Chapitre 6 : Jamais de temps pour les larmes

par manga93


- Oui. Confirma Karin en se retournant.
- Moi, c'est Hinamori, j'étais impatiente de te rencontrer. Continua-t-elle d'un air enjoué.
- Ah oui ? Pourquoi ?
- Je voulais savoir pourquoi Shiro t'aimais tant. Lui sourit-elle.
- Shiro ? Tu veux dire Toshiro ?
- Oui, je suis une amie d'enfance.
- Je vois, il ne m'a jamais parlé de toi.
- Shiro ne parle pas de lui, ou très rarement. Je dois aller chercher des gâteaux pour Nanao, tu veux venir avec moi ? Proposa Hinamori.
- D'accord. Accepta Karin, contente de trouver une occupation.


De son côté, Toshiro rentra enfin dans son bureau et à sa grande surprise, il le trouva rangé, ainsi que les documents triés. Matsumoto aurait-elle pour une fois travaillé ? L'idée lui traversa l'esprit, mais il n'y croyait guère. Il s'y approcha et y découvrit un petit bol remplit de dragées de toutes les couleurs avec un petit mot, écrit à la main à côté : « N'oublie pas de vivre ! ». Un sourire se dessina sur les lèvres du jeune capitaine, elle s'était souvenue de ses bonbons préférés après tout ce temps.


Karin et Hinamori arrivèrent devant le marchant de gâteaux et après avoir acheté ce qu'il lui fallait, les deux filles firent demi-tour en direction des treize divisions. Elles parlaient de tous et de rien. Malgré qu’elles soient différentes les deux jeunes femmes s'entendaient à merveille. Alors qu'elles rigolaient, Karin aperçu un petit g arçon en pleur adossé à un bâtiment de pierre, elle alla la consoler suivit d'Hinamori.

- Pourquoi tu pleurs mon cœur ? Demanda Karin en se mettant à sa hauteur.
- Maman ! Appela le gamin toujours en pleurant.
- Tu as perdu ta maman ? Demanda avec un magnifique sourire Hinamori.

La petit garçon hocha la tête positivement, puis s'arrêta de pleurer sous le sourire d'Hinamori. Karin resta stupéfaite, elle avait consolé l'enfant avec un simple sourire. Elle avait vraiment un don. Les deux filles n'eurent aucun mal à retrouver la mère de l’enfant, folle d'inquiétude et après un dernier remerciement de la part de la mère, elles repartirent en direction des quartiers de la dixième division. Elles marchaient dans les rues, lorsque Karin engagea la conversation toujours stupéfaite de l’aisance qu’avait eue la shinigami avec le gamin.

- Hinamori, Toshiro a de la famille ?
- Pourquoi tu me demande-ça ?
- Il reste tout le temps dans son bureau, alors je commence à me demander si ce n'est pas parce qu'il ne sait pas où il pourrait aller.
- Il a sa grand-mère qui habite à Itadiwa.
- Et il va souvent la voir ?
- Tu sais, c'est un capitaine et il est débordé.
- Ça j'avais remarqué…

Les deux jeunes femmes éclatèrent de rire. Pour Karin, il lui avait été bon de pouvoir parler aussi facilement à une personne et qui plus est en apprendre davantage sur Toshiro. Les deux jeunes femmes se séparèrent là où elles s'étaient rencontrées après un bref au revoir, un sourire et l’intuition d’être de bonnes amies. Karin remonta les escaliers et entra dans le bureau du shinigami de glace. Elle ne s'attendait pas à trouver le bureau vide. Elle attrapa une feuille sur le bureau : « Le village d'Itadiwa a été pillé, aucun survivant n'a été retrouvé. ». A peine eu-t-elle finit la phrase qu'elle sortit en courant de la pièce ne prenant même pas la peine de refermer la porte.


