Retour à Soul Society

par scarain

Assise sur la terrasse du Manoir des Kuchiki, Yoruichi attendait patiemment que daigne revenir son orgueilleux époux. L'aube se levait, fraîche et nimbée de ce calme habituel dans lequel la nature s'éveille. Dans son dos, des bruits de pas feutrés, des chuchotements discrets indiquaient que les membres du Clan commençaient à réinvestir les pièces du manoir. Bientôt la protégée de Byakuya, la vieille Saori apparut près d'elle et la salua de la tête avec un petit sourire auquel elle ne répondit pas. Yoruichi, dont le clan avait été en charge de la faire exiler, avait du mal à accepter que Byakuya ait pu la faire revenir au Seireitei. Elle redoutait également la réaction du Commandant Yamamoto s'il venait à l'apprendre. Byakuya n'avait-il pas assez d'ennuis ? Elle l’observa trottiner le long des bassins où le vieux sage Yamada la rejoignit, et ils s’éloignèrent tous les deux en papotant. Il y eut alors une douce lumière dorée à l’entrée de la propriété. Le senkaimon privé des Kuchiki était en train d’apparaître. Ses portes s’ouvrirent lentement sur le Capitaine de la Sixième Division qui, visage fermé, s’avança majestueusement dans l’allée, entouré de quelques papillons de l’enfer. Aussitôt la jeune femme alla à sa rencontre, prenant soin de masquer sous un sourire moqueur la joie qu'elle éprouvait de le revoir.

-         Yo, Byakuya Bo ! Tu m'as presque fait attendre !

Le noble haussa le sourcil et lui accorda un regard hautain. Ils restèrent un moment face à face lorsqu'une petite voix acidulée brisa le silence.

-         Byakushi !

Le noble se crispa en voyant Yachiru sortir en trombe de son manoir pour venir se suspendre à son hakama. Et non, rien n’avait décidément changé dans cette maison. Toujours les mêmes intrus.

-         T'es revenu de mission, dis ?

Il jeta un regard impatient à la petite fille dont le cri avait averti les domestiques de son retour. Fatalement, tous sortirent pour le saluer, suivi des membres de sa famille, heureux de le revoir. Littéralement alpagué par ouailles, Byakuya dans un mouvement de foule fut contraint de rentrer chez lui et de laisser en plan celle qui l'avait tant attendu.

C'est dans son salon qu'elle le retrouva entouré de ses fidèles sujets qui l'entretenaient tour à tour des différentes affaires du clan. Signant les documents qu'on lui soumettait d'une main, portant sa tasse de thé à ses lèvres de l'autre, le noble approuvait de la tête les affaires de chacun et économisait soigneusement ses mots. Ce n'est que lorsque tous furent partis qu'il leva les yeux vers elle.

-         Et bien ? Quelles sont les nouvelles ? lui demanda-t-il poliment.

Immédiatement, la petite Yachiru qui avait pris la question pour elle cessa de faire l'avion dans la pièce et lui expliqua qu'elle avait joué avec la mémé d’ici, pique-niqué avec les femmes shinigami dans son jardin, fait des parties de cache-cache en masquant son reiatsu, ce qui l'obligea à lui coller une boulette de riz dans le bec pour la faire taire. Çà non plus çà n’avait pas changé. Tandis que la gamine mâchouillait sa denrée, il observa Yoruichi dont le regard noir indiquait qu'elle n'avait que trop attendu.

-         Suis-moi dit-il alors en passant près d'elle.

-         Mince ! Se pourrait-il que son altesse daigne m'accorder une entrevue ? ironisa-t-elle en le suivant dans les couloirs.

-         Je suis navrée de t'avoir fait attendre. Allons nous détendre au Onsen. C'est le seul endroit de cette demeure où nous ne risquons pas d'être dérangés.

-         Là, tu remontes dans mon estime, dit-elle en lui faisant un petit sourire coquin.

Le noble referma soigneusement le shoji derrière eux et offrit à sa compagne peignoir et serviettes. Silencieusement, ils se dénudèrent et firent cérémonieusement leurs ablutions avant de pénétrer lentement dans l’eau délicieusement chaude d’où montaient des volutes de vapeur. Byakuya ferma les yeux et essaya de se détendre, mais la présence de la séduisante femme-chat à ses côtés rendait la chose plus compliquée qu'il ne l'aurait pensé. Ses prunelles dorées étaient braquées sur lui et son sourire narquois le mettait plus que mal à l'aise.

-         Comment va Renji ? lui demanda-t-elle.

