11. Yoso

par Black Demons

Onze


Les mots résonnaient dans ma tête, inlassablement. Nous sommes le groupe Yoso. Ce même groupe qui a blessé Haru et Natsu ? Sûrement. Aussitôt, la nausée me prit, tandis que je serrais avec force mes poings. Le dégoût et la haine. Voilà ce que je ressentais à ce moment précis. Je revivais le moment où j'avais découvert les corps amochés de mes deux amis. Et les responsables. Ce sont eux. Et ils se tiennent devant moi. Je ne sais pas ce qui me retenait de leur foutre mon poing dans leurs gueules. Un soupçon et lucidité et de bon sens ? Aucune idée. Auquel cas, je restais là, fixe, à les regarder sans prononcer une seule parole.


Bon, il est temps de vous résumer le topo. Cela fait, je crois, près de deux semaines que j'avais rencontré le groupe Yoso. Et si je vous disais que j'étais heureuse de les avoir rencontré, vous percevriez l'ironie ? Sérieusement, je pense que le mot haïr est un tendre euphémisme à propos de mon ressenti envers ces hommes. Pourtant, dès lors où nous avions parlé, ils m'ont ordonné de me rendre à l'endroit où se trouvaient les garçons. Oui, ordonné. J'avais voulu répliquer, mais déjà ils m'avaient poussés en avant, ne me laissant d'autres choix que d'obéir. Et l'un d'eux tenait mon épaule fermement, m'empêchant de m'échapper ou utiliser le Shunpo. Bref. Je les avais conduit à la Quatrième Division, et nous étions entrés dans la chambre de Haru et Natsu. A ma grande surprise d'ailleurs, ils étaient debout, graves. Rien ne laissait présager qu'ils avaient dû faire autre chose que se reposer … Et là, la tension avait été électrique. Mes quatre protecteurs affrontant du regard le groupe Yoso. Puis était venue cette fameuse discussion :


- Qu'est-ce-que vous faîtes ici ?, avait demandé Natsu d'une voix glaciale.

- Nous sommes chargés d'assurer la protection de Karin Kurosaki Evans, à votre place !


Nous nous étions tous figés, et je m'étais brusquement dégagée d'eux, les regardant avec du mépris mêlé à de la haine.


- Pardon ?

- Vous nous avez compris.

- Sales tapettes, avait murmuré un autre, au fond de la pièce.


Nous avions tous entendu. Et je dois vous avouer que si Aki et Haru ne m'avaient pas retenus, j'aurais été lui casser la gueule au point que sa propre mère ne le reconnaîtrait plus ! Mais je n'ai pas pu, les mains fortes de ces deux-là me retenant.


Et voilà l'histoire. Depuis, je suis sous la charge constante de ce fameux groupe, composé de huit membres. Kasai, Mizu, Hikari, Kage, Tochi, Kuki, Denki et Doku. Alors, oui, en effet, ils ont des prénoms ridicules. Et quand je repensais à ma rencontre avec Haru et les autres, je me rappelais les avoir détesté. Pourtant, je peux vous assurer que je me rends compte de ma connerie. Ces huit-là étaient des rustres sans manières, abordant la violence et la mort avec un plaisir morbide. Même ceux de la Onzième Division n'étaient pas comme ça. Parce que eux ne combattait pas pour voir leur adversaire mourir sous leurs yeux avec des sourires de dégénérés, ou ne les faisait pas souffrir lentement, éprouvant un quelconque plaisir à entendre des plaintes de douleur. Le groupe Yoso, si. Ils préféraient administrer à leurs adversaires une mort lente et doucereuse, se délectant de chaque cri de souffrance. Je parie qu'ils en bandait, ou jouissait. Plusieurs fois déjà, je les avais traité de nazis. Homophobes, meurtriers … Et en élan de rigolade malsaine, ils m'avaient confié qu'Hitler était l'une de leurs figures emblématiques, et qu'ils respectaient ses idées. J'avais eu peur, sur le coup. Ils me répugnaient. Traitaient les gens comme de la merde. Ne respectaient rien ni personne. L'un d'eux avait même craché sur un enfant réclamant un peu d'argent, suivi par tout les autres en des rires grossiers et tonitruants. Plusieurs fois, je les avais vu humilier des jeunes femmes. Des monstres. Sans cœur. Sans âmes. Comment se fait-il qu'ils ne soient pas à moisir en Enfer ?!

Je soupirais. Assise dans un bar, je laissais mon regard divaguer sur mon thé, puis sur la table. Avant que mon attention ne soit concentrée de nouveau sur Haru, Natsu, Aki et Fuyu. Bien qu'ils aient été '' virés '' de leurs statuts de protecteurs (encore une fois, oui), j'étais restée en contact avec eux. N'ayant plus le droit de se rendre à leur ville natale, ils logeaient dans des appartements de la Dixième Division. Et je dois vous assurer qu'ils étaient dépassés. Par tout les événements. Des cernes et des teints pâles. Ils s'inquiétaient pour moi. Et j'en étais peinée.


- Vous devriez vous reposer !, dis-je.


Seuls des yeux vides me répondirent. Et … euh … comment vous dire ? J'ai eu peur de les regarder, ces yeux. Peur de m'y plonger, pour y rencontrer une terrible souffrance et fatigue.


- C'est vrai ! Maintenant que vous n'êtes plus chargés de me protéger, vous pouvez profiter de la vie !

- Karin … Tu ne te rends pas compte de la situation ? Ces mecs sont dangereux !, s'exclama Natsu. Tu aurais été plus en sécurité avec Raytoku qu'avec eux !