Après une longue course, elle le trouva enfin comme elle le pensait, là où ils avaient l'habitude de manger des glaces. Sur le banc, il fixait le soleil qui se couchait, des flammes dansant dans ses yeux triste, ses cheveux prenant une teinte orangée et une glace qui fondait doucement sous les faibles rayons de soleil dans sa main. Elle s'assit à côté de lui. Il ne lui prêta aucune attention, le regard rivé sur l'horizon. Elle laissa planer un silence, en profitant pour reprendre son souffle puis elle déchira le silence qui régnait.

- Tu ne vas quand même pas gâcher une glace…

Il ne réagit pas, fixant toujours le soleil couchant. Elle se demanda même s'il l'avait seulement entendu. Après un temps elle pencha sa tête et lécha la glace au citron qui fondait sur ses doigts. Il enleva sa main d'un coup, surement surpris par son geste et osa enfin poser son regard sur elle.

- Bah quoi ? Ça serait bête de gâcher une glace. Lui sourit-elle.

Il détourna son regard d'elle et regarda une fois de plus le coucher de soleil.

- Tu devrais aller vérifier. Tu le regretteras si tu ne le fais pas, tu ne veux pas en avoir le cœur net ? On ne sait jamais. Continua-t-elle.
- De quoi tu parles ? Souffla-t-il.
- De ta grand-mère.

Il tourna la tête vers elle, visiblement surpris.

- Ça fait mal, mais si tu n'y va pas, tu le regretteras. Je suis passé par là tu sais. Je ne veux pas te donner de l'espoir, mais au moins après tu pourras tourner la page, tu n'oublieras pas, mais tu sauras qu'il n'y avait rien à faire. Je suis sûre que tu peux y être en à peu près une heure, tu ne travailles pas la nuit, profites en. Et puis même si demain tu arrives en retard, il te doive bien ça, tu crois pas ? Dit-elle avec un fin sourire. Je viens avec toi, ça restera entre nous. Insista-t-elle devant son manque de réaction.

Il la fixa encore un instant et d'un coup ils disparurent tous deux, ne laissant qu'une glace écrasée sur le sol.


Toshiro posa Karin sur le sol environ une heure plus tard. Autour d'eux, le village avait été dévasté, les vitres des maisons étaient cassées, des arbres renversés, toute sortes d'objets régnaient sur le sol. Il fixait une maison et elle comprit que s'était celle de sa grand-mère.

- Je vais aller faire un tour à l'intérieur, tu n'as qu'à te défouler sur les maisons, personne ne verra la différence. Dit-elle en le laissant seul pour qu’il puisse se laisser aller.

Elle rentra dans la maison. Il faisait sombre, le planché craquait sous ses pieds, les meubles avaient été renversés, le canapé éventré et la plus part des objets étaient brisés. Sur le sol de bois, elle ramassa un cadre brisé encadrant une photo d’une vielle femme. Elle détacha la photo du cadre et la glissa dans la poche de sa veste avant de reposer le cadre brisé sur la commode et de i le tout de la demeure. Lors de sa « visite » de la maison, parcourant pièce saccagée après pièce saccagée, elle entendait des cris et des explosions venant de l’extérieur dont elle ne prêta aucune attention. Il avait besoin de souffler, d'évacuer, d'arrêter de se retenir et elle comprenait, elle avait été comme lui, seulement elle, n'avait pas compris ce qui s'était passé, elle était beaucoup trop jeune, ce n'était que lorsque sa mère ne venait plus la coucher qu'elle avait enfin compris les pleurs de son frère et de son père. Elle sortit de la maison chassant son passé de sa tête et regarda autour d'elle. Quelques maisons étaient gelées, mais Toshiro n'était plus là. Elle se laissa guider par les explosions et arriva en bas d'une énorme falaise. Il frappait contre la paroi rocheuse, de toutes ses forces visiblement, si bien que Karin n’aurait pas été étonnée que celle-ci s’écroule. Elle ne dit rien pour autant, s'adossa à un arbre et attendit. La nuit était tombée depuis longtemps maintenant et cela faisait plusieurs heures qu'il frappait contre cette falaise tandis qu’elle restait muette. Il finit par tomber à genoux sur le sol, reprenant son souffle, la main sur son épée. Elle s'approcha de lui, se mit à sa hauteur et en posant sa main sur la sienne chuchota.

