Chapitre 3 (p2) : La vengeance de Tōsen et du clan Tsunayashiro

par Co.

- L'homme qui a tué Kakyô est issu de la lignée de l'une de ces cinq grandes familles nobles.

- … !

Kaname Tōsen savait qu'elle était mariée à un shinigami. Mais il n'a jamais entendu dire que c'était avec une famille aussi distinguée !
À la stupéfaction de Kaname, le shinigami continue de parler un peu plus :
- Il n'est pas le descendant de la branche principale, mais il est issu d'une de ses branches. Bien que cet homme n’ait pas de pouvoir politique significatif, il est noble. Et un noble peut faire se faire relaxer pour le crime d’un meurtre, qu’il soit coupable ou non. S'il avait été membre de la maison principale, il aurait été traité comme si le meurtre lui-même n’avait pas existé. Alors je suppose que les choses seraient résolues en accusant Kakyô de trahison et en l’exécutant.

- Une chose pareille... ! Une chose pareille… c’est absurde !

Instinctivement, Tōsen élève la voix avec colère.
À partir du moment où il avait appris que l'homme qui avait assassiné sa chère amie n'était pas condamné pour son crime odieux, il avait envisagé qu'une telle possibilité puisse exister. Cependant, il ne voulait pas croire que de telles choses arriveraient dans une organisation qui se définissait elle-même comme « une force défendant la justice ».
Pour cette raison, et en particulier parce qu'il voulait démentir cette affirmation, il était allé au péril de sa vie jusqu'à cet endroit pour faire appel directement au Central 46.

- Que sont les Shinigamis? Les 13 Divisions ne sont-elles pas un groupe qui défend la paix et l'harmonie dans la Soul Society et le monde réel !? Le Central 46 ne rassemble-il pas les citoyens incarnant les principes du monde!?
- La paix a été défendue. La noblesse fait aussi partie de ce monde :
leur paix a été défendue. C’est ainsi. Et l’actuel Central 46 symbolise certainement un monde tout aussi irrationnel.
- …ptain !

Kaname est sidéré par les affirmations du shinigami.
En réponse à cela, le shinigami plutôt vexé déforme son visage en une grimace. Il ouvre alors la bouche pour lui dire :
- Je suis douloureusement conscient de tes sentiments. Je pense aussi que c’est étrange, peu importe comment nous le pensons, que l’homme qui l’ait tué n’ait pas été sérieusement inculpé pour son crime. Mais c'est la Soul Society. Les 46 juges sont sous la coupe des cinq grandes familles nobles… particulièrement l'influence du clan Tsunayashiro…
Il parle avec une expression douloureuse sur le visage et il serre très fort son poing, tout comme Kaname Tōsen.
Après avoir vérifié qu'il n'y avait personne autour d’eux, il commence à poser une question à voix basse.

- …Malgré tout cela, j'ai l'audace de te demander, à toi, qui est son ami proche…
- …?

Bien que Kaname soit dévoré par la rancœur, il avait arrêté son dialogue interne en entendant le ton grave de l’homme. Il referme la bouche légèrement agacé et écoute attentivement les paroles de son compagnon.

- Si toi et moi avons assez de pouvoir pour nous venger, devrions-nous le faire?
- C'est…
- C’est aussi une question confrontant ses souhaits et son honneur. Ce pourrait-il qu'elle veuille réellement que nous la vengions, Tōsen ?

Bien que Kaname ne puisse pas voir le visage de son compagnon, il peut sentir quelque chose, comme une légère soif de sang, dans chaque mot prononcé par le shinigami.
De son côté, Kaname arrive à peine à contenir sa propre colère. Il se souvient des paroles de sa chère amie, tout en réfléchissant à comment il allait formuler ses phrases.
Pour sa camarade, la soif de sang est une chose très éloignée du monde auquel elle aspirait.
Tandis qu'il tente désespérément d’écouter son cœur, Tōsen essaye de répondre à la demande du shinigami :
- … Je ne pense pas qu'elle voudrait que nous la vengions. Si tel est son souhait ... moi aussi je...

Tout à coup, ses mots s'arrêtent là. Il avait voulu dire « moi aussi je n'ai aucun désir de vengeance » mais il fut impossible de sortir ces mots de sa bouche.
Il savait qu'elle ne voudrait jamais qu'une autre personne prenne sa revanche sur son compte.
Cependant, dans le creux de ses tripes l’incessant remous de ses émotions ne voulait pas admettre l’inacceptable. Ses souhaits à elle n’avaient rien à voir avec ses souhaits à lui.

- Ses souhaits n’ont rien avoir avec ça.
- Kaname prend ta revanche, pour toi-même.

