Une reprise paisible

par scarain

Le retour impromptu du Capitaine Kuchiki le matin même déclencha un vent de panique à la Sixième Division. Nul ne s'attendait en effet à son retour et ces derniers jours passés avec, pour seul supérieur hiérarchique, le Lieutenant Abarai, avaient été plutôt cools pour les soldats qui y avaient leur internat. Dès en arrivant, Byakuya fit le tour des chambrées, alluma la lumière pour réveiller ceux qui prolongeaient leur nuit et ordonna d'une voix qui ne souffrait aucune objection un rassemblement immédiat dans la cour interne. Encore fatigués de leurs excès de la veille, ses hommes s’y alignèrent en rang imparfaits. Droit comme un I, et plus froid que la mort, le Capitaine Kuchiki les passa alors méticuleusement en revue, ce qui, pour certains, fut le plus long moment de leurs vies. La moindre imperfection dans le port de l'uniforme valut aux plus laxistes un regard méprisant suivi de trois tours de Seireitei au pas de course, pour l'exemple. Les autres se remirent rapidement au travail et chacun fila droit dans les couloirs.


Satisfait que l’ordre soit rétabli au sein de sa division, le capitaine Kuchiki regagna alors impassiblement son bureau et admira le travail que Renji avait fait en son absence. S'il lui avait dit que son autorité n'avait pas fait de miracle auprès de leurs hommes, il ressentit pourtant une grande fierté à la vue des dossiers qui reposaient sur les étages, soigneusement rangés par ordre d'intervention. Il n’avait plus qu’à reprendre la suite, ce qu'il fit de son mieux, essayant d'occulter ce qui venait de se passer entre eux deux. Au bout d’une heure pourtant, il leva les yeux de ses dossiers et observa par la fenêtre les nuages qui filaient rapidement dans le ciel.


Renji…


Il sentait encore sur lui le corps brûlant de son Lieutenant, son étreinte possessive, l’ardeur de ses baisers. Il avait beau essayer de rompre le cours de ses pensées sulfureuses, rien n’y faisait. Il avait autant envie de le rejoindre que de le fuir, mais se ressaisit rapidement pour replonger dans son travail et ne plus laisser cours à sa rêverie. A la fin de la journée, lorsque tous furent partis, il rentra d’un pas tranquille à son manoir, admirant en chemin les cerisiers en fleurs dont les pétales, gracieusement portés par le vent, dansaient autour de lui. Son cour se gonfla d'un bonheur aussi soudain qu'inédit. Était-ce la beauté de hanami qui jouait avec ses sens ? Non, car il en avait vécu beaucoup depuis que sa défunte épouse avait quitté ce monde et jamais ce spectacle ne l'avait autant ému, tout du moins pas depuis des décennies. Renji...

Il avait oublié ce qu’était l’amour, et se sentait avec lui comme un débutant. A vrai dire, il l'était car il n'avait jamais éprouvé quoi que ce soit pour un homme. A nouveau, une petite flamme s’était allumée dans son cœur, si pure, si fragile, qu’un rien pouvait la souffler. Elle commençait à donner à sa vie un autre sens, une autre saveur et ce, même si la passion que son Lieutenant lui témoignait l’effrayait quelque peu. Car pour Byakuya Kuchiki, il fallait toujours savoir raison garder alors que pour Renji, la raison passait clairement après la passion. Ils étaient si différents l’un de l’autre. Mais ne disait-on pas que les contraires s’attiraient ?

Byakuya soupira et reprit son chemin : Il n’irait pas contre cet amour, aussi condamnable soit-il dans leur monde. Cette relation vouée à la clandestinité allait cependant nécessiter une double vigilance lorsqu’ils seraient en mission côte à côte, encore plus, au quartier général. Et s’il savait mieux que quiconque enfouir au plus profond de lui ses sentiments, il n’en n’allait pas de même pour son fougueux Lieutenant.


Lorsqu'il arriva à son Manoir, ses domestiques s’empressèrent de venir le saluer et de lui préparer un bon dîner, heureux qu'ils étaient de voir enfin de retour leur Maître. Byakuya regagna alors lentement ses appartements. En passant devant la chambre de sa sœur, il s'arrêta devant sa porte, comme charmé. Celle-ci chantonnait à l'intérieur et Byakuya réalisa que c'était la première fois qu'il l'entendait chanter. Il ferma les yeux pour l’écouter et prit plaisir à cette mélodie à la fois colorée et mélancolique. Mais soudain la porte s’ouvrit brusquement devant lui et Rukia se figea en le voyant.

