DIVER

par Linksys

VII. DIVER [1]

Tous se trouvaient dans le salon de l'appartement, et vaquaient à diverses occasions. D'aucuns lisaient, d'autres s'éventaient pour échapper à la chaleur caniculaire du mois de mai, anormalement chaud pour la saison.

Ichigo entendit frapper à la porte. Comme personne dans la pièce ne réagissait, il se leva.

- Original, ton caleçon, commenta ironiquement Uryû à son passage.

- Ouais, ouais ...

Ichigo remonta son bermuda.

- Tôshirô ? S'étonna-t-il en découvrant qui avait frappé.

- Capitaine Hitsugaya, répondit le shinigami en insistant sur chaque syllabe.

- Bon, bref. Quel bon vent t'amène ?

- On a réussi, à force de pression sur le capitaine en chef, à obtenir une semaine de permission dans le monde des humains.

- Qui ça "on" ? Et puis, rentre, tu dois cuire dehors.

- En effet, et je n'aime pas trop ce genre de fortes chaleurs ...

Il transpirait à grosses gouttes. Une fois entré, il s'épongea le front.

- Capitaine Hitsugaya ! Que faites-vous ici ? Et dans un corps artificiel, en plus ! S'étonna Rukia.

- Pour répondre à la question qu'Ichigo m'a posée juste avant, j'entend par "on" Ikakku, Yumichika, Rangiku, Renji et moi-même.

- Sois plus explicite, dit Uryû.

- Moi, ainsi que tout les susnommés, ont obtenu une semaine de permission dans le monde réel. En réalité, c'est grâce à un énième coup de force du cercle des femmes shinigami, elles ont obtenu que chaque shinigami, du simple novice au capitaine, ait une semaine de libre par an, Rukia vous en a sûrement parlé.

L'intéressée eu un grand sourire content. - Normalement, ce sont les Quarante-Six de Chû'ô qui déterminent quand tombent les vacances pour tel ou tel shinigami, afin d'éviter de voir la Soul Society se vider de ses effectifs en été. Cependant, quand on sait à qui s'adresser, il est possible d'obtenir de petits arrangements.

- Et où logeriez-vous ? S'enquit Orihime.

- Eh bien, c'est pour ça que je suis venu, sinon, on se serait contentés d'un papillon de l'enfer pour vous prévenir de notre arrivée.

- Ici, on ne peut prendre personne, on est six, Kon inclus, déclara Ichigo.

Il reprit, avec un petit sourire en coin :

- Par contre, je pense que la soeur de Keigo serait d'accord pour accueillir Mister Pachinko1.

- De qui ?

- Mister Pachinko, Ikakku.

- Ah, je vois. Mais je te conseille de ne pas l'appeler comme ça en face, il le prendrait mal !

- T'en fais pas. Bon, vu qu'ici, il n'y a plus de place, je vais aller voir à la clinique.

- Au revoir Tôshirô ! S'exclama joyeusement Orihime.

- Ca-pi-tai-ne Hi-tsu-ga-ya.

- Fais gaffe à Karin en arrivant, elle va te tomber dessus comme une mouche sur un pot de miel ! Lança Ichigo en s'esclaffant.

Tôshirô haussa un sourcil.

- J'en tiendrai compte. On vous préviendra quand tout le monde sera arrivé.

Et il s'en fut.

Le jeune capitaine, qui avait quand même grandi depuis, se dirigea d'un pas lent vers la clinique, regrettant le choix de la chemise et du pantalon, excessivements chauds. Le quartier, quant à lui, n'avait guère changé en quelques années.

Karin ouvrait en grand la fenêtre quand elle avisa une silhouette solitaire marchant au milieu de la route. Cheveux blancs presque hérissés, démarche souple et silencieux, habits trop classieux. Son coeur s'emballa.

Tôshirô approcha sa main de la porte et, au moment de la poser sur la poignée, le battant pivota violamment en sens inverse. Une jeune femme tout sourire se tenait derrière.

- Bonjour, monsieur le capitaine Hitsugaya !

- Karin ?

- Oui, c'est moi.

- Eh bien tu as ... Comment dire ... Changé !

Et c'était le moins que l'on puisse dire. En six ans, elle avait pris une vingtaine de centimètres. Toutefois, même avec cette hauteur supplémentaire, elle ne dépassait guère le mètre soixante-dix. Elle avait cependant conservé la même coiffure.

- Ton père est là ? J'ai un service à lui demander.

- Bien sûr. Papa ! Y'a quelqu'un pour toi !

- J'arrive, ma chérie ! Répondit la voix étouffée d'Isshin.

Il arriva, le pas lourd.

- Tiens ? C'est qui ?

- Papa ! Mais c'est Tôshirô !

- Cap ... Commença l'intéressé. Mais il se ravisa en chemin, en ayant assez de tout le temps devoir reprendre tout le monde.

- Capitaine ?

- Vous me connaissez ?