Une foule de sentiments négatifs envahit les pensées de Kaname. Mais il n’écoute pas ces voix.
Il se dit que s’il s’autorise ou autorise quelqu’un d’autre à suivre ce flot de haine, cela sera comme si elle mourrait pour la seconde fois.
Il deviendrait le témoin vivant des espoirs piétinés. Des espoirs misent à mort par ses propres mains…

Kaname ne peut rien faire d'autre que de continuer à formuler soigneusement ses mots, tout en refoulant ses propres envie de destructions.

« Moi aussi je… pense ... qu’elle voudrait que je respecte son désir de justice et de paix. »

- Je vois. C’est vrai. Elle adorait assurément la paix. C’est pourquoi elle a perdu la vie, mais je ne pense pas que ce soit une faiblesse…
Le shinigami, dont la soif de sang avait disparu, continue de s'adresser à Kaname de manière objective cette fois :
- … Si quelqu'un pouvait prouver que ce qu'elle espérait ne constituait pas une faiblesse mais une force, ce serait à des gens comme toi de le faire, tu ne penses pas?
- …
- S'il te plait, vis en perpétuant son souhait. Fais en sorte que ces effusions de sang inutiles ne balayent plus jamais ce monde.

Bien qu’il comprenne du fond de son cœur les mots prononcés par le shinigami, il réalise à la place que cet homme aussi retenait sa propre haine.
Il comprenait tout comme lui la volonté de Kyokô.
Il décide de le remercier, pour avoir retenu la haine qui lui entachait le cœur.

- …Merci beaucoup.
- Non, c'est moi qui dois te remercier. De cette façon, une personne comme toi héritera sa dernière volonté.
- Je vous en prie, mais, pour moi il faut des qualités requises pour ...
Même maintenant, sa colère et sa haine l’embrouillait encore. Il se sentait incapable de perpétuer la volonté de son amie.
En réponse à Kaname, le shinigami lui adresse un doux sourire :

- Tu n’as pas besoin de qualifications pour hériter des souhaits d’une personne. Te ne le pense pas? Elle m'a un jour déclaré: « mes souhaits personnels ne sont pas très importants. Comme les étoiles dans les cieux, je veux simplement protéger quelque chose qui continue de briller, c'est ce genre d'espoir modeste qui est très important. »

- …

Le fait qu'elle ait également raconté cette histoire à cet homme, lui laissa deviner qu'elle avait vraiment placé de l'espoir dans ses camarades shinigamis.
Lorsque Kaname Tōsen est traversé par cette pensée, il est soulagé d’avoir rencontré une personne parmi les shinigamis qui la respecte autant.
- Dites ... si ça ne vous dérange pas, pourriez-vous me donner votre nom?

Et alors, il a entendu le nom.

Le fait qu'il y ait une autre personne que lui-même, ayant pourtant compris la vision de sa chère amie… Le monde est cruel et sans pitié…
C’était avec une attitude calme que l'homme avait prononcé son nom :
- En effet, je m'appelle Tokinada. Tokinada Tsunayashiro.
- Pardon? Vous… êtes… « maître Tsunayashiro » … … … … ?

Les pensées de Kaname ont cessé de fonctionner à cet instant.
Un sévère sentiment d’inconfort l’envahit.
Parce que d’un nom familier vient d'être prononcé par la bouche de l'homme devant lui.

- Non. Mais. Ça ne se peut pas être lui.
- Cela doit être un malentendu.

Kaname essaie de demander le nom une seconde fois.
En observant l'expression du visage de Kaname, l'homme secoue un peu la tête.

- Ce n'est pas un malentendu. Tu m'as bien entendu, Kaname Tōsen.
- Huuh … …?
- Vous n’avez probablement pas reconnu mon visage, évidemment. Ni même ma voix. Je dois dire que si je ne vous avez pas donné mon nom ce n’était pas par hasard. Je n’aime pas beaucoup l’idée de changer d’identité.
- Hein ? Qu'est-ce que…

Kaname est abasourdi, mais ses tripes elles crient et son instinct aligne deux ordres contradictoires :

- Tue-le !!
- Enfuit toi !!

Des sentiments de haine et de peur s'entremêlent, se diffusant précipitamment dans les veines de son corps.
Sa raison et son raisonnement dysfonctionnent.
Kaname est incapable de choisir entre l’une ou l'autre des actions commandées par ses tripes.

L'homme parle à Kaname d’une façon pour le moyen déconcertante :
- Laisse-moi te le dire une fois de plus. Moi, Tsunayashiro Tokinada, je suis le mari de ta chère amie.
Eh bien, je dois te dire maintenant que je suis aussi la cause de toutes ses souffrances.

- …