 

-         Nii-sama ? fit-elle toute à sa surprise.

 

Ne s'attendant pas à être ainsi pris sur le fait, le regard du noble coulissa sur le côté de gêne.

 

-         Nii-sama ! s'exclama-t-elle en joignant ses mains devant elle de bonheur. Que je suis heureuse de vous savoir de retour. Le Capitaine Unohana m'a informée de ce qui s'était passé dans votre duel avec le Capitaine Kenpachi. J’étais si inquiète pour vous !

 

-         Tu n'aurais pas dû, et j'en suis désolé. Tout va bien à présent. Ce duel n’est plus qu’un mauvais souvenir, fit-il simplement.

 

-         Je m'en réjouis Nii-sama, s'inclina la jeune brune. Et Renji ?

 

Byakuya détourna légèrement son regard du sien et marqua un temps d’hésitation.

 

-         Il a du être heureux de prendre soin de vous ! continua-t-elle les yeux pleins d'étoiles. Il était si triste la nuit de votre mariage…

 

Ennuyé de discuter dans le couloir, Byakuya pénétra dans la chambre de sa sœur et referma la porte derrière eux. Là, il prit une profonde inspiration.

 

-         Rukia…Pour tout te dire, c'est grâce à lui que je suis de nouveau sur pieds. De plus, nous sommes devenus à présent très… proches…

 

Sous le coup de la surprise, Rukia sentit son visage s’empourprer. L'espace de quelques secondes, elle dévisagea son frère avec de grands yeux afin d'être bien sûr que ce que ces mots laissaient supposer ne soit pas une erreur d'interprétation. Mais devant le visage embarrassé de son noble frère, elle n'eut plus de doutes. Son cœur se gonfla alors d'émotion.

 

-         Je suis heureuse pour vous Nii-sama, et heureuse pour lui, bredouilla-t-elle plus rouge qu'une tomate. Renji est parfois un peu... mais tellement...


- Ne t'inquiète pas Rukia. Je connais Renji, autant qu'il me connait. Il m'est « très cher ».


Très cher... ? La jeune fille leva les yeux vers lui et lui sourit. Elle savait que ce très cher, dans la bouche de son frère, était un « je l'aime » déguisé. Si elle avait osé, elle aurait fait le tour de la pièce en dansant de joie mais elle adopta une attitude beaucoup plus mesurée et s'inclina respectueusement devant lui en lui disant simplement :


Soyez assuré de ma discrétion Nii-sama.

 

-         Merci. C’est une situation très délicate que la nôtre. Nul à part Yoruichi ne doit savoir. Je lui dois bien cela et elle fait partie de la famille maintenant.

 

La joie de Rukia retomba subitement à ces mots. Oui, elle faisait bel et bien partie de la famille maintenant et c'est justement pour cette raison qu'elle se permettait largement de mettre son nez dans ses affaires. Elle l’avait tellement harcelée l’autre jour pour savoir ce qui s’était passé entre elle et Ichigo qu'elle la fuyait à présent comme la peste.

 

-         Dans ce cas Nii-sama, vous pourrez le lui dire tout à l'heure car Yoruichi vient dîner ici répondit-elle d'un air sombre.

 

-         Fort bien ! acquiesça le noble. Mais il me semble que sa visite ne semble pas te réjouir... Je me trompe ?


- Oh, mais je n'ai rien contre elle ! Yoruichi est quelqu'un d'extraordinairement intrusive agréable à vivre, héhé !! se força-t-elle à dire.

 

Byakuya la considéra avec un petit sourcil dubitatif et tourna les talons pour aller se préparer avant l'arrivée de celle-ci. Il salua d'un regard sa jeune sœur et referma doucement la porte derrière lui avant de se diriger vers les quartiers de ses domestiques. Quelle ne fut pas la surprise de ses cuisiniers en le voyant débarquer à l'improviste ! Bien conscient de la stupeur causée par sa venue, Byakuya leur adressa un regard vaguement amusé :

 

-         Messieurs, faîtes comme si je n’étais pas là. Je souhaite juste vous observer dans votre art ! leur déclara-t-il le plus sérieusement du monde.