- N'exagère pas …

- Je n'exagère pas, Karin ! Ces types sont des monstres sans cœur, des merdes sans pitié !


Je le sais, ça … Je le sais, mais je ne peux m'empêcher de vouloir que mes quatre amis se reposent, qu'ils oublient leurs obligations. Alors, quitte à être sous la charge de fumiers nazis … Pourtant, je restais en silence. Je n'énonçais pas à haute voix mes pensées. Parce que je savais qu'ils me contrediraient si je leur avouais. Donc, je me taisais.



- Bordel, t'étais où encore ?, grogna Tochi.


Je ne répondis rien et continuais à marcher dans la rue. Voilà une heure que j'avais quitté Natsu et les autres.


- Encore avec ces tapettes hein ? Putain, je sais pas comment tu fais pour rester avec ces sales pd ! Pire que de la merde … !, se moqua vulgairement Denki.


Inspire, expire. Inspire, expire. Bien … Allez, on recommence. Inspire, expire. Zeeeen. Keep calme, peace and love. Tout va bien. Voilà en quoi se résumaient mes pensées. Je continuais à me taire et à les devancer, créant ainsi plus d'espace entre eux et moi. Pourtant, Kasai ne fut pas de cet avis, et posa brutalement sa paume sur mon épaule, me forçant à me stopper et à me retourner. Puis il me secoua comme si j'étais un prunier.


- Dis donc, sale morveuse, on répond quand on te cause !

- Lâche-moi, ordonnais-je en le repoussant violemment.

Je le fusillais du regard. Un regard si noir qu'il aurait pu faire trembler de peur un Hollow. Mais mon interlocuteur ne le prit pas comme ça, et s'énerva, avant d'encercler ma gorge d'une seule main et me plaquer abruptement contre un mur. Je pouvais le tuer. Je pouvais le faire souffrir. Mais le souvenir de Shirotsume envahit ma mémoire, et engourdit chacun de mes muscles. Mon dos me faisait mal. Le souffle, déjà que coupé au début, me manquait. Et la prise qu'il avait sur ma gorge dénudée était si forte que je crus qu'il voulait la broyer entre ces doigts. Alors, en un instinct de survie, je laissais échapper une importante quantité de reiatsu. Et disons que les secours ne tardèrent pas à arriver. Toshiro, Ichigo, Ookami, Saya, Ai, Dosan, DJ ainsi que Haru, Natsu, Aki et Fuyu apparurent brusquement. Et le tableau qui se déroula devant mes yeux ne fut que trop vif pour que je puisse distinguer un geste précis.

Toshiro avait placé sa lame sous la gorge de Kasai, le menaçant du regard. Ichigo, lui, pointait son zanpakuto au niveau du dos de ce dernier. Ai, quant à elle, avait posé sa main violemment sur le poignet que possédait la main qui m'étranglait, sa lame piquant le ventre du membre du groupe Yoso. Le reste, eux, se chargeaient d'empêcher les autres d'intervenir.


- Lâche-la, immédiatement, dicta Toshiro.


A l'entente de sa voix, on aurait cru revivre au siècle polaire, tant il était glacial. Kasai le regarda brièvement, avant de souffler bruyamment et me relâcher. Sans m'en rendre compte, je m'écroulais par terre, ma main posée sur ma gorge, tentant de reprendre mon souffle. Je devinais sur ma peau des marques rouges et violacées, et je réprimais un haut-le-cœur. Puis Kasai s'éloigna de moi après un regard méprisant, tandis que Toshiro et mon frère se placèrent à mes côtés, s'assurant que j'allais bien. Je les rassurais. Ils m'aidèrent à me relever, et je vis le combat visuel que nous offraient les protecteurs des deux groupes. Une tension horrible pesait dans l'air, et une aura haineuse flottait autour d'eux.


- C'en est assez !, tonna Natsu. Vous avez failli la tuer !

- Qu'est-ce que ça peut te foutre, la tarlouze ? Tu devrais pas être en train de sucer des queues ?!


Et, ne me demandez pas comment, mon poing a atterrit dans sa face. Si si, indépendamment, je vous jure ! Mais Dieu que ça fait du bien de le voir saigner et couiner pour un nez cassé ! Un silence de plomb s'abattit sur nous, mais je ne le relevais pas.


- Ça, sale con, c'est même pas le dixième de ce que t'as fait à Natsu et Haru, déclarais-je froidement. Alors, à partir de maintenant, tu vas fermer ta grande gueule, pigé ? Ou je te jure que y aura pas que le nez qui sera cassé.


En disant cela, j'avais lorgné sur ses parties intimes, et il a rapidement comprit le message. Brave petit. Puis je m'en étais allée aux côtés de mes proches, regardant de haut le groupe Yoso même si j'étais plus petite qu'eux. Et Natsu continua, comme si rien ne s'était passé, que personne ne l'avait interrompu. Je ne sais pas comment il fait, mais il est fort. Très fort.


- On vous propose un duel.

- Hein ? Et ce sera quoi la récompense ?

- Si on gagne, on récupère la charge de Karin, et vous disparaissez.

- Très bien. Mais si nous gagnons … Vous vous tuez, annonça Kage avec un sourire cruel et malicieux.


Un frisson commun parcourut les corps de mes proches, sauf ceux de mes anciens protecteurs, dont le regard était aussi dur que du diamant.


- Très bien.


Ça y est. L'enjeu est lancé, et il est désormais impossible de reculer.