Let's light up the night

par Linksys

V. Let's light up the night

Keigo mit en pause à contrecoeur lequel il jouait et quitta le canapé du salon pour ouvrir. En effet, on venait de sonner à la porte au moment où il pensait que personne ne viendrait le déranger dans la journée.

Tatsuki arrangea la prise de son sac sur l'épaule, et s'assura qu'elle était bien devant l'adresse écrite sur le bout de papier qu'elle tenait à la main. D'une main hésitante, elle appuya une fois sur la sonnette, remit une mèche rebelle en position et lissa les plis de sa jupe. Un garçon brun, les cheveux en bataille, mal rasé, passablement de mauvaise humeur et habillé comme l'as de pique vint lui ouvrir en se grattant le sommet du crâne.

Keigo se demanda qui cela pouvait bien être. Il jeta sa canette de bière en passant, et vint ouvrir la porte. Il y avait de l'autre côté une magnifique jeune femme qu'il ne se serait pas attendu à voir ici et maintenant. Cependant, il ne pouvait se tromper sur son identité.

- Sa ... Lut ... Dit-il, complètement déconnecté.

Il avait totalement oublié que Tatsuki l'avait prévenu l'avant-veille de sa probable visite prochaine.

- Salut Keigo. Alors, ça va ?

- Ouais ... Plutôt. Entre, tu vas avoir en ... En jupe ...

Tatsuki entra d'un pas décidé, serra fermement la courroie de son sac. Keigo se bénit d'avoir rangé l'appartement la veille. Faire entrer une femme dans le repaire de contrebandiers qu'était jusqu'alors l'habitation du jeune homme eût été fortement inconvenant.

- Et toi ... Tu vas bien ? Tu devait avoir froid, dans la froidure de l'hiver, en jupe !

- Oui, ça va. T'en fais pas pour la jupe, je suis pas frileuse.

- Ah ... Je ... Je vois ... C'est bizarre, j'aurais cru que tu serais allée voir Orihime plutôt que moi ...

Il trouva suspect le rougissement de Tatsuki mais ne le montra pas.

- En fait, je voulais réunir tous les anciens pour faire une petite sauterie. Ichigo, Chad, Uryû, Orihime, Rukia, tout le monde !

- Mouais, c'est une bonne idée. Tiens, mets ton sac ici.

Il détailla le physique de la jeune femme alors qu'elle posait son sac sur le canapé du salon. Pour une étudiante de sport-étude, elle semblait bien fine.

- Eh bien, tu n'as pas fait beaucoup de muscle là-bas !

- Tant mieux, j'ai pas envie de ressembler à un gorille.

Cependant, en quatre ans, d'autres caractères s'étaient développés, ce qui ne manqua pas d'échapper à Keigo.

- Tu me fais visiter ? Demanda-t-elle.

- Ouais, bien sûr.

Une fois le tour du propriétaire achevé, la jeune femme se planta à l'entrée de la cuisine, mains sur les hanches, et s'exclama haut et fort :

- Voici un endroit où une présence féminine ne pourrait pas être de trop !

Keigo ne comprit pas le sous-entendu.

- Peut-être ... En attendant, je me suffit à moi-même, et c'est bien comme ça.

- En tout cas, le monticule de vaisselle sale dit le contraire !

- Mouais ...

Pensant qu'il n'avait rien d'autre à dire, il se risqua à observer quelque fait qu'il avait récemment constaté.

- Tu ... T'es devenue plus féminine, depuis que tu es dans ce sport-étude ... C'est paradoxal.

- Merci, ça fait plaisir ! Rétorqua-t-elle, le regard dur.

- Hé, on se calme ! J'ai jamais dit qu'avant tu étais moche !

- Mais j'espère bien !

Un silence total s'ensuivit. Un gargouillis provenant du ventre de Keigo le brisa. Il était presque midi.

- Je vais me faire à manger. Tu veux quelque chose ? Demanda-t-il.

