La surprise du chef et son retour de baton

par scarain

Tandis qu'il gravissait les unes après les autres les marches du Palais, Byakuya sondait son cœur sans vraiment le vouloir et réalisait que, curieusement, l'angoisse qu'il avait éprouvée sur le chemin qui l'avait conduit jusqu'ici n'était plus que tristesse et regrets. Alors qu'il s'apprêtait à faire face au très respecté Yamamoto Genryuusai, et qu'il était prêt à défendre ses droits et ceux de Renji, son cœur se trouvait envahi par l'étrange sentiment que pourrait éprouver un fils fautif revenant au foyer parental ; L'heure n'était vraiment pas à ce genre de faibles considérations. Les poings serrés, il balaya d'un revers de l'âme ce détestable sentiment le temps de gravir les dernières marches qui lui restaient avant l'entrée principale.

Il ne fut pas surpris d'y retrouver le comité d'accueil habituel : postés de chaque côté des portes, les gardes qui étaient de permanence de nuit sursautèrent en le voyant arriver. Il faut dire qu'ils avaient encore en travers de la gorge la façon dont il s’était échappé la dernière fois, et l'impunité avec laquelle il les avait emprisonné dans la cellule de son clan les emplissait de rancoeurs. Alors qu'ils le sommaient de s'arrêter, Byakuya passa entre eux sans leur accorder le moindre regard. Prudemment retranchés derrière leurs hallebardes, ils lui emboîtèrent le pas et le virent frapper à la porte du bureau du Commandant Yamamoto.

-         Le Capitaine Kuchiki se présente ! crièrent-ils à l’unisson pour faire tout de même ce pour quoi ils étaient payés.

Plongé dans ses dossiers, Genryuusai sursauta sur son siège. Le rythme de son cœur s’accéléra soudain sous le coup de cette venue inattendue et ses mains noueuses remirent méthodiquement en ordre les rapports qu'il avait éparpillés sur le bureau. Ainsi Byakuya Kuchiki était revenu... Il s'appuya alors sur le pommeau de Ruujin Jaka, redressa fièrement la tête et fixa durement les portes qui le séparaient de celui qui, à un moment crucial de son existence avait échappé à son autorité.

-         Qu’il entre ! dit-il d’une voix mal assurée.

Les portes s'ouvrirent en grand devant le noble qui s'avança dans la pièce seulement éclairée par une petite lampe, et se refermèrent lentement derrière lui. Dès lors, les dés étaient jetés, Byakuya le savait. Il s'inclina respectueusement avant de considérer son supérieur d'un regard aussi calme qu'un lac sans brise. Son cœur battait lentement dans sa poitrine. Rien de ce qu'il avait imaginé de cette rencontre n'était fidèle à ce qu'il ressentait en cet instant.

-         Asseyez-vous Roku ban tai Taicho, le pria t-il en lui désignant un fauteuil.

Il s'exécuta sans plus de formalités et prit une inspiration :

-         Yoruichi m’a informé que vous souhaitiez me voir. Me voici donc. Si vous jugez que le moment est inopportun, je reviendrai demain.

-         Au contraire, fit le vieil homme en s'asseyant à son bureau. C’est très bien comme cela. Il me semble qu’il est grand temps que nous rétablissions le dialogue, vous et moi.

-         Sans vouloir vous offenser Commandant, je n'ai pas été le premier à rompre ce dialogue, ne put-il réprimer.

-         Ne ne croyez pas que j’ai tiré la moindre satisfaction de vous avoir condamné de la sorte soupira-t-il. Au contraire, cela m'a coûté dirais-je même. Mais votre négation des faits suivie de vos aveux, l'impertinence avec laquelle vous avez refusé de vous soumettre à mon jugement m'ont irrité plus que je ne l'aurai imaginé. Il faut croire, Kuchiki Taicho, que notre différence d’âge et l'expérience que nous avons de la vie ne nous ont pas facilité la tâche.

-         Pardonnez-moi Commandant, mais il serait déplacé de ramener notre problème à un conflit intergénérationnel, rétorqua-t-il du tac au tac.

-         Vraiment ?