 

Plus facile à dire qu’à faire pour ces hommes qui avaient été jusqu’ici habitués à ce que les mondes ne se mélangent pas, et qui n'avaient jamais vu aucun des Kuchiki se pointer dans leur cuisines pour les regarder faire. Une tension presque palpable s'installa tandis qu'ils s'affairaient aux fourneaux. De son côté, Byakuya observait les ustensiles avec curiosité et se montrait attentif à tout ce qu’ils faisaient, n'hésitant pas à poser de nombreuses questions. Il regardait par-dessus leurs épaules et prenait des notes quant à la réalisation des soupes et des riz parfumés. Il surveillait même le temps de cuisson en touillant lui-même de temps en temps. Effarés, cuisiniers et marmitons se jetaient de temps à autres des regards étonnés, et attribuèrent ce soudain intérêt pour la cuisine au mariage hâtif de leur Maître. Mais il n'en n'était rien. Byakuya Kuchiki, dont l'orgueil avait souffert lors de sa dernière tentative culinaire, comptait bien se rattraper auprès de Renji en excellant dans ce domaine. Il avait perdu la face une fois, et s'était juré qu'il n'y en aurait pas de deuxième.


Lorsqu'il s'estima satisfait de cette petite prise de note, il se rendit alors dans son bureau privatif afin de s’occuper du Kekkon no hon’shi, et ce, non sans quelque appréhension. Il ouvrit l’alcôve dans laquelle se trouvait la statuette et chancela à sa vue. L’objet sacré avait repris sa forme normale. Il ne représentait plus un babouin mais un chat tenant un sabre. Médusé, le beau brun se laissa choir dans son fauteuil et le contempla pensivement. Se pouvait-il qu'il ait repris sa forme originelle suite à ce qui s'était passé entre lui et Renji ? Impossible. Et pourtant...

 

-         Était-ce donc cela que tu voulais ? songea-t-il en promenant ses doigts sur la statuette. Que je fasse ce que mon cœur me dicte ?

 

Le quartz fantôme étincela étrangement en guise d’affirmation et le noble en fut décontenancé. La magie de cet objet était décidément quelque chose de bien opaque pour son esprit pragmatique. Il tourna légèrement la tête sur le côté et le portrait d’Hisana lui souriant le bouleversa. Il baissa son beau regard nuageux au sol et lui demanda pardon de ne plus être à elle et à elle seule, au-delà de la mort. Bien conscient que ceci soit tout à fait exagéré, il espéra que l'âme de sa bien-aimée, où qu’elle soit, ne lui tienne pas rigueur de la tournure que prenait sa vie. Car que pouvait-il faire de plus que ce qu’il avait déjà fait ? Tant d'années s'étaient écoulées dans le chagrin et le deuil, qu'il lui semblait que le moment était venu de se tourner vers l'avenir, au risque de faire une erreur.

Byakuya rangea alors l’objet précieux dans sa cachette, s’inclina devant le portrait de celle qu’il avait tant aimée, et s’en alla prendre un bon bain chaud avant de se rendre au dîner. En se déshabillant, il constata dans le miroir, médusé, que son tatouage avait disparu. Le Capitaine Unohana avait raison depuis le début. Tout rentrait dans l’ordre à présent qu’il avait accepté l’amour qu’il se bornait à refuser. Il se fit donc un devoir d'aller s'excuser auprès d'elle pour son attitude injuste et se promit d’aller la visiter dès le lendemain.

 

Quelques heures plus tard, Yoruichi arriva d’un air conquérant à la propriété des Kuchiki et salua les gardes qui s’inclinèrent à son passage. Sa mission première de ce soir allait être de tirer les vers du nez à Rukia au sujet de sa relation avec Ichigo, mais elle dut y renoncer en apercevant Byakuya qui discutait avec elle en terrasse. Elle n’en fut pas moins heureuse de le voir de nouveau d’attaque.

 

-         Salut vous deux ! Alors Byakuya d’amour! Tu n’as pas traîné pour te remettre sur pied à ce que je vois !

 

-         On ne se débarrasse pas de moi si facilement ! répondit-il avec ironie. Ce kenpachi a agi en traître sans quoi, j’aurais fais un parcours sans faute.

