Tamaya !! oh la belle bleue!

par scarain

 

Ce même après-midi, l’effervescence gagna peu à peu le clan Kuchiki. Les préparatifs du mariage occupaient les domestiques qui couraient dans tous les sens. La jeune Rukia, euphorique de la matinée qu’elle avait passée avec son grand frère, aidait les servantes à donner un air de fête au manoir, et dressait avec elles des guirlandes de fleurs qu’elles enroulaient le long des poutres, jusqu’aux hauts plafonds de bois précieux. Pendant ce temps, les cuisiniers, aux fourneaux depuis l’aube, s’affairaient à préparer un festin mémorable pour tous. Le Capitaine Kuchiki avait quant à lui filé dans son bureau avec toutes ses emplettes, et donné pour consigne de ne le déranger sous aucun prétexte. Il n’en sortit qu’une heure et demie plus tard, avec un air de satisfaction notoire, et composa le code secret de fermeture des portes en prenant soin de n’en verrouiller qu’une partie. Que voulez-vous, il ne fallait pas rendre la tâche trop compliquée à cette chère Soi Fon ! Fier de son génie, le noble Seigneur tourna ensuite à l’angle du couloir central et fut alors violemment percuté au genou gauche par un objet métallique lancé à vive allure. Celui-ci termina sa course à un mètre derrière lui. Inébranlable, il serra les dents pour ne rien en laisser paraître de la vive douleur que lui avait provoqué cet impact, et jeta furtivement un regard par-dessus son épaule. Blasé, il reconnut le moyen de transport de son pire cauchemar : la trottinette rouge ! Cet engin « du diable » s’était impudiquement renversé sur le côté, et ses roulettes tournaient encore dans le vide avec bruit de crécelle. Des petits pas vinrent ensuite à lui tambour battant.

 

-         Pardon Byakun ! fit une petite voix enjouée. Elle m’a échappée en plein virage ! Il faudrait agrandir le corridor. Dans l’angle, c’est vraiment trop étroit !

 

Avec un imperceptible tremblement de sourcil, le beau brun darda ses sombres prunelles sur ce danger public haut de cent neuf centimètre et véritable parasite de cette noble demeure, d’où dieu sait combien de fois il lui avait demandé de déguerpir.

 

-        Kusajishi Yachiru ! Que fais-tu dans mes jambes ? demanda-t-il, excédé.

 

-    Cà sentait tellement bon de dehors, que je suis venue voir en quatrième vitesse ce que tu préparais à manger !!

 

Le visage du noble devint  subitement très pâle.

 

-         En quatrième vitesse…reprit-il entre ses dents. Et bien pour toi, ce sera de la soupe aux vermisseaux que je vais préparer!

 

-     Super ! s’exclama la petite Lieutenant de Kenpachi, un peu dyslexique sur les bords, car entre « vermisseaux » et le vermicelle qu’elle avait cru comprendre, il y avait certes une ressemblance, mais la différence gustative était néanmoins là. - Et Ken-chan, tu l’invites aussi à ton mariage, dis ?

 

Byakuya ouvrit de grands yeux. Ken-chan…mais oui… Dire qu’il avait failli oublier ce bon vieux Ken-chan ! Un éclair passa dans son regard gris mauve. Il se donna alors la peine de poser un genou à terre et prit la petite fille par les épaules.

 

-         Ecoutes-moi attentivement Yachiru ! lui dit-il d’une voix qui se voulait plus douce. J’ai un message pour Zaraki. Tu lui répéteras mot pour mot ce que je vais te dire, d’accord ?

 

-         Haiiiii ! Tout ce que tu veux Byakun !

 

-        Bien… Tu vas lui dire que le grand Kuchiki Byakuya, héritier du Clan Kuchiki, vingt huitième du nom, l’invite dans son infinie clémence à côtoyer les gens du grand monde, s’il se sent capable de manger proprement à sa table. Tu vas retenir ?

 

-         Oui Byakushi ! Je sais pas trop me repérer dans l’espace mais j’ai une très bonne mémoire. Je lui dirai ça en rentrant.

