23. Un vent nouveau

par Black Demons


Vingt-trois


La tension était palpable. Tous étaient silencieux. Karin et Toshiro se retrouvaient dans le bureau de Yamamoto, qui les fixait sans rien dire. Plus tôt, les deux jeunes avaient reçus un message leur ordonnant de venir, mais aucun ne savaient que la personne qu'ils haïssaient le plus serait présent.


Toshiro : Pourquoi sommes-nous là ?

Yamamoto : J'ai une mission à vous confier, au Hueco Mondo. Vous partirez tout les deux dans une heure.

Karin : Attendez … Avec lui ? Jamais !

Toshiro : Elle a raison, je ne ferais pas cette mission avec elle.


Karin lui lança un regard plein de haine, regard auquel Toshiro répondit. Les yeux du Capitaine Commandant s'entrouvrirent légèrement, les regardant.


Yamamoto : Et puis-je savoir pourquoi ?

Karin : Et bien …

Yamamoto : Bien évidemment, votre raison n'aura rien de personnel.


Karin ouvrit la bouche pour répliquer mais aucun ne sortit, et elle la referma, baissant par la suite les yeux. Toshiro restait lui aussi silencieux.


Yamamoto : Bien. Vous partez dans une heure.

Toshiro : Et en quoi consiste la mission ?

Yamamoto : Vous assurer que tout va bien là-bas.


Toshiro le regarda avec incompréhension. Pourquoi eux ? Il pouvait envoyer une troupe de soldats, alors pourquoi précisément eux ? Toshiro s'inclina, mais Karin ne fit pas preuve de cette marque de respect et partit, la tête haute et dégoûtée. Toshiro se redressa et sortit sans un mot de la pièce. La porte claqua, et le commandant en chef fixa le mur en face de lui.


Yamamoto : Je n'allais tout de même pas leur dire que je voulais qu'ils se pardonnent … ! Et qu'ils sortent ensemble par la suite !


Point de vue Karin


Rageusement, je me dirigeais vers mes appartements. Une mission avec l'homme que je détestais le plus ! Pourquoi ?! Quand j'entrais dans ma chambre, je fermais la porte et frappais soudainement le mur face à moi. La douleur envahit rapidement mon poing, puis mon poignet et enfin mon bras. Je baissais le bras, et appuya mon front contre la surface dure, me soutenant sur elle. Au moins, je n'étais pas tombée avec Hinamori … Sinon …


Moi : J'aurais fait un meurtre …


Car, malgré le fait que je détestais Toshiro, cette haine se contredisait avec un autre sentiment perturbant : l'amour. Je le haïssais et l'aimais en même temps. Je souhaitais qu'il disparaisse mais aussi qu'il reste avec moi pour l'éternité … Mon cœur était perdu entre ces deux sentiments distincts et opposés. Je me calmais doucement, me forçant à penser que ce ne sera pas l'enfer. Le temps s'écoula lentement, et je sus que je devais bientôt y aller. Relevant la tête, je me regardais dans le miroir : une marque rouge couvrait mon front. Soupirant, je mis des cheveux devant, tentant de faire une mèche pour cacher la rougeur, puis quittai mes appartements. Comme la dernière fois, Toshiro et moi nous nous retrouvâmes côte à côte, devant le Senkaimon. Mais cette fois-ci, tout est différent. Je lui jetait un bref coup d’œil, et la porte s'ouvrit sur nous, nous inondant de sa lumière. Sans attendre, nous y pénétrâmes.


Le Hueco Mondo. Un monde triste et froid. Autour de nous, un désert de sable blanc, et au-dessus de nos têtes, un ciel noir et une lune blanche, éclairant de ses rayons morts ce désert. Toshiro et moi-même nous nous mîmes à avancer, étudiant légèrement le terrain. Enfin, c'était Toshiro qui faisait cette tache, moi, je regardais juste autour de moi. Cet endroit était comme dénudé. Je m'y sentais mal, et souhaitais qu'il termine vite pour pouvoir rentrer. Quand je lui lançais un coup d'oeil, j'eus l'atroce envie de m'expliquer avec lui, de lui dire désolé. Mais c'était trop tard. Nous étions enfermés dans cette spirale, dans ce jeu interminable et vicieux. Je ne pouvais reculer, sans que lui ne le veuille aussi. Or, je ne savais rien de ses pensées. Ainsi donc, nous étions coincés dans cette situation, destinés à ne plus se parler, à tout simplement se haïr ? Je retins un sourire ironique et fixa l'horizon. Le sable du temps s'écoulait dans le sablier, et rien d'anormal. Puis, soudainement, une pression spirituelle immense. Je sentis mon souffle se couper tellement elle était forte, et tellement la surprise avait été grande.