 

-         Unohana m’a dit ça ! Quelle histoire ! On peut dire que t'as frôlé la correctionnelle parce que si ça c'était su... ! Bon, je ne vous cache pas que je meurs de faim ! Je me suis entraînée toute la journée. D’ailleurs, tu ne devais pas me rejoindre Rukia ? fit-elle les poings sur les hanches.

 

-         Je…J’ai eu un empêchement Yoruichi-dono. Désolée.

 

Intrigué, Byakuya regarda sa sœur avec de grands yeux, et proposa de passer à table pour détendre l’atmosphère qui régnait entre les deux jeunes femmes. Les serviteurs leur apportèrent alors des plats forts appétissants. Yoruichi attaqua le repas avec férocité sans même attendre qu'ils soient servis, ce qui indigna la plus jeune. Byakuya, suspendit ses baguettes en l’air, halluciné de voir sa compagne engloutir autant de sushi à la fois. Elle s’essuya la bouche d’un revers de la main, ce qui le figea un peu plus dans sa stupéfaction. Force était de constater que l’éducation qu’ils avaient reçue en tant que nobles différait quelque peu, ou bien est-ce justement parce qu'elle avait été élevée dans un carcan rigide que la féline se comportait comme un camionneur. Le beau brun en était tout pantois. De son côté, Rukia semblait dans ses petits souliers. Elle picorait sa nourriture, figée et silencieuse. Quelque chose s’était passée entre elles qu’il ignorait, mais quoi ?

 

-         Dis-moi, sais-tu cuisiner Yoruichi ? demanda-t-il en manquant de la faire s’étouffer.

 

-         Byakuya…ne me dit pas que tu veux me mettre derrière un fourneau ! La réponse est dans tes rêves !

 

-         Détrompe-toi. Je te pose cette question parce que je m'intéresse en ce moment à la cuisine.


La princesse le regarda avec des yeux ronds et partit dans un fou rire qu'elle eut bien du mal à calmer.

 

-         Hahahaha ! ah oui, en effet. Ton duel a mal tourné mon petit Byakuya ! Tu es tombé sur la tête ou quoi ? Mon noble époux qui s'intéresse à la cuisine ! On aura tout vu !

 

Le beau brun se referma comme une huître et bu son thé en lui lançant un regard noir.

 

-         Oh, allez, excuse moi Byakuya…Après tout, la cuisine est un art comme les autres, tu as raison. C’est juste que je ne m’attendais pas à quelque chose de ce genre. Ça ne t’étonne pas toi, Rukia ?

 

-         Nii-sama a raison de s'y intéresser, s'énerva la petite brune en serrant les poings sur ses genoux. La cuisine est un art noble qui n’est pas uniquement destiné aux femmes ! répondit-elle en la fixant.

 

-         Mais ne t'énerves pas !  Je suis d'accord avec toi. Et puis, même pour toi ce serait intéressant d'apprendre à cuisiner ! Tu pourrais faire de bon petits plats pour tes amis sur terre ! répondit-elle avec un sourire plein de sous-entendus.

 

Le visage de Rukia s’empourpra.

 

-         Nii-sama ? J’ai fini mon repas. Puis-je me retirer ? Il faut absolument que j’aille voir le Capitaine Ukitake avant qu’il ne se couche pour lui faire signer mon compte-rendu.

 

-         Va Rukia. Il n’y a aucun problème, répondit-il en lui adressant un regard empli de curiosité.

 

Elle les salua respectueusement en s'inclinant, avant de tourner les talons et de refermer le shoji sur elle. Le noble interrogea du regard Yoruichi. Celle-ci lui fit un large sourire qui cachait bien quelque chose.


-         Que s’est-il passé ici en mon absence ? demanda-t-il d'une voix d'outre-tombe

 

-         Rien du tout Byakuya. Qu’est-ce que tu vas chercher ? Je m’entends très bien avec Rukia. Je l’ai juste un peu titillée dernièrement sur Ichigo.

 

-         Et alors ? tressaillit le noble. Tu as appris quelque chose ? demanda-t-il, soudainement suspendu à ses lèvres.