Yamamoto se leva et fit quelques pas vers la fenêtre qui donnait sur une nuit d’encre. Sa tentative de relativisation avait échoué. C’était mal connaître le Capitaine Kuchiki que d’espérer qu’il se montre malléable après s’être fait traiter comme un paria. Néanmoins il reprit :

-         Peu après que vous vous soyez échappé de cette prison, j'ai reçu une délégation de votre clan. C'est de leur bouche que j'ai appris votre évasion. Sachez au passage, que je vous aurais de toute façon libéré et que vous n'aviez pas à vous donner tout ce mal. Enfin, là n’est pas la question… Ils m’ont appris que vous vous en étiez remis à eux, et qu'il leur appartenait de juger à huit clos... ahem... cette affaire.

Byakuya fronça les sourcils et lui offrit l'âpreté de son regard.

-         Quoi de plus normal ? Vous ne pouvez ignorer que chaque clan est en droit de juger l'un de ses membres s'il transgresse l'une de ses règles. Et il me semble que nous sommes bien dans ce cas de figure. Mon cas relevait de leur compétence et non de la vôtre. Par conséquent, l'emprisonnement que vous m'avez imposé n'était pas justifié Commandant.

-         En effet, fit-il en lui offrant l'onyx de son regard. Mais c'est sans compter l'espoir que j'ai mis en vous Byakuya. J'ai bien connu votre père et encore plus votre grand père. J’ai réagi de façon émotionnelle là où j’aurais dû garder une certaine distance. J'admets aujourd’hui que votre façon d’agir n’avait pour but que de maintenir un certain équilibre entre votre devoir et votre vie privée. Je me suis donc rangé au jugement des anciens de votre clan, jugement qui me paraît d'ailleurs fort sage. Je n'ai rien à vous dire de plus que cela et j'espère rétablir un rapport de confiance entre nous.

Byakuya libéra un soupir de soulagement en entendant ces derniers mots.

-         Vos propos me rassurent Sutaicho, répondit-il, et je partage votre envie de rétablir ce rapport de confiance. Je ne suis pas ici pour m'apesantir en émotions d'aucune sorte, ni en de vaines justifications. Je suis là pour faire mon devoir de Capitaine du Gotei Treize et honorer mon serment de protéger le Seireitei. C’est tout ce qui m’importe. Ma relation avec le Lieutenant Abarai ne m’a pas rendu plus sentimental qu’auparavant. Vous le réaliserez bien vite.

-         C'est ce que j'entrevois déjà Kuchiki Taicho, et j'en suis fort aise, conclut-il l’œil brillant. A ce propos, je vous informe avoir également levé la condamnation qui pesait sur le Lieutenant Abarai, annonça-t-il en lui tournant le dos.

Le noble ouvrit de grands yeux.

-         Que dîtes-vous Commandant ?

Genryuusai se retourna vers lui et le considéra avec bienveillance.

-         Même si je n’approuve pas le lien qui vous unie, j'accepte que le Lieutenant Abarai réintègre le Seireitei pour servir notre cause avec exemplarité au sein de votre division. Il me semble que vous formez un excellent binôme, à moins que vous ne jugiez opportun de le muter ailleurs.

Byakuya ferma les yeux de peur de laisser paraître ne serait-ce qu'un soupçon de joie vis à vis de son supérieur. Lui qui avait tant et tant de fois préparé son discours pour faire réintégrer Renji jusqu’à n’en plus dormir tellement le souci l’accablait, lui qui avait rêvé que les choses se résolvent à l'amiable pour chasser aussitôt cet espoir de son cœur, lui qui avait tant et tant douter n'osait plus y croire. Et pourtant, son vœu le plus cher était en train de se réaliser ici même, dans le bureau du très estimé Yamamoto Genryuusai et ce sans qu'il ait eu besoin de fournir un quelconque argument. Quelque peu abasourdi par ce retournement de situation, Byakuya daigna enfin relever les yeux vers son supérieur.

-         Je suis heureux de votre décision Commandant et vous remercie pour lui. Pour vous répondre, mon Lieutenant fait très bien la part des choses jusqu’à présent et si toutefois ses sentiments nuisaient à notre efficacité, je vous jure que je n’hésiterais pas à demander sa mutation. Il le sait d'ailleurs fort bien.