Moi : Qu'est-ce-que …


Je ne pus terminer ma phrase. Apparu devant moi, à quelques mètres, un Hollow à la forme étrangement humaine. Il avait un trou à sa poitrine, et son masque couvert de griffures rouges, recouvrait tout son visage. Deux cornes étaient sur sa tête, tel un taureau. Il poussa alors un cri guttural et rauque, et de sa bouche sortit soudainement un Celo. Il fonçait sur moi. Je ne bougeais, je n'y arrivais pas. La peur me prit, et je crus que j'allais mourir. Puis, brusquement, un bras me prit par la taille et me plaqua à terre, le Celo vert nous frôlant. Je tournais un peu la tête et aperçut Toshiro, qui ne lâchait pas du regard notre ennemi.


Toshiro : C'est un Vasto Lordes … Karin, surtout, sois prudente !


Je le regardais, incrédule. Il s'inquiétait pour moi ? Après tout ce que je lui avait fait ? Toshiro se releva et dégaina son zanpakuto, avant d'activer son shikai. Je me relevais aussi et sortit à mon tour mon zanpakuto. Mais je n'activais pas mon shikai, contrairement à lui. Puis nous fonçâmes vers le Vasto Lordes, prêts à tout pour le vaincre. Deux contre un, c'est injuste n'est-ce pas ? Mais celui là était très fort. Il alliait la rapidité et l'attaque, ses Celos étaient destructeurs. Seulement, en cet être ne régnait que folie et vengeance, sans aucune lueur de lucidité. Toshiro et moi l'attaquions de toute part, Toshiro le gelant mais rien ne marchait. La glace se brisait, ses bras nous empêchait de le toucher. Il asséna à Toshiro un coup de coude et tourna vivement la tête vers moi. Puis un énième Celo, de cette couleur vert forêt. Il arriva tellement vite que j'eus à peine le temps de mettre mon zanpakuto devant moi, et de forger avec mon reiatsu une barrière. Mais elle se fissura rapidement au contact du rayon vert, et éclata sur ma personne, le Celo l'accompagnant. Je me sentis voler et atterrir plus loin sur le sable durement. Mon souffle se coupa, mes omoplates me lancèrent atrocement. J'entendis un appel, un cri.


Toshiro : Karin !


Sa voix … Sans vraiment comprendre pourquoi, elle me donnait du courage, et m'incitait à me relever. Je me redressais lentement, secouant un peu la tête pour me réveiller. Puis je portais mon regard vers mon ami, qui, en me voyant saine et sauve, afficha un petit sourire. Mais le Vasto Lordes en décida autrement, et lança encore une fois un Celo, sur Toshiro cette fois-ci. Cette attaque était plu rapide, plus puissante que les autres. Toshiro tourna la tête vers le rayon vert, mais pas assez vite pour se protéger. Plus de trente centimètres … Quinze … Vivement, je me relevais et courus vers Toshiro, voulant à tout prix le sauver.


Moi : TOSHIROO !!!!


En cet instant précis, je ressentis le pouvoir affluer dans mes veines, parcourant tout mon corps de long en large. Une puissance inouïe, qui me prit de court. Et elle explosa. Je la sentis se rassembler en ma poitrine, et former comme une sorte de boule, avant de se libérer. Cette énergie libérée provoqua une forte onde de choc, et le sable vola autour de moi, ressemblant un peu à une tornade qui s'évanouit par la suite. Puis ce fut le noir.


Point de vue Toshiro


Le Celo arrivait sur moi, vif. Je n'avais pas le temps d'utiliser le Shunpo, ni de me protéger. J'attendais ma mort, si l'on puis dire. Puis me parvins le cri de Karin, et je tournais la tête vers elle. Au même moment, une forte pression spirituelle s'échappa d'elle, et une onde de choc balaya tout sur son passage, détournant le Celo. Je roulais sur le sol à cause de la puissance de l'onde, et relevais ensuite la tête vers mon amie. Mais le spectacle qui s'offrait à moi me figea. Ce n'était plus Karin … Mais une … Vasto Lordes … Son masque aux arabesques noires, des yeux jaunes, une longue chevelure noire … Elle hurla et fonça sur le Vasto Lordes, qui la réceptionna. S'ensuivit d'un combat entre eux deux. Vasto Lordes contre Vasto Lordes. Je ne comprenais pas ce qu'il se passait, je fixais juste le combat d'un œil perdu et vide. Puis, Karin laissa échapper un Celo violet parsemé d'éclair noirs de sa main et qui transperça de part en part l'ennemi. Le Hollow explosa en cendres dans un immense cri. Karin le regarda mourir sans un geste. Puis elle se retourna vers moi, et me fixa, comme si elle me jugeait. Soudainement, son reiatsu s'échappa de son corps, volant dans le ciel en colonnes grossières. Son masque disparut, ses yeux redevinrent noirs, ses cheveux violets. Karin retrouva sa forme humaine et tomba au sol, évanouie. Sans attendre, et sans aucune hésitation, je fonçais vers elle. La prenant dans mes bras, je tentais de la réveiller.


Moi : Karin ! Karin !