- Ça suffit, il est tard Toshiro.

Pour toute réponse, il se releva et recommença à frapper contre la paroi rocheuse. Sans un mot, elle retourna s'adosser contre l'arbre et il la remercia intérieurement bien que sa tristesse occupait toute ses pensées. Elle était fatiguée, mais s'interdisait de s'endormir tant qu'il n'aurait pas arrêté, s’inquiétant du chagrin du jeune homme. Il continua encore une petite heure puis s'effondra sur la terre, au pied de la falaise droite et robuste, épuisé. Il était sur le dos, sa respiration était forte et ses yeux fermés mais elle pouvait voir sa poitrine se soulever et se baisser violement. Elle le fit assoir contre la falaise et il se laissait faire sans protester, tel un enfant en manque d’attention. La main de Karin était posé sur sa poitrine qui montait et descendait, elle sentait son cœur battre la chamade, elle resta un moment sa main posé sur lui, si bien qu'il rouvrit ses yeux turquoises pour la regarder et l’interroger du regard. Karin ôta vivement sa main confuse et s'adossa elle aussi contre la falaise à ses côtés. Après un court moment, elle laissa tomber sa tête sur son épaule et serra sa main dans la sienne pensant qu’il aimerait sentir le réconfort physique d’une personne pour traverser cette situation. Il lui accorda un regard décontenancé puis se résigna à tout commentaire, trouvant le soutient dont il avait besoin dans ce contact. La brune clignait des yeux lentement, elle allait s'endormir, elle le savait, il était tard et elle n'aurait pas été étonnée de voir le soleil se lever. Elle se laissa bercer par la respiration du capitaine qui reprenait peu à peu son rythme et son souffle chaud dans son cou qui la faisait frissonner, signe qu'il s'était tourné vers elle et la regardait. Quelques minutes plus tard, ils s'étaient tous deux endormi.


« Une forte lumière éblouissait la pièce, ce ne fut que quand elle disparut qu'on put voir une jeune femme aux longs cheveux bruns de dos son katana planté dans le sol, une fissure s'y était formé. Karin pouvait à présent distinguer très clairement l'homme, elle ne s'était donc pas trompée. Il fixait la jeune femme, celle-ci était fortement énervée. Elle enleva son épée du sol d'un coup sec et la rangea à sa taille. Puis elle fit demi-tour, ses cheveux cachant son visage.

- C'est bien dommage que vous ne me comprenez pas père, mais je ne vous laisserez pas décider de ma vie, je pars avec lui.
- Si tu choisis cette voix, tes pouvoirs de shinigami te seront retirés et tu seras banni de la Soul Society.
- Ça m’est totalement égal, il y a des choses plus importantes que le pouvoir. Dit-elle d’un ton qui se voulait assuré. Vous ne pourrez pas cacher cette histoire indéfiniment, et je vous promets que tôt ou tard la vérité éclatera au grand jour sans que vous ne vous y attendiez. Vous le regrettez, père.

Sur cette phrase elle sortit de la salle et on pouvait être sûre qu'elle n'y mettrait plus jamais les pieds. »


Karin ouvrit les yeux, cela faisait longtemps qu'elle n'avait plus fait ce genre de rêve, à telle point qu’elle les avait presque oublié. Elle en était presque sûre celui-ci avait été le dernier, le dernier avant la vérité. Elle avait pu distinguer très clairement le capitaine-commandant, ses doutes étaient donc fondés, il avait belle et bien eu une fille, si tantôt que ce rêve n'était pas un simple rêve, mais cela lui avait paru si réelle que son instinct lui soufflait qu’elle avait raison.

- Tu es enfin réveillée.

La voix de Toshiro la ramena à la réalité. Elle se redressa de son épaule, le fixant un moment, soudant son esprit, il avait l'air d'aller mieux. C'est alors qu'elle se rendit compte qu'il ne s'était toujours pas lâché la main, elle le fit d'un coup détournant les yeux au passage.