-         Parfait Kuchiki Taicho ! C’est tout ce que je demande ! Je suis soulagé que nous retombions sur des bases saines croyez-moi, avoua le vieux Commandant. Cet incident m’aura beaucoup appris sur moi-même finalement. Je pensais avoir dompté mon impulsivité. Il n’en n’était rien.

-         Et moi mon arrogance, en vain. Je suis satisfait de notre entretien Commandant. Je ne vais pas vous importuner plus longtemps. Si vous voulez bien m’excuser, je vais prendre congé, fit solennellement le noble en se relevant et en s’inclinant devant lui.

-         Faîtes, Roku ban tai Taicho. Je suis heureux que vous soyez revenu parmi nous et que nous ayons pu discuter intelligemment. Bonne nuit...

-         Bonne nuit Commandant, répondit-il en refermant la porte sur lui.

Il fit quelques pas dans le couloir et fut obligé de s’adosser à l’un des immenses piliers du palais pour se ressaisir. Il aspira l’air frais de la nuit à plein poumon et reprit peu à peu ses esprits. Mais alors qu’il descendait les innombrables marches du palais pour regagner son clan, son visage s’assombrit tout à coup. Il s’immobilisa comme sous le coup d’une attaque sournoisement portée à la pensée qu'il avait remis cette affaire entre les mains de la Chambre des Quarante Six avant son exil.

-         Même si je leur dis que le Sutaicho et moi avons trouvé un accord, il ne reviendront pas sur les jours de travail qu’ils ont effectués pour établir les responsabilités et rendront, quoiqu’il arrive, un jugement qui pourrait coûter cher au Commandant, tout comme ce jugement pourrait aussi accabler Renji et prononcer son exil définitif sur terre...

Il trembla dans la brise légère et s’assit sur les marches, en proie à une sourde torpeur. Il avait été si heureux que Yamamoto se soit rétracté qu’il en avait oublié la procédure qu’il avait lui-même lancée à son encontre.

-         Quelle sottise d’avoir fait cette lettre, songea-t-il en serrant les dents. D'un autre côté, comment aurais-je pu savoir que les événements prendraient cette tournure ?

Et dire que maintenant, c’était sa propre tentative pour extraire Renji à son exil qui risquait de tout compromettre. Il frappa de colère la marche de son poing et l’endommagea sérieusement. Et dire qu'il allait devoir attendre demain matin pour se rendre à la Chambre des Sages et négocier le retrait de ce dossier. Il n'avait rendez-vous qu'à neuf heures trente et il avait devant lui toute la nuit pour se faire un sang d'encre.... Alors que l'angoisse le rongeait de nouveau, Byakuya posa instinctivement la main sur Senbonzakura et ne vit qu’un moyen de patienter et de garder la tête froide… Se rendre au Hueco Mundo et y passer ses nerfs comme il le pouvait, pourvu qu'il rencontre des Hollow. Pour cela, il suivit pour une fois la procédure et contacta la Douzième Division afin d'obtenir le précieux sésame. Il tomba directement sur le Capitaine Kurotsuchi qui, se sentant valorisé par sa demande,  lui accorda exceptionnellement ce « privilège ».

Byakuya vit alors le senkaimon s’ouvrir devant lui dans un flot de lumière et c'est les yeux rivés au sol qu'il s'y engagea...


Au même instant, Yoruichi quittait à son tour le bureau du Commandant Yamamoto, mine radieuse. L’un de ses espions l’avait en effet informée que Byakuya était parti rendre une visite nocturne au Commandant et elle n'avait pas pu résister à l'envie de venir demander au vieil homme comment s’était passé leur entretien. Enfin les choses rentraient dans l’ordre sans faire d’esclandre ! Le Commandant Yamamoto avait suivi son conseil et arrondi les angles afin que toute cette histoire ne dégénère pas en incident diplomatique. C’était un véritable succès et elle s'en félicitait. Il ne lui restait plus qu'à retrouver son petit Byakuya pour fêter cela avec lui. Elle s’empressa de se rendre au clan Kuchiki mais fut surprise de ne pas l’y trouver. Personne ne savait où son « époux » était passé. Elle regagna son propre manoir en pensant que peut-être il l’y attendait, mais fut de nouveau déçue de ne pas l'y trouver.