-         Bien. Je l'ai quitté alors qu'il dormait encore. Je n'avais guère le courage de l'éveiller.

-         Et cette société que tu as rachetée ?

-         Je dois demander à mes cuisiniers de réaliser certaines recettes de biscuits qui m'assureront une rente confortable. C'est Renji qui les a concoctées mais je ne cautionne nullement les parfums qu'il a choisi.

-         Haha !! Tu peux lui faire confiance ! Il a un estomac à la place du cerveau ! Nul doute que ça va marcher sur terre.

Ils se toisèrent silencieusement, chacun sachant que ces paroles légères masquaient l'angoisse de ce qui était à venir. Le rendez-vous avec le Commandant Yamamoto devait avoir lieu demain et malgré la sérénité dont il faisait preuve, Byakuya appréhendait ce moment. Yoruichi elle, était confiante quant à l'issue de cette rencontre. Genryuusai ne pouvait qu'admettre face à son subordonné qu'il s'était emporté et que son histoire avec son Lieutenant relevait de sa vie privée. S'il ne cautionnait pas cette relation, il ne pouvait pas non plus l'empêcher et cette querelle n'avait que trop longtemps privé la garde royale d'un élément précieux. Les choses ne pouvaient donc que s'arranger. Par contre, elle ne savait pas comment lui annoncer ce qu'elle avait eu l'initiative de faire avant son départ précipité. Fallait-il le lui avouer maintenant ? Non, car il s'emporterait à coups sûrs. Elle attendrait qu'il voie le Commandant pour le lui dire. Comme il la regardait, elle lui fit un large sourire, histoire de masquer son questionnement intérieur.

Cette petite pause détente touchant à sa fin, ils sortirent de l’eau complètement ressourcés. Tout à coup Byakuya frissonna en sentant Yoruichi pauser sa longue serviette sur son dos pour le sécher. Il se montra réfractaire mais elle poursuivit malgré tout son ouvrage et essuya malgré ses protestations les fines gouttes d'eau qui perlaient sur son corps de marbre. Puis, enroulant ses bras autour de sa nuque, elle lui susurra à l'oreille – Je ne fais que mon travail d'épouse modèle mon beau.

Contre toute attente, elle sentit la main du noble se poser légèrement sur elle et se figea de surprise. Ses doigts se glissèrent tendrement sous sa gorge pour la caresser et parcoururent le haut de sa tête avant de se déployer sur son dos, appréciant la douceur de son poil lustré. D’abord outrée d’être traitée comme un vulgaire matou, Yoruichi détendit peu à peu et se laissa aller avec délice à ces caresses jusqu'à ce que la main de Byakuya se stoppe sur dos. Elle releva alors la tête et constata qu’il s’était assoupi, adossé au tronc de son arbre favori.

-         Repose-toi mon ami. Tu en as besoin, pensa t-elle en reposant la tête sur ses genoux et en glissant à son tour dans le monde des rêves.


Lorsque Byakuya se réveilla, la lumière orangée du soleil couchant éclairait tout le Seireitei, et les oiseaux entonnaient leur hymne au jour finissant. Contrarié d’avoir dormi si longtemps, il secoua la tête et s'aperçut que Yoruichi n’était plus là. Il en conclût qu’elle avait dû regagner son manoir et redescendit tranquillement la colline au pied de laquelle il rencontra inopinément les Capitaines Ukitaké et Kyoraku qui pique-niquaient.

-         Konbawa Byakuya ! fit Ukitak en le voyant. Belle soirée n’est-ce pas ?

-         Il est vrai, répondit-il.

Surpris de le revoir, Kyoraku ne réprimer un :

-         Décidément, je n’y comprends rien ! Un coup vous êtes là, un coup vous êtes parti…C’est dur de vous suivre depuis quelques temps !

-         Pour me suivre, il faut être vif de corps et d’esprit. Je suis désolé que vous ayez tant de mal, répliqua sèchement le beau brun.

Le visage d’Ukitake s’empourpra de gêne vis-à-vis de son vieil ami, mais Kyoraku accueillit la casse avec un franc sourire. Mieux que cela, il lui proposa une petite coupe de saké, sachant pertinemment qu’il subirait un refus. Quelle ne fut pas alors sa surprise lorsque le noble vint s'asseoir avec eux. Pris de court, le blanc servit avec un sourire crispé celui dont le regard toisait son ami.

-         Comme je sais que la question vous démange, dit-il du bout des lèvres, je vais vous répondre tout de suite « Kyoraku-dono » : oui, le Lieutenant Abarai est resté sur terre.