 

-    Fort bien. Tu lui diras aussi de se coiffer un peu plus décemment pour l’occasion.

 

-     Haiii Byakushiiii ! Mais il va pas aimer ça, je te préviens ! fit-elle en repartant à fond les ballons sur sa trottinette.

 

De nouveau seul, le Capitaine Kuchiki soupira de satisfaction en imaginant la tête qu’allait faire cette brute de Kenpachi quand elle lui répéterait ses mots. Enfin un peu d’action en perspective ! Une manière comme une autre de se dégourdir un peu les membres une fois que tout ceci serait terminé.

 

-         Je ne doute pas que cela le défoulera aussi, songea-t-il en arpentant d’un pas léger le long couloir qui le menait aux cuisines, savourant déjà la perspective d’un combat à huis clos, qui passerait à coups sûrs toute envie au «Kenpachi » de l’affronter de nouveau.

 

Mais une voix énergique venant du grand salon le tira brusquement de ses songes guerriers.

 

-     Ah, te voilà enfin, Byakuya ! fit Yoruichi en débarquant à l’improviste avec Shiba Kukaku. Cela devient difficile de te trouver ! Je te présente notre artificier qui va nous en mettre plein la vue pour notre mariage !

 

-      C’est une plaisanterie ? hallucina le brun.

 

Il n’en croyait pas ses yeux. Interdit, il détailla Shiba, qui le toisait de son sourire carnassier. Le bout de tissu rouge bordé de blanc qui lui servait de robe cachait à peine son opulente poitrine.

 

-         Diantre ! Se croirait-elle dans une maison de passe par hasard ?

 

Quelques mèches hirsutes s’échappaient du bandage blanc qui encerclait sa tête, le reste de sa sombre chevelure dévalant son dos dans un désordre indescriptible…

 

-         Le retour de la momie…en pire songea-t-il en fronçant les sourcils.

 

Pour couronner le tout, elle fumait une longue pipe dont l’odorante fumée flottait désagréablement sous son noble nez.

 

-      Yo, Kuchiki Byakuya ! Ca fait longtemps pas vrai ? lança Shiba en le voyant se crisper. Toujours aussi soupe au lait à ce que je vois !

 

-       «Vous » sentez-vous à la hauteur de la tâche ? demanda-t-il alors d’un air hautain.

 

-      Et comment ! « Vous » me remercierez d’avoir accepté de travailler pour « vous», vous verrez ! répondit-elle alors que le « tu » ne demandais qu’à franchir la barrière de ses lèvres.

 

-      Moi ? Vous remercier ? Un instant je vous prie, fit-il en entraînant Yoruichi à part.

 

La féline s’adossa au mur et lui lança un regard audacieux lorsqu’il se pencha sur elle.

 

-      Arrête un peu où je vais vraiment croire que tu veux m’embrasser mon petit Byakuya ! susurra-t-elle, plus provocante que jamais.

 

Un éclair passa dans les yeux d’acier du Capitaine Kuchiki. Il plaqua sa main au mur, à quelques centimètres de son beau visage, et soutint son regard d’absinthe sans relever ses sous-entendus.

 

-     Je te préviens Yoruichi, je n’ai aucune confiance en elle, lui susurra-t-il plus froid qu’un iceberg. Si son feu d’artifice part en sucette, si elle fait éclater des mickeys dans le ciel, je n’en porterai pas la responsabilité !

 

-     Reste cool Byakuya ! C’est la meilleure je te dis ! sourit la princesse en saisissant doucement son poignet pour le priver de son appui.

 

-     La meilleure, oui….rétorqua le brun en se libérant de cette troublante emprise. C’est pour cela qu’il lui manque un bras, sans doute !

 

Et pan ! Il l’avait mouchée ! Il lui décocha un regard victorieux et tourna les talons. Soufflée, Yoruichi le regarda s’éloigner de sa noble démarche et revint vexée comme tout vers Kukaku, en la priant d’excuser l’attitude méprisante de son futur « époux ».