-         Allons bon ! Où a-t-il pu aller ? se demanda-t-elle. Elle en conclut qu'il était descendu sur terre pour informer Renji de l‘heureuse tournure des choses, et décida de ne pas s’immiscer dans ce moment de bonheur. Après tout, elle pourrait toujours fêter cela avec lui demain, songea-t-elle en se déshabillant. Et puis il fallait qu'elle prenne du repos si elle voulait l'intercepter avant qu'il n'aille à la Chambre des Quarante Six, demain matin. Ce serait balo qu'il se pointe pour rien, sourit-elle, fière de son forfait.

 

A six heures du matin, le Capitaine Kuchiki revint de sa petite expédition à son clan. Il avait guerroyé toute la nuit mais ne s’était pas départit de cette sourde angoisse qui le tenaillait à l'idée de ne pas être en mesure de retirer sa plainte contre Genryuusai. Il prit un bon bain pour essayer de se détendre, revêtit un uniforme impeccable et sortit dans le jardin boire son thé sur le pouce. Le vent s’engouffra dans ses longs cheveux noirs. La tristesse se lisait sur son visage. Loin d’être défaitiste, il se voulait réaliste. La partie n’était pas gagnée, loin de là.

-         Renji… Si par ma faute tu ne devais pas revenir ici, je...

-         Byyakuuun ! entendit-il soudain en se crispant. Viens voir ! lui criait Yachiru qui était de l’autre côté des bassins avec la vieille Saori. - Byaaaaak...

En une fraction de seconde, il fut près d'elle.

-         Crie encore une fois comme cela et je ne réponds de rien, fit-il d’une voix d’outre-tombe.

-         Pardonnez-nous Seigneur Byakuya, fit la sorcière avec doux sourire, mais nous vous avons préparé une petite surprise...

-         Je ne crois pas que ce soit vraiment le moment pour ce genre de

-         S'te plait Byakushini ! On a travaillé toute la nuit pour te faire voir ça ! Mamie a appris à tes carpes à danser ! s'exclama la petite fille. Et un deux trois et un deux trois, tournez... et un deux trois... fit la petite en battant la mesure de son index.

Byakuya écarquilla les yeux et vit que ses carpes se croisaient entre elles, slalomaient entre les pierres immergées, se mettaient gracieusement en cercle, et faisaient d’autres figures géométriques au rythme cadencé de la petite Lieutenant. Yachiru riait aux éclats à côté de lui, tandis que Saori semblait satisfaite du résultat. Elle prit alors la petite fille par la main et s’en alla avec elle, préférant le laisser seul afin qu’il puisse apprécier ce tour à sa juste valeur. Les yeux agrandis de stupéfaction, Byakuya se perdit dans la contemplation de cet improbable ballet aquatique dont la beauté lui fit un instant oublier tous ses tracas. Comment ces deux-là avaient-elles pu dresser des poissons ? Ses poissons ! Byakuya se tint le bas du visage d’un air dubitatif et finit par s’asseoir au bord de l’eau, totalement accaparé par la grâce de cette danse piscicole. De la terrasse, Saori et Yachiru l’observaient, les bras croisés de satisfaction.

-      Tu crois qu’il est content ?

-      Bien sûr. Regarde, il n’en revient pas ! Nous avons réussi Yachiru ! Nous formons une bonne équipe qu’en dis-tu ?

-      T’es trop cool Mamie ! Quand je vais raconter à Ken-chan qu’on a réussi à dresser des poissons !

Perdu dans sa contemplation, le noble fut hélas brutalement tiré de ses songes par un serviteur qui vint lui dire qu'il était l'heure pour lui de se rendre à la Chambre des Quarante Six.

-      Bien, fit-il en jetant un dernier regard à ses carpes qui venaient de se rassembler pour former un joli cœur, ce qui manqua de le faire tomber à la renverse.

-         Que se passe-t-il Maître ? demanda le serviteur

-         Rien ! Rien du tout, fit Byakuya en détalant, direction le secteur royal, sous le regard amusé de la sorcière.