Mais ce fut vain. Ses yeux ne s'ouvrirent pas. Aussitôt, je ressentis une angoisse maligne, celle de ne plus jamais les voir, voir leur couleur. Je craignis qu'elle ne meure une deuxième fois, qu'elle m'abandonne comme il y a maintenant six ans. J'ouvris alors le Senkaimon, et la portant telle une princesse, je m'y engouffrais en vitesse.


Point de vue Karin


L'obscurité m'étreignait de ses bras, et je n'arrivais pas à distinguer la moindre lueur. Je semblais flotter dans les airs, et aucun son ne me parvenait. Peut être étais-je morte … Mais si jamais je l'étais, jamais je ne pourrais avouer à Toshiro mes sentiments pour lui, jamais je n'obtiendrais son pardon. Et cette réalité me déchira le cœur. Alors, souhaitant à tout prix sortir de cet enfer, je hurlais de toutes mes forces, à m'en briser la voix. Je hurlais inlassablement, un cri de souffrance et de regret, ainsi que d'espoir. Puis, une voix autre que la mienne retentit dans cet espace infini. Elle était infime, et je ne parvenais pas à comprendre ce qu'elle disait. Mais, au fur et à mesure, elle s'éclaircit, et devint nette et précise.


: Karin ! Réveilles toi bon sang ! C'est un ordre de ton Capitaine !


Toshiro … Il voulait que je revienne ? Sa voix me porta soudainement, et je me sentis sortir de l'obscurité.


Je clignais des yeux, ne souhaitant pas les brusquer avec la lumière environnante. Puis, face à moi, le beau visage de Toshiro, qui me regardait avec soulagement et joie. Ainsi donc, j'étais en vie … Yes !!


Moi : Toshiro …

Toshiro : Karin ! Tu te réveilles enfin !

Moi : Comment … Comment ça ?

Toshiro : Tu étais dans le coma depuis près de cinq jours. J'ai cru que tu … que tu ne te réveillerais jamais …


Lentement, et avec l'aide de mon ami, je me redressais, me calant contre un gros coussin. Nous étions dans une chambre de la 4ème Division. Ainsi donc, il m'avait ramené … Je le détaillais alors : il avait de légères cernes, et ses cheveux étaient plus ébouriffés que d'ordinaire. Bonne chance pour les démêler … Mais il avait un sourire, ce sourire que j'aimais tant.


Moi : Dans … le coma … ?

Toshiro : Oui. Tu … Tu te souviens de ce qu'il s'était passé au Hueco Mondo ?


Le Hueco Mondo … Soudainement, tels des éclairs, je revis les images du passé, ma transformation en Vasto Lordes, la mort de mon ennemi … Mes yeux étaient écarquillés, et je perçus dans le regard de Toshiro de l'inquiétude.


Moi : Je … Oui …

Toshiro : Je vois … Je sais que ce n'est pas le bon moment mais … Il faut qu'on parle de cette transformation.

Moi : Non …

Toshiro : Karin ! Comment, pourquoi tu es devenue une Vasto Lordes ?!


Non, non … ! Je ne peux pas lui dire ! Je ne peux pas lui dévoiler mes origines, et l'existence des Crossbreed ! Je sentis mes larmes couler sur mes joues, et sans réfléchir, je sautais au cou de mon ami.


Moi : Je t'en pries Toshiro ! S'il te plaît … Fais-moi confiance …

Toshiro : Ka … Karin ?


Il était choqué par ma réaction, que je ne comprenais pas moi même d'ailleurs.


Moi : S'il te plaît …


Mes larmes embuaient ma vision, et je craignais sa réaction. Pourtant, à ma grande surprise, il m'enlaça, me serrant contre lui. Je profitais de ce contact qui me semblais une faveur du Paradis.


Toshiro : Compris … Plus de questions. Tu m'as tellement manqué, Karin.


Ces mots … Ils me firent du bien, mais en un sens, je trouvais qu'ils sortaient de la mauvaise bouche. Je me redressais alors, mettant mon visage face au sien.


Moi : Toshiro … Je suis désolée pour tout ce que j'ai fait … Je ne voulais pas mais, en te voyant avec cette fille dans ton bureau, je …


Toshiro écarquilla légèrement les yeux, un peu surpris par mon propos.


Toshiro : Qui ? Hinamori ? Ce n'était qu'un accident, rien de plus.


Puis il me relata ce qu'il s'était passé, et en cet instant, je me sentis vraiment conne. Nous nous expliquâmes alors, justifiant que nos sentiments pour Aki et Hinamori n'étaient pas réels. S'ensuivit d'un silence gêné.


Toshiro : On s'est vraiment comporté comme des idiots …

Moi : Ouais …

Toshiro : Comme avant ?


Il me tendit la main, que je regardais quelques secondes avant de replonger mon regard dans le sien si bleu. Affichant un sourire, je serrais sa main, signe de notre amitié reconstruite.


Moi : Comme avant.