 

-         Hahaha! Voyez vous ça ! Et bien non, je n’ai rien appris mon cher. Ta petite sœur est aussi muette que tes carpes quand on lui parle du shinigami remplaçant. Ce qui est révélateur...

 

-         Je te pensais plus persuasive, soupira Byakuya, visiblement très déçu de ne pas avoir quelque chose à se mettre sous la dent, au propre comme au figuré.

 

-         Mais mon cher ami, même si Rukia me disait quelque chose, je ne te le dirais pas. Un secret de femme reste entre femmes!

 

-         De toute façon, il faudrait vraiment être aveugle pour ne pas s’apercevoir qu’elle est amoureuse de ce jeune impertinent.

 

-         Elle aurait pu tomber plus mal tu ne crois pas ? sourit-elle en pausant la tête sur son épaule.

 

Le noble fronça les sourcils. Yoruichi avait raison. Ichigo était quelqu’un de très bien. Seulement... Seulement, il lui était allergique ! Voilà !

 

-         Au fait, je dois t’informer que le Kekkon no hon’shi a repris sa forme initiale. Je l’ai constaté en rentrant ce soir. Il est redevenu le petit félin espiègle qu'il était au départ.

 

-         Comment est-ce possible ? s’exclama-t-elle en l'interrogeant du regard.

 

-         Autre chose : Mon tatouage a également disparu.

 

-         Ton... Mais comment as-tu fait puisque...


La féline darda ses vertes prunelles sur son noble compagnon. Comment se pouvait-il que la statuette ait repris sa forme originelle et que le tatouage qu'elle lui avait imposé ait subitement disparu. Il aurait fallu que lui et Renji soient... Nan... Et pourtant ! Yoruichi écarquilla les yeux et écouta le silence de son interlocuteur pour ce qu'il avait de révélateur. Ainsi donc, lui et Renji seraient...


-         Byakuya ! Rooh ! J’ai compris ! fit-elle en lui lançant un regard malicieux. Ça alors ! Je n'arrive pas à croire que tu aies cédé à...









 

-         Vraiment ? se redressa le noble, un tantinet vexé.



 

-         Encore heureux mon joli ! Et bien, je dirais que vous formez un couple peu banal… du genre improbable, tu vois ? Mais pas tant que ça finalement ! Vous allez bien vous compléter ! Tu vas pouvoir apaiser Renji qui est un agité de première catégorie, et il va te redonner le côté spontané que tu avais dans ton enfance, ça c’est clair ! Il est tellement plein de vie. Même si ça ne va pas être de tout repos, ça va marcher entre vous, j’en suis sûre ! Sinon, tu sais où me trouver n’est-ce pas ? fit-elle en lui offrant une œillade coquine.

 

-         Yoruichi Shihouin ! protesta le noble. Tu ne changeras donc jamais ?

 

-         Ben quoi ? Je ne vois pas pourquoi je changerais ? Ce que je veux, je le prends. S’il n’y a rien à prendre, je prends du bon temps en attendant.


-         Ce n’est pas vraiment ma philosophie.

 

-         Il n’y a que toi pour te prendre la tête à ce point Byakuya ! C’est ce que j’aime chez toi…Cette envie irrésistible de rendre tout compliqué quand tout peut être si simple. Tu passes ta vie à ça ! Tu m’amuses ! En tout cas, je suis heureuse pour toi, vraiment. Et puis je t’avouerai que faire partie du clan Kuchiki, même sans être tous les soirs dans ton lit, comporte des avantages non négligeables ! ricana-t-elle en vidant sa coupe.

 

-         Comme ?

 

-         Comme avoir enfin accès aux livres les plus précieux en toute liberté, comme avoir agrandi mon terrain de jeu, comme avoir deux fois plus de poids pour contrer les décisions des Sages, comme pouvoir réintégrer des personnes qui aimeraient bien revenir en toute quiétude à Soul Society, comme…

 

-         Comme Urahara par exemple…

 

-         Comme Urahara, en effet.

 

-         Je t’appuierai dans ce sens si tu veux. Pour moi aussi cela comporte bien des avantages. Je ne te cache pas avoir mesuré mes intérêts dans ce mariage. Nous sommes donc quittes.

 

-         Tout est bien en effet, et pour eux, et pour nous ! Kempaï Byakuya! lança-t-elle en levant son verre.