- Non, pour une fois, tu vas manger de la nourriture correcte. Je vais te faire à manger.

- C'est trop gentil, mais je préfère me débrouiller seul.

- Non, j'insiste !

Et, avec beaucoup de liberté, elle inspecta les placards. Il n'y avait que des boîtes de conserve ou des plats à réchauffer.

- Eh bien, ça fait un régime varié, tout ça !

- Je vais me faire un râmen avec Ichigo et la bande de temps en temps, sinon c'est tout.

Tatsuki ouvrit quelques boîtes qui n'étaient pas encore périmées, et trouva des pâtes encore valides.

- Va mettre la table, je mangerai avec toi.

- J'ai pas de table, je mange dans le salon.

- Eh ben, mets-y la table !

- Ouais.

Une fois le couvert mis, Keigo s'installa et quitta le canal du jeu vidéo pour mettre le journal télévisé du midi.

Une dizaine de minutes plus tard, Tatsuki sortit de la cuisine en s'exclamant :

- Chaud devant !

Elle arriva avec un plat de spaghettis bolognaise fumant. Elle avait enfilé un petit tablier jaune par-dessus ses habits. Elle n'était pas particulièrement changée, mais cela semblait mettre en émoi le jeune homme. Il la fixa quelques secondes, la bouche à moitié ouverte.

- Ben quoi ? J'ai une tâche sur mon chemisier ?

- Non ... Non ...

Tatsuki rougit un peu elle aussi. Elle posa le plat, et ôta gants et tablier avant de venir s'assoir auprès de Keigo, serrée contre lui. Le canapé, bien qu'il n'offrît que deux places, était assez grand pour que deux personnes adultes puissent s'y assoir sans se toucher.

Le repas fut vite terminé. Comme ils n'avaient rien de plus à se dire, au grand dam de Tatsuki, elle partit rejoindre Orihime. Keigo eut une subite sensation de vide quand il réalisa qu'elle était partie. Il regretta tout de suite.

La jeune femme frappa à la porte d'Orihime. Chad vint ouvrir.

- Heu ? Qu'est-ce que tu fais là, Chad ?

- Ben, c'est mon appartement, là.

- Tu veux dire que ... Enfin ... Tu sors avec Orihime ?

- Non, non, je suis en colocation avec elle, Ichigo, Uryû et Rukia. Va pas t'imaginer des choses trop vite.

- Ah, tu m'as fait peur.

Orihime, alertée par cette voix familière, accourut.

- TATSUKIIII ! S'exclama-t-elle en passant entre Chad et le mur (véritable exploit pour une jeune femme à la poitrine si développée).

Elle se jeta sur son amie, manqua de l'envoyer rouler au sol.

- Ça fait plaisir de voir que tu vas bien, Orihime !

- Attend, je vais mettre un blouson, dit-elle.

- Pourquoi ?

- On va aller se balader entre filles !

- Ouais, bonne idée.

Orihime revint quelques secondes plus tard, un gros anorak sur les épaules.

Quand elles approchèrent du canal, encore entièrement gelé, Tatsuki se risqua enfin à demander conseil à son amie.

- Dis ... Tu aurais des astuces pour ... Pour séduire un garçon ?

- Qui çaaaaaaa ?

- Keigo.

- Ah, bah ... Je sais pas, je suis jamais sortie avec un garçon.

- Bon, pas grave. Merci quand même.

Elles passèrent tout l'après-midi à errer dans les rues de Karakura. En début de soirée, Tatsuki quitta son amie et se redirigea vers la gare, déçue et attristée de n'être arrivée à rien avec Keigo.

Alors qu'Orihime retournait à l'appartement, son téléphone vibra dans sa poche. Elle avait reçu un message.

"Salut Orihime, passe-moi le numéro de Tatsuki s'il te plaît" lut-elle.

Alors, elle dût ôter ses gants et entrer la réponse avant de voir ses doigts bleuir.

