsi une dizaine de secondes, la bouche ouverte d'une manière qui donnait un air tout à fait abruti, et qui n'était pas sans rappeler les carpes.

- Allez, on va s'assoir ? Dit Orihime, en le tirant par le bras.

Il reprit ses esprits et la suivit jusqu'à une table. Dans le restaurant, c'étaient bien sûr des tables basses. Ils s'assirent sur les coussins mis à disposition. Un serveur désoeuvré s'approcha et leur présenta deux exemplaires de la carte des menus. Le choix fut aisé car la carte était peu remplie. - Tu as choisi quoi, Uryû ?

- Les sashimi de saumon. Et toi ?

- Le plat de sushi.

Voyant qu'ils avaient arrêté leur choix, le même serveur revint et prit leur commande.

Les serveurs n'étant pas les seuls désoeuvrés, les plats furent rapidement préparés et acheminés. Orihime se saisit de sa paire de baguettes.

- Itadakimasu !

Elle saisit délicatement un sushi et le porta à sa bouche. Cependant, au moment où il allait franchir ses lèvres, Uryû se pencha en avant et appuya sa main contre la bouche de la jeune femme. Elle se dégagea rapidement.

- Uryû ?

- Tu ne toucheras pas à ce plat tant que je n'aurai pas vérifié le diplôme de leur cuisinier préposé aux sushi.

- Mais enfin ...

Il se leva, ne laissant pas le temps à Orihine de finir sa phrase. Il s'approcha d'un des serveurs en remontant ses lunettes sur l'arrête de son nez.

- Excusez-moi, je souhaiterais voir le diplôme qui sanctionne l'aptitude de votre cuisinier à préparer les sushi. Je n'aimerai pas que ma ... Mon amie soit malade.

- Bien sûr, monsieur, répondit le jeune homme surpris d'entendre un langage si châtié.

Juste en face de la porte, dans la cuisine, il y avait, accroché dans un cadre en bois doré, le diplôme officiel d'aptitude à la préparation des sushi. Trois cuisiniers s'affairaient sur une commande pour un important groupe censé arriver plus tard dans la soirée. Le plus vieux des trois, un vieux de la vieille, impressionna profondément Uryû. Il portait, serré autour de son crâne presque chauve, une corde blanche. Sur son tablier, il y avait une inscription en kanji.

- C'est lui, Hiroyuki, qui cuisine nos sushi, déclara le serveur.

- Ah, eh bien ... Me voilà rassuré. Je vous remercie.

Il retourna à table. Orihime ne l'avait pas attendu, et savourait un sushi.

- Je constate que la cuisine te plaît !

- Mmmhent ! (Succulent !)

- Comment ?

- Succulent, répéta la jeune femme après avoir avalé.

Soudain, il constata un grain de riz importun tombé sur le pli du col du yukata d'Orihime, et tendit la main pour l'ôter. Elle se laissa faire, un peu gênée. Surtout que les doigts d'Uryû frôlèrent sa peau.

- Tu avais un grain de riz sur ton kimono, j'ai voulu te l'enlever.

- Merci ...

Elle rougit comme une tomate et mangea un autre sushi, pour se donner une contenance. Ils commencèrent à discuter de sujets divers.

- Je peux goûter un sushi ?

- Oui, vas-y.

Uryû se servit.

- Mmmh, c'est dél ...

Il parvint à s'étouffer avec le riz. Plus aucun son ne montait de sa gorge obstruée, sinon un gargouillis agonique. Il s'écroula au sol, se tenant le cou à deux mains. Son visage prenait peu à peu une teinte violacée. Orihime se jeta sur lui et le secoua comme un prunier.

- Uryû ! Uryû ! Répond-moi ! Uryû ! S'exclama-t-elle.

Les secousses répétées eurent raison du bouchon de riz. Le patien reprit sa respiration. Cependant, elle ne le remarqua pas tout de suite.

"Mon Dieu ! Il faut ... Lui faire du bouche-à-bouche !"

Elle se prépara tout en rougissant.

Uryû reprit lentement ses esprits. Il était couché par terre, les yeux tournés vers le plafond. Le visage d'une jeune femme était penché sur lui. Ou plutôt se penchait sur lui. Il comprit que c'était Orihime et que visiblement, elle allait l'embrasser. Mais pourquoi faire ? Elle lui pinçait le nez. Du bouche-à-bouche.

Orihime joignit ses lèvres et se pencha sur Uryû, lui tenant le nez d'une main et se soutenant de l'autre. L'élastique de son chignon lâcha, et une cascade de cheveux roux retomba le long de son visage et jusqu'au sol, formant un rideau impénétrable.

- Orihime ?

La jeune femme fit un bon en arrière.

- Ah !! Uryû !

Elle se recula, encore plus rouge et gênée que tout à l'heure.

- C'est pas ce que tu crois ! Je te jure ! S'exclama-t-elle en reculant.

- Tu voulais me faire juste du bouche-à-bouche ?

- Oui, c'est ça !

Tout les clients du restaurant (une dizaine de personnes environ) et les serveurs, qui les regardaient - pour la plupart tout en mangeant - se mirent à applaudir à tout rompre.

De leur côté, Uryû et Orihime improvisaient tant bien que mal. Ils avaient repris leurs places et mangeaient tranquillement en discutant. Cependant, ils échangeaient de temps à autres quelques regards communicatifs.

Ils se hâtèrent de terminer le repas. Dès que cela fut fait, ils se changèrent, réglèrent la note et partirent.

Au moment où ils furent au dehors, Orihime se planta devant Uryû, se dressa sur la pointe des pieds, hésita un court instant, sembla faire machine arrière. Elle se ravisa et y alla franchement. Après le baiser - Uryû n'avait nullement protesté, au contraire -, elle dit dans un soupir satisfait :

- Ça fait longtemps que j'attendais le courage de faire ça.

Elle recommença.

- Pourquoi tu dis rien ?

- Parce que j'ai envie que tu continues.

Elle recommença encore une fois.

- Je rentre à la maison, dit-elle, le masque du regret sur ses traits.

- Permet-moi de te raccompagner.

- Vraiment ?

- Mais oui, parfaitement. J'insiste.

- Bon, c'est d'accord.

Uryû sentit son coeur battre un nouveau record de pulsations sur une minute. Il se bénit d'avoir glissé dans son porte-monnaie, avant de venir, un anneau magique2.


1. Un yukata est un léger kimono d'été en coton, privilégié par la gent féminine.

2. Autrement dit, un préservatif (référence à Great Teacher Onizuka que je n'ai pu m'empêcher de faire.