- Non, mais tu as une pre ... Aura particulière, que même moi qui ne suis qu'un simple père de famille tout à fait banal et ordinaire, peut sentir.

- Tôshirô Hitsugaya, je ... Euh ...

Croyant qu'Isshin ne savait rien de la Soul Society et de tout les faits liés, il cherchait une manière de lui expliquer.

- Isshin Kurosaki, sh ...

Il se pencha à l'oreille de son invité.

- Shinigami retraité.

- Ah, je vois.

- Entre donc, entre donc.

- Il doit bien y avoir une raison à ta venue, me trompé-je ?

- Pour faire simple, cinq shinigami, dont moi, vont bientôt arriver pour bénéficier d'une semaine de vacances, et nous avons le problème de l'hébergement.

- QUOI ? Explosa Isshin, fortement surpris.

Sa réaction était en revanche démesurée et injustifiée aux yeux de sa fille, qui s'interrogea.

- Pourquoi ne pas aller à l'hôtel ? Reprit-il, plus sérieux.

- Je ne crois pas que ce soit raisonnable, vous voyez ce que je veux dire ...

Isshin se gratta la barbe quelques secondes avant de comprendre.

- Ah, en effet.

- Donc, j'étais venu pour savoir si vous pouviez héberger un ou deux shinigami chez vous pendant une semaine.

- Sans aucun souci ! Répondit aussi sec Isshin. Pas de problème ! Je peux prendre au maximum deux personnes.

- Merci pour votre bienveillante coopération, monsieur.

- Par pitié, pas de monsieur ici. Isshin Kurosaki, je t'ai dit.

- Bon, vu que vous avez donné votre accord, on vous enverra sous peu un papil ... Un message pour vous informer. On vous donnera la répartition à l'arrivée sur terre.

- D'accord.

- Je vais m'en aller. Au revoir.

- Reste un peu, Tôshirô ! Protesta Karin.

- Désolé, mais le temps me presse. On se reverra bientôt.

Et il s'en fut. Voyant sa fille au bord des larmes, Isshin comprit et lui dit :

- Rooh, t'en fais pas, je trouverai bien une combine avec ce bon vieux Urahara pour qu'il dorme à la maison ...

- Vraiment ?

- Mais oui.

Environ cinq jours après le passage de Tôshirô, tous ceux concernés reçurent un papillon de l'enfer.

- Les cinq shinigami, Tôshirô Hitsugaya, Rangiku Matsumoto, Renji Abarai, Ikakku Madarame et Yumichika Ayasegawa arriveront dans le monde des humains dans deux jours à compter du vingt mai, par le passage chez Kisuke Urahara. Les solutions d'hébergement seront fixées sur place. Fin de la transmission.

Le lépidoptère se désagrégea élégemment. Le surlendemain, les cinq colocataires, Isshin et Keigo se trouvaient chez Urahara, dans la salle d'étude souterraine. Le commerçant ouvrit le portail du Senkaimon, et resta immobile à côté, un sourire niais sur le visage à moitié dissimulé par son éventail. Les shinigami arrivèrent une dizaine de minutes plus tard. Une fois remis du trajet, ils saluèrent leurs connaissances.

- Bien ! Tout le monde est là ! Déclara Urahara, en tapant dans ses mains. Maintenant, on va devoir choisir les hébergements. Abarai, chez moi !Madarame, Ayasegawa, chez Keigo ! Et Hitsugaya, et Matsumoto, chez Isshin ! Comme ça, tout le monde est content !

- Surtout ma soeur, marmonnèrent en choeur Ichigo et Keigo.

Chacun repartit avec ses invités.


~

~ ~


Le lendemain, il y avait un nouveau au lycée, pour le moins original. C'était un étrange garçon qui avait une pression spirituelle tout à fait malsaine, à l'image de celle d'un Hollow, ou pire encore. Comme de fait, il se trouvait être inscrit dans la même classe qu'Ichigo.

- Bonjour, je m'appelle Mukandeieth Shinokuni et je suis nouveau dans l'établissement, dit-il après que le professeur lui ai donné la parole au tableau.

Il avait une voix étrange, sans tonalité, comme une étendue d'eau calme.

Suite à cette courte présentation, il gagna une des dernières places libres (deux rangs devant Ichigo, de manière à lui boucher la vue) d'une démarche tout à fait singulière. Il levait bien haut le genou à chaque pas et posait ensuite le pied le plus en avant possible, tout en gardant le buste très droit. Il était grand (au moins autant que Chad, sinon plus) mais très fin. Ses longs membres semblaient de fil de fer. Il avait le visage émacié, comme s'il ne dormait pas assez et ne mangeait pas à sa fin. Sa tignasse noire semblait ne pas avoir été peignée une seule fois depuis sa naissance. Par contraste, il avait la peau plutôt halée.

- En voilà, un nom original, marmonna Ichigo.

Comme si Mukandeieth l'avait entendu, il expliqua.

- Mon nom s'écrit avec le kanji du chiffre quatre, et pas celui de la mort.2

Ce faisant, il se leva une nouvelle fois et alla traçer les bons idéogrammes au tableau.