Keigo posa son portable bien en vue sur la table du salon. Plein d'anxiété, il reprit son jeu, le même que précédemment. Au bout de quelques minutes, la sonnerie joyeuse retentit. Il se jeta sur le fragile appareil.

"Ok voilà" avait répondu la jeune femme, suivi du numéro de son amie. Il le reporta sur le dos de sa main, ensuite de quoi il le composa fébrilement, manquant plusieurs fois de laisser tomber le téléphone.

Tatsuki attendait son train quand son portable sonna.

"Bouge pas j'arrive"

Elle se demanda qui cela pouvait-il bien être, et se résolut à attendre jusqu'à ce que le Shinkansen qui devait la ramener à Aomori n'entre en gare. Un étrange espoir naquit dans son esprit.

Keigo sortit en courant dehors, sans même avoir enfilé de blouson. Il détacha son vélo de la rembarde faisant face à la porte, et l'enfourcha en donnant une impulsion. La gare de Shibuya était à environ trente minutes de vélo. Il savait que c'était là qu'il devait aller, d'après ce que lui avait dit Tatsuki.

La jeune femme se résigna à abandonner tout espoir en observant l'aiguille des minutes de la grande horloge, pendue au milieu de la gare, se déplacer inexorablement de dix-huit heures trente-sept vers dix-huit heures trente huit. Le train devait arriver à dix-huit heures quarante.

Cependant, une ou deux minutes plus tard, un message fut diffusé dans la gare.

- Nous informons notre aimable clientèle que le Shinkansen au départ de la gare de Shibuya pour Aomori est retardé d'une heure en raison de chutes de neiges dans le Tohôku. Merci de votre compréhension, et bonne journée.

C'était effectivement le train que Tatsuki était censée prendre. Plutôt que de rester bêtement au bord du quai une heure encore, elle préféra s'installer dans un des petits cafés qui bordaient le hall. La foule se pressait, ce qui ne rendait pas aisés les déplacements.

Vers dix-neuf heures, alors qu'elle en était au troisième café, quelque chose d'intéressant se produisit. La cacophonie de la foule redoubla d'intensité. Certains crièrent et s'enfuirent à toutes jambes.

- TAAAATSUUUUKIIII ! Hurlait une voix.

Interpellée, la jeune femme sortit au-dehors, profitant de l'éclaircissement soudain de la foule. Au milieu de la gare, un jeune homme en vélo était coursé par une dizaine d'agents de sécurité. Presque autant s'agrippaient à son dos, mais il ne chutait pas.

- Tatsuki ! Hurla-t-il une nouvelle fois.

- Je suis là ! S'exclama l'intéressée.

Keigo se tourna vers elle et capta son regard. Au même moment, le monceau d'agents sur son dos eut raison de lui, et le fit chuter. D'autres se jetèrent sur le tas. Impuissante, Tatsuki regarda le jeune homme se faire emmener. Elle suivit les policiers venus le chercher jusqu'au poste de police. Elle entra, hésitante.

- Bonsoir, dit la réceptionniste.

- Bonsoir. Je ... Viens chercher quelqu'un.

- Qui est-ce ?

- Kei ... Keigo Asano.

La femme sortit une feuille d'un dossier et l'inspecta.

- En effet. Il est juste en garde à vue, il n'y a pas de caution à payer.

Elle fit venir deux gros policiers qui conduirent Tatsuki jusqu'à Keigo.

- Allez, et que l'envie te reprenne pas d'aller faire un coup de vélo dans la gare de Shibuya, dit un des hommes.

Keigo, trop content d'être sauvé, en oublia sa sauveuse.

- Et moi, tu m'oublies ? Dit-elle quand ils furent au-dehors.

- Hein ? Loin de moi cette intention !

Il la serra fortement dans ses bras.

- Merci, Tatsuki.

Il ajouta, à voix basse :

- Je t'aime.

- M ... Moi aussi ... Répondit timidement la jeune femme.

Ils rentrèrent en se donnant la main, heureux et insouciants.