-         Héhéhé ! ricana t-il pour masquer sa gêne. Ce brave Renji est toujours par monts et par vaux. Vous pouvez être fier de lui Byakuya. C’est un bon élément !

-         Je le suis, répondit-il en buvant une petite gorgée de saké.

-         Et Rukia, comment va-t-elle ? demanda Ukitake avec inquiétude. Tu sais, avant d’aller sur terre, elle était très perturbée.

-         Elle va bien, ne t’inquiète pas, fit le noble. Elle se tient à ta disposition.

-         Oh et bien, pour l’instant tout est calme alors…je pense qu’elle peut rester un peu sur terre avec Ichigo et ses amis. C’est tellement important à son âge ! sourit-il. D’ailleurs, comment va- notre shinigami remplaçant?

-         Je ne m’en soucie guère. Il fait ce qu’il veut de sa vie, répondit-il sèchement.

-         Tes rapports avec Ichigo sont toujours aussi tendus n’est-ce pas ?

-         Et ils le resteront, fit Byakuya en se relevant. Je vous remercie pour cette petite pause. Bonsoir Messieurs.

Les deux capitaines le regardèrent s’éloigner et soupirèrent de soulagement une fois qu’il eut disparu.

-         Byakuya est vraiment difficile à comprendre, fit Kyoraku. Paraît qu’il s’est pris le bec avec Yamajii quelque chose de mignon. Tu ne saurais pas à quel sujet par hasard ?

-         Non, je l’ignore… Yamajii est resté évasif sur leur conflit. Mais il ne peut pas rester en froid avec Byakuya. C’est le plus droit d’entre nous. Le Seireitei a besoin de lui. Je crois qu’il veut le voir pour se réconcilier, répondit-il en reprenant une part de gâteau.

-         Avec un caractère pareil, maugréa le capitaine de la huitième Division en abaissant son chapeau, c'est pas gagné. J'aimerai bien être une petite souris pour assister à la scène.

- Et moi donc !


De retour à son manoir, Byakuya réunit tous ses cuisiniers avec son trésorier dans la grande salle. Il leur exposa les différentes recettes de biscuits Seaweed Ambassador, en leur demandant d’élaborer eux même les alliances de saveurs plus pertinentes. Ces derniers ouvrirent de grands yeux en prenant connaissance de la liste des parfums proposés par le Lieutenant Abarai, ce qui fit sourire intérieurement le noble.

-         Qu’en pensez-vous ? demanda-t-il en se croisant les bras.

-         Cela sort de l’ordinaire Maître ! fit le chef cuisinier.

-         Oui... soupira-t-il. C'est sans doute cela qui nous assurera le succès. Je compte sur vous pour me créer des mariages de saveurs uniques avec tous ces ingrédients. Pour le reste, vous garderez la recette traditionnelle. A vous de jouer Messieurs. Vous pouvez disposer.

Les cuisiniers s’inclinèrent et partirent dans leurs quartiers réfléchir à la question, tandis que le trésorier commença à remplir ses prévisions budgétaires. Il posa un œil avide sur le contrat signé de l’entreprise du noble, synonyme d’une grosse rentrée d’argent à venir. Il remercia l'héritier pour cette initiative qui s'annonçait fort lucrative, et s’en alla dans ses appartements en se frottant les mains. Les caisses du clan allaient vite être renflouées et ceci suffisait à faire son bonheur.

-         Il suffit de peu de choses pour contenter les vautours, songea le noble en regardant tomber la nuit.

A coups sûrs, il n'allait pas être capable de trouver le sommeil tant l'idée de cette rencontre avec le Commandant le tracassait. Et puis, se dit-il, quel meilleur moment que celui où tout se tait pour tenter une réconciliation ? Il n'attendrait pas le petit jour. Il en était incapable. Il prit une cape et sortit dans le jardin où la fraîcheur du soir caressa tendrement son visage de porcelaine. Il croisa alors le regard de la vieille saori qui était assise sur la terrasse à contempler les premières étoiles. Elle le salua avec un petit sourire.

-         Je suis heureuse de vous voir de retour parmi nous Kuchiki Taicho. Vous nous avez manqué. Vous allez voir Genryuusai n’est-ce pas ?

-         On ne peut rien vous cacher. Cela devient gênant, répondit-il en baissant les yeux.

-         Ne vous inquiétez pas… Je suis certaine que cela va bien se passer.

-         Je l'espère, fit-il en redressant fièrement la tête. Bonne nuit.