 

Byakuya ressentit un grand soulagement de savoir qu'elle ne le contredirait pas, ni même ne le jugerait dans son choix. Ils discutèrent alors une bonne partie de la soirée, de tout et de rien, appréciant simplement la compagnie de l’autre et savourant cette complicité qu’ils avaient perdue il y avait quelques années.  Puis, lorsque la nuit fut bien avancée, Yoruichi quitta la propriété des Kuchiki afin de regagner la sienne. Elle était loin de se douter que, perchée dans un arbre du jardin seigneurial, Soi Fon notait le moindre de leurs faits et gestes.

 

 

De nouveau seul, Byakuya regagna sa chambre et alluma sa petite lampe. Une lumière tamisée baigna alors la pièce. Agenouillé, il sursauta en ressentant un léger reiatsu dans son dos. Renji était là, adossé à la cloison. La lumière faisant jouer les ombres sur son beau visage hâlé. Byakuya sentit alors son cœur bondir hors de sa poitrine mais ne laissa rien paraître de sa surprise :

 

-         Renji, chuchota-t-il en se relevant dans un doux bruit de plissés, tu as pris des risques. Tu n’es pas sensé être ici à une heure pareille.

 

-         Pardonnez-moi Taicho…J’avais tellement envie de vous voir, lui dit-il en rougissant légèrement. Je suis désolée de ne pas être venu travailler aujourd'hui. J'ai honte à vrai dire.

 

Byakuya s’avança lentement vers lui et, soulevant délicatement son visage de l'index, ses lèvres se posèrent sur les siennes pour lui offrirent un baiser délicieux. Les yeux clos, Renji sentit la caresse de ses longs cheveux noirs contre sa joue. Les mains du noble effleurèrent son cou, puis ses épaules. Il ne sut pas comment son uniforme glissa à ses pieds tant les gestes de son Capitaine avaient été légers comme l’air. A présent nu, il frissonna et crut que son cœur allait le lâcher en voyant Byakuya descendre le long de son corps, qu'il parsemait de baisers, pour finir agenouillé devant lui.

 

-         Byakuya, fit-il dans un souffle, ne...

 

Ses mots moururent avec la délicieuse sensation de son membre enveloppé par cette bouche si douce. Il étouffa un gémissement de plaisir tandis qu’il lui administrait cette exquise caresse et que ses mains chaudes et fines parcouraient son torse et ses hanches. Byakuya fit alors glisser son peignoir le long de ces épaules, dévoilant dans une invitation silencieuse, la douceur neigeuse de sa peau. Totalement épris de lui, Renji le rejoignit au sol, le souffle court.

 

-         Je ne vous impressionne plus ? lui demanda-t-il innocemment en passant ses doigts dans sa longue chevelure obscure.

 

-         Quand ai-je dit que j’avais peur de toi ? lui dit-il, d’un air provocant.

 

Renji esquissa un sourire et prit ses lèvres d’assaut. Ses mains s'égarèrent fiévreusement sur son corps délicatement musclé, avide de le posséder une deuxième fois. Mais Byakuya noua ses bras autour de son cou et lui susurra de sa belle voix grave :


-         Cette nuit, tu n’auras pas le dessus Abarai Renji.

 

Le beau Lieutenant vit alors le décor basculer autour de lui et se retrouva allongé en dessous du brun de ses rêves. Toute envie de relever ce défi disparut alors pour ne plus laisser place qu'à l'envie furieuse de lui appartenir. Il enfouit son visage dans son cou de cygne et y étouffa un gémissement de plaisir lorsqu’il sentit la douceur avec laquelle son amant avait pris son corps. Terrassé par cette souffrance si douce, qu'il expérimentait à son tour pour la première fois, Renji s’abandonna à son étreinte lascive et experte, se mordant la lèvre jusqu’au sang afin de ne pas crier le plaisir violent qui s’emparait de lui. Il souhaita que ce moment ne finisse jamais et s’offrit à lui totalement.


Dans le jardin, le garde de service vit la lumière s’éteindre dans la chambre de son maître. Tout était en ordre. Lorsque Rukia se réveilla de bon matin, elle passa devant la chambre de son frère et ouvrit un peu la porte. Un joli sourire illumina son visage : Lui et Renji dormaient tendrement enlacés l’un contre l’autre.