"Pays de quatre ... Mon cul, ouais"

Ichigo avait du mal à gober l'explication plate du nouveau. S'il n'était pas animé de mauvaises intentions, que pouvait-il être d'autre ?

"Va falloir l'avoir à l'oeil" songea Ichigo.

À la pause du midi, il courut rejoindre Rukia dans la cafétéria. Chad mangeait dans l'atelier de mécanique, Uryû et Orihime devaient attendre encore une heure.

- Hé, Rukia ! S'exclama-t-il.

L'interpellée, qui cherchait une place, se retourna.

- Ichigo !

- Alors, ma chérie, ça a été ?

- Ouais, comme d'habitude. Dis-moi, il paraît qu'il y a un nouveau dans ta classe ?

- En effet, et c'est un sacrément drôle de coco, tu peux me croire.

- Vraiment ?

Ichigo décrit le comportement de Mukandeieth, son apparence, sa voix complètement amorphe, sa manière de marcher, ses gestes.

- C'est surtout son nom qui me fait marrer. Mukandeieth Shinokuni, qu'il s'appelle.

- Eh bien, ça fait froid dans le dos.

- En fait, selon lui, ça s'écrit comme ça.

Il inscrivit les kanji sur un bout de papier tiré de son sac.

- Étrange hasard, tu ne trouves pas ? Il pue le Hollow et le voilà avec un nom pareil.

- Je suis d'accord, déclara Rukia. Garde-le à l'oeil pour moi.

Le lendemain, c'était le début de la Golden Week. Les shinigami vacanciers avaient vraiment bien choisi leur moment pour séjourner sur Terre.

En se réveillant, Ichigo observa un peu les rues de Karakura par la fenêtre du salon. Il était à peine dix heures mais il faisait déjà assez chaud. Le jeune homme se désintéressa bien vite de l'observation, à tort. Dès qu'il eut détourné le regard, une silhouette mince et élancée traversa en courant la rue, selon une façon d'avancer très étrange. Le singulier personnage se retourna une fois vers la fenêtre de l'appartement, et disparut à l'angle d'un bâtiment.

Pour cette première journée de libre, il n'y avait pas grand chose de prévu depuis l'arrivée des shinigami. À la base, Ichigo et Rukia auraient dû passer toute la semaine à moto, sillonant le Tohôku. Mais bien entendu, ils ne pouvaient se permettre de laisser en plan de la sorte leurs amis.

C'est Rangiku, se plaignant de la chaleur, qui, la première, suggéra d'aller profiter de la piscine locale.

- Capitaine, je viens de penser à un truc, dit-elle en sortant de la salle de bains.

- Dit toujours, répondit Hitsugaya, qui passait dans le couloir.

- On pourrait aller à la piscine, avec tous les autres !

- La piscine ? J'en ai déjà entendu parler, mais je ne sais pas exactement ce que c'est.

- C'est un endroit avec des bassins remplis d'eau où les humains vont pour en profiter.

- Ça ne peut être que mieux que de rester cloîtrés chez nos hôtes. Je vais prévenir les autres.

L'idée fut adoptée à l'unanimité par tous, et le groupe se retrouva à l'entrée du bâtiment en début d'après-midi. Heureusement, on vendait des maillots de bain à la piscine de Karakura. Rangiku était la seule parmi les shinigami en vacances à avoir emmené un maillot de bain dans ses bagages.

La Goldeen Week et le beau temps cumulés avaient eu pour effet de faire augmenter exponentiellement la fréquentation de la piscine. L'établissement était purement et simplement bondé.

Les garçons arrivèrent les premiers dans l'eau. Tous avaient de simples caleçons de bain. Les filles ne suivirent qu'une quinzaine de minutes plus tard. Rangiku et Orihime, telles des siamoises, avaient chacune un bikini tout à fait semblable, qui avait pour effet de mettre considérablement en valeur les formes naturelles du sujet. Rukia, pour sa part, n'avait pas osé se découvrir plus qu'un maillot une-pièce bleu azur. Ichigo capta quelques regards envieux qu'elle jetait parfois à Orihime et Rangiku, surtout à leur poitrine généreuse. Trop gênée, la jeune femme hésita pour entrer dans l'eau. Mais le regard confiant qu'Ichigo dardait sur elle la rassérénait. Si elle lui plaisait et pas ses amies pourtant bénies de bien des manières par la nature, c'était bon signe.

Le groupe était dans l'eau depuis bientôt une heure. Les bassins s'étant un peu vidés, et ils profitaient d'un ballon apporté par Chad.

Ikkaku, s'intriguant du fait de ne pas avoir eu Ichigo dans son champ de vision pendant le de dernier quart d'heure, tourna la tête dans tous les sens.

"Je vois ..." Songea-t-il, quand il les eut localisés.Ichigo et Rukia étaient nichés dans un coin du bassin et s'embrassaient fougeusement à l'abri des regards indiscrets.