-         Bonne nuit mon enfant !


Elle le regarda s’éloigner de sa noble démarche et lut dans son cœur toute l’inquiétude que son visage se refusait à montrer. Mais elle fut rapidement tirée de ses songes par la venue inopinée de la petite Yachiru, véritable électron en liberté, qui bondissait chaque jour entre la Onzième division et ce manoir.

-         Salut mamie ! lança-t-elle avec un petit rire perlé. Tu viens voir les carpes avec moi ? Je vais essayer d’en attraper une cette nuit !

-         Je ne suis pas sûr que cela soit du goût du Seigneur Kuchiki ma petite! Et qu’est-ce que tu veux en faire dis-moi ?

-         Bah, une grillade pardi !

-         J’ai une meilleure idée, sourit la sorcière. Et si nous leur apprenions plutôt à danser ? Je parie que nous pouvons leur enseigner une chorégraphie. Ce serait une surprise pour Byakuya, qu’en dis-tu ?

-         Faire danser des poissons ? J’ai hâte de voir çà ! Allons-y tout de suite ! s’exclama la petite fille en faisant des petits bonds de cabri.

Elle s'empara de la main de la vieille femme et les deux petites silhouettes s’éloignèrent vers les bassins du clan Kuchiki.


Pendant ce temps, Byakuya cheminait tranquillement dans les ruelles désertes du Seireitei. Son cœur se serra en passant devant la maison de Renji, désespérément vide et dépouillée de son âme. Il s’assied sur la petite terrasse de son Lieutenant quelques minutes et se remémora cette nuit où tout avait basculé dans sa vie. Il revit Renji dans sa détresse, le saisir et l’embrasser pour la première fois. C’était ici, à cette porte même que tout avait dérapé. Tout lui revint d’une façon si précise qu’il en frissonna d’émotion. Tellement de choses s’étaient passées depuis. Tellement d’épreuves…

Dire qu'il venait à peine de le quitter et qu'il lui manquait déjà. Il secoua la tête et se remit en chemin pour ne pas se laisser submerger par cette vague de mélancolie soudaine. Mais son cœur se serra de nouveau en passant devant la petite taverne où de joyeux fêtards chantaient et dansaient. Cette même taverne où il avait été lui-même chercher son Lieutenant fin saoul. Son regard s’arrêta à l’intérieur sur trois visages bien connus : Ikkaku, Matsumoto et Kyoraku qui discutaient à brûle pourpoint à une table sur laquelle s’amoncelaient une pile de coupelles vides et plusieurs bouteilles de saka. Comme d’habitude, ils avaient l’air passablement éméchés. Le nez au carreau, Byakuya frémit de colère en constatant que sa division au grand complet s'y trouvait également, festoyant sans vergogne en l'absence de dirigeants.

-         Quand le chat est parti les souris dansent. Ils vont vite déchanter.

Il ouvrit délicatement la porte de la taverne, laissant s’échapper au dehors un flot de musique et de beuglements d’ivresse, et apparut sournoisement dans l’encadrement. Un silence glacial envahit soudain l’assemblée qui se figea de surprise.

-         Ku... Kuchiki Taicho, bredouilla l’un de ces hommes avec des yeux exorbités.

-         Bonsoir… Ne vous interrompez pas pour moi, fit le noble avec une pointe de cynisme. Je souhaitais juste informer de mon retour et vous dire combien votre attitude pendant mon absence me comble de fierté. Je n’en n’espérais pas tant. Bonne continuation Messieurs…

Il avait articulé ces derniers mots d’une façon si lente que tout le monde en avait eu des frissons. Puis il referma la porte et repartit comme il était venu. Les hommes de la Sixième division passèrent alors un à un la tête à l’entrée, histoire d’être certains que leur Capitaine soit parti. Ce fut ensuite une cacophonie à l’intérieur pour savoir quelle allait être la punition pour leurs agissements. Certains, du fin fond de leur ivresse, prétendirent même que si on ne voyait plus le Lieutenant Abarai, c’était parce qu’ils s’étaient tous les deux affrontés et que le cher Capitaine l’avait tué. Ils furent rassurés d’apprendre par le Capitaine Kyoraku, lui aussi bien éméché, qu’il n’en n’était rien et que le Lieutenant Abarai était toujours sur terre. Malgré tout, l’atmosphère chaleureuse de la petite taverne du quartier avait viré au zéro absolu, et les hommes de la Sixième Division, pris en flagrant délit d’ivrognerie, se préparèrent à vivre des jours difficiles.