- Ça fait longtemps que t'es réveillé ? Demanda-t-elle.
- Je ne crois pas.

Elle se leva et s'étira puis se retourna vers lui en lui adressant un magnifique sourire. Il resta assis à la regarder, elle s'approcha de lui et lui tendit ses mains. Il ne comprit pas de suite ce qu'elle attendait les mains tendu vers lui mais lorsqu'il assimila son intention, il attrapa ses mains et elle le releva. La jeune femme se retourna et alla attraper deux pommes dans un arbre tout près, elle lui en lança une. Après leur rapide « petit déjeuné » Karin reprit la conversation.

- Ça te dirait qu'on monte en haut de la falaise ? Demanda-t-elle.

Il jeta un coup d'œil à la haute falaise derrière lui qu’il avait longtemps tenté de faire s’effondrer la veille. Il s'approcha d'elle pour l'y emmener mais elle recula d’un pas, un fin sourire sur les lèvres.

- J'voulais dire sans magie.
- Ce n'est pas de la magie. Grogna-t-il.
- Tout ce qui ne s'explique pas est de la magie. Dit-elle en passant devant lui et en commençant à grimper. Alors tu viens ?
- Je ne vois pas l'intérêt…

Elle ne l'écoutait déjà plus et continuait de grimper. Il dût se résigner à la suivre. Très vite, il passa devant grâce à ses entrainements de shinigami, tout cela était aussi simple qu’un jeu pour le capitaine. Ils arrivèrent au sommet bien plus tard, malgré bon nombre d'égratignure des deux, l'une n'étant pas très doué pour l'escalade et l'autre essayant tant bien que mal de la rattraper à chacune de ses chutes. Une fois en haut Karin remarqua qu'elle s'était ouvert le doigt, alors qu'elle allait le porter à ses lèvres la plait disparut sous ses yeux sans qu'elle ne comprenne pourquoi. Elle porta son regard sur Toshiro qui fixait l'horizon et en oublia bien vite son doigt. De là où ils étaient-ils pouvaient apercevoir le village natale du jeune capitaine. De loin, on aurait dit que rien n'avait changé. Karin regretta d'avoir eu cette idée, elle qui voulait lui changer les idées c'était raté. Elle se mit devant lui, lui cachant la vue, le forçant ainsi à la regarder. Elle lui souriait et même s'il ne dit rien, il savait qu'elle faisait cela pour qu'il arrête de se faire du mal.

- Comment tu as su que c'était mon village ? Je ne t'en ai jamais parlé. Dit-il.
- Intuition féminine ! Sourit-elle enjoué. Shiro-chan ! Ajouta-t-elle toujours aussi souriante.
- Ne … Ne m'appelle pas comme ça ! Ronchonna-t-il.
- Pourquoi ? Moi j'aime bien. Continua-t-elle un magnifique sourire peint sur ses lèvres.
- On devrait rentrer maintenant. Soupira-t-il.
- T'es sûre ? Tu ne veux pas … elle s'arrêta consciente qu'avec lui, la question ne se posait même pas. Comme tu veux. Finit-elle.

Tous deux retournèrent donc à la Soul Society mais à peine eurent-ils rejoint les quartiers de la dixième division qu’ils découvrirent la panique qui y régnait. Les shinigamis couraient dans tous les sens et Toshiro pouvait sentir les combats des autres capitaines. Il interpella un shinigami.

- Que s’est-il passé ? Interrogea-t-il.
- Capitaine Hitsugaya ! Vous êtes enfin là ! On est attaqué de partout, ils sont arrivés sans qu'on ne les aient vu venir ! C'est la catastrophe, il y a des centaines de blesser, la quatrième division est débordé ! Tous les capitaines sont au combat ! Répondit le shinigami paniqué, avant que Toshiro ne le laisse partir.
- Karin, reste ici. Ne quitte pas mon bureau ! Ordonna le capitaine de glace avant de disparaître.
- Mais bien sûr… murmura Karin à elle-même ironiquement.