 

-     T’inquiètes ma belle !! Je ne m’attendais pas à un autre accueil de sa part ! ricana l’aînée du Clan Shiba en se croisant les bras. Viens plutôt me montrer l’endroit d’où le feu sera tiré !

 

La princesse Shihoin et le plus sexy artificier de Soul Society s’en allèrent alors tranquillement prendre les mesures du terrain en direct des jardins, sous les regards médusés des domestiques : la future épouse de leur maître avait des fréquentations qui laissaient à désirer, cela allait sans dire. Marcher pieds nus et vêtue n’importe comment était un manque de respect total dans une demeure telle que la leur. Cela ne faisait que confirmer ce qu’ils pensaient. Ce qui restait des membres du Clan Shiba avait de drôle de mœurs.

 

°°°°

 

Pendant ce temps, avachi sur une pile de rapports datés, tamponnés et signés, Renji rêvassait au bureau de la Sixième Division. Son boulot était enfin terminé et ça n’était pas sans mal qu’il avait achevé la paperasse. Pour une journée de printemps, il faisait en effet une chaleur épouvantable et il aurait volontiers piqué un petit plongeon dans le lac s’il n’avait pas eu à remplacer son vénéré Capitaine. Mais sans avoir les mains attachées hein ? Une fois lui avait suffit !

 

-     Quoique…si Kuchiki Taicho revenait me sauver, je ne dis pas que je ne serais pas prêt à me noyer une seconde fois !

 

Son regard mélancolique caressa la place désespérément vide de Byakuya. Un soupir révélateur s’échappa de ses lèvres. Son beau brun avait-il tenu compte de sa mise en garde quant à Soi Fon ? Cela l’avait-il apaisé par rapport à la nuit dernière ? Avait-il seulement reçu son message ?

 

-    Chanceux comme je suis, la lettre pourrait avoir été égarée par le vaguemestre.

 

 Dire que demain, il dirait oui à Yoruichi…

 

-         Rhhaaaa ! Çà me fout les glandes ! grogna Renji en se gratouillant le menton.

 

Le cafard commençait à l’envahir et avec lui le sommeil, vu qu’il n’avait pas dormi de la nuit. Il pausa la tête entre ses mains pour se reposer un peu, et commençait juste à piquer du nez, quand la brusque entrée d’un Kenpachi hors de lui, le fit sursauter sur sa chaise.

 

-         Il est où ?! hurla le terrible Capitaine de la Onzième Division. Il est où que je le découpe en filet mignon pour ses invités ?!

 

-         Mais de qui parlez-vous ? Qu’est-ce qui se passe ? demanda Renji en tournant autour du bureau pour échapper à sa fureur.

 

-         Comment ça de qui je parle Abarai ? De ton aristo de Capitaine ! Voilà de qui je parle ! Il est où ? Je vais me le faire ! postillonna t-il en faisant craquer ses doigts. Je vais le hacher menu, façon fricassée de dindonneau et le servir à toutes ces grues huppées du grand monde moi ! Alors, il est où ?

 

-         Mais, mais, mais, j’en sais rien moi ! Il n’est pas venu aujourd’hui parce que c’est son jour de congé !! Il se marie demain alors…Il doit être chez lui, qu’est-ce que j’en sais ?

 

Kenpachi se rua aussitôt dehors et partit comme une balle en direction des quartiers de la noblesse. Qu’est-ce que son Capitaine avait bien pu faire pour le mettre dans une telle fureur ?

 

-     Putain, çà pue cette histoire!

 

Ni une, ni deux,  Abarai Renji empoigna Zabimaru et abandonna son poste pour le rattraper, et sauver ce qui pouvait l’être.

 

°°°°

 

Au même moment, dans le clan Kuchiki, tout le monde s’était rassemblé dehors autour de l’héritier, nobles comme domestiques. Tous les regards convergeaient vers Shiba Kukaku qui exultait de faire ses preuves. Elle était prête à faire un premier tir d’essai devant la noble assemblée. Pour cela, des traînées de poudre noire s’entrelaçaient sur les parterres seigneuriaux, véritable insulte au soin qu’accordait le Capitaine Kuchiki à la beauté de ses jardins. Planté sur sa terrasse comme un piquet, celui-ci fusillait la jeune femme du regard. Si jamais elle effleurait ne serait-ce qu’un pétale de ses précieux rosiers, elle allait voir de quel bois il se chauffait ! De plus, Yoruichi n’avait pas daigné assister au tir qu’elle avait elle-même diligenté, et l’avait lâchement abandonné pour aller aider aux préparatifs de son propre clan.

 

-    Yoruichi shihoin…aux abonnés absents, comme toujours...Jamais là quand j’ai besoin d’elle….intolérable….je hais ce chat de malheur

 

-         Ok, on est bon ! Admirez le travail ! brailla alors Shiba à toute l’assistance. Ça va vous décoiffer M’sieurs Dames!

 

Devant une telle assurance, le noble seigneur haussa un sourcil dubitatif. Tandis qu’elle prononçait les innombrables formules d’invocation magique des démons pour la mise à feu de sa fusée, Byakuya, dont le regard lassé dérivait à l’horizon, fut le seul à voir venir vers eux à une vitesse folle, le Capitaine Zaraki Kenpachi qui sautait de toit en toit dans le soleil couchant. Immédiatement, son regard s’illumina et alla alors de Shiba à la fusée, de la fusée à ce boulet de Ken-chan qui arrivait à fond les ballons en plein sur sa trajectoire…C’était inespéré ! Les bras croisés de satisfaction, il attendit avec une impatience tout enfantine que Kukaku achève sa diatribe. La mise à feu se fit alors en quelques secondes, suivit d’une explosion retentissante qui allongea toute l’assistance, sauf lui. La fusée lancée à Mac Douze, percuta quelque chose en plein ciel sans dévier de sa trajectoire, et explosa quelques secondes plus tard. La collision avec Ken-chan n’avait eue heureusement aucune incidence sur la beauté de la gerbe bleutée représentant un phénix royal.

 

-         Tamaya !! jubila Byakuya qui dansait intérieurement.

 

Alors que tous se relevaient peu à peu dans la cour et s’époussetaient mutuellement, l’héritier vint de suite à la rencontre de cette pyrotechnicienne de génie, et la gratifia de nombreux compliments.

 

-         Je vous avais bien dit que vous me remercieriez d’avoir accepter de travailler pour vous Byakuya ! fit-elle un poing sur la hanche. C’était beau hein ?

 

-         En effet,  admit-il poliment. Le résultat dépasse de loin mes espérances.

 

-         Par contre, en ce qui concerne vos rosiers…j’crois qu’ils ont pas aimé ! rectifia-t-elle en jetant un regard de côté sur les tiges cramoisies qui avaient été soufflées par le décollage.

 

-         Ne vous inquiétez de rien ma chère ! répondit le noble en appelant d’un claquement de doigts près de lui son comptable. J’en replanterai de plus beaux, voilà tout.

 

Celle-ci, les yeux écarquillés, finit par se dire que la violence de l’explosion avait déboussolé le Capitaine Kuchiki. Mais elle ne fut pas au bout de ses surprises en le voyant rédiger devant elle son contrat  de travail et régler sa prestation sur le pouce. Il parla un instant tout bas à l’homme qui détenait les clés de sa fortune, et lui paya un acompte fort généreux… « pour la beauté de la démonstration » ! fit-il en tendant l’enveloppe contenant son salaire. Sur ce, il disparut en une fraction de seconde, la laissant seule avec le dit comptable, quelque peu interloqué lui aussi, mais pas pour les mêmes raisons. Il était si petit qu’il arrivait à peu près au même niveau que les seins de la jeune femme, et forcément il ne voyait qu’eux. Deux secondes plus tard, un poing s’abattit sur sa tête et c’est le nez dans l’herbe qu’il recompta ses dents. L’acariâtre Shiba avait frappé fort. Comme d’habitude, aurait dit Ganju !

Non loin, fièrement posté sur l’un des toits qui s’alignaient autour de son clan, Byakuya, attentif au moindre mouvement alentour, chercha des yeux le capitaine de la Onzième Division, ou du moins ce qu’il en restait.  Il n’était pas possible qu’il ait pu éviter la fusée. Où pouvait-il bien être ?  Il ressentit alors le réiatsu de Zaraki un peu plus en contrebas, auquel s’ajouta la sensation d’un réiatsu familier qui venait vers lui à toute allure sur sa droite. Abarai Renji…que vient-il faire par là ?

 

-         Taicho !! Taicho ! Ne restez pas là ! lui criait-il en lui faisant de grands gestes.

 

Sourd à ses injonctions, Byakuya attendit sagement qu’il vienne près de lui et lui fit signe de baisser d’un ton.

 

-         Mais qu’est-ce qui se passe Taicho ? Pourquoi vous ne m’écoutez pas à la fin? fit-il à bout de souffle.

 

-         Je viens de voir le plus beau feu d’artifice de toute ma vie Renji, lui répondit-il tranquillement en lui désignant plus bas le Capitaine Kenpachi, littéralement incrusté dans le sol encore fumant.

 

Renji faillit se décrocher la mâchoire devant l’énorme cratère creusé dans le sol.

                                                                                        

-      Comment Kuchiki Taicho a-t-il pu l’aplatir à ce point ?

 

Comme s’il lisait dans ses pensées, Byakuya lui désigna du doigt le canon d’artificier qui dépassait de la muraille d’enceinte de son clan, et ferma les yeux dans une attitude très digne.

 

-      Naaan ! J’y crois pas !

 

Inévitablement, Renji partit dans un fou rire que rien ne semblait pouvoir arrêter. Bien qu’impassible, Byakuya s’en amusa et passa alors en mode « Kuchiki’s private joke ».

 

-        Ne sens-tu pas comme une odeur de roussi  Renji ? Rha, c’est insupportable ! ajouta-t-il en enfouissant son nez dans son écharpe, ce qui fit redoubler son rire.

 

-     Taicho, fit-il en se tenant les côtes, voulez-vous que je prévienne l’équipe de secours ?

 

-     C’est inutile, je crois. Au menu de demain, il y aura une grillade de sanglier sauvage. Nous n’allons pas les dégoûter avant ! répondit-il le plus sérieusement du monde.

 

Renji éclata de nouveau de rire et lui fit un large sourire. Il admirait la capacité de son Capitaine à jouer aussi finement sur plusieurs registres de compréhension. Son humour grinçant faisait mouche en toute circonstance. D’ailleurs, il en avait fait les frais plus d’une fois.

 

-          Viens, fit alors le noble en se retournant, nous allons boire à son prompt rétablissement !

 

-          Vous parlez sérieusement là, Taicho ?

 

-          Le plus sérieusement du monde Renji. 

 

Comblé par cette invitation, le Lieutenant Abarai posa nonchalamment Zabimaru sur son épaule et lui emboîta le pas, respirant discrètement les effluves de fleur de cerisier qui émanaient de lui. Les deux hommes traversèrent le vaste chantier qu’étaient devenus les jardins seigneuriaux, et que nettoyaient déjà les soldats pour le grand cortège du lendemain. Byakuya passa par la terrasse du manoir et ouvrit le shoji de son salon privé, qu’il referma précautionneusement derrière son Lieutenant afin d’être plus tranquille avec lui. Renji ne put réprimer un frisson à l’idée de se retrouver seul en compagnie de son Capitaine dans cet espace intime. Sans un mot, Byakuya disparut dans une autre pièce et revint aussitôt avec deux coupes et une bouteille de saké.

 

-         Quoi ! Vous buvez avec moi Capitaine ? s’exclama le beau Lieutenant.

 

-         Seulement lors des grandes occasions. N’en n’est-ce pas une ? demanda le noble en s’asseyant face à lui.

 

-         Si, on peut le dire ! sourit Renji. Le Capitaine Zaraki est arrivé tout à l’heure au Taisha, hors de lui.  Jamais je l’avais vu comme çà ! Il voulait vous découper en fines rondelles et vous servir à vos invités !

 

-         Et bien il repassera ! dit calmement Byakuya en débouchant la bouteille avec un joli petit bruit.

 

-         Mais pourquoi était-il si en colère ?

 

Byakuya versa le saké dans la coupe que lui tendait son Lieutenant avant de se servir lui-même.

 

-         Zaraki est susceptible, voilà tout. Mais dis-moi, tu avais l’air de penser que je ne m’en serais pas sorti tout seul, je me trompe ? demanda-t-il avec un regard inquisiteur.

 

-         Heu, non ! Non, bien sûr ! affirma Renji en se grattant la tête. J’étais mort de trouille, à part çà, çà va. Mais il était tellement remonté que je voulais vous prévenir des fois que…Que vous auriez été occupé a… aaaaa … Merde, je suis en train de m’enfoncer tout seul… Enfin, vous avez d’autres chats à fouetter en ce moment ! Oups, merde mais quel con !  Enfin, pas des chats ! … c’est une façon de parler…Je

 

Byakuya baissa les yeux pour masquer l’amusement que lui procurait cette auto flagellation manifeste.

 

-         Ne t’inquiète pas Renji. Je comprends tout à fait ce que tu veux dire, fit-il calmement pour mettre fin à son enlisement. Et il est vrai que toute cette agitation m’épuise. Ce sont eux qui vont avoir ma peau si cela continue.

 

Renji bu cul sec sa coupe pour faire passer le coup de chaud qu’il venait d’avoir et baissa les yeux pour dissimuler le trouble que lui causait cette soudaine proximité. Dire qu’il était là, juste devant lui, si près…

 

-         J’ai beaucoup apprécié ta prose de ce matin et j’ai pris les précautions qui s’imposaient… reprit Byakuya, en plongeant son regard à présent gris bleu dans le sien. Je te suis reconnaissant de ce que tu as fait pour moi aujourd’hui.

 

-         Je n’ai fais que mon devoir Taicho ! déclara solennellement le beau Lieutenant en serrant les poings sur ses genoux. C’est plutôt à moi de vous remercier de m’avoir sauvé la vie… la dernière fois... à l’entraînement. Bien dit mon gars maintenant amène le reste…du courage bordel ! Et puis, pour « la faiblesse » que j’ai eue avec vous Taicho… j’espère que…

 

Byakuya se redressa et préféra le couper de suite plutôt que de se laisser emmener sur un terrain où de toute évidence il serait en grand danger. Une pirouette et le tour serait joué. Démonstration :

 

-         Tu ne m’as pas créé d’ennui Renji. Je te rassure. Yoruichi a fermé les yeux sur ce qui s’est passé au lac. (Sous-entendu, moi aussi. Désolé Renji, mais à vouloir me coincer de la sorte, tu ne me laisses pas le choix…)

 

Il y eut un long silence pendant lequel le lieutenant Abarai devint très pâle. La réponse de Byakuya produisait l’effet escompté. Il avait l’impression que tout ce qui s’était passé n’avait plus d’importance pour le Capitaine Kuchiki, que cela n’avait été qu’une erreur et rien de plus. Il ne faisait d’ailleurs rien qui puisse l’inviter à penser le contraire, et se demanda s’il avait bien fait de refuser la proposition de Soi Fon. A présent, il était trop tard. Les dés étaient jetés et il avait perdu. Indifférent en apparence, Byakuya assistait impuissant à la décomposition de son Lieutenant, en pensant à la petite pierre qu’il lui avait achetée ce matin même.

 

-       Renji, ne perd pas ton feu pour autant…Reste aussi flamboyant dans l’épreuve que cet ambre.

 

La pierre était là, bien au chaud contre son cœur, mais il se refusait à la lui offrir. Il trouvait le moment mal choisi et il avait peur. Oui, bien qu’il déteste ce mot, Byakuya avait une peur panique à l’idée d’offrir ce modeste présent à son subordonné. Il n’avait jamais éprouvé la peur auparavant mais devant Renji, il reculait. Si seulement